"Pêcheurs à Islande", telle était l'expression dont se servaient ceux-là mêmes qui y participaient pour désigner la pêche morutière à Terre-Neuve et en Islande. Rude, très rude métier, accompli dans des conditions tout aussi, sinon plus rudes encore, que tentent de nous présenter dans ses grands points Philippe Leribaux, médecin généraliste passionné par la pêche en haute mer, et Christian Querré, enseignant pour malentendants.

En raison de leurs racines personnelles, les deux hommes ne s'attachent ici qu'à la pêche morutière qui partait de la Bretagne-nord, notamment de St-Brieuc, St-Malo, Lorient et, bien sûr, Binic. Mais, pour les marins normands qui la pratiquèrent eux aussi, durant le XIXème siècle et le début du XXème, les conditions étaient les mêmes.

Pour ce faire, ils nous présentent un grand, un "beau" livre, superbement illustré et scindé en huit parties.

La première nous présente très succintement l'Islande, cette terre de glace et de feu qui fut le berceau de Läxness, l'auteur de "La Cloche d'Islande", lequel choisit, quand il se convertit au catholicisme, le deuxième prénom de "Kevin", en raison des origines celtes de ses propres ancêtres.

La seconde fait un retour sur la France et nous expose les fondements de la pêche morutière, spécialement dans la région bretonne.

Puis _la troisième partie nous parle des chalutiers utilisés pour ce type de pêche particulièrement difficile parce que se déroulant dans des contrées très froides et exposées à des tempêtes glacées.__ Tout nous y est dit sur leur construction et sur les rapports ainsi tissés entre la côte et l'arrière-pays bretons. Attention ! C'est là que vous trouverez le plus grand nombre de chiffres et de statistiques, ce qui risque de vous rebuter quelque peu si vous n'êtes pas un véritable aficionado de la pêche morutière et de son histoire.

La quatrième partie raconte le départ des pêcheurs, le plus souvent pour une campagne de six mois, vers la mi-février. On ne manquait jamais de le faire précéder d'un "pardon" où, sous les cantiques dédiés à ces saints bretons qui n'ont jamais reçu l'estampille vaticane, transparaissaient, dans toute leur gloire, les croyances animistes des anciens Celtes. Ceux-ci prêtaient une âme à toute chose, à tout objet, alors la Mer, vous pensez ...

Dans la cinquième partie, nous sommes à bord, avec les pêcheurs et nous vivons dans des conditions absolument indignes : pas de toilettes (on se soulageait sur le pont), un peu d'eau sur le visage pour commencer la journée, à 5 heures du matin, trois repas tous arrosés d'alcool mais maigres en protéines, des réserves d'eau douce qui devenaient vite nauséabondes, une promiscuité harassante et, pour les jours où la tempête rendait la pêche impossible, très peu de distractions hormis les cartes et les dominos.

La sixième partie détaille les maladies et accidents qui guettaient les morutiers. Il y en avait un paquet : tuberculose, fièvre typhoïde, toutes sortes d'affections pulmonaires, scorbut (on s'en doute) mais aussi maladies de la peau et maladies articulaires sans oublier les méfaits de l'alcoolisme. Notons aussi les panaris et les engelures : ces dernières, mal soignées, se soldaient souvent par une amputation. Des hôpitaux de fortune étaient dressés en Islande et on finit par affréter des navires-hôpitaux sur lesquels plus d'un pêcheur mourut avant d'avoir revu sa Bretagne ou sa Normandie natale.

La septième partie nous rappelle que les armateurs s'occupaient des marins débarqués, leur assurant de petits travaux entre les périodes de pêche. Enfin, la dernière partie nous conte le déclin de la grande pêche, à la fin des années vingt.

Un livre passionnant et qui vous donne les bases de la pêche morutière telle qu'elle fut pratiquée. A ne réserver cependant qu'aux amateurs. ;o)