Les Manuscrits Ne Brûlent Pas.

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Anniversaires & Littérature

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jeudi, août 6 2009

16 Avril 1788 : Buffon

16 avril 1788, Paris : décès de Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon, dit Buffon, naturaliste, mathématicien & écrivain.

le 7 septembre 1707 à Montbard, dans la Côte-d'Or, Buffon était fils de grands bourgeois puisque son père présidait le Grenier à Sel de la ville et que son parrain et grand-oncle maternel servait le duc de Savoie en qualité de collecteur d'impôts. Quant à son grand-père paternel, Louis Leclerc, il était procureur du Roi et prévôt.

Il a dix ans quand son père achète les propriétés et la seigneurie de Buffon, à six kilomètres de Montbard. Il acquiert également une charge de commissaire général des maréchaussées qui, revendue trois ans plus tard, en 1720, contre une charge de conseiller au Parlement de Dijon, contraindra toute la famille à émigrer en cette ville.

Le futur naturaliste fait donc toutes ses études chez les Jésuites de Dijon avant de s'inscrire en Droit et d'obtenir sa licence en 1726. Hélas pour sa famille, il se sent l'âme d'un scientifique et abandonne tout cela pour s'en aller étudier les mathématiques et la botanique à Angers, en 1728. Seul un duel au cours duquel il tue son adversaire le forcera à renoncer à l'Université de médecine.

Provisoirement exilé à Nantes, il y fait la connaissance d'un aristocrate anglais, le duc de Kingston, qu'il décide de suivre dans son tour d'Europe. La mort de sa mère, qui survient en 1731, le rappelle cependant en France et, dès l'année suivante, le jeune homme s'installe à Paris. Il a vingt-cinq ans et une solide ambition : d'ailleurs, ne signe-t-il pas déjà Buffon ?

L'année suivante, il présente un mémoire à l'Académie des Sciences et reçoit les éloges de l'astronome Maupertuis et du mathématicien Clairault. Ce mémoire s'intitule "Sur le jeu du franc-carreau" et il est le premier à introduire la notion de calcul différentiel et le calcul intégral en probabilité.

A la même époque, Buffon traduit plusieurs ouvrages de géométrie d'Isaac Newton ainsi que les livres de botanique de Stephen Hales. Il rencontre Voltaire et un certain nombre d'intellectuels et est reçu à l'Académie des Sciences. Grâce à la protection du comte de Maurepas, il obtient également un poste d'adjoint dans la section mécanique.

En 1733, le ministère de la Marine a justement demandé à l'Académie une étude sur les bois utilisables dans la construction des navires. Mais les premiers commissaires, faute de moyens, se sont récusés. Buffon reprend la main, expérimente à tout-va et rédige le compte-rendu demandé. Maurepas finit par lui proposer la surintendance des forêts de ses domaines mais Buffon se dérobe.

Il est à nouveau plongé dans ses traductions. Toujours celles de Hales avec "Vegetable Staticks". L'Anglais s'y inscrit en faux contre la science cartésienne et prône l'observation et l'expérience. Buffon, anglophile convaincu, se rallie à lui et, après un bref séjour à Londres, en 1738, il sera élu à la Royal Society.

En 1739, il devient intendant du Jardin du Roi (l'actuel Jardin des Plantes) et passera le reste de sa vie entre Montbard, la Cour et ses activités d'administrateur d'un Jardin qu'il révolutionna. Il s'éteignit à Paris, à l'âge vénérable de 81 ans, le 16 avril 1788.

__Sur le plan strictement littéraire, outre les articles de sciences qu'il rédigea pour l'"Encyclopédie", le nom de Buffon reste associé à son "Histoire naturelle, générale et particulière, avec la description du Cabinet du Roy", laquelle comporte 36 volumes dont quelques uns paraîtront après son décès. Sur ces 36 volumes, trois constituent une sorte de théorie générale, les douze suivants sont consacrés aux quadrupèdes, neuf autres aux oiseaux, cinq aux minéraux et enfin, les sept derniers constituent les suppléments.

Curieusement, ce scientifique émérite y adopte un style à mille lieues de la sécheresse habituelle dans ces sortes de livres. Ses confrères en sciences lui reprocheront d'ailleurs un ton qu'ils jugent ampoulé et redondant. Le lecteur actuel l'estimera sans doute tout bonnement littéraire et manifestera son indulgence même si l'on peut reprocher à Buffon certains a priori - notamment envers les chats ;o) - et une tendance avérée à l'anthropomorphisme.

On ne s'en rend pas compte aujourd'hui mais le succès de cette "Histoire naturelle ..." fut énorme et ne se démentit pas un seul instant. Il fut même comparé à celui de "L'Encyclopédie." Il faut préciser que Buffon attacha un soin particulier aux planches des illustrations (deux mille environ) qu'il demanda à Jacques de Sève et à François-Nicolas Martinet.

Quant à son influence, elle fut considérable. Buffon en effet a été l'un des tous premiers à faire reculer la datation sacro-sainte de l'Univers établie par les textes bibliques (environ 6 000 ans) jusqu'à lui faire atteindre des millions d'années. Il a aussi placé l'homme au coeur du monde animal et souligné sa très grande ressemblance avec les animaux, il a même affirmé que toutes les races humaines provenaient d'une seule souche.

A l'époque, il fallait oser et Buffon, à la fin de sa vie, fut d'ailleurs inquiété par la Sorbonne, qui voulait l'interdire. Mais il fit patte de velours, ergota, promit de se repentir ...

... et n'en fit rien. Il peut être considéré à bon droit et malgré ses erreurs comme un précurseur de Lamarck et de Darwin, comme un évolutionniste avant la lettre. Aussi a-t-il toute sa place sur notre Calendrier. ;o)

  

mercredi, août 5 2009

15 Avril 1843 : Henry James

15 avril 1843, New-York (USA) : naissance de Henry James, nouvelliste & romancier.

Par son père, Henry James Sr., le futur romancier était d'origine irlandaise. Il aura trois frères dont le plus célèbre est sans conteste le philosophe William James - avec lequel Henry entretiendra toujours une relation ambiguë, mi-amour, mi-haine - et une soeur, Alice, qui, malgré des dons réels qui percent dans son "Journal", ne parvint pas à se libérer du joug familial et à se faire, elle aussi, un nom.

Enfant, Henry Jr. lit les classiques de la littérature anglaise et américaine mais aussi française, allemande et russe. Protégée par sa fortune, sa famille voyage très souvent entre l'Europe et les Etats-Unis, lui faisant ainsi découvrir non seulement le Vieux Continent mais aussi les différences qui s'affirment de jour en jour entre une civilisation raffinée, cynique, un peu en déliquescence également, et celle, plus brutale, plus naïve, plus avide, qui prend son essor outre-Atlantique. Ce perpétuel contraste est à la base même de l'oeuvre de Henry James.

A dix-neuf ans, il s'inscrit à Harvard pour y faire son droit mais il se veut trop littéraire pour persévérer bien longtemps dans ce projet. Il envoie sa première nouvelle connue, "A Tragedy of Errors" à des revues, en même-temps que des comptes-rendus critiques. Enfin, à vingt-deux ans, son premier texte officiellement signé paraît dans l'"Atlantic Monthly."

En 1871, James donne son tout premier roman, "Le Regard aux aguets", qu'il reniera par la suite sans doute en raison de l'immaturité qui le domine. Il y prend pour héros un homme qui recueille et élève une fillette de douze ans afin d'en faire plus tard son épouse. Mais c'est à Rome, alors qu'il accompagne sa tante et sa soeur Alice en Europe, qu'il commence à rédiger "Roderick Hudson", où un sculpteur génial, contrarié en amour, finit par perdre toute pulsion créatrice.

On notera que la première incursion de James dans le fantastique, qui culminera avec le diabolique "Tour d'Ecrou", une vingtaine d'années plus tard, date de cette époque européenne. Il s'agit du "Dernier des Valerii", fortement inspiré de Mérimée.

En juillet 1876, le romancier s'installe à Londres. Il y connaîtra une période de grande créativité : de nombreuses nouvelles, bien sûr mais aussi "L'Américain" où l'on assiste aux aventures d'un Américain, Christopher Newman, aux prises pour la première fois avec un voyage en Europe, "Les Européens" qui traite en quelque sorte du contraire (deux Européens confrontés à des parents américains), "Daisy Miller" qui sera célébré unanimement des deux côtés de l'Atlantique et fondera définitivement sa réputation, le bouleversant "Washington Square" où une riche héritière est confrontée aux mensonges d'un soupirant intéressé et enfin "Portrait de Femme" en qui beaucoup voient l'une des oeuvres-maîtresses de l'écrivain et le point final de ce que l'on peut nommer sa première manière.

Après la mort de ses parents en 1882, il accueille chez lui, à Londres, sa soeur, Alice. La malheureuse y mourra dix ans plus tard. Lui, par contre, continuera à écrire, introduisant pour la première fois, avec "Les Bostoniennes", la politique et les questions sociales dans son univers.

Mais les livres de James, s'ils se vendent honorablement, ne lui assurent pas de véritables revenus. Aussi décide-t-il de se tourner vers le théâtre. Il commence, bien entendu, par adapter ses romans pour la scène. C'est "L'Américain" qui essuie les plâtres en province avant de recevoir un accueil plus froid à Londres. Il en sera d'ailleurs ainsi pour toutes les pièces de Henry James : ce littéraire introverti n'avait probablement pas la fibre scénique.

A la fin de sa vie, il revient donc à ce qu'il sait faire le mieux : le roman. Son dernier grand roman, "La Coupe d'Or", restera inachevé en 1904. C'est que son contrat avec l'éditeur Scribner, qui prévoit l'édition définitive de ses écrits, l'occupe énormément. Il va même jusqu'à corriger ses oeuvres les plus anciennes. Mais le public ne suivra guère.

James sera encore plus déçu par l'attitude des USA à l'aube de la Grande guerre. C'est, dit-on, cette déception qui l'incita à demander la nationalité britannique en 1915. Après deux attaques cardiaques cette année-là, il meurt le 28 février 1916, à Londres.

Il laisse derrière lui une oeuvre touffue qui lui a valu d'être surnommé "le Marcel Proust américain." Sa langue est précieuse et raffinée et il fait montre d'un talent hors du commun pour l'analyse psychologique. Plus c'est complexe, plus il y a de non-dit, plus le narrateur ment ou dissimule, plus les cartes sont brouillées, plus il est à l'aise.

Un roman aussi simple et aussi accessible au profane que l'est "Le Tour d'Ecrou" le prouve amplement : dans ce texte, il est pratiquement impossible de savoir qui, de la gouvernante ou des enfants, ment, comme il est impossible de savoir si les visions de Miss Jessel et de Peter Quint sont réelles ou purement imaginaires. Ecrivain retors, James laisse le choix à son lecteur mais si la chose est si visible, c'est parce que nous nous trouvons, en principe, dans le genre fantastique. Dans les romans "psychologiques" de James, le principe est le même mais on le remarque beaucoup moins, au point qu'on a souvent besoin de relire l'ouvrage pour mieux saisir les intentions de son auteur.

Bien que personne ne lui conteste la place très importante qu'il tient dans la littérature américaine et dans la littérature du XIXème siècle, Henry James demeure un auteur que l'on dit "difficile." Il n'est certes pas le romancier que l'on emporte avec soi à la plage, dans l'intention avérée de ne pas se casser la tête. Non, James s'apprivoise, se déguste, se relit. Ou alors, on se résout à l'ignorer en se disant que jamais on ne le comprendra.

Quoi qu'il en soit, il méritait de figurer sur notre Calendrier. ;o)

 

mardi, août 4 2009

14 Avril 1897 : Horace Mc Coy

14 avril 1897, Pegram, Tennessee : naissance de Horace Mc Coy, nouvelliste et romancier.

Son enfance se déroule dans un milieu pauvre et il quitte l'école à seize ans pour se livrer à un certain nombre de petits boulots.

Arrive la Grande guerre où il s'engage dans l'aviation et de laquelle il sortira avec quelques décorations.

Ses premières nouvelles, dont le style rappelle celui d'Hemingway, sont publiées dans les pulps au début des années vingt.

Il part ensuite pour Hollywood où il trouve quelques petits rôles (notamment dans "Gentleman Jim", de Raoul Walsh). Mais il continue à écrire et s'attaque au roman avec "On achève bien les chevaux" qui sera systématiquement refusé par les éditeurs américains.

Un éditeur anglais, plus avisé, publie le livre en 1937. A partir de là, on pourra constater que l'oeuvre de Mc Coy, sans concession pour la société américaine, sera toujours beaucoup mieux accueillie à l'étranger.

Ainsi, "On achève bien les chevaux" sort, après-guerre, chez Gallimard, et "Un linceul n'a pas de poche"(qui traite de la censure dans les medias) aura même les honneurs de la prestigieuse "collection blanche."

En 1948 cependant, les USA se décident à publier "On achève bien les chevaux."

Le roman se déroule pendant la Grande dépression et met en scène un couple bien décidé à gagner une forte somme d'argent en dansant sans s'arrêter pendant six jours et six nuits, lors d'un marathon de danse.

Mais le succès n'est pas au rendez-vous. Il faudra attendre l'explosion de la fin des sixties pour que, enfin, Hollywood s'empare du sujet avec le film de Sydney Pollak où jouent Jane Fonda et Michael Sarrasin.

Malheureusement, Mc Coy était décédé entretemps, très précisément en 1955, à son domicile de Beverley Hills.

Injustement comparé à "un sous-James Cain", cet auteur de grands romans noirs mérite qu'on le redécouvre. ;o)

 

lundi, août 3 2009

13 Avril 1906 : Samuel Beckett

13 avril 1906, Foxrock, banlieue de Dublin : naissance de Samuel Beckett, poète, dramaturge et romancier irlandais, d'expression anglaise et française, Prix Nobel de Littérature 1969.

Beckett naît dans un milieu aisé et mène d'excellentes études au Trinity College de Dublin d'où il sort BA pour être nommé à un poste universitaire à Paris.

C'est là que le poète irlandais Thomas McGreevy le présente à James Joyce dont le jeune homme deviendra le collaborateur pour les recherches précédant la rédaction de "Finnegan's Wake."

Beckett commence lui-même à écrire à la fin des années vingt mais son premier roman, "Molly", subit le refus de plus d'une trentaine d'éditeurs avant d'être finalement accepté.

C'est par contre en Irlande que le surprend la déclaration de guerre. L'écrivain décide de revenir immédiatement en France où il s'engage très tôt dans la Résistance.

Dans les années cinquante, la confidentialité dans laquelle vit et s'exprime Beckett touche à sa fin : en 1952, le succès de sa pièce en deux actes, "En attendant Godot", pièce-culte, grinçante et désespérée, qui évoque la fin de Dieu, des espoirs et des illusions, lui apporte une notoriété qui culminera au cours de la décennie suivante.

Ses textes et plus encore ses pièces de théâtre sont portés aux nues. On citera pour mémoire "Fin de Partie" en 57 et bien sûr, "Oh les Beaux Jours", qui date de 1963.

Auteur exigeant, au style originellement concis et qui va vers une épuration absolue, Beckett crée un monde désespéré, où tout est fini, où rien ne vaut plus la peine d'être - ou d'être fait. Il faut signaler qu'il commença à écrire tout d'abord en anglais, puis passa au français et, à compter de l'après-guerre, produisit tantôt dans une langue, tantôt dans l'autre.

Peu mondain, pessimiste et volontiers misanthrope, Beckett, qui le considérait comme "une catastrophe", fut tenté de refuser le Prix Nobel que son éditeur français, Jérôme Lindon, alla cependant chercher à Stokholm.

Le dramaturge irlandais est mort le 22 décembre 1989. Il repose auprès de son épouse, au cimetière de Montparnasse. ;o)

  

lundi, mars 30 2009

12 Avril 2007 : Pierre Probst

12 avril 2007, Suresnes : décès de Pierre Probst, dessinateur et créateur de séries pour enfants.

Né en 1913 en Alsace, il fait les Beaux-Arts de Mulhouse et se lance dans la carrière classique des dessinateurs, vendant tout d'abord à la pièce et à droite et à gauche.

C'est Probst par exemple qui créera, après la guerre, le petit chien noir, symbole de la marque Suchard.

En 1953, il a l'idée d'un petit cocker, qu'il baptise Youpi, et d'un chat blanc, nommé Pouf. Il leur donne des compagnons comme Pipo (un chien) ou Noiraud (un chat) et enfin une "maman" qui fédère la petite bande : Caroline.

Toujours vêtue d'une salopette rouge, les cheveux en couettes, Caroline ne semble avoir ni parents, ni famille - bien qu'il me semble me rappeler ses grands-parents. De toutes façons, elle vit de façon très indépendante, avec ses animaux qui se comportent en fait comme des humains (ils l'aident à retaper une nouvelle maison, ils jouent au détective, ils voyagent avec elle, bref, ils sont de toutes ses aventures).

Le succès sera tel qu'il faudra en donner une version plus fouillée, dans la Bibliothèque rose. C'est un certain Lélio qui s'y collera, pseudonyme sous lequel on retrouve en fait Claude Santelli.

Comme pour Harry Potter aujourd'hui, les produits dérivés se déclinent sur tous les tons et la petite Caroline fait le tour du monde.

Pierre Probst est également le créateur de Tim & Poum (en 61) ainsi que de Fanfan (en 1966), un petit garçon aux préoccupations hautement écologistes.

La fraîcheur et la malice des histoires comme des personnages ont permis à ces séries, et surtout à celle de Caroline, de survivre au temps.

Ne nous en plaignons pas : même au siècle d'Internet et du téléphone portable multi-fonctions, ils constituent toujours une excellente première lecture pour les enfants ! (En outre, une série de dessins animés contant leurs aventures est sortie en DVD.) ;o)

vendredi, mars 20 2009

11 Avril 1970 : John 0'Hara

11 avril 1970, Pottsville (Pennsylvanie) : décès de John O'Hara, nouvelliste et romancier.

Fils de médecin, la mort de son père, en 1924, le prive de la possibilité d'entrer à l'université de Yale. Il s'inscrit donc à celle de Niagara, dans le comté de New-York.

Ses premières nouvelles paraissent dans des journaux new-yorkais. Il devient très vite un vrai professionnel en qui Hemingway n'hésite pas à voir le Tchékhov américain.

Mais il a également écrit un certain nombre de romans dont, en 1934, "Rendez-vous à Samarra."

Le titre vient d'une nouvelle de Somerset Maugham où un homme fuit loin de la Mort, qu'il vient de rencontrer sur la place du marché, jusqu'à la ville de Samarra.Mais, le soir-même, la Mort le croise dans les rues de Samarra ...

Ce roman exemplaire dépeint la course au suicide d'un petit-bourgeois américain qui, un jour, ne parvient plus à supporter la vie qu'il mène.

L'action se situe à Gibbsville, calquée bien évidemment sur le Pottsville natal de l'écrivain. Les rapports entre les sexes y sont décrits avec une vigueur qui choque l'époque. En parallèle, O'Hara s'attaque férocement au puritanisme de ses compatriotes.

Autre roman célèbre de O'Hara : "Une Lueur de Paradis", histoire d'un amour qui, peu à peu, vient à mourir sous le soleil californien. Les protagonistes en sont un jeune scénariste hollywoodien et une libraire qui l'aime mais ne se résout pas à accepter sa demande en mariage. Le retour du père de la jeune fille, qui s'incruste dans leur existence, finira par balayer le tout.

Connu pour son irascibilité et pour ses problèmes d'alcool, John O'Hara a toujours usé d'un style particulièrement vigoureux et incisif.

Ses romans ont été réédités depuis peu en France et, comme il est souvent vrai qu'un bon nouvelliste ne fait pas un romancier aussi efficace, il serait sans doute intéressant de pouvoir accéder à une version complète de ses nouvelles. ;o)

jeudi, mars 19 2009

10 Avril 1882 : Dante Gabriele Rossetti

10 avril 1882, Birchington-on-the-Sea (Kent) : décès de Dante-Gabriele Rossetti, poète et peintre.

Fils d'un poète italien immigré à Londres, le jeune Dante compose, à l'âge de 19 ans, un poème qui influera sur toute son oeuvre : "La Demoiselle Elue."

Ami du peintre Ford Maddox Brown, à qui le lia très jeune une relation extrêmement forte, il fondera avec lui et William Holman Hunt, en 1848, la "Preraphaelite Brotherhood" (= "Fraternité pré-raphaélite"), mouvement artistique surtout connu pour ses oeuvres picturales.

Ils devaient être rejoints par d'autres artistes, dont William Harris et Edward Burne-Jones.

En parallèle de sa production picturale, Rossetti composa un nombre considérable de poèmes - sa soeur, Christina, était également poétesse.

Mais à la mort de son épouse, survenue en 1862, suite à une overdose de laudanum (alors en vente libre), il les fit enterrer avec elle et se laissa submerger par la dépression.

En 1871, il fait cependant exhumer le cercueil et y récupère son oeuvre qui est alors éditée et qui scandalise l'Angleterre victorienne tant y abondent les images sensuelles et érotiques.

Rossetti connut hélas ! une fin de vie maussade, où l'envie d'écrire et de peindre l'avait quitté. Il mourut dans une forme de démence sénile, proche de la paranoïa.

Artiste jusqu'au bout des ongles, il dut, à un certain moment, prendre ses distances avec le mouvement qu'il avait contribué à lancer car - et son oeuvre est là pour le démontrer - au-delà la douceur pré-raphaélite, c'est des emportements romantiques qu'il se réclame avant tout.

Ses poèmes sont aisément accessibles en langue anglaise. On notera qu'il fut aussi le traducteur de Dante pour l'Angleterre. Amoureux passionné du Moyen-Age, l'argument de ses dernières toiles lui fut en grande partie fourni par les chroniques arthuriennes. ;o)

Rossetti peint par William Hunt

mardi, mars 17 2009

9 Avril 1821 : Charles Baudelaire

9 avril 1821, Paris : naissance de Charles Baudelaire, critique et poète.

De son père, mort trop tôt, Baudelaire gardera un souvenir qui, allié à l'amour qu'il porte à sa mère, le fera haïr son beau-père, le colonel Aupick à un point tel que, lors des émeutes de 1848, il déclarera crûment souhaiter voir les insurgés s'en prendre à lui.

Renvoyé pour une peccadille du lycée Louis-le-Grand en 1839, il a tout juste vingt-et-un ans lorsque Aupick le fait placer sous tutelle judiciaire, arguant de l'incapacité du jeune homme à gérer son budget personnel.

Pour le poète, l'humiliation est grande mais bien pire encore est cette servitude qui le condamne à vivoter tristement, toujours à la merci de la bonne volonté de son tuteur.

En 1857, paraissent "Les Fleurs du Mal" dont les 500 exemplaires font scandale. Le poète est poursuivi en justice pour "outrage aux bonnes moeurs" et, moins chanceux que Gustave Flaubert, est finalement condamné à une forte amende ainsi qu'au retrait de sept poèmes jugés particulièrement indécents. Parmi eux : "Lesbos" et "Femmes damnées."

Il faudra attendre 1866 et la possibilité d'une édition hors de France, à Bruxelles, pour que les poèmes exclus soient enfin réédités sous le titre "Les Epaves."

Désormais installé en Belgique, Baudelaire s'y déplaît et y écrit quelques pièces vengeresses contre l'état d'esprit, à ses yeux trop bourgeois, trop figé, des habitants du pays.

Alors qu'il visite l'église Saint-Loup, à Namur, il est pris d'un malaise dû à la syphilis qu'il traîne depuis déjà quelques années. Rapatrié à Paris, il y meurt le 31 août 1867. Il est enterré au cimetière de Montparnasse, près de sa mère et ... de son beau-père.

Laissons aux théoriciens le soin d'analyser son oeuvre et d'y traquer les influences flagrantes, telle celle de Victor Hugo. A dire vrai, pour être sensible à la beauté des poèmes de Baudelaire, il faut surtout les lire et s'y immerger.

Ils constituent un mélange de classicisme et de modernisme absolument unique, où l'équilibre demeure quasi parfait en dépit du caractère extrémiste des thèmes choisis.

La poésie baudelairienne est un miracle devant lequel on ne peut que s'incliner et adorer. Et, comme tous les miracles, elle ne se comprend pas : elle est, c'est tout. ;o)

lundi, mars 16 2009

8 Avril 1810 : Hégésippe Moreau

8 avril 1810, Paris : naissance de Pierre-Jacques Roulliot, dit Hégésippe Moreau, poète et conteur.

Son père, Claude Moreau, professeur à Provins, décéda de tuberculose en 1814, sans l'avoir reconnu et sa mère - qui devait mourir elle aussi de la même maladie - se plaça alors chez une certaine Mme Guérard qui décida de payer de bonnes études à l'enfant.

D'abord élève à Provins, il fut ensuite placé au petit séminaire de Meaux, puis à celui d'Avon (non loin de Fontainebleau).

Sainte-Beuve, qui l'estimait fort, affirme qu'il fut un élève doué, y compris dans l'exercice délicat de la versification latine.

Ses protecteurs - sa mère était morte quand il avait à peu près 9 ans - firent tout pour lui donner une situation dans l'imprimerie.

A Provins, il trouva même le moyen de créer un journal : "Diogène", qui fit frissonner d'horreur les petits-bourgeois et dont la carrière éphémère se solda par un échec et par la brouille de Moreau avec ceux qui, jusque là, l'avaient soutenu.

Il repartit alors pour Paris où, de 1834 à 1838, il vécut dans une grande misère.

Son nom commençait à sortir de l'ombre lorsqu'il décéda à l'Hôpital de la Santé, en 1838, victime lui aussi, faut-il le préciser, de la maladie qui avait emporté ses parents.

Son oeuvre compte surtout des poèmes et des contes en prose, accessibles entre autres sur Gallica.

Par la légèreté et le naturel aisé de son style, ses contes en particulier ne sont pas sans rappeler certains fabliaux moyen-âgeux.

Un poète de plus à découvrir. ;o)

samedi, mars 7 2009

7 Avril 1770 : Wordsworth

7 avril 1770, Cockermouth, Cumberland (Royaume-Uni) : naissance de William Wordsworth, poète, l'un des initiateurs du Romantisme anglais.

Après ses études, il entame son tour d'Europe, encore très prisé à l'époque et tombe en pleine Révolution française.

Impressionné par le phénomène, il se déclare très vite partisan des révolutionnaires, ce qui, par la suite, lui causera quelques problèmes en son pays où on le qualifiera de "girondin."

Il a également une liaison avec une jeune Française, à Orléans, qui lui donnera une fille, dont, après la guerre franco-anglaise et les guerres napoléoniennes, il fera tout pour assurer l'avenir matériel.

De retour en Grande-Bretagne, il publie, en 1793, son premier recueil de poèmes : "An Evening Walk", bientôt suivi de "Descriptive Sketches."

Deux ans plus tard, il fait la connaissance de Samuel Coleridge, qui s'adonne déjà à l'alcool et au laudanum afin de soigner certains troubles de sa personnalité, avec qui il composera "Lyric Ballads", véritable manifeste poétique du Romantisme anglais.

Le recueil, qui paraît en 1798, comporte "Tintern Abbey", l'un des poèmes les plus connus de Wordsworth ainsi que la première version de "Rime of Ancient Mariner", le titre peut-être le plus cité de Coleridge.

La vie sociale et sentimentale de Wordsworth sera assez particulière : il vécut longtemps seul avec sa soeur, Dorothy, et celle-ci demeura auprès de lui après son union avec une jeune fille de bonne famille qui devait lui donner un certain nombre d'enfants.

Victime d'un accident, Dorothy Wordsworth restera d'ailleurs à la charge de son frère, à partir de 1835.

Le poète décèdera en 1850.

Bien que l'on puisse considérer son oeuvre comme datée ou vieillie, certains de ses vers restent parmi les plus marquants de la langue anglaise. ;o)

vendredi, mars 6 2009

6 Avril 1862 : Georges Darien

6 avril 1862, Paris : naissance de Georges Adrien, dit Georges Darien, nouvelliste & romancier.

Fils de commerçants aisés, il perd très tôt sa mère. Le remariage de son père avec une catholique forcenée sera à la base de l'anticléricalisme déterminé dont il fera preuve toute sa vie.

Il a tout juste dix-neuf ans quand, devançant l'appel, il s'engage dans l'armée. Au bout de deux ans, en 1883, son insoumission le fait expédier au camp disciplinaire de Biribi, en Tunisie.

De cette expérience douloureuse, il ramènera un roman, intitulé tout simplement "Biribi" et qui, au début, ne trouvera pas preneur. Il sera finalement publié en 1890.

En 1891, Darien, qui s'est rapproché des milieux libertaires, publie un pamphlet singulièrement violent contre Edouard Drumont : "Les Pharisiens."

Il semble ensuite avoir beaucoup voyagé mais les détails exacts sur la vie qu'il mena alors font largement défaut au biographe. Toujours est-il que, de Belgique, il ramène un curieux manuscrit - celui qui le fera passer à la postérité - celui du "Voleur" - adapté au cinéma par Louis Malle, en 1967, avec Belmondo dans le rôle principal.

Dans sa préface, Darien affirme avoir découvert ce manuscrit dans la valise d'un inconnu, rangée dans une petite chambre qu'il avait louée dans un hôtel bruxellois.

Avec le manuscrit, un matériel de cambrioleur ...

De fait, "Le Voleur" conte les raisons qui poussèrent le héros, Georges Randal, à embrasser la profession de cambrioleur. On ne s'étonnera pas d'apprendre que ses raisons ont beaucoup de choses en commun avec l'enfance de Georges Darien ...

Dès sa parution, en 1897, Alfred Jarry rangea "Le Voleur" dans sa Bibliothèque du Dr Faustrolle, bibliothèque parfaitement pataphysique, comme on le sait.

Darien fut aussi dramaturge et obtint quelques succès dans le genre avec, entre autres, "L'Ami de l'Ordre." En 1911, on vit le jeune Sacha Guitry tenir un rôle dans l'une de ses pièces.

Tout au long de sa vie, il participa également de manière très active à nombre de journaux anarchistes.

Il mourut à Paris, le 19 août 1921. ;o)

jeudi, février 26 2009

5 Avril 2005 : Saul Bellow

5 avril 2005, Brookline, Massachussets : décès de Saul Bellow, essayiste, nouvelliste & romancier, Prix Nobel de Littérature 1976.

Fils d'immigrés russes d'origine juive et parfaitement orthodoxes, il était né le 10 juillet 1915, à Lachine, au Québec.

Neuf ans plus tard, son père, qui faisait vivre sa famille en faisant de la contrebande d'alcool, emmena toute la famille vivre à Chicago mais Bellow n'oublia jamais tout à fait ses racines canadiennes.

Il fit une belle carrière universitaire en tant que professeur de sociologie mais durant son engagement dans la marine marchande américaine, en 1944/1945, il s'attela à la rédaction de son premier roman : "The Dangling Man" (= "L'Homme en suspens.")

Le héros y annonce tant d'autres héros de Bellow, fondamentalement incapables de trouver une finalité à leur existence s'ils renoncent à la souffrance qui est la leur. "The Dangling Man" est d'ailleurs fortement influencé par Dostoievski.

Mais ce sont "Les Aventure d'Augie March", écrit à Paris où Bellow bénéficiait d'une Bourse Guggenheim, qui va révéler définitivement l'écrivain en 1953.

Fourmillant de personnages soumis au sexe ou à l'argent, parfois aux deux, le roman a quelque chose d'épique et célèbre la civilisation urbaine à laquelle le personnage principal, le très introverti Augie March, cherche avec constance à s'intégrer.

Dix ans plus tard à peu près, en 1964, autre grand roman de Bellow - en tous cas l'un de ses plus connus dans notre pays : "Herzog" dont le héros passe son temps à écrire à un nombre incroyable de personnes, célèbres ou pas, mortes ou encore en vie, leur racontant son existence mais surtout cherchant à débattre avec eux des grands problèmes qui le troublent.

On citera encore, en 2000, "Ravelstein", livre dédié à un proche de Bellow qui était homosexuel et mourut des suites du SIDA.

Bellow, qui était proche des trotskystes à ses débuts, a aussi conté son désenchantement face à la gauche américaine, dans un roman paru en 1970, "Mr Slammer's Planet", et qui moque férocement les étudiants en rébellion, les Black Panthers et les revendications gauchisantes.

Lucide, Saul Bellow déclarait, un peu avant sa mort : "De nos jours, dans ce pays, il y a des questions qui sont devenues taboues et qu'on ne peut plus aborder. C'est dommage et c'est dangereux."

Un auteur à ne pas négliger. ;o)

  

mercredi, février 25 2009

4 Avril 1846 : Lautréamont

4 avril 1846, Montevideo, Uruguay : naissance d'Isidore Ducasse, dit le comte de Lautréamont, homme de lettres.

C'est en effet sous cette dernière appellation qu'il est mentionné sur son certificat de décès, établi à Paris le jour de sa mort, le 24 novembre 1870.

Sur sa tombe, on indique qu'il mourut poitrinaire mais on n'en sait pas plus sur la mort brutale de ce jeune homme de vingt-deux ans.

Il était fils d'un Français, chancelier au Consulat de France à Montevideo, et d'une Uruguayenne.

Pour ses études, il est envoyé dans le sud de la France, chez les Jésuites. Cette éducation ne l'empêchera apparemment pas d'être recalé tant au baccalauréat ès lettres qu'au baccalauréat ès sciences.

Il retourne alors dans son pays natal pour y préparer sérieusement le concours d'entrée à Polytechnique.

Il ne semble pas l'avoir présenté. A la place, il écrit un livre étrange, six chants de prose poétique d'une violence tout à fait étonnante pour l'époque : "Les Chants de Maldoror."

Ce recueil, où se mêlent les apostrophes ironiques au lecteur, les images déroutantes, qu'on pourrait croire issues d'un rêve hallucinatoire ou d'un délire à la Jérôme Bosch, et une révolte brûlante absolument contre tout, exercera une influence considérable sur les Surréalistes.

Ceux-ci pourtant auraient pu ne jamais en avoir vent sans l'éditeur belge qui, après la mort de Lautréamont, fit voir ce livre à ses amis et relations.

Après l'avoir lu, Alfred Jarry devait le déclarer hautement pataphysique - le summum pour le créateur du Père Ubu.

Lautréamont - qui avait probablement trouvé son pseudonyme dans les pages d'Eugène Sue - écrivit encore deux recueils de poésies, dont le premier parut de son vivant. ;o)

mercredi, février 18 2009

3 Avril 1783 : Washington Irving

3 avril 1783, Manhattan, New-York : naissance de Washington Irving, journaliste, nouvelliste & romancier.

Avocat par formation, il commença à écrire dans un journal new-yorkais qu'avait créé son frère.

Puis, en 1809, il a l'idée d'écrire, sous le pseudonyme de Dietrich Knikerbocker, une "Histoire de New-York" dans laquelle il évoque son enfance et aussi les premières années de Manhattan.

Le succès du livre est tel que le terme "Knickerbocker" est toujours donné de nos jours aux descendants des premiers immigrés d'origine hollandaise vivant à New-York.

"Knickerbocker" qualifiera également l'école littéraire américaine dont Washington Irving sera l'initiateur.

Dix ans plus tard environ, le romancier rassemble, dans les "Cahiers de Geoffrey Crayon", une série de nouvelles inspirées du folklore germanique et hollandais.

Parmi elles, le fameux "Sleepy Hollow" et "Rip Van Winkle" qui vaudront à leur auteur une renommée internationale.

Après la mort de sa mère, Irving résida dix-sept ans en Europe, allant d'Angleterre (où il eut une liaison avec Mary Shelley) en Espagne. Il écrivit d'ailleurs un certain nombre de livres historiques sur l'Espagne.

Washington Irving fut aussi le premier auteur américain à oser évoquer la dégradation des relations entre les tribus indiennes et les colons blancs.

Premier romancier américain à avoir conquis une renommée internationale, il fut le mentor d'écrivains comme Hawthorne ou Poe.

Il est mort le 28 novembre 1859.

mardi, février 17 2009

2 Avril 1840 : Emile Zola

2 avril 1840, Aix : naissance d'Emile Zola, journaliste, critique, essayiste & romancier.

Fils d'un ingénieur italien et d'une Française, il devient orphelin de père à l'âge de sept ans et voit sa mère vivoter vaille que vaille dans les ennuis financiers.

Après d'assez bonnes études à Aix, où il sera le condisciple de Paul Cézanne, lequel restera son ami jusqu'à la parution de "L'Oeuvre", le jeune Emile se présente deux fois au baccalauréat. Il sera recalé deux fois pour défaut ... d'orthographe. ;o)

Dégoûté et pressé par les problèmes financiers, Zola trouve alors un petit emploi dans les Douanes, qu'il abandonne au profit d'un poste de commis aux emballages chez Hachette.

Il ne tarde pas à devenir chef du département publicité de Hachette et c'est là qu'il commence à se faire un certain nombre de relations dans le milieu littéraire.

En 1866, il se fait journaliste mais ce qu'il veut, c'est écrire une seconde Comédie humaine car le futur chef du Naturalisme se maintient pour l'instant dans la droite ligne de Flaubert et de Balzac.

L'intérêt qu'il porte aux progrès de la science, la certitude, un peu naïve, que la science règlera tous les problèmes de l'Humanité, vont pousser Zola à fonder sur ces thèses la pièce-maîtresse de son oeuvre : la série des Rougon-Macquart.

Il y dresse le tableau d'une famille de Plassans, petite ville qui ressemble comme une soeur à Aix, dont l'aïeule, Adélaïde Fouque, va léguer à ses descendants, légitimes et illégitimes, un certain nombre de troubles de la personnalité.

Si la démonstration semble un peu simpliste, les romans, eux, témoignent, à quelques rares exceptions près, d'une puissance et d'un style qui révèlent le créateur de génie.

On ne peut évidemment les citer tous mais on rappellera "L'Assommoir" (le plus puissant, le plus noir de tous), "Pot-Bouille", charge jubilatoire et féroce contre la bourgeoisie, "Nana" qui dresse un portrait tout aussi impitoyable du demi-monde sous le Second empire, "Germinal", véritable hymne aux mineurs ou encore "La Terre" où l'écrivain nous révèle une paysannerie aussi dure et mesquine que la bourgeoisie.

Les Rougon-Macquart prendront vingt-trois ans de la vie de leur créateur, de 1870 à 1893. Puis, Zola mettra en chantier le cycle des "Trois Villes" et enfin, celui des "Evangiles", que sa mort mystérieuse, en 1902, laissera inachevé.

Emile Zola fut un auteur engagé. Il défendit les Impressionnistes contre vents et marées et joua un rôle primordial dans la révision du procès d'Alfred Dreyfus en publiant dans "L'Aurore", le 13 janvier 1898, sa "Lettre ouverte au Président de la République", mieux connue sous le nom de "J'accuse."

La haine qui déferla alors sur "Zola l'Infâme", "Zola le Pornocrate", était la culmination de celle qu'il avait suscitée avec des romans aussi dérangeants que "L'Assommoir" et "Germinal."

La façon dont il mourut, asphyxié dans sa chambre, après le passage de ramoneurs imprévus, a prêté le flanc à polémiques, certains voulant voir là-dedans un assassinat pur et simple.

Quoi qu'il en soit, par son génie, par sa force de travail quasi balzacienne et par le courage dont il fit preuve dans l'Affaire Dreyfus, Emile Zola reste l'un des plus grands écrivains qu'ait jamais eus la littérature française - et mondiale. ;o)

 

lundi, février 16 2009

1er Avril 1966 : Flann O'Brien

1er avril 1966, Dublin : décès de Brian O'Nolan, dit Flann O'Brien, chroniqueur et romancier.

Pour Edna O'Brien, il fait partie, avec Joyce et Beckett, de la sainte trinité des grands auteurs irlandais et James Joyce lui-même le reconnut comme son égal.

Ce fonctionnaire, qui fut secrétaire de nombre de ministres irlandais, oeuvra cependant toujours, sans exception, dans la veine satirique.

Son premier roman, "La Kermesse Irlandaise", parut en 1939, en partie grâce à Graham Greene qui s'en était régalé.

Il a pour héros un étudiant cossard et alcoolique qui imagine pas moins de trois débuts pour un livre qu'il compte écrire sur un certain Tallis, lequel écrit lui aussi, et sur des gens ayant eux aussi envie d'écrire sur Tallis.

En 1940, O'Brien propose aux éditeurs - qui seront unanimes à le refuser - le manuscrit du "Troisième Policier" où le héros (qui est mort mais ne le sait pas encore), se retrouve dans une contrée où le vol de bicyclette est activement combattu par des policemen qui, en fait, volent eux-mêmes les bicyclettes dans l'intérêt des autochtones ...

En 1941, O'Brien rédige, mais cette fois en gaélique, le plus connu de ses textes : "Le Pleure-Misère", allégorie sur la famine qui sévit si longtemps en Irlande et où apparaît Bonaparte O'Coonassa, une espèce d'anti-héros.

Vingt ans plus tard, ce sera "Une Vie de Chien", axé sur deux frères dont l'un gagne sa vie en donnant des cours par correspondance de funambulisme ...

Pour O'Brien, l'humour est le seul mode d'approche qui permette d'aborder à peu près tous les sujets.

Un humour fortement marqué au coin du loufoque et du cynisme, un humour jubilatoire également car, à bien la regarder, la Vie, malgré ses noirs, n'est-elle pas risible ?

Pas un seul instant cependant, O'Brien n'oublie la tendresse qu'il porte à son pays. Ce qui ne l'empêche pas de railler doucement le rôle de victimes si cher aux coeur de trop d'Irlandais. Un auteur à découvrir, ça ne fait pas un pli. ;o)__

  

mercredi, janvier 21 2009

31 Mars 1926 : John Fowles

31 mars 1926, Leigh-on-Sea (Essex) : naissance de John Fowles, essayiste et romancier.

En sortant d'Oxford, il devient professeur de littérature et part enseigner en France et en Grèce.

En 1963, il publie un premier roman : "L'Obsédé", qui, par son réalisme, l'alternance des deux points de vue opposés (celui du ravisseur et de sa victime) et enfin la montée crescendo de l'horreur dans les deux dernières parties du livre, le propulse immédiatement sur la liste des best-sellers.

On y voit un jeune fonctionnaire londonien, maniaque des collections de papillons, qui décide d'enlever la femme sur laquelle il fantasme et de la tenir dans sa cave, ainsi qu'il y retiendrait un spécimen rare.

Le succès du roman est tel que le cinéma s'en empare : Terence Stamp et Samantha Eggar recevront chacun un oscar pour leur interprétation des deux héros.

Dans "Le Mage", son second roman, Fowles prend pour héros un jeune professeur parti enseigner en Grèce où il sera confronté à deux jumelles et à leur père, lesquels vont l'amener à se poser tant de questions sur lui-même qu'il en frôlera la folie.

Autre roman extrêmement connu de John Fowles : "Sarah & le Lieutenant français", dont l'action se déroule en Angleterre, à l'époque victorienne, et qui relate le parcours d'une femme profondément anti-conformiste.

Là aussi, le succès inspirera un film, avec Meryl Streep et Jeremy Irons.

Par le style et les idées, John Fowles semble s'être classé de son vivant dans le courant post-moderniste, aux côtés par exemple d'un Paul Auster ou d'un Vladimir Nabokov.

Mais quand on le lit, on se rend compte qu'il est tout-à-fait atypique. Par la construction soignée de ses intrigues et son amour de la digression, ce sont les grands du XIXème siècle qu'il rappelle. Mais par le recul qu'il apporte dans sa description des faits et des états d'âme de ses personnages, il est très XXème siècle.

A noter ses réflexions sur l'écriture et les mots, toutes plus enrichissantes les unes que les autres. ;o)

lundi, janvier 19 2009

30 Mars 1844 : Paul Verlaine

30 mars 1844, Metz : naissance de Paul Verlaine, poète.

La difficulté qu'avait rencontrée sa mère pour mener une grossesse à terme fera de Verlaine un homme éternellement dépendant de son complexe d'Oedipe et favorisera ses tendances bisexuelles.

Bon élève au lycée Condorcet, à Paris, il tombe sous la double fascination de l'absinthe et de la poésie baudelairienne alors qu'il a tout juste seize ans.

Mais l'étroit noeud de vipères que forment en lui son goût pour la bohême et le respect pour les ambitions petites-bourgeoises de sa mère le pousse cependant à passer des concours administratifs qui le transformeront à ses débuts en employé municipal de la Mairie de Paris.

A la même époque à peu près, il tombe amoureux de Mathilde Mauté, la soeur de l'un de ses amis, et envisage on ne peut plus sérieusement l'épouser.

Ce qu'il fait effectivement en 1870. Un an plus tard, Mathilde, qui a eu un fils de son mari, demande le divorce.

Ce n'est pas tant la prise de position du poète pour la Commune - qu'il reniera ensuite - qui est ici en cause. Ce sont son alcoolisme envahissant, sa brutalité (y compris envers son fils), ses sautes d'humeur et, bien entendu, sa relation avec Arthur Rimbaud. Amoureux éperdu du jeune homme, Verlaine a en effet quitté sa femme et son fils pour suivre "l'homme aux semelles de vent" en Belgique.

Mais jusque dans ses liaisons homosexuelles, Verlaine conserve son caractère violent, excessif, inquiétant. Rimbaud, qui n'est pas lui-même un ange mais ne tient guère à mourir plus tôt que prévu, se lasse et porte plainte après que son amant ait cherché à lui tirer dessus. Il retirera très vite sa plainte mais Verlaine atterrit en prison.

Là, cet homme étrange connaît une crise de mysticisme aussi sincère que l'étaient ses débauches, et qui le jette droit dans les bras du catholicisme. Son enfermement est en outre période faste pour le poète qui compose là quelques uns de ses meilleurs vers.

D'excès en excès, d'homme en femme et de femme en homme, toujours soumis à la Fée Verte, Verlaine passera le reste de sa vie à traîner à la remorque de sa mère. Usé, alcoolique mais révéré par les Symbolistes et tête de file des Décadents, il mourra dans la misère, à l'âge de 52 ans, quelque temps après le décès de Mme Verlaine.

Délicats, fondés sur l'assonance et la rime impaire, d'une finesse sans égale, ses vers expriment le plus souvent la mélancolie, la fadeur triste des vieilles nostalgies ou alors la glorification d'une chair que, pourtant, le poète ne peut s'empêcher de lier étroitement à la Mort. L'un de ses plus beaux recueils porte d'ailleurs le nom de "Les Saturnales" et, par là-même, semble revendiquer l'antinomie foncière qui, pas un seul instant, ne cessa de présider à la vie comme à l'oeuvre de Paul Verlaine, le Prince des Poètes. ;o)

dimanche, janvier 18 2009

29 Mars 1902 : Marcel Aymé

29 mars 1902, Joigny (Yonne) : naissance de Marcel Aymé, nouvelliste, dramaturge et romancier.

De son enfance dans le Jura, à une époque où triomphait la séparation de l'Eglise et de l'Etat, Marcel Aymé tirera l'un des thèmes majeurs de son oeuvre : les tensions villageoises entre anti-cléricaux et cléricaux.

Elève assez médiocre, il fait un certain nombre de petits métiers avant de se tourner vers l'écriture.

En 1929, son roman "La Table aux Crevés", qui se déroule justement dans un petit village tiraillé entre divers clans, reçoit le Prix Renaudot et fait connaître son nom.

En 1933, il s'installe définitivement dans la littérature française avec "La Jument Verte", autre chronique villageoise où, sur fond d'anti-cléricalisme, s'affrontent les deux plus puissantes familles du coin. Le succès en est exceptionnel.

Aymé rédige également nombre de nouvelles et ce sont essentiellement des nouvelles qu'il donnera à "Je suis partout" sans jamais se compromettre pour autant avec l'idéologie de l'occupant.

Son indépendance autant que sa fidélité à ses amis collaborationnistes (Céline et Brasillach entre autres) le font montrer du doigt à la Libération. Mais Marcel Aymé, anarchiste et franc-tireur dans l'âme, ne l'entend pas de cette oreille et, dès 1948, sort "Uranus", roman d'un rare courage où collabos et partisans sont renvoyés dos à dos.

A la même époque, il remporte de grands succès avec des pièces comme "Lucienne & le Boucher" ou "Clérambard" et le cinéma achète les droits de nombre de ses oeuvres, dont la fameuse "Jument ..."

L'écrivain a presque toujours mis son style, précis et sans fioritures mais non dénué de poésie lorsqu'il décrit la nature et les petites gens, au service du fantastique ("La Vouivre" - "Les Oiseaux de Lune") et de l'absurde (l'essentiel de ses nouvelles), le tout assaisonné d'une dose prononcée d'allègre férocité et d'humour noirissime ("La Tête des Autres".)

Volontiers cynique et sans guère d'illusions sur l'espèce humaine, Marcel Aymé reste un prodigieux conteur qu'on a toujours grand plaisir non seulement à lire mais encore à relire.

Si vous ne connaissez de lui que les incontournablement scolaires "Contes du Chat Perché" avec Delphine & Marinette, courez donc vous procurer d'urgence d'urgence "La Jument Verte", "Le Passe-Muraille" ou "Uranus" sans oublier l'intégrale de ses textes pour le théâtre : vous découvrirez ainsi ainsi quel grand auteur fut et demeure Marcel Aymé. ;o)

samedi, janvier 17 2009

28 Mars 1868 : Maxime Gorki

28 mars 1868, Nijni-Novgorod : naissance d'Alexei Maximovitch Peshkov, mieux connu sous le pseudonyme de Maxime Gorki (= Maxime l'Amer), essayiste, nouvelliste et romancier.

Orphelin très jeune de père, orphelin de mère à dix ans, il fut élevé par un grand-père violent et une grand-mère douce, gaie et pieuse dont il restitue admirablement les caractères dans "Enfance", premier volume de ce que l'on peut considérer comme son autobiographie.

Son grand-père l'enleva de l'école pour le mettre au travail alors qu'il n'avait que douze ans. Puis, à la mort de sa grand-mère, en 1887, le jeune homme fait une tentative de suicide qui laissera des séquelles à l'un de ses poumons et permettra plus tard à la tuberculose de triompher.

Son expérience de la vie chez les pauvres en Russie, en milieu rural ou urbain, Gorki s'en sert dès son premier ouvrage : "Essais & Histoires" qui paraît en 1898 et dont le succès dépasse les frontières de la Russie.

Dès l'année suivante, Gorki affiche sa sympathie pour les socialistes, ce qui lui vaudra très vite la surveillance de la Tchéka tsariste.

Au demeurant, toute sa vie, Gorki sera épié et surveillé par les polices russe, puis soviétique. Bien qu'il ait fait la connaissance de Lénine en 1902 et ait sympathisé avec lui, le même Lénine lui adressera une lettre dépourvue d'équivoque pour le menacer de mort lorsqu'il commencera à critiquer le régime bolchevique - ce qu'il fit très tôt.

Pour des raisons de santé, pour des raisons policières aussi, Gorki alternera donc les séjours à l'étranger et les retours dans son pays natal à peu près jusqu'en 1929 où Staline entreprend de le convaincre de s'établir définitivement en URSS.

On ne sait toujours pas avec exactitude pourquoi Gorki, homme pétri de contradictions mais conscient de l'hypocrisie des dictateurs, quels qu'ils soient, finit par accepter datcha et avantages dispensés par Staline. Certains - dont Soljenitsyne - avancent des soucis pécuniaires importants.

Toujours est-il que le système soviétique récupérera l'auteur de "La Mère", roman emblématique de l'écrivain qui demeure pourtant l'une de ses plus mauvaises productions en tant qu'écrivain.

Il est d'ailleurs assez triste - mais guère étonnant - de constater que, autant la plume de l'écrivain se fait alerte dans toute la part réaliste et poétique de son oeuvre, autant elle devient lourde et plate dans ses textes engagés.

Maxime Gorki est mort le 18 juin 1936, dans des conditions jugées douteuses. Officiellement, ce fut une pneumonie, alliée au chagrin qu'il avait ressenti à la mort brutale (et tout aussi douteuse) de son fils, Maxime, en 1935, qui l'aurait emporté. Officieusement, des rumeurs ont couru imputaient à Staline l'assassinat pur et simple de l'écrivain.

Une chose est certaine en tous cas : aux obsèques de Gorki, qu'il avait ordonnées comme devant être nationales, Staline figurait parmi les porteurs du cercueil ... ;o)

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