Les Manuscrits Ne Brûlent Pas.

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Littérature anglo-saxonne (sauf Irlande et USA).

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samedi, août 1 2009

Grandeur & Décadence - Evelyn Waugh

Decline & Fall

Traduction : Henri Evans

Difficile - et impossible pour moi jusqu'à encore tout récemment - d'imaginer un auteur anglais doté d'un sens de l'humour aussi loufoque que celui de P. G. Wodehouse mais qui, en outre, serait profondément, viscéralement aigri et méchant. Il a pourtant existé : c'était Evelyn Waugh.

Aigri et méchant ne veut pas dire obligatoirement - surtout chez un écrivain - dépourvu de talent. Du talent, Evelyn Waugh en avait à revendre : provocateur, grinçant, lucide, amer. Mais tout cela, il l'enrobe, dans "Grandeur & Décadence", de cette ironie propre à l'homo brittanicus, mêlée, pour plus de sûreté tout de même (lorsqu'il écrivit ce roman largement autobiographique, Waugh n'était rien moins que certain d'obtenir un semblant de succès) d'une naïveté admirablement jouée qui laisse leurs illusions d'orgueil aux membres de la gentry susceptibles de se reconnaître dans ces pages.

Naïf - et jeune - est en effet le héros de cette histoire, Paul Pennyfeather, qui, à l'image de son créateur, se voit exclu de Scone College parce qu'un futur lord complètement saoul et quelques condisciples tout aussi alcoolisés l'ont contraint à déambuler un soir en caleçon dans les couloirs du noble établissement. Paul est issu d'une famille correcte mais il ne fait pas partie des Honorables et ne portera jamais de titre. Sa fortune est aussi modeste que son physique et ses capacités intellectuelles. Malgré tout, sans la déplorable débauche d'une bande d'étudiants nés, eux, avec une cuillère d'argent dans la bouche, et surtout sans la nécessité pour les autorités du collège de gommer toute l'affaire et de la remplacer par un attentat à la pudeur imputable au seul Pennyfeather, celui-ci aurait eu une existence tranquille.

Au lieu de cela, poursuivi par ce manque de chance initial tout au long de "Grandeur & Décadence", Paul connaîtra toutes sortes d'aventures dont la dernière le mènera droit dans les geôles de Sa Très Gracieuse Majesté, accusé cette fois de proxénétisme à la place de sa fiancée, mère de l'un de ses anciens élèves et héritière d'un nombre impressionnant d'entreprises douteuses en Amérique latine. La mère d'un futur comte et pair du Royaume ne pouvant décemment être suspectée de connaître même le sens du mot "proxénétisme", Paul, agneau résigné, est sacrifié sur l'autel de la Bonne conscience des juges. Certes, son ex-fiancée le fera sortir de sa prison au bout de quelques années, et l'expédiera à Corfou, le temps de se refaire une santé sous une nouvelle identité. Mais elle se remariera en définitive avec l'aristocrate imbibé qui avait été à l'origine des premiers déboires de Pennyfeather à Scone College.

L'ensemble sautille de façon allègre, avec un sens de l'absurde qui inspire le respect et un cynisme si aimable qu'il parvient le plus souvent à masquer l'amertume de l'auteur et le mépris qu'il ressent envers le système de castes en vogue dans son pays natal. Un système dont Waugh a toujours voulu cependant qu'il le reconnût comme l'un de ses membres : une bonne part de l'amertume et de la méchanceté auxquelles il donne si souvent libre cours vient sans doute de cette fêlure contradictoire qui dormait au fond de lui - et qu'il n'ignorait pas ... ;o)

vendredi, novembre 7 2008

Le Directeur - Anthony Trollope

The Warden Traduction : Richard Crevier

Premier volume des "Chroniques du Barsetshire", "Le Directeur" surprend par le réalisme, il faut bien l'écrire, par la minceur de son intrigue.

Le réalisme car l'histoire a en effet pour toile de fond la campagne contre les malversations auxquelles se livraient certains membres du clergé anglican. Le feu avait été mis au poudre par les accusations portées contre un aumônier du chapitre de Winchester, le comte de Guildford, lequel avait effectué d'importants détournements de fonds en puisant évidemment dans la manne ecclésiastique. La presse s'en était mêlée, notamment le "Times" que Trollope désigne dans son roman sous le nom de "Jupiter."

La minceur car les attaques qui se déchaînent contre le Directeur de l'Hospice de Barchester, le doux Mr Harding, vont amener celui-ci à réfléchir au bien-fondé des émoluments qu'il perçoit et, se sentant blessé injustement, à y renoncer pour se retirer dans une cure plus modeste. Sorti de là, il n'y a plus rien dans "Le Directeur."

De part et d'autre de Mr Harding, s'agitent les personnages secondaires - et parfois encombrants, tel son gendre, le Dr Grantly, un révérend plutôt pompeux qui fait beaucoup de bruit pour rien. Ou encore tel son futur gendre - Mr Harding a deux filles et la seconde, Eleanor, n'est pas encore mariée - John Bold, un propriétaire terrien réformateur et impulsif qui est le premier à émettre des doutes sur l'équité avec laquelle sont répartis les bénéfices de l'Hospice.

Tout se termine relativement bien mais, je dois l'avouer, peut-être parce que le sujet n'était pas vraiment très passionnant (même s'il a dû passionner les foules de l'époque), j'ai éprouvé certaines difficultés à aller jusqu'au bout du "Directeur."

J'ai tenu bon essentiellement parce que l'ironie de Trollope est perceptible sous sa prose assez lourde et que l'on discerne chez lui une sorte de réalisme à la Flaubert, le désir méticuleux et intègre de rendre un compte fidèle à son lecteur. Mais il n'y a ici ni légèreté, ni flamme. Plus précisément, c'est comme si toutes deux se percevaient à travers une épaisse couche de glace. Ce qui laisse une impression de frustration : elles sont là, pourquoi ne réussit-on pas à les atteindre ? ...

Une relecture s'imposera, c'est sûr. Ainsi que la lecture d'un autre Trollope, probablement. ;o)

mercredi, octobre 29 2008

Arlington Park - Rachel Cusk

Arlington Park Traduction : Justine de Mazères

Commençons, si vous le voulez bien, par les qualités de ce livre. ;o)

Tout d'abord, le sens du portrait de son auteur dont l'analyse des caractères est souvent subtile. Rachel Cusk plonge et approfondit, scrute pratiquement à la loupe la moindre parcelle de la personnalité de ses héroïnes.

Ensuite, le don réel de suggérer ce qu'elle ne dit pas un peu comme le faisait la regrettée et inégalée Katherine Mansfield.

Et puis - j'en suis désolée - nous nous arrêterons là pour les compliments.

Car je n'ai toujours pas compris comment on pouvait - comment on osait - qualifier "Arlington Park" de roman. En fait, il s'agit d'une suite de nouvelles plus ou moins longues et évidemment inégales tournant autour des désillusions de cinq femmes mariées. Le fond est féministe et, si l'auteur parvient à éviter la caricature, elle ne fait pas non plus oeuvre originale.

Le mariage d'abord, l'égoïsme du mari en matière de tâches ménagères (à l'exception de celui de Christine, je crois, mais, manque de chance, celui-là , Rachel Cusk laisse entendre qu'il fait du racisme primaire), l'ingratitude des enfants et leur égocentrisme, l'esclavage inhérent à la condition féminine, de quelque côté de la planète qu'on se trouve, voilà les grands thèmes. Certes, ils existent mais il n'y a ici aucune flamme pour les attaquer ou les railler - et ça fait une sacrée différence.

Rien de nouveau donc sous le soleil - ou plutôt sous la pluie car il pleut beaucoup sur Arlington Park, élément naturel que Cusk dépeint, je l'admets, avec cette passion unanimement partagée par les Celtes et les Anglo-Saxons.

En outre, il n'y a pas d'intrigue. Les personnages se rencontrent, échangent leurs points de vue, vont faire quelques courses, etc ... Tout cela dans le cercle circonscrit d'Arlington Park. Ces dames se plaignent, pleurent, estiment leur vie ratée, ne se projettent que dans un avenir lui aussi borné et puis voilà.

D'abord incrédule, puis impatient et enfin résigné, le lecteur accueille la dernière page avec une indicible sensation de soulagement. (En poche, de toutes façons, cela vous fait 263 pages.) Ouf ! Il a quand même lu le livre recommandé, dans un choeur parfait, par les libraires français. Il en vient à se demander si lesdits libraires, eux, l'ont bel et bien lu jusqu'au bout - pour moi, je vous le dis, j'en doute fort - mais ça, c'est une autre histoire ...

Roman et nouvelle, on ne le répétera jamais assez, sont deux arts diamétralement opposés. Si la seconde peut se contenter de suggérer à traits si fins qu'ils finissent par ressembler à un filigrane, si elle n'a pas non plus besoin d'une intrigue cohérente et/ou complexe, le premier, au contraire, exige profondeur, véhémence, difficultés, avec des personnages qui ne passent pas trois cents pages à discourir sur les beautés de leur nombril, et une, voire des intrigues solides, cadencées avec, au minimum, un ou deux rebondissements.

Rachel Cusk n'est pas une romancière. Elle n'en a ni le souffle, ni la carrure, ni l'art du récit. En revanche, en tant que nouvellistes, elle a toutes ses chances - pourvu qu'elle travaille aussi durement que le firent un Tchékhov, une Mansfield ou un Maugham. Pour l'instant en effet, elle est en devenir, c'est tout. ;o)

mardi, octobre 21 2008

Route des Indes - E. M. Forster

A Passage to India Traduction : C. Mauron

Compte tenu du nombre important de cinéphiles qui hantent ces lieux, je ne leur ferai pas l'injure de suggérer l'idée qu'ils puissent ignorer le thème central de "Route des Indes." Si je la rappelle donc, ce sera de manière très succincte et seulement à l'intention de celles et ceux qui n'ont pas lu le livre, pas plus qu'ils n'ont vu le film.

Adela Quested, jeune Anglaise de bonne famille qui a l'intention d'épouser Ronny Moore, magistrat colonial dans la petite ville de Chandrapore, arrive aux Indes sous le chaperonnage de sa future belle-mère, Mrs Moore. Celle-ci s'étant prise de sympathie pour le Dr Aziz, celui-ci invite les deux femmes à visiter avec lui et une bonne escorte les grottes voisines de Marabar. Pour diverses raisons, Miss Quested se retrouve seule dans l'une d'entre elles et déclarera par la suite avoir été agressée par un homme l'y ayant suivie. Cet homme, affirme-t-elle en un premier temps, c'est le Dr Aziz ... Scandale général, arrestation du médecin, levée de boucliers des amis du Dr Aziz, climat d'émeute, procès ... et coup de théâtre avec la rétractation de Miss Quested.

Quand il rédigea ce livre, E.M. Forster souhaitait en faire un plaidoyer vibrant contre la politique impérialiste de la Grande-Bretagne, notamment aux Indes. Comme cheval de bataille, les préjugés racistes des Anglais lorsqu'ils s'installaient dans leurs colonies.

De ce point de vue, "Route des Indes" est une réussite absolue. Le problème, c'est qu'on comprend mal comment l'auteur peut se révolter aussi vertueusement contre le racisme de ses compatriotes alors qu'il semble trouver tout naturel le mépris avec lequel ses héros musulmans envisagent les Hindouistes.

A moins qu'il n'y ait racisme et racisme ? ... Ou que ce qui est racisme chez certains ne soit que droit parfaitement légitime chez les autres ? ... :O( Je suis désolée mais en ce qui me concerne, je ne vois pas de différence : ou bien l'on reconnaît l'universalité du racisme, ou bien on a la pudeur de se taire.

Je n'ai pas non plus saisi pourquoi les moqueries envers les interdits alimentaires respectés par les Hindouistes et que Forster place dans la bouche d'Aziz et de ses amis, devaient être considérées comme de l'humour. Evidemment, si l'écrivain avait raillé de même - et avec un dédain similaire - les interdits alimentaires de l'islam et du christianisme, j'aurais applaudi des deux mains. Mais c'est loin d'être le cas.

Plus grave encore si j'ose dire, l'image de la femme qui est ici véhiculée. La seule qui s'en sorte avec les honneurs le paie bien cher : la malheureuse est morte en effet depuis des années et il s'agit de la première épouse du Dr Aziz, laquelle respectait comme de juste tous les interdits en vigueur chez les Indiens musulmans, dont celui de la purdah. A part elle, les femmes - en particulier les Occidentales - sont classées en trois grandes catégories :

1) celles qui n'existent pas - Forster ne leur donne jamais la parole et le plus beau compliment qu'il leur fasse, c'est de les trouver "gracieuses" - à savoir les épouses des Indiens de Chandrapore, musulmanes et hindoues ;

2) les pimbêches prétentieuses, racistes et sectaires : les épouses, filles, soeurs, etc ... des Anglais en poste à Chandrapore. Elles sont, à la limite, plus racistes que les Anglais de sexe mâle - et croyez-moi, ce n'est pas peu dire ;

3) et enfin les hystériques : Miss Quested bien sûr qui accuse, se rétracte et sème la pagaille là où elle passe, ainsi que, à la limite, sa future belle-mère, Mrs Moore, que son expérience personnelle dans les grottes de Marabar transforme en vieille bique aigrie et détestable, à la frontière de la folie.

Quand elle est aussi haineuse, la misogynie constitue bel et bien, n'en déplaise à certains, une forme particulièrement répugnante de racisme. E.M. Forster le pratiquait visiblement tous les jours. Le fait qu'il n'ait pas eu le courage de rompre le cordon ombilical avant le décès de sa mère éclaire certainement la question d'un jour nouveau mais ne constitue pas pour moi une excuse valable.

Et les hommes, me direz-vous ? Comment les dépeint-il ? ... En gros, il y a :

1) les bons (les Indiens musulmans et un seul Anglais, Fielding, l'instituteur, alter ego vraisemblable du vertueux auteur)

2) et les méchants (les Indiens hindouistes et tous les autres Anglais).

Seul Indou non musulman à tirer son épingle du jeu : un jeune Intouchable presque aussi beau qu'un dieu (grec, sans doute ;o) ) devant lequel on sent presque se pâmer la plume de Forster. (Encore sa beauté est-elle ignorante, avec quelque chose de stupide : normal, non ? c'est un Indien hindouiste ... )

Bref, de cette "Route des Indes" dont le manque de subtilité n'a pas fini de m'étonner, je n'ai voulu sauver personnellement que quelques descriptions locales - et c'est bien tout.

Truman Capote, qui avait eu l'occasion de faire la connaissance de Forster, a dit de lui qu'il appartenait à l'espèce des "folles." De fait, "Route des Indes" me semble en effet (et c'est dommage) exsuder toutes les haines, toutes les frustrations, toutes les terribles aigreurs des "folles" qui, contrairement à l'homosexuel-type, présentent à la fois les pires défauts des femmes unis à tous ceux des hommes. ;o)

mardi, juillet 1 2008

L'Obsédé (L'Amateur) - John Fowles

The Collector Traduction : Solange Lecomte

Bien avant qu'il ne fût à la mode d'explorer les méandres sanglants de l'imaginaire des psychopathes sexuels, John Fowles eut l'idée de dépeindre l'un d'eux et sa victime, enfermés dans une vieille maison de la banlieue londonienne. Comme son personnage principal avait, tout enfant, monté une collection de papillons - parmi lesquels il confessait un grand faible pour les spécimens frappés de mutations génétiques, les "aberrations", selon le terme d'usage - l'écrivain trouva son titre presque immédiatement : "The Collector."

Certains ont évoqué, à propos de ce roman bien particulier, la "Lolita" de Nabokov. On le comprend mal, et même pas du tout car si Humbert-Humbert, tout pédophile qu'il soit, parvient malgré tout à émouvoir le plus récalcitrant de ses lecteurs, Frederick l'Obsédé ne nous atteint pas. Le talent de Fowles, même s'il est à mille lieues de la poésie flamboyante de Nabokov, n'est pas en cause : en fait, le romancier n'a pas souhaité autre chose. Pédophile improbable, Humbert-Humbert a encore un coeur, fût-il monstrueux ; le personnage de Fowles, lui, glaçant de réalisme, n'a plus, quand on le quitte, rien d'humain.

La construction du récit nous permet d'accéder aux deux points de vue, radicalement antinomiques, des deux "héros" : Frederick, qui s'est rebaptisé Ferdinand par référence au duo d'amants, Ferdinand/Miranda, d'une pièce de Shakespeare, et Miranda, sa victime, qui, tout au fond d'elle-même, finira par le surnommer Caliban.

La partie dévolue à l'Obsédé est de loin la plus impressionnante car, avec une grande habileté, Fowles nous le fait voir, glissant d'un état où, malgré tout, il ressent encore un peu de culpabilité jusqu'à celui où, après la mort de la jeune femme, cet esprit malade envisage, avec un sang-froid absolu, aussi simplement que s'il envisageait d'aller faire ses courses le lendemain au marché du coin, de réitérer l'expérience avec une partenaire qui, cette fois, se montrera plus docile.

L'impuissance sexuelle du personnage, son désir de la masquer sous une volonté de "pureté" aux fortes connotations religieuses, sont évidemment à l'origine de sa perversion. Comme dans tant d'autres histoires, réelles ou imaginées, du même type, on retrouve également une Image maternelle extrêmement ambiguë.

Au texte, on pourra reprocher quelques longueurs - surtout dans le Journal de Miranda mais, après tout, la jeune fille, emprisonnée dans la cave de la maison, doit bien occuper son temps, n'est-ce pas ? - quelques digressions sur l'art et la philosophie. Il pourra aussi déconcerter par sa sécheresse quasi clinique. Mais, tout compte fait, n'était-ce pas l'effet recherché par l'auteur ? Et Frederick et Miranda ne sont-ils pas, dans notre bibliothèque, comme deux spécimens que nous observons au travers d'un prisme littéraire, uniquement pour notre plaisir de lecteur-voyeur ? ...

Un livre dérangeant. A plus d'un titre. ;o)

dimanche, juin 15 2008

Kiss Kiss - Roald Dahl

Kiss Kiss Traduction : Elisabeth Gaspar

Un recueil de onze nouvelles, bien plus noir dans son ensemble que le recueil "Bizarre Bizarre."

Prenons la nouvelle "Gelée royale" par exemple. C'est l'un des textes les plus abominables que j'ai jamais lus. Et pourtant, les nouvelles d'épouvante et de terreur, j'y connais tout de même un certain rayon ! ;o)

Au coeur de "Gelée royale", un jeune couple qui vient d'avoir un bébé. La maman est inquiète car sa petite fille pleure beaucoup et ne se nourrit pas. Bientôt, si cela continue, il faudra appeler le médecin et peut-être la transporter à l'hôpital. La malheureuse mère est épuisée.

Son mari - vous ai-je précisé qu'il est apiculteur ? Non ? Eh ! bien, voilà qui est fait - décide de prendre l'affaire en main. Et ça marche puisque, dès que la mère, reposée, reprend l'enfant pour la faire têter, la petite a déjà accepté tous les biberons de son père.

Cependant, d'abord apaisée, la mère s'inquiète à nouveau : son bébé semble "profiter" un peu trop, son mari se perd dans d'étranges discours et ce duvet jaune et noir qui semble apparaître sur le dos de l'enfant, qu'est-ce que c'est ? ...

"Gelée royale", que je ne relirai pas de sitôt car elle laisse son lecteur dans un état de profond malaise, donne le ton du recueil. Certes, çà et là, il faiblit un peu ("La Logeuse", première nouvelle du livre, est tout à fait raisonnable) mais, avec "William & Mary" ou "Edward le Conquérant", on revient allègrement à l'abominable. Rien de vraiment igore/i, d'ailleurs : tout est tranquille et presque douillet.

J'avoue avoir été très surprise : je ne connaissais pas un Roald Dahl aussi noir. Le noir passerait cependant si l'humour était plus sensible. Mais le déséquilibre est total : trop de noirceur à mon goût, pas assez de gaieté, fût-elle féroce. L'ensemble laisse une impression de tristesse, de désespoir même et aussi de sérieux qui dérange et bloque le rire.;o)

mardi, juin 3 2008

Le Treizième Conte - Diane Setterfield

The Thirteen Tale Traduction : Claude & Jean Demanuelli

Parce qu'elle a écrit une étude fouillée sur les rapports entretenus par les frères Goncourt, la fille d'un libraire spécialisé est contactée par la célèbre romancière Vida Winter, désireuse de faire rédiger sa biographie.

La jeune fille accepte, sous réserve de pouvoir contrôler les dires de sa cliente et de recevoir la promesse solennelle que Vida, éternelle affabulatrice, ne dira cette fois-ci que la stricte vérité.

Commence alors une longue et passionnante histoire familiale, racontée selon le mode classique et avec peu de retours en arrière. Au centre de l'intrigue, deux jumelles, Emmeline et Adeline et la relation puissante qui est la leur. Mais dans le fond, est-on bien sûr de leur identité respective ? ...

Sur la quatrième de couverture, tout cela est bien alléchant, surtout que l'on évoque au sujet de ce roman "Jane Eyre" et même "Les Hauts de Hurle-Vent." On ne déniera pas à Diane Setterfield de connaître à fond ses classiques anglais - et quelques autres. Son travail est soigné et même perlé, son style poli et repoli et son sens de la chute qui fait rebondir le récit, remarquable. Sans lui d'ailleurs, je doute qu'elle eût pu faire aussi bien.

Le lecteur lambda accrochera donc à ce récit glauque sans trop se poser de questions. Les autres accrocheront aussi car on veut savoir le fin mot de l'histoire mais ... Comment résumer l'impression que ce livre m'a laissée si ce n'est par ces mots : "Une copie ne vaudra jamais l'original."

Eh ! oui, ce dont manque cruellement, à mes yeux, ce "Treizième conte", c'est la puissance et la folie qui font le grand, le vrai roman. Tout ici est minuté, tout s'enchaîne sans un seul grain de sable, tout est bien huilé ... trop. La passion n'est pas au rendez-vous de ce livre pourtant habilement construit mais dont la superbe façade, si solide qu'elle soit, ne dissimule pas en fait grand chose.

Nous sommes loin des délires des soeurs Brontë, croyez-moi. ;o)

dimanche, février 3 2008

La Maison du Sommeil - Jonathan Coe

The House of Sleep Traduction : Jean Pavans

Un modèle de construction où les chapitre impairs narrent une action se déroulant en 1983/1984 tandis que les pairs sont concentrés dans la deuxième quinzaine de juin 1996. Les personnages, quant à eux, sont exactement les mêmes, avec une quinzaine d'années en plus. L'un des protagonistes des années 80 est néanmoins décédé.

Tous se sont croisés alors qu'ils vivaient à la résidence universitaire d'Ashdown, une demeure impressionnante nichée sur la côte anglaise. En ce temps-là, Gregory, étudiant en médecine brillant mais terriblement froid, a eu une liaison, vite rompue, avec Sarah, une jeune fille fragilisée par sa propension à s'endormir au beau milieu d'une activité et à qui il arrivait, en outre, de confondre rêve et réalité.

Robert, autre étudiant du coin, est tombé amoureux fou de Sarah. Mais celle-ci, après sa rupture avec Gregory, lie une relation homosexuelle avec Veronica, féministe avérée. Terry, quant à lui, étudie le cinéma et ne jure que par les films d'auteurs.

Quinze ans plus tard, le destin de tous ces personnages a suivi son cours et parfois de façon très curieuse. Ainsi, le dormeur boulimique que fut jadis Terry est devenu un critique cinématographique connu pour son insomnie chronique. Sarah, revenue à l'hérérosexualité, est institutrice et songe à Robert, lequel a un jour disparu d'Ashdown sans laisser de traces et qui ne lui a plus jamais donné de nouvelles. De Veronica, Coe ne nous dit pas grand chose. Quant à Gregory ... Je laisse au lecteur le plaisir de découvrir ce qu'il est advenu de lui. Et sur Robert non plus, je n'ajouterai rien de plus.

L'insomnie de Terry l'ayant conduit à ne plus dormir du tout pendant plusieurs jours, il accepte de se faire soigner par le Dr Dudden, grand spécialiste des troubles du sommeil. Le fait que Dudden a monté sa clinique dans l'ancienne résidence universitaire d'Ashdown n'est évidemment pas étranger à cette décision.Et bien entendu, à peine arrivé à la clinique, Terry se rémémore bien des souvenirs ...

Allègre et mené de main de maître, ce roman n'est sans doute pas ce que l'on peut appeler une oeuvre majeure mais il se lit avec plaisir et curiosité. Les insomniaques, les gros dormeurs et, de façon générale, tous ceux qui connaissent, à quelque titre que ce soit, des troubles du sommeil seront les premiers conquis car Jonathan Coe a su capter et restituer le mystère à la fois fascinant et épuisant que représentent le sommeil et ses rêves.

Les personnages sont complexes et bien campés. Et même si le lecteur se doute un peu trop facilement de la fin prévue par l'auteur, "La Maison du Sommeil" reste un livre particulièrement ... délassant. ;o)

L'Infortunée - Wesley Stace

Misfortune Traduction : Philippe Giraudon

C'est dans l'une de ses chansons, "Miss Fortune", que l'auteur a puisé l'inspiration pour ce roman qui a pour cadre l'implacable époque victorienne. Les relations hétérosexuelles n'y étaient déjà pas vues d'un bon oeil, alors, l'homosexualité, voire pire : la bisexualité, surtout masculine, on devine aisément quels jugements on portait alors sur elles - quand on acceptait d'en parler, évidemment. ;o)

Cet épais roman, illustré çà et là (lettrines des chapitres et cartes) par Wesley Stace lui-même, évoque les grandes productions littéraires de l'époque dickensienne. Il en a les thèmes de base : l'enfant illégitime et rejeté qui aurait dû mourir mais est recueilli par un bienfaiteur inattendu ; les jalousies des autres héritiers du bienfaiteur ; une captation d'héritage et, bien entendu, un retournement de situation qui sauve le héros.

Le prologue, qui voit le jeune Pharaoh, petit valet à tout faire d'une faiseuse d'anges, traverser un Londres terrifiant de misère pour aller se débarrasser sur un tas d'ordures du supposé cadavre d'un nouveau-né, ainsi que les trois premières parties, qui racontent dans l'ordre le sauvetage du nourrisson par un jeune aristocrate qui rêve d'avoir un enfant - une fille - sans se voir contraint de procréer, l'installation du nouveau-né (en qualité de bébé mâle) à Lovehall, le récit de son enfance et de son adolescence avec ses premières réflexions qu'il ne peut manquer de se faire sur son identité sexuelle et enfin le triomphe des Affreux Héritiers à la mort de lord Lovehall, tout cela est très bien mené et dans la droite ligne de ces histoires dont raffolaient les victoriens - et que nous continuons de célébrer, mais modernisées, sous la forme des soap-operas américains.

Là où ça commence à pécher un peu, c'est dans les deux dernières parties, lorsque Rose (le héros-héroïne) s'enfuit de Lovehall, puis finit par être accepté par la moitié de sa famille "adoptive" qui désapprouve les agissements des Affreux Héritiers. Rapatrié à Londres chez ces braves gens, il y retrouve sa mère adoptive (afin que sa "fille" eût une véritable enfance, lord Lovehall avait épousé sa bibliothécaire) et la famille de l'intendant du domaine. Signalons d'ailleurs qu'il est amoureux de la fille de l'intendant, qui fut, avec son frère, Robert, sa compagne de jeux : Sarah. La romance s'affirme et personne n'y trouve rien à redire bien que Rose préfère s'habiller en femme. Sarah se retrouve même très vite enceinte.

De rebondissement en rebondissement, il appert, à la fin du livre, que Rose est bel et bien un descendant direct des seigneurs de Lovehall. Du coup, les Affreux Héritiers doivent lui restituer ses biens. Et tout est bien qui finit bien. Dans l'épilogue, Rose Old Lovehall meurt, quasi centenaire et n'ayant jamais renoncé à sa double nature, induite plus par l'éducation que par sa nature physique.

Ca se dévore plus que ça ne se lit, l'auteur tient son héros en haleine de bout en bout mais certains détails font tiquer. Par exemple le fait que, à Londres, Rose puisse déambuler habillée en femme. Elle le fait voilée, certes mais il lui arrive de retirer ce voile. Selon moi, à l'époque victorienne, un sergent de ville aurait été tout de suite appelé par une bonne âme : le livre escamote ce problème.

De plus, si la réflexion sur l'identité sexuelle (naturelle et/ou conditionnée) est très, très intéressante, on reste tout de même sceptique sur l'absence de tendances homosexuelles chez Rose. Adolescente, elle manifeste une attirance envers Sarah mais pour le lecteur, qui sait bien que Rose est en vérité de sexe masculin, il n'y a là aucune trace de lesbianisme.

Il existe cependant une scène très ambiguë - la seule qui évoque une homosexualité possible - lorsque Rose révèle à son cousin qu'elle appartient en fait au même sexe que lui.

Bref, un bon roman populaire, qu'on prend un réel plaisir à lire mais qui, à mes yeux en tous cas, ne tient pas toutes ses promesses.

PS : le style est assez dense et respecte, lui aussi, l'ambiance générale. ;o)

The Servant - Robin Maugham

The Servant/Line on Ginger/Pay Bearer £ 20 Traduction : Jean Fayard

De ce trio de nouvelles, deux au moins - les deux premières - ont été adaptées au cinéma. Le succès du film éponyme de Joseph Losey, avec Dirk Bogarde et Edward Fox, ne se dément toujours pas et son interprétation tout comme sa mise en scène ont contribué à en faire un film-culte.

Dans ce recueil, "The Servant" arrive loin en tête. C'est la meilleure, la plus glauque, la plus ambiguë, la plus originale aussi car Robin Maugham y rompt avec une manière de faire qui, probablement, lui avait été inspirée par l'oeuvre de son oncle, Somerset, prince de la nouvelle dans un style plus proche de Maupassant que de Mansfield.

Un célibataire indolent engage une espèce de domestique-majordome, professionnel de très grande qualité mais personnage trouble qui évince peu à peu les amis des deux sexes (dont le narrateur) qui gravitaient autour de son maître et finit par lui imposer son mode de vie à lui, dans une relation aux relents à la fois bisexuels et pédophiles.

Tout l'art du conteur est ici de suggérer plus qu'il n'affirme et pourtant "The Servant" est d'une violence extrême. S'y mêlent la honte qui nimbe l'homosexualité comme la bisexualité masculine dans l'Angleterre de l'époque et le dégoût qu'inspire une perversion telle que la pédophilie.

A noter que les personnages principaux sont moins policés que les versions données par Fox et Bogarde.

A côté d'une perfection comme celle-là, les deux nouvelles suivantes ne peuvent qu'apparaître plus faibles. Le sujet de "Line on Ginger" est pourtant très intéressant : en rentrant chez lui un soir, le narrateur tombe inopinément sur un cambrioleur qui n'est autre qu'un ancien camarade de combat. Il lui donne sa parole de ne pas appeler la police mais un malheureux concours de circonstances semble prouver au contraire qu'il les a appelés. Le cambrioleur prend la fuite et le narrateur, soucieux de se justifier et interpellé par la situation dans laquelle il vient de retrouver son frère d'armes, décide coûte que coûte de découvrir sa cachette autant pour se justifier que pour essayer d'améliorer l'ordinaire de celui qui, pour lui, demeure "le Rouquin."

Dans ce but, il reprend contact avec les différents hommes ayant survécu à la patrouille où le Rouquin fut porté disparu. Ce qui donne au lecteur un portrait très réaliste de l'Angleterre de l'Après-guerre.

A l'issue de la nouvelle, le Rouquin accepte d'accompagner le narrateur dans une croisière, loin de l'Angleterre. Je précise que le narrateur est en apparence des plus hétérosexuels. Maintenant, le lecteur peut se poser quelques questions.

"Pay Bearer £ 20" tient également du souvenir de guerre : un homme part à la recherche d'un ancien camarade de régiment, lui aussi porté disparu. Au cours de son périple au Moyen-Orient, il découvre que le disparu a eu un fils d'une Bédouine et s'interroge sur la nécessité de ramener l'enfant à la civilisation de son père.

La faiblesse apparente des deux dernières nouvelles vient peut-être en partie du style adopté : ici, tout est dit, rien n'est laissé à l'imagination du lecteur et on n'y rencontre aucune de ces ombres qui enveloppent "The Servant" du début jusqu'à la fin. ;o)

vendredi, février 1 2008

Mansfield Park - Jane Austen

Mansfield Park Traduction : Denise Getzler

Avec "Emma", "Mansfield Park" est le roman le plus épais de Jane Austen. La première fois que je l'ai lu, j'en suis sortie assez déconcertée, peut-être d'abord par la traduction mais aussi par la carrure, très cendrillonnesque, de l'héroïne. Et puis, à la faveur d'une rhino-pharyngo-chose qui me privait du plaisir de lire à haute voix, j'ai repris l'ouvrage et je lui ai découvert un certain charme.

Les trois soeurs Ward ont fait des mariages bien différents. La grande beauté de Maria, l'aînée, lui a permis de séduire Sir Thomas Bertram, possesseur d'une très belle demeure sise dans la campagne anglaise et dénommée Mansfield Park. La seconde, de physique plus discret, a dû se rabattre sur un parent de son riche beau-frère, le pasteur Norris. Quant à la troisième, Frances, aussi belle que l'aînée mais plus tête folle, elle s'est éprise d'un lieutenant de marine sans revenus ni prétentions.

Lady Bertram a eu quatre enfants : Thomas, Edmund, Julia et Maria. Mrs Norris n'en a eu aucun. Frances Price en a au contraire toute une ribambelle.

Un jour, bien que les relations entre Mansfield Park et la famille Price soient des plus épisodiques, Frances écrit à sa soeur pour lui demander de prendre à sa charge l'éducation de l'un de ses enfants. Après quelques hésitations, les Bertram se décident pour la fille aînée, Fanny, qu'ils accueillent donc en leur demeure avec la ferme intention de lui donner la meilleure instruction possible tout en lui faisant bien comprendre la différence de condition qui la sépare de ses cousins.

Mais les Bertram ne sont pas vraiment méchants et, peu à peu, chacun à sa manière, ils s'attachent à Fanny dont le meilleur ami dans la maison devient son cousin Edmund. Bref, la vie ne serait pas si mauvaise pour l'adolescente, n'était sa tante Norris qui, pour des raisons mesquines, ne manque pas une occasion de lui rappeler qu'elle est d'une condition inférieure à toute la maisonnée Bertram, etc, etc ...

Quelques années plus tard, alors que tous sont devenus des jeunes gens - Tom fait la noce à Londre, Edmund envisage de se faire ordonner, Maria vient tout juste de se fiancer à un hobereau local d'une parfaite stupidité et Julia cherche encore la perle rare - les affaires de lord Bertram le requièrent personnellement aux Antilles, où il possède une plantation. Il s'absente pour à peu près un an et, comme le veut le proverbe, les souris se mettent alors à danser ...

Non la pauvre Fanny bien sûr dont la principale fonction, à Mansfield Park, est de tenir compagnie à l'indolence d'idole de lady Bertram mais les enfants Bertram que trouble fort l'arrivée au presbytère de Mary et Henry Crawford.

Henry, le frère, commence à faire la cour à Julia, puis à Maria. Quant à Mary, elle s'est mise en tête de séduire Edmund et y réussit assez bien, au grand dam de Fanny qui, sans s'en être aperçue, est tombée amoureuse de son cousin. Là-dessus vient se greffer le retour de Tom et de l'un de ses amis, Mr Yates, passionné de théâtre amateur ...

Conte de fées moral, "Mansfield Park" récompense les bons et les généreux et châtie les superficiels et les égoïstes. Mais on y retrouve en filigrane le mépris austenien pour les conventions sociales qui se basent sur les "espérances" d'une fille à marier pour déterminer si la jeune fille en question est digne ou non d'être aimée. Le regard que porte la romancière britannique sur l'establishment de son époque est toujours aussi féroce et lord Rushworth par exemple, le fiancé, puis l'époux trahi de Maria, a tout de la caricature impitoyable.

Autre caricature, dont la sottise et l'étroitesse d'esprit ne peuvent manquer d'indigner le lecteur : Mrs Norris, toujours prête à s'émerveiller devant ses nièces Bertram parce que celles-ci ont leurs revenus assurés et qui traiterait la pauvre Fanny comme un paillasson si on la laissait faire.

Un roman à déguster tranquillement, tout en sachant qu'il est peut-être le plus conventionnel de ceux qu'écrivit Jane Austen. ;o)

mercredi, octobre 24 2007

Le Golem de Londres - Peter Ackroyd. ( III )

George Gissing, que Ackroyd présente comme ayant épousé une prostituée. Il n'est pas difficile d'imaginer le scandale, à l'époque car Gissing était un gentleman.

Un peu plus sur George Gissing. (Oui, je sais, c'est en anglais : raison de plus pour rouvrir vos vieux livres de cours. ;o))

Le Golem de Londres - Peter Ackroyd. ( II )

Dan Leno (de son vrai nom George Wild Galvin) dans le rôle de Ma Mère l'Oie, à Drury Lane, dont il fut le directeur avant de mourir en 1904, probablement de la siphylis, à l'âge de 43 ans - De nos jours, il semble établi que, sur cette maladie endémique du XIXème siècle, se soit greffée une tumeur au cerveau, à l'origine du comportement souvent très excentrique de cet authentique génie de la scène cockney qui n'hésitait pas à se travestir, en tous cas sur les planches.

Dan Leno au naturel, avec en prime l'un de ses désopilants monologues sur Mrs Kelly.

Le Golem de Londres - Peter Ackroyd. ( I )

Dan Leno & The Limehouse Golem Traduction : Bernard Turle

C'est partagé entre deux impressions opposées que l'on sort de ce livre. Tout d'abord, on pense qu'il ne s'agit là que d'un petit roman qui conte le parcours d'un (ou d'une) psychopate dans le Londres victorien. Le style en est dense, très "XIXème" d'ailleurs mais sans recherches excessives : c'est du littéraire correct, de bon ton mais sans plus. Bref, on serait presque déçu. Et pourtant, on a envie de lire d'autres oeuvres de Peter Ackroyd.

Pourquoi ?

C'est que cet auteur a une façon tout à fait inhabituelle de traiter le Temps au travers de l'écriture. Une façon qui, sur le plan purement technique, n'est absolument pas extraordinaire et pourtant, si on se laisse porter, on n'est pas loin d'évoquer cette manière sociale qui était le propre des grands romanciers du XIXème, Zola en France ou Dickens en Grande-Bretagne. C'est puissant, solide et surtout - plus que chez Zola qui, sauf peut-être dans "La Joie de Vivre", s'est défié toute sa vie des interventions du "Ca" - c'est souterrain.

De plus, ce qui ne gâte rien, Ackroyd est visiblement un passionné d'Histoire et un être véritablement cultivé - un peu à la manière de Umberto Eco mais sans le côté latin de celui-ci.

Et l'intrigue, me direz-vous ? Eh ! bien, nous sommes en 1880, soit huit ans avant l'entrée en scène de Jack l'Eventreur, à Whitechapel. Un assassin invisible et insaisissable opère à Londres, dans une enclave de Whitechapel, Limehouse. Mais s'il tue tout d'abord une prostituée, il s'en prend ensuite à un vieil érudit juif et finit par massacrer toute une famille, pour faire pendant au meurtre de Mr et Mrs Marr et leurs enfants, qu'évoque Thomas de Quincey dans son célèbre "De l'assassinat considéré comme un des Beaux-Arts."

L'opinion publique a fini par donner à cet assassin le surnom de "Golem de Limehouse" et, pour le lecteur du XXème siècle, il y a de toute évidence rapprochement entre ce surnom et le roman de Gustav Meyrinck : "Le Golem", dans lequel cette figure d'une légende juive devient en fait l'âme du vieux Prague. Dans "Le Golem de Limehouse", c'est Londres qui est ici en vedette, plus précisément l'East End et sa misère, avec tout ce que la pauvreté peut inspirer (et imposer) d'horreurs à l'être humain.

Ackroyd alterne un récit à la troisième personne avec les passages d'un journal tenu par l'assassin présumé. En arrière-plan, de plus en plus envahissante, l'épouse de l'assassin, Elisabeth Cree, ancienne artiste de music-hall et partenaire de l'un des artistes les plus célèbres de l'époque : Dan Leno, qui officia même à Sandrigham, ce qui lui valut le surnom de "Bouffon des Rois."

Apparaissent aussi épisodiquement Karl Marx, Oscar Wilde, l'écrivain George Gissing (qui sera suspecté un temps), très souvent à la Bibliothèque du British Museum.

Toujours sous-jacents, le thème de l'homosexualité, affirmée ou pas, et celui de bl'identité sexuelle/b qui domine en fait l'intégralité du roman même si on ne s'en aperçoit pas tout de suite.

Un livre déconcertant qui est, à mon avis, de ceux qui méritent une relecture car il ressemble à ces tableaux qui paraissent ne pas représenter grand chose ou alors quelque chose de tout à fait banal, mais qui, si on les approche au plus près - si l'on is'enfonce /idans le tableau - révèlent une incroyable richesse. ;o)

jeudi, août 16 2007

Ma Vie de Geisha - Iwasaki Mineko & Rande Brown.

Geisha, a life Traduction : Isabelle Chapman

Bon, alors, comment dire ? ... Je vais être brutale : inutile de l'acheter si vous voulez le lire. Franchement, il ne vaut pas le détour : vite lu, vite oublié.

On pouvait cependant s'attendre à mieux pour un ouvrage censé avoir été écrit sur les indications de celle dont on a dit "qu'elle était la plus grande geisha de sa génération." Mais non : ni le charme, ni surtout la crédibilité ne sont au rendez-vous.

A lire cette prose qui fait parfois penser - est-ce un effet pervers de la double traduction, une première fois en anglais, une seconde fois en français ? - à celle d'une midinette (et encore une pas bien fine), le métier de geisha ne serait que fleurs et pétales de cerisiers.

Impasse est faite par exemple sur l'intérêt qu'avaient les parents de l'héroïne à vendre non pas une mais trois de leurs filles à l'okya Iwasaki. Idem pour le rite du mizuage.

D'autre part, la jeune Mineko aurait été traitée dès le départ dans l'okya comme une reine authentique : apprentissage doux où elle garde toujours à l'esprit que, de toutes façons, elle sera l'héritière de la maison.

Bien entendu, dans ce livre, les geishas n'ont pas de "protecteurs" déclarés et tout est pour le mieux dans le plus moral et le plus raffiné des jardins japonais.

Un conte de fées bien fade, sans aucune profondeur. Lisez plutôt : "Mémoires d'une Geisha" de Inoué Yuki ou encore "Le Miroir des Courtisanes" de Sawako Aryoshi.;o)

lundi, août 13 2007

Oiseaux, Bêtes & Grandes Personnes - Gerald Durrell.

]Birds, Beasts & Relatives Traduction : Léo Lack.

Parce qu'il n'avait pas tout raconté sur son enfance à Corfou et que sa famille l'avait, paraît-il :wink:, menacé d'un procès s'il complétait son récit, Gerald Durrell décida d'écrire "Birds, Beasts & Relatives", traduit en français sous le titre "Oiseaux, bêtes et grandes personnes."

La famille Durrell n'a pas changé ou fort peu : Larry, l'aîné, aime toujours l'écriture, le whisky, les originaux un peu dingues et aussi le fait de se sentir incompris ; Leslie est toujours aussi amoureux de la chasse et des sports ; entre ses recettes de cuisine et son jardinage, Mère est toujours un ange de patience. Et si Margo fait - peut-être - un peu moins de régimes pour son acné, Gerry, le petit dernier, est toujours animé par la même volonté farouche de remplir la maison de specimens à la fois rares et instructifs de la faune et de la flore corfiotes.

Autour d'eux, les personnages secondaires sont eux aussi fidèles à leur image : Spiro sauve Leslie des griffes de la justice locale en pratiquant une corruption éhontée ; Lugaretzia, la bonne des Durrell, appelée à témoigner contre ses patrons, prend tous les saints grecs à témoin de la malhonnêteté du paysan qui ose poursuivre Leslie devant la cour ; Théodore Stephanidès distille ses histoires pétillantes d'humour et puis, de nouvelles têtes font leur apparition.

Sven, tout d'abord, un sculpteur homosexuel en plein chagrin d'amour. Puis Max et Donald (sont-ils homosexuels ? ma foi, on n'en sait rien mais ils vivent ensemble) et enfin l'inénarrable capitaine Creech dont l'hétérosexualité débridée ira jusqu'à prendre pour cible une Mrs Durrell absolument furibonde. Tous bien entendu sont des connaissances de Larry Durrell. Ne pourrait-on voir d'ailleurs dans cette passion de l'aîné pour les excentriques de tout poils une préfiguration de l'intérêt de naturaliste qui caractérise son petit frère ?

Les descriptions de l'île, de ses animaux et de ses plantes sont toujours magnifiques. Seul bémol : le livre s'achève sur la déclaration de guerre, en 1939 et cela confère à l'ensemble une douce note nostalgique, celle des années à jamais enfuies et qu'on ne peut revivre qu'en les fixant à jamais dans l'encre et le papier. ;o)

samedi, août 4 2007

Féeries dans l'Ile - Gerald Durrell.

My Family & Other Animals Traduction : Léo Lack

J'ai fait la connaissance de la famille Durrell alors que je devais avoir 9-10 ans et par l'intermédiaire de "Télé-7-Jours", revue de programmes télévisés qu'achetaient mes parents et qui, dans les années soixante-dix, publiait régulièrement un feuilleton en encart. Chaque semaine, je recueillais précieusement ces pages spéciales et j'ai longtemps conservé celles de "Oiseaux, Bêtes & Grandes Personnes", autre ouvrage où le naturaliste Gerald Durell met en scène les membres de sa famille.

Je me rappelle encore combien je m'étais amusée à dévorer ce livre qui me dépeignait une île de Corfou chaleureuse et un peu folle, avec de superbes promenades dans la nature et quelques unes des plus belles descriptions du monde animal que - je m'en rendis compte plus tard - j'aie jamais lues. Le tout abondamment saupoudré d'humour et de pittoresque.

Quelques années plus tard, j'appris que l'auteur avait également produit "Féeries dans l'Ile", en anglais : "My Family and other animals" - qui, logiquement, se situe avant "Oiseaux ..." Et je finis par me le procurer chez J'ai lu.

Avec le temps, l'édition d'"Oiseaux, Bêtes & Grandes Personnes" comme celle de "Féeries dans l'Ile" disparurent de ma bibliothèque car j'eus le tort de les prêter.;o( A ce jour, je n'ai pu retrouver le premier - mais je n'ai pas renoncé, les bouquinistes en sont témoins. Le second, je l'ai débusqué chez les Chiffonniers d'Emmaüs, dans une édition vieillie de "La Guilde du Livre" sur laquelle je veille avec l'amabilité d'un pittbull atteint d'arthrose.

Dès le premier chapitre, sobrement intitulé "La migration", on entre de plein pied dans une famille Durell accablée par la maladie : l'un a les oreillons, l'autre une crise d'acné, le troisième enfin un rhume épouvantable. Tous sont alors en Angleterre où, bien que le mois d'août soit en vue, le temps est complètement pourri.

Je vais laisser ici la parole à Gerald Durrell qui, mieux que personne, vous donnera l'idée exacte du ton (inimitable) qu'il a su insuffler à son livre :

... ... " Il est temps de faire quelque chose ! (dit Larry.) Comment veux-tu que j'écrive une prose immortelle dans cette atmosphère ?

- Oui, mon chéri," dit Mère d'un air vague.

- Ce dont nous avons tous besoin," dit Larry, revenant à ses moutons, "c'est de soleil ... d'un pays où nous puissions nous épanouir.

- Oui, mon chéri, ce serait bien agréable," dit Mère, qui ne l'écoutait pas.

- "J'ai reçu ce matin une lettre de George ... Il dit que Corfou est merveilleux. Pourquoi ne pas partir pour la Grèce ?

- Oui, mon chéri, si tu veux," dit Mère dans un moment d'inattention.

(Lorsqu'il s'agissait de Larry, Mère évitait généralement de se compromettre.)

- "Quand ?" demanda Larry, assez surpris de cette approbation.

S'avisant qu'elle avait commis une erreur tactique, Mère posa sur ses genoux les "Recette faciles d'après Rajputana."

- "Eh ! bien, tu pourrais peut-être partir avant, mon chéri, pour préparer les choses. Tu m'écrirais pour me dire si c'est agréable et nous te rejoindrions."

Larry lui jeta un regard foudroyant.

- "Tu as déjà dit ça quand j'ai suggéré d'aller en Espagne, et j'ai passé deux mois interminables à Séville, à attendre ta venue. Non, si nous allons en Grèce, allons-y tous ensemble.

- Vraiment, tu exagères," dit Mère d'un ton plaintif. "En tous cas, je ne puis partir ainsi. Il faut que je prenne des dispositions au sujet de la maison.

- Des dispositions ? quelles dispositions ? Tu n'as qu'à la vendre.

- C'est impossible, mon chéri !" dit Mère, scandalisée.

- "Pourquoi ?

- Mais je viens de l'acheter !

- Eh ! bien, vends-la pendant qu'elle est encore intacte.

- C'est ridicule, mon chéri," dit Mère avec fermeté, "et absolument hors de question. Ce serait une folie."

Nous vendîmes donc la maison et, telle une bande d'oiseaux migrateurs, prîmes la fuite, loin du lugubre été anglais. ... ..."

Pas un instant, ni le rythme de l'action, ni le sens de l'humour ne faiblissent tout au long de ces 280 pages parmi lesquelles, au gré de ses préférences, on retiendra soit l'"attaque" de Larry Durrell (futur auteur du "Quatuor d'Alexandrie" et grand ami de Henry Miller et d'Anaïs Nin) par une maman scorpion enfermée dans une boîte d'allumettes avec tous ses bébés par un Gerry déjà animé d'une ardeur de chercheur, soit le saccage de la chambre de l'écrivain par les Pilles, soit la description malicieuse des amis "artistes" du même Larry débarquant à la Villa Jonquille, soit encore l'évocation des différents "précepteurs" que le souci d'une éducation bien menée poussa Mrs Durrell à donner au plus jeune de ses enfants.

Avec cela, une foule de personnages dits "secondaires" mais que le lecteur n'est pas près d'oublier : Spiro, le chauffeur de taxi qui se posera très vite comme le mentor des Durrell à Corfou ; Lugaretzia, la bonne hypocondriaque, toujours prête à raconter ses problèmes intestinaux ou gastriques, Théodore Stéphanidès, le botaniste lunaire aux mille et une histoires farfelues sans oublier les animaux eux-même : Quasimodo le pigeon, Achille la tortue, les deux abominables Pilles, toujours à l'affût d'un mauvais coup, Geronimo le gecko, Roger, Widdle et Puke (les chiens de Gerry) face à Dodo (la chienne de Mère) plus les innombrables araignées, insectes et autres larves dont l'étude minutieuse comble de joie le jeune Gerry pratiquement depuis le berceau.

Un livre à relire si vous avez la chance de le posséder. Sinon, courez l'acheter : la déprime ne saurait résister à un pareil antidote. ;o)

jeudi, août 2 2007

Crime par Ascendant - Ruth Rendell.

The Blood Doctor Traduction : Johan-Frederik Hel-Guedj

En dépit de quelques longueurs et de pas mal de complexités qui peuvent rebuter le lecteur lambda, "Crime par Ascendant" est un roman passionnant que l'on dévore d'un bout à l'autre bien que, on le sent tout de même, nous soyons loin avec ce livre d'un crime classique.

Comme dans "Le Journal d'Asta", c'est un peu comme si Rendell affinait la définition du mot "meurtre." Je m'explique : un parent qui abuse sexuellement de ses enfants ne les "tue" pas au sens physique du terme ; mais il tue pourtant en eux quelqu'un qui ne ressuscitera plus jamais au cours de leur vie d'adulte. Pourtant, même si la loi reconnaît ce parent passible d'un crime dans le cas où il se fait prendre, elle ne saura le condamner pour meurtre.

Et pourtant, il s'agit bel et bien d'un meurtre.

Dans le cas de Henry Nanther, médecin ordinaire de la reine Victoria et spécialiste de l'hémophilie, c'est d'un crime moral ou spirituel qu'il s'agit, doublé au moins d'un crime physique qui cependant aurait pu être très difficilement jugé devant une cour.

Pas d'inceste cependant, pas d'agression sexuelle. Il semble bien qu'Henry ait été porté sur les hommes plus que sur les femmes mais ce victorien exemplaire était aussi un terrible refoulé. Sa vie sexuelle est celle de tout gentleman bien né de l'époque : une maîtresse qu'on entretient et que l'on abandonne lorsqu'on se marie, une épouse fidèle et une flopée d'enfants. Et puis le travail, la situation sociale - pour lui privilégiée.

Henry n'a guère aimé ses filles mais il mourut après le coup fatal que lui porta le décès du dernier de ses fils, George. De quoi le jeune garçon est-il mort justement ? Tout le problème est là.

Très lentement, la vérité va s'imposer à son descendant direct, Martin, quatrième lord Nanther, qui a entrepris de rédiger sa biographie. Une vérité qu'il a tout d'abord bien du mal à distinguer puisque, en parfaite harmonie avec le siècle où vécut "le docteur sanglant", elle apparaît tout d'abord surchargée de détails plus ou moins auxiliaires, semblables à ces bibelots et à ces ramasse-poussière dont les intérieurs victoriens se trouvaient envahis.

Peut-être le lecteur comprend-il avant Martin mais le plaisir d'une intrigue bien menée reste tout de même au rendez-vous de ce livre qui tient plus du roman psychologique classique que du roman policier. ;o)

mercredi, août 1 2007

Le Patient Anglais - Michael Ondaatje (Canada).

The English Patient Traduction : Marie-Odile Fortier-Masek

Je suis extrêmement déçue par cette lecture. Enfin, déçue n'est peut-être pas le mot exact. Plus précisément, je me demande pourquoi l'on a attribué le Booker Prize à ce roman où pointent çà et là de beaux éclats de poésie mais qui est, pour le reste, d'une lourdeur désespérante que l'auteur tente en vain de dissimuler sous une désinvolture tout à fait superficielle.

Nous sommes en 1945, dans un couvent italien jadis réquisitionné par les Allemands, puis par les Alliés et où une jeune infirmière d'origine canadienne, à peine âgée de 20 ans, veille sur un Anglais gravement brûlé et dont personne ne connaît l'identité. Un vieil ami de la jeune fille et du père de celle-ci, David Caravaggio, soupçonne cependant le blessé d'avoir été un espion à la solde des Allemands.

Dans ce monde qui hésite encore à se reformer et où n'est pas encore tombée la nouvelle d'Hiroshima - rassurez-vous, ça viendra à la fin - débarque un sapeur sikh, Kirpal Singh, que tout le monde surnomme Kip, et avec lequel la jeune femme a une liaison.

Des considérations s'échangent sur le monde d'avant-guerre, sur la passion pour le désert qui fut celle du grand brûlé, sur l'amour de celui-ci pour l'épouse d'un espion britannique ... Tout cela mené, à mon goût, bien trop mollement, une touche par ci, une touche par là, ce qui n'est pas une mauvaise méthode à condition toutefois que le maître d'oeuvre parvienne à nous faire croire à la profondeur de son intrigue.

Or, ce n'est pas le cas ici, bien au contraire.

Peut-être ses autres livres sont-ils supérieurs à ce roman ? Ce ne sont pas toujours les meilleurs, hélas ! qui remportent les prix.

Et vous, avez-vous lu Ondaatje et son "Homme flambé", autre titre de ce "Patient anglais" ? Et qu'en avez-vous pensé ?

mardi, juillet 31 2007

Les Nouvelles Confessions - William Boyd.

The New Confessions Traduction : Christiane Besse

Né au Ghâna mais d'origine écossaise et de nationalité anglaise, William Boyd appartient sans conteste à cette catégorie de romanciers qui peuvent se flatter d'être des "faiseurs de mondes" autant que le furent Dickens ou Balzac.

A l'origine des "Nouvelles Confessions", la lecture des "Confessions" de Rousseau qui sera, pour John James Todd, prisonnier des Allemands pendant la Grande guerre, une bouffée d'oxygène telle qu'elle en marquera le reste de son existence.

C'est un peu par hasard que John a devancé son appel en 1917. Il fuyait en fait certaines déceptions affectives qui constituent le tout début du roman. Après une montée au front où l'essentiel de son unité se fait descendre dans des conditions aussi horribles que vous pouvez l'imaginer, il se retrouve au service cinématographique de l'armée, ce qui sera le point de départ de sa carrière professionnelle. John James Todd est en effet appelé à devenir l'un des plus grands - et des plus malchanceux - maîtres du muet. Fidèle à Jean-Jacques, c'est sur l'oeuvre majeure de celui-ci qu'il bâtira sa réputation et son chef-d'oeuvre : "Les Confessions - Première partie."

Pourquoi "Première partie" ? Parce que, tout comme dans les oeuvres d'un Stroheim ou d'un Abel Gance, les exigences du metteur en scène ne cessent d'allonger les délais et, partant, le coût de la production. Cette soif de perfection sera la malédiction de Todd puisque ces lenteurs et ces retards feront sortir son film au moment même où "Le Chanteur de Jazz" crève l'écran.

D'Edimbourg à l'Espagne, de la République de Weimar à la Chasse aux sorcières de l'Amérique des années 50, le reste de la vie de notre héros est à l'avenant. Pourtant, le lecteur ne peut s'empêcher de sourire et même de rire bien souvent, tant le romancier distille d'humour dans cette "auto-biographie fictive" alerte aux personnages riches et au style fluide.

Bref, si vous n'avez jamais entendu parler de William Boyd, c'est le moment de le découvrir. ;o)

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