Les Manuscrits Ne Brûlent Pas.

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Histoire, Biographies & Documents.

Fil des billets - Fil des commentaires

samedi, mars 7 2009

Dictionnaire de Lascaux - Brigitte & Gilles Delluc

Découverte tout à fait par hasard, le 12 septembre 1940, par quatre adolescents qui recherchaient le chien de l'un d'entre eux, la grotte de Lascaux date probablement non pas du Magdalénien ancien, comme on l'a longtemps cru, mais du Solutréen, qui lui est antérieur. C'est-à-dire que nous remontons à 22 000-17 000 avant notre ère, période extrêmement froide et sèche pour notre planète, connue aussi sous le nom de Dernier Maximum Glaciaire.

On ne pense pas que la grotte ait jamais servi d'habitation. Les allées et venues de l'homme dans ses salles semblent avoir été dictées uniquement par ce qu'il pouvait représenter sur ses parois, à des fins sans doute religieuses.

Et des représentations, il y en a ! A un point tel que Lascaux est parfois surnommée "la Chapelle Sixtine de l'Art pariétal." (Quelques uns parmi les noms donnés aux salles qui la constituent font eux aussi référence à l'architecture religieuse.)

La grotte s'ouvre sur la "Salle des Taureaux", appelée également "Rotonde", ainsi nommée en raison des aurochs qui la décorent et dont vous trouverez les descriptions à l'entrée "Taureau" de ce merveilleux dictionnaire, que Brigitte et Gilles Delluc ont eu l'excellente idée de réaliser en un langage simple, dépouillé de tout jargon spécifique interdit au profane. Leur mérite est d'autant plus grand qu'ils sont eux-mêmes docteurs en Préhistoire.

Après la "Salle des Taureaux", vient le "Diverticule axial", espèce de galerie se terminant en cul-de-sac et qui contient le fameux Cheval renversé, et, à droite du "Diverticule axial", se trouve le "Passage", autre galerie celle-là d'une quinzaine de mètres qui débouche sur la "Nef", couloir élevé d'une vingtaine de mètres. C'est à l'entrée de cette "Nef" que se situait jadis une empreinte de main prise dans l'argile et qui, malheureusement, a disparu avec le temps, suite aux difficultés de conservation du site qui a été finalement fermé au grand public par André Malraux, en 1963.

La "Nef" se poursuit par une partie non décorée (apparemment, les parois ne s'y prêtaient pas) et par le "Diverticule des Félins", long d'une vingtaine de mètres environ.

A la jonction entre le "Passage" et la "Nef", se tient l'"Abside" avec le "Puits" , tout au fond.

Dans leur "Dictionnaire ...", Brigitte & Gilles Delluc passent tout cela au crible de leur savoir et de leur mémoire - car ils étudient Lascaux depuis 1975. Avec plus de six-cents entrées, enrichies d'autant de photographies et schémas et d'une bibliographie de quatre-cents titres, leur livre est un régal d'autant plus appréciable que, nous insistons sur ce point, il sait se mettre à la portée du profane. Une fois qu'on l'a achevé, on n'a plus qu'une idée : visiter les fac-similés réalisés de la grotte originelle.

En mettant à la disposition du grand public et en explicitant pour celui-ci toutes les merveilles artistiques de Lascaux, ce "Dictionnaire ..." a aussi le mérite d'attirer l'attention sur la nécessité absolue de protéger au maximum un site classé au patrimoine mondial de l'Humanité mais dont, en dépit des efforts fournis et parfois à cause d'eux, l'état de santé continue à se dégrader. ;o)

vendredi, mars 6 2009

Boni de Castellane - Eric Mension-Rigau

Ceux qui se rappellent leurs cours d'Histoire sont sans doute toujours à même de répondre à la question fameuse : "Quel phénomène fut à l'origine du déclin de la noblesse en France ?"

Evidemment, les réponses risquent d'être assez nombreuses. Certains répondront par exemple, en un choeur unanime : "Louis XIV !", assimilant ainsi le Roi-Soleil - dont les mânes en seront certainement flattées - à l'une de ces manifestations plus ou moins mystérieuses qui ont eu raison des dinosaures. D'autres, remontant légèrement dans le Temps, accuseront le cardinal de Richelieu. Les plus naïfs en tiendront la Révolution de 1789 et Robespierre pour seuls responsables tandis que les plus obtus (et les plus sournois) dénonceront les Francs-Maçons. Quant aux pragmatiques, ils évoqueront tout simplement la Grande guerre, ce gigantesque point final apposé à l'épopée de tout un monde.

Or, à l'exception de celle relative à la franc-maçonnerie, toutes ces thèses se défendent et ont, de fait, contribué à la déchéance de l'aristocratie dans notre pays. Richelieu, oeuvrant pour Louis XIII, a posé les bases de ce pouvoir absolu dont Louis XIV allait si bien user, assignant les nobles à l'oisiveté dorée de Versailles, de laquelle ils ne sortaient que pour aller au combat, et toujours dans l'ombre terrible et consumante du Soleil. S'avançant après les Lumières du XVIIIème et plus innocente qu'on ne le croit, la Révolution s'est bornée à faire le ménage dans cette classe sociale qui, déjà mais sans en avoir conscience, n'avait plus aucune raison de survivre à la modernité en marche, et la Grande guerre, en remettant pour longtemps les clefs de l'équilibre mondial aux Etats-Unis d'Amérique, n'a fait, en somme, qu'enterrer les derniers cadavres d'un ordre depuis longtemps zombifié.

Cependant, la cause véritable du déclin et de l'agonie de la noblesse, c'est avant tout la perte absolue de ses valeurs premières : valeurs guerrières mais aussi valeurs politiques vouées au service d'un suzerain, d'un royaume, d'un dieu et d'un certain idéal de vie. En y renonçant, l'aristocratie se condamnait, à plus ou moins long terme.

Minutieuse, se perdant parfois dans des préciosités qui conviennent à l'objet de son étude, un peu trop hagiographique à mon goût et pas assez critique, la biographie consacrée par Eric Mension-Rigau à Marie-Ernest-Paul-Boniface, comte de Castellane-Novejean, dit Boni de Castellane - le dernier sans doute des dandies de la IIIème République - n'affirme pas autre chose.

Né dans une antique famille dont le dernier comte-souverain avait affronté ni plus ni moins que Charles d'Anjou, propre frère de Louis IX (alias Saint Louis), pour la possession de la Provence, Boni avait pour grand-mère paternelle Pauline de Talleyrand-Périgord, que la rumeur publique disait fille non d'Edmond, duc de Talleyrand et duc de Dino, mais plutôt de l'oncle de celui-ci, le fameux Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, ex-évêque d'Autun, ambassadeur de la Première république française, puis ministre sous le Directoire et l'Empire avant de redevenir ambassadeur sous les deux Restaurations et la Monarchie de Juillet, l'indéboulonnable "Diable Boiteux" dont la trahison inspira à Napoléon Ier un mot aussi grossier que lapidaire.

C'est dire que Boni de Castellane avait ses entrées dans le monde particulier du Faubourg Saint-Germain. Son mariage avec Anna Gould, héritière du richissime financier américain Jay Gould, ne devait pas les lui fermer, bien au contraire : depuis longtemps déjà, les représentants de la noblesse avaient appris à survivre en vendant leurs quartiers.

Quand Anna, dont la fortune avait été largement entamée par son dispendieux époux, finit par demander le divorce, Boni se décida à "travailler", négociant cette fois-ci son goût, qui était infini et de bon ton, pour orner les châteaux et les hôtels particuliers de ses relations.

En dépit de l'activité diplomatique de Boni et de son intérêt pour la politique, c'est là une vie bien superficielle pour le descendant d'une si fière lignée, un personnage qui, par ses excès et son sens de la mise en scène, préfigure en un sens la "peoplisation" à tous vents si chère à notre société schizophrène.

Par un certain panache qu'on ne peut lui dénier, Boni de Castellane méritait un petit salut. Maintenant, son destin anémié méritait-il une si longue biographie, c'est une autre histoire. ;o)

dimanche, septembre 28 2008

Walt Disney - Marc Eliot

Walt Disney, Hollywood's Dark Prince Traduction : Philippe Loubat-Delranc, Yves Sarda & Jean-Luc Piningre

Ainsi que l'indique son titre, "Le Prince Noir de Hollywood" - inexactement rendu en français par "La Face cachée du Prince de Hollywood" - cette biographie de Walt Disney n'a pas reçu l'aval de ses héritiers. Elle n'a pourtant rien de bien scandaleux même si elle insiste très lourdement sur l'anti-judaïsme du personnage et sur sa haine des communistes.

Elle soulève également quelques points plus intéressants. Dont les doutes que le créateur de "Blanche Neige" aurait conservés toute sa vie sur ses véritables origines. L'auteur affirme que, si le jeune Walter était bien le fils d'Elias Disney, sa mère n'était autre qu'une Espagnole qui, par la suite, lui servit de gouvernante./b Je ne sais si la traduction est ici en cause mais la façon dont Eliot présente la chose paraît on ne peut plus rocambolesque, trop pour convaincre le lecteur et pas assez pour l'empêcher de rêver.

Seul fait certain : Walt Disney eut une enfance rien moins qu'heureuse, auprès d'un père particulièrement brutal. Petit garçon sensible et imaginatif, Walt s'évadait comme il pouvait, en dessinant. La religion unitarienne, à laquelle appartenait la famille, l'influença aussi durablement dans sa sexualité. Sur ce plan, il se montra toujours très discret - et les commères de Hollywood, Parsons & Hopper, avec lesquelles il eut toujours de bonnes relations, ont peut-être protégé cet homme avec qui elles partageaient les mêmes réseaux d'influence politique.

Autre certitude : contrairement à ce que Disney affirma toute sa vie, c'est bien le colérique et bouillant Donald Duck qui pouvait prétendre à lui servir d'alter ego, et non le doux et propret Mickey. La célébrissime souris fut d'ailleurs imaginée non par Disney - là aussi, la légende a du plomb dans l'aile - mais par son dessinateur et associé, Ub Iwerks. Ce dernier, inutile de le préciser, ne toucha jamais aucun droit sur sa création et finit par quitter l'usine Disney.

Walt Disney, un mauvais patron ? Analyse trop simple. Il était tout à la fois exécrable et charmant. Quand il planchait sur l'idée d'un film, quand il se mettait à "raconter" l'histoire, mimant chaque geste, donnant chaque intonation, jouant le jeu jusqu'au bout, ses employés étaient sous le charme. Quand il grappillait sur les salaires et parlait de mettre à la porte tous ceux qui tenteraient de rejoindre la Guilde des Cartoonistes, c'était évidemment une autre affaire ...

La biographie d'Eliot se lit bien mais elle laisse le lecteur sur sa faim. Il en sort en effet avec l'impression que l'auteur, aussi puritain que son modèle, s'empresse de grossir certains traits pour qu'on évite d'approfondir d'autres réflexions, d'autres détails. Ainsi, l'anti-judaïsme de Disney et ses convictions républicaines ne peuvent apparaître comme un scoop fabuleux à ceux qui s'intéressent à l'Histoire du cinéma américain. Plus étonnantes sont - entre autres - les semi-confidences sur la vie de recluse qu'aimait à mener l'épouse de Disney ou encore le rapport entre la sexualité de Disney et les "débordements" de Donald dans "Les Trois Caballeros."

Mais autant Eliot se montre prodigue de documents et d'explications quand il est question du FBI et des opinions politiques de Disney, autant il ne fait qu'effleurer la vie affective et sentimentale du personnage. Les précautions qu'il affiche pour amener le lecteur à faire le rapport entre la relation mère-fils chez les Disney d'une part et, d'autre part, la sexualité inhibée (à connotation homosexuelle ?) de leur célèbre rejeton sont même proprement risibles.

A lire donc comme une curiosité et faute de mieux en attendant LA biographie à la vraie mesure de Walt Disney, l'homme et l'artiste. ;o)

vendredi, août 1 2008

Derrick & Moi : Mes Deux Vies - Horst Tappert

Derrick und Ich : Meine zwei Leben Traduction : Isabelle Hausser-Duclos

Le nom de Horst Tappert vous est peut-être inconnu mais son visage, certainement pas. Respecté ou brocardé, il reste en effet celui de l'Inspecteur Derrick, héros d'une série télévisée allemande qui reste emblématique des années 1980 même si elle a débuté très précisément en 1974.

Son autobiographie se présente en deux grandes parties, "avant" et "après" Derrick. Car, avec Derrick, Tappert a fait prendre à sa carrière d'acteur de théâtre une voie définitive dont il ne se doutait pas qu'elle deviendrait la sienne le jour où il signa son contrat.

La série s'étale en effet sur près de trois-cents épisodes (deux-cent-quatre-vingt très précisément), à savoir vingt-quatre années de tournage. Très vite, elle s'est imposée, non seulement en Allemagne mais aussi dans notre pays, non seulement en raison de la qualité de ses enquêtes mais aussi - mais surtout, est-on tenté d'écrire - en raison de son atmosphère et du désir affiché par l'auteur des scénarii (le romancier Herbert Reinecker, qui créa le personnage de Derrick) de coller un maximum à la société et aux préoccupations de l'époque.

De fait, avec le recul des années et pour peu qu'on accepte de réfléchir par soi-même au lieu de laisser les autres vous imposer leur mode de pensée, on est bien obligé de constater l'incroyable richesse de la série. Tous les milieux y sont représentés, le manichéisme n'y est pas de mise, les personnages (y compris les assassins) sont très souvent complexes et, par là-même, très proches de nous et à peu près tous les thèmes propres aux intrigues policières, classiques ou non, sont abordés.

Evidemment, on a reproché à "Derrick" son absence de folles poursuites à l'américaine - d'ailleurs, ceux qui le lui ont reproché de la manière la plus agressive sont les mêmes qui reprochent aux séries made in USA leur naïveté, leur abus de poursuites et de bagarres et leur amour de la violence. On a aussi beaucoup reproché à Horst Tappert un jeu extrêmement sobre, voire minimaliste - en parallèle, on raillait ses airs de "chien aux yeux battus" sans songer un seul instant que des traits aussi singuliers limitent toujours les expressions.* Enfin, on a reproché à la série d'être regardée par les papies et les mammies dans les maisons de retraite - preuve évidente, aux yeux des moutons de Panurge qui peuplent notre pays, de sa ringardise.

En vain : trente-huit ans après sa naissance, "Derrick" se porte bien et se laisse revoir ou découvrir avec plaisir.

Pour en savoir un peu plus sur lui et sur le comédien qui lui a prêté ses traits et son jeu (et qui est loin d'être un idiot, croyez-moi), lisez cette courte autobiographie, l'une des rares que j'aie lues et qui ne soit pas bêtement auto-satisfaite. ;o)

  • : Bogart avait, lui aussi, le même genre de regard. Si grand acteur qu'il fût, la chose le limitait aussi ...

mercredi, juillet 30 2008

Maman, Je Vous Ecris ... - Jean-Marie Montali & Anne de Marnhac

"Maman" est, paraît-il, le mot auquel nous revenons tous lorsque vient notre dernière heure. Il n'est pas pourtant, peu s'en faut, le premier qu'un bébé prononce (en général, c'est "Non"' et puis "Papa", plus simples dans leur consonance). En tous cas, quand on est dans les ennuis jusqu'au cou et si on a eu la chance d'avoir une mère digne de ce nom, c'est en général vers celle-ci que l'on se tourne, dans l'espoir d'être consolé, pardonné, soutenu, aimé. Tous les psys du monde n'y pourront rien : eux-mêmes, au plus profond de leur intimité, sont tributaires de ce sentiment qui nous ramène à cette heure chaude et douce où, flottant dans une piscine privée et idéale, nous n'avions nul autre souci que de prêter notre oreille alors naissante à certains bruits bien mystérieux qui nous parvenaient de l'extérieur, cet Extérieur si lointain où, nous le pressentions déjà, plus jamais nous ne connaîtrions la sécurité.

Ce sont ces sentiments qui ont inspiré ce très beau livre de Jean-Marie Montali et Anne de Marnhac, publié chez La Martinière.

S'y trouvent rassemblées plus d'une centaine de lettres émanant de personnalités de la littérature (Flaubert, Cocteau, Léautaud, Faulkner, Proust, etc ...), de l'Art (Van Gogh, Mozart, Berlioz, etc ...), de la politique (De Gaulle, Bonaparte, Staline, etc ...) et enfin du quotidien (de nombreux anonymes des dernières guerres ...). Toutes adressées à leur mère. Leur mère réelle ou leur mère rêvée (pour Léautaud ou pour Simenon par exemple).

Comment résumer de tels textes ? La chose est impossible. Certains sont vifs et alertes, d'autres tendres et attentionnés. Dans beaucoup d'entre eux, se dessine le profil du petit garçon qui roulait des mécaniques devant sa mère et qui éprouve toujours et encore le besoin de l'éblouir par ses prouesses tout en lui faisant comprendre que, sous la brillante armure, survit - encore et toujours - le petit enfant qui avait peur dans le noir et qui aimait que sa mère le câline pour le consoler. La lettre, assez courte, que Staline signe pour sa mère de son diminutif, "Sosso", en est un exemple typique.

Parmi toutes ces lettres et extraits de lettres, les documents les plus émouvants (pour moi en tous cas) restent les lettres de Paul Léautaud à sa mère où l'écrivain révèle une soif d'amour telle qu'il serait prêt à tout endurer de la part de celle à qui il s'adresse pour en obtenir la plus minuscule des miettes ; celle - sublime de tendresse et de lucidité - de Georges Simenon à sa mère décédée ; celles, bourrées de tendresse, de timidité et du désir presque insoutenable de bien faire à tous prix, de Colette de Jouvenel à la grande Colette ; et bien sûr celles de tous ces hommes, de tous bords, de toutes époques, qui sont partis se faire tuer en suppliant leur mère de ne pas avoir de peine quand elle l'apprendrait.

Seul bémol : il y a très peu de lettres de femmes dans ce livre : Mme de Staël, George Sand, quelques autres ... Mais les femmes n'ont pas, c'est vrai, le même rapport avec la Mère. Les auteurs ont par contre exposé les réponses de Colette à sa fille et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elles sont édifiantes ... (!!)

Un livre rare, fort beau de surcroît, dont on peut déguster les innombrables friandises dont il déborde soit de manière chronologique, soit en les picorant de-ci, de-là, au gré de l'humeur du jour. ;o)

vendredi, juillet 18 2008

Histoire du Roman Populaire en France - Yves Olivier-Martin

Cet ouvrage, qu'il faudra compléter en se procurant un solide dictionnaire des auteurs de romans-feuilletons et romans populaires en France, réveillera une foule de souvenirs chez les passionnés de bouquineries. Les romans évoqués ici, on ne les trouve en effet que là ou sur des sites spécialisés : de nos jours hélas ! le roman populaire n'a plus la cote.

Evidemment, il y a les collections Harlequin mais quel rapport avec le roman populaire ?

Car le roman populaire, dont certaines racines puisent à la "Pamela" et à la "Clarissa" de Richardson, est, n'en déplaise à certains snobs, un art à part entière. Ne fait pas du roman populaire qui veut : même dans ce que l'on s'entête à considérer comme un sous-genre, il y a les obscurs, les sans-grades, les besogneux et puis les grands, les illustres et même les visionnaires. Les premiers, on les oublie ou alors on en rit, les seconds ont laissé dans la Littérature à majuscule des types et même des archétypes.

Archétype en effet qu'Arsène Lupin ou Fantomas. Archétype encore que le Bossu et ses deux compères, Cocardasse & Passepoil. Archétype inégalé enfin que Rocambole (qui faillit s'orthographier avec deux "l"). Et Delly ? Même lorsqu'il tirait sur sa fin, le roman populaire se débrouilla pour, sous cette signature, remettre au goût du jour des archétypes recensés pour la première fois par Perrault et les frères Grimm.

Le roman populaire est mystère et grâce. Certes, avec ses tirades ronflantes, avec ses bons sentiments qui larmoient pour attendrir Margot, avec ses situations convenues et les tics d'écriture de ses rédacteurs, qui tiraient à la ligne parce qu'ils écrivaient tout d'abord pour les journaux, il prête à rire et à sourire. Mais il suffit de dépasser le stade où l'on se sent un peu ridicule parce qu'on s'intéresse à lui pour saisir toutes les complexités qui l'unissent au tissu social (Eugène Sue, Daniel Lesueu) et politique (Ponson du Terrail, Charles Mérouvel).

Yves Olivier-Martin nous dresse un panorama complet de ce parent pauvre et décrié de la Littérature, de 1840 à 1980. Il nous raconte Paul de Kock (qui "ravissait" la Claudine de Colette et Willy), les critiques dont Karl Marx accablait le "roman social" d'Eugène Sue, les "grandes machines" de Ponson du Terrail, la manie qu'avait Decourcelle de placer plusieurs nègres sur une seule histoire, envoyant parfois jusqu'à trois versions d'une seule intrigue au directeur de journal qui n'en attendait qu'une, les accents cocardiers des romans de propagande qui fleurirent après 1870, l'érotisme discret mais non dépourvu de souffre qui nimbe l'essentiel de Delly et les grands tirages d'un Guy des Cars.

De temps en temps, un gros plan sur des francs-tireurs, des exceptions tels Frédéric Soulié dont on lit encore avec plaisir ses "Mémoires du Diable", fortement teintés de fantastique, ou Eugène Chavette, fils du restaurateur Vachette, dont les romans possèdent à la fois le style et la construction.

Bref, un livre passionnant qui pousse le lecteur à se faire son propre avis sur le roman populaire, sans tenir compte des opinions snobinardes et/ou intellos. ;o)

Autobiographie d'une Esclave - Hannah Crafts

The Bondwoman's narrative Edition établie, annotée et préfacée par Henry Louis Gates Jr Traduction : Isabelle Maillet

Cette autobiographie romancée est surtout remarquable par le fait que, selon les enquêtes effectuées, elle constituerait le premier document rédigé par une Noire avant la Guerre civile américaine. En effet, jusqu'aux années 1860, il y eut, bien entendu, des écrits (fictionnels ou non) rédigés par des Blancs oeuvrant en tant que Blancs ou se faisant passer pour Noirs, des textes pro-abolitionnistes comme pro-esclavagistes. Mais il semble bien que, jusque là, aucun Noir n'avait pris la plume pour raconter l'esclavage.

Les obstacles, on s'en doute, étaient évidemment légion pour le malheureux homme de couleur qui y aurait songé. Mais assez curieusement, ce n'est pas l'illettrisme et l'ignorance qui, selon Henry Gates, sont ici à mettre en cause : le fait qu'un Noir put exprimer tout simplement son opinion personnelle sur l'esclavage ne venait à l'esprit de personne, pas même dans le Nord abolitionniste.

Le manuscrit d'Hannah Crafts fut redécouvert au XXème siècle, lors d'une vente aux enchères spécialisée. Il se présente comme un hybride mêlant allègrement ce que nous appelons le roman populaire à une part autobiographique et à la fascination, très XIXème, pour les histoires gothiques.

Hannah Crafts - appelons ainsi cette femme dont nous ignorerons toujours l'identité réelle - était certainement une ancienne esclave qui, après mille avatars, était parvenue à s'enfuir dans le Nord et à s'y faire une vie libre. Enfant curieuse et douée, elle avait appris à lire et à écrire un anglo-américain tout ce qu'il y a de plus honorable, que renforce et égaie çà et là un sentiment poétique inné. Les prêches constituant à l'époque la seule ressource de l'esclave, les citations bibliques abondent - un peu trop - surtout en début de chapitre, de même que les sentences habituelles sur la sagesse divine.

Voilà pour le style. Côté intrigue et péripéties, Hannah Crafts a certainement lu pas mal de romans, des bons et des moins bons mais, comme elle réfléchissait à ce qu'elle lisait et possédait une grande sensibilité, elle a su en retirer la leçon. Elle a dû beaucoup apprécier Dickens et les grands romans gothiques à la Brontë et ce penchant lui a permis de développer une technique narrative qui, malgré quelques coups de théâtre, respecte la logique de la vie.

Les portraits qu'elle fait, des Blancs comme des Noirs, sont très vivants et pleins de ces petits détails qui "font" le personnage. Elle rappelle notamment que, parmi les Noirs eux-mêmes, une ségrégation puissante existait entre les esclaves des champs et les esclaves de maison, entre ceux qui avaient le teint vraiment sombre et ceux qui l'avaient plus clair. Avec un naturel qui, compte tenu des influences religieuses qu'elle a certainement subies, surprend assez, elle n'hésite pas à évoquer le douloureux problème de la sexualité entre maîtres et esclaves. Et l'on devine alors la femme de tête qu'elle fut sûrement, dans sa quête éperdue de dignité et de liberté, une femme forte et qui, tout en gardant sa foi dans un paradis céleste, a dû penser bien souvent : "Aide-toi, le Ciel t'aidera ..."

Le manuscrit fut-il remanié ? ... Voilà une autre énigme. Gates affirme ne pas y avoir touché et on peut le croire. Mais avant lui ? ... Les portraits des planteurs sont plutôt convenus et les abolitionnistes sont pour ainsi dire des anges. Enfin, l'un dans l'autre, cette "Autobiographie d'une esclave", si romancée qu'elle soit - un peu trop pour mon goût - se laisse lire et, surtout, incite à vouloir en savoir plus sur la scission entre le Sud et le Nord des Etats-Unis. ;o)

dimanche, juin 15 2008

La Baronne de Feuchères - Pierre Cornut-Gentille

Le 27 août 1830 au matin, le valet de chambre venu réveiller Son Altesse Royale Louis-Henri, duc de Bourbon et dernier prince de Condé, trouvait le vieil homme pendu à l'espagnolette de la fenêtre de sa chambre, les pieds touchant terre. Le scandale fut énorme car on pensa d'abord au suicide.

... Mais pourquoi le vieux prince, qui avait eu le courage de survivre à l'assassinat de son fils unique, le duc d'Enghien, dans les fossés de Vincennes, sur l'ordre de Napoléon Ier, se serait-il suicidé à l'âge de soixante-quatorze ans, et après avoir paisiblement retiré de ses poches et déposé sur sa table de nuit tous ses menus objets personnels, tout à fait comme s'il comptait bien les rempocher le lendemain ? Sur le mouchoir du prince, on trouva un noeud qu'il avait fait vraisemblablement pour se rappeler quelque chose. Au reste, son confesseur affirma bien vite que "Monseigneur ne pouvait être tenu responsable de sa mort."

A l'extérieur, les langues allaient bon train, dans le peuple comme à la cour. La Monarchie de Juillet était toute neuve et Louis-Philippe avait eu beau accepter le trône en se proclamant humblement "roi des Français" et non plus "roi de France", il avait eu beau s'incliner devant le drapeau tricolore et affirmer qu'il n'y aurait aucun problème à ce qu'il demeurât celui de la France, il n'en était pas moins le fils du régicide Philippe-Egalité, le cousin de Louis XVI et le premier prince du sang qui, en aux sombres heures révolutionnaires, n'avait pas hésité à voter la mort du Roi.

De plus, Louis-Philippe et son épouse, Marie-Amélie - nièce de Marie-Antoinette et cousine de l'ex-impératrice des Français, Marie-Louise - n'avaient pas hésité à s'allier avec la maîtresse du prince de Condé, la baronne de Feuchères, afin que leur oncle rédigeât un testament en faveur de leur fils aîné, le duc d'Aumale. Bien entendu, la baronne n'était pas oubliée dans ce testament et devait percevoir la somme de 2 millions de francs et divers autres avantages au décès de son amant.

Très vite, le fameux "On" qui rôde dans tous les milieux et dans tous les siècles, décréta que la baronne de Feuchères avait assassiné le duc de Bourbon sur ordre de Louis-Philippe.

Dans de telles conditions, il devenait indispensable d'éclaircir l'affaire - ou de l'étouffer. Louis-Philippe choisit la seconde solution mais peut-être pas pour les motifs que lui prêtèrent ses contemporains.

La baronne de Feuchères était née simple fille de fermier, sur l'île de Whight. La jeune Sophie Dawes eut une enfance pauvre et, toute jeune fille, à la suite d'on ne sait trop quels avatars, se retrouva dans une maison close londonienne. Le duc de Bourbon, qui s'était exilé avec son père et son fils, lors de la Révolution de 1789, l'y rencontra et s'attacha à elle. Revenu en France, il l'y installa à ses côtés et, selon l'usage ancien, lui procura un mari de paille, le baron de Feuchères.

Pierre Cornut-Gentille a le mérite de ne pas trop charger la jeune femme, qu'il voit en personne de tête mais aussi en victime. Comme la majeure partie des historiens - comme certains contemporains, dont sans doute Louis-Philippe, qui connaissait bien son oncle - il pense que la mort du duc de Bourbon survint lors d'une stimulation sexuelle par pendaison, un jeu bien connu des adeptes du bondage et du sado-masochisme et qui doit être supervisé par un ou plusieurs "spécialistes" car celui qui s'y soumet y joue sa vie.

Par son métier, Sophie de Feuchères connaissait ses pratiques et, la libido de son amant en titre diminuant avec l'âge, sans doute y recourait-elle de plus en plus. Le dernier des Condé mourut donc par accident, à moins que Sophie, en accord ou pas avec Louis-Philippe, peut-être lassée par les exigences du prince, eût laissé passer la seconde fatidique où elle devait le libérer de la corde. Plus ou moins paniquée, elle monta alors, avec l'aide d'un complice, la scène du suicide.

Elle savait que, de toutes façons, personne n'avait intérêt à approfondir l'événement, les légitimistes parce que l'image du prince en fût sortie bien diminuée, les orléanistes par peur du scandale. Quant aux bonapartistes, ils ne possédaient plus la puissance qui leur eût permis de faire la lumière sur cette triste affaire.

Mesurée, solidement argumentée, la biographie de Pierre Cornut-Gentille se laisse lire sans passionner. Quand on la termine, on n'en sait en fait pas plus sur les sentiments réels ni sur les caractères des deux héros de cette tragédie. Mme de Feuchères et le duc de Bourbon baignent toujours autant dans une opacité qu'ils semblent avoir cultivée à plaisir, lui encore plus qu'elle. On perçoit cependant que la sympathie du biographe va certainement beaucoup plus à Sophie qu'à son amant - et le lecteur lui-même finit par comprendre à défaut d'excuser le comportement de la baronne. ;o)

mardi, juin 3 2008

Sexus Politicus - Christophe Deloire & Christophe Dubois

Bon, ce n'est pas un grand livre en ce sens que, en ce qui concerne leurs références en Histoire non contemporaine, les auteurs ont fait dans l'approximatif. L'image qu'ils donnent de Mme de Pompadour par exemple est d'un convenu décevant.

En revanche, question histoire des présidents de la Vème république - sans oublier quelques personnalités de la IIIème et de la IVème - ils ont plutôt fait dans le détail. Surtout en ce qui concerne nos bien-aimés derniers présidents : de Gaulle, Pompidou, Giscard, Mitterrand, Chirac et, assez brièvement - le livre est sorti avant son élection - Sarkozy.

Des aventures extra-conjugales du Général et de son premier ministre et successeur,/b il n'y a pas vraiment grand chose à dire. Tout au plus Deloire & Dubois sortent-ils de leur manche l'éternelle comtesse polonaise qui eut, dit-on, une liaison avec le capitaine de Gaulle et les appréciations générales, sur les jolies femmes, de Pompidou. Ils évoquent par contre les rumeurs qui coururent un temps sur Mme Pompidou et qui semblent avoir été inspirées par la malveillance générale.

En fait, tout commence avec Giscard. Même aujourd'hui, charisme ou pas, pouvoir ou pas, je me demande comment tant de femmes ont pu lui courir après. Mais enfin, la chose est sûre : avant que la mort brutale de Pompidou ne vînt le propulser dans la course à l'Elysée, il songeait à divorcer de la pauvre Anne-Aymone qu'il contraindra pourtant par la suite à l'assister "au coin du feu", dans ses voeux annuels aux Français.

Mitterrand, lui, était plus séduisant. Un petit défaut de prononciation, lui aussi mais beaucoup plus de charme - et beaucoup plus de culture, pour moi, ça n'a jamais fait un pli. Dès les années soixante, le couple Mitterrand passe un pacte : chacun pourra faire ce qu'il veut, sentimentalement et sexuellement, pourvu qu'il n'y ait pas scandale. Ainsi, le professeur de tennis de Mme Mitterrand, qui était aussi son amant à une certaine époque, aura-t-il chambre libre rue de Bièvre - jusqu'en 1981. La suite, tout le monde la connaît. Mais au passage, les auteurs nous dépeignent Mitterrand comme une véritable concierge, au courant de toutes les histoires d'alcôve non seulement parisiennes mais encore provinciales !

C'est, paraît-il, à Philippe Sollers que l'on doit la définition suivante du comportement sexuel de Jacques Chirac : "Dix minutes, douche comprise." Deloire & Dubois ne demandent pas à l'auteur favori de Josyane Savigneau quel est son score personnel et embrayent sur les frasques du Corrézien. __Effarant et mécanique--, ce sera mon seul commentaire.

Sarko, comme je l'ai dit, est ici très discret. Ses déboires cécilesques sont cependant examinés à la loupe. Et on s'arrête là.

Comme personnages secondaires, nous croisons un Dominique de Villepin qui aurait été au mieux avec les soeurs Bettancourt, Edgard Faure et son faible pour les pipes en tous genres, Raymond Barre surveillé de près par sa femme, Eve, un Rocard toujours très intelligent et terriblement lucide et enfin un Jack Lang soupçonné de pédophilie. Mention spéciale à Lionel Jospin qui, bien que ne dédaignant pas le flirt, est d'une fidélité au-dessus de tout soupçon.

Et puis, surtout, le choeur des Dames. De gauche ou de droite, ex-premières dames ou pas, journalistes et/ou épouses de ministres, de Bernadette Chirac à Clémentine Autain en passant par Ségolène Royal, elles sont toutes d'accord : les hommes politiques sont des mufles et, curieusement, pour chacune d'elle, les pires sont ceux de leur propre parti.

Un livre agréable et souvent incroyable dont le seul défaut est qu'il nous convaincrait de ne plus voter. ;o)

vendredi, mai 23 2008

Coroner - Thomas Noguchi & Joseph Dimona

Jaquette non répertoriée

Coroner Traduction : René Baldy

Thomas Noguchi est le médecin-légiste qui autopsia - entre autres - Marilyn Monroe, Janis Joplin, William Holden, Sharon Tate et John Belushi. Médecin minutieux, il fut souvent montré du doigt car, selon certains, il parlait trop librement aux journalistes. On lui reprocha également d'ailleurs de rechercher un peu trop la lumière des projecteurs.

Dans ce livre, Noguchi, en tous cas, ne prend pas de risques. ]On reste perplexe devant les explications qu'il donne des résultats de l'autopsie de Marilyn. Comme on le sait, la mort de Monroe fut officiellement causée par l'absorption d'une quantité extraordinaire de barbituriques. Mais on n'en a retrouvé aucune trace dans son estomac. Cela, allié au fait qu'on ne retrouva sur elle aucune trace de piqûre récente, imposa peu à peu l'idée que la drogue lui avait été administrée par voie rectale.

Pour expliquer cette absence de traces dans l'estomac de Monroe, Noguchi affirme que, vu son habitude de consommer cachet sur cachet, ceux-ci étaient si vite digérés qu'ils passaient très vite dans les intestins. D'accord, il est médecin. Mais tout de même ...

De plus, Noguchi ne fait pas mystère de la sympathie qu'il éprouvait envers la famille Kennedy, notamment envers les deux frères qui furent impliquées - à tort ou à raison - dans la mort de l'actrice, à savoir John et Robert.

Or, le hasard voulut que Noguchi procédât aussi à l'autopsie de Bob Kennedy. Bien que moins médiatisé - et pour cause - que celui de son frère aîné, le meurtre de Robert Kennedy est pour le moins aussi mystérieux. Tout comme il est clair aujourd'hui que Lee Harvey Oswald ne tira pas la balle fatale, il est tout aussi sûr que Sheran Sheran, même s'il a tiré sur Bob Kennedy, ne pouvait pas, physiquement parlant, se trouver à la fois face à sa victime et derrière elle, si près d'elle que la balle qui provoqua le décès fut tirée à 7 cm du crâne.

Là encore, l'explication de Noguchi est assez bancale - et même plus que dans le cas de Marilyn. En effet, il affirme que les témoins du meurtre n'ont tout simplement pas vu que Sheran, à un certain moment, se tenait bel et bien derrière Robert Kennedy.

Le reste du livre est à l'avenant. Rien que de très banal, quelques petites histoires qui prouvent la finesse d'analyse de Noguchi et puis c'est tout. Très décevant en fait. Tant pis. ;o)

Chinoises - Xinran

The Good Women Of China Traduction : Marie-Odile Probst

C'est alors qu'elle animait à Pékin une émission radiophonique intitulée "Mots sur la Brise Nocturne" que Xinran - très joli nom qui signifie "Avec plaisir" - a eu l'idée de faire un livre avec quelques uns - car ils sont des milliers - des témoignages de femmes qu'elle recevait au studio. Objectif : prouver que, en dépit des énormes mutations subies par la société chinoise lors du XXème siècle, la condition de la femme n'a guère évolué.

Xinran n'aura aucun mal à en convaincre ses lecteurs, à quelque sexe qu'ils appartiennent et sous réserve, bien sûr, qu'ils soient de bonne foi.

Le document s'ouvre sur une jeune fille qui, à onze ans, peu après ses premières règles, fut violée par son père. Quand sa mère l'apprit, elle fut d'abord choquée mais, presque instantanément, traita sa fille comme un objet de sacrifice et n'évoqua plus l'inceste. Pour échapper à la brute, l'adolescente n'eut bientôt plus qu'un seul moyen : l'auto-mutilation ou les infections sciemment contractées qui avaient au moins le mérite de l'envoyer dans un univers protégé, celui de l'hôpital. Encore son père se débrouilla-t-il un jour s'y introduire et abuser d'elle alors qu'elle était sous perfusion ...

La Chiffonnière, elle, est et restera une mère. Elle vit à Pékin, non loin des studios d'enregistrement de Xinran, dans une espèce de décharge où elle fouille la terre pour revendre au prix fort ce qu'elle y découvre. Elle s'est bâti une petite maison en carton, qui ne protège guère contre l'hiver. Mais, malgré sa misère, elle est toujours nette et sa façon de s'exprimer prouve qu'elle a reçu une excellente éducation. Xinran s'apercevra que cette femme a choisi ce mode de vie pour demeurer au plus près de son fils. Ce fils, elle l'a élevé toute seule et il est devenu un politicien en vue. Il s'est marié aussi et, pour préserver la bonne entente du couple, la mère s'est effacée. Elle regarde son fils aller et venir. De loin.

Dans "Chinoises", vous rencontrerez aussi la Femme dont le mariage a été arrangé par la Révolution. Tout semble lui avoir réussi : elle a un mari haut gradé, deux enfants installés et de l'argent. Dans son enfance et son adolescence, elle a reçu une solide éducation. Elle aurait pu même aller vivre à l'étranger car ses parents étaient très libéraux. Mais, entraînée par l'enthousiasme de la jeunesse, elle a voulu rejoindre les troupes de Mao. Elle a été intégrée et puis un jour, on lui a dit : "Tu es prête à accomplir une mission : tu dois l'accepter." Elle accepte, les yeux fermés. Dans le village où elle atterrit, elle est accueillie en tant que secrétaire du colonel local. Mais le soir-même, le colonel la suit dans son lit et la viole. Plus tard, il l'épouse : mariage décidé par le parti.

Enfin, je ne vous dirai rien de bla petite fille qui perdit la raison sous la Révolution culturelle et des femmes de Colline Hurlante /b- le nom d'un village perdu. Lisez, vous verrez bien.

"Chinoises", c'est tout cela et quelques histoires en plus. C'est écrit simplement et cela raconte des choses simples, tristes et malheureusement vraies. A l'aube du XXIème siècle, c'est même terrifiant. ;o)

Les Mille Et Une Vies de Billy Milligan - Daniel Keyes

The Minds of Billy Milligan Traduction : Jean-Pierre Carasso

Le 26 octobre 1977, à 9 heures du soir, une escouade de policiers fait irruption au domicile de William Stanley Milligan, 5673, Old Livingstone Avenue,à Reynoldsburgh, dans l'Ohio. Motif de l'arrestation : vol et viol sur au moins deux femmes. Milligan, un jeune homme qui paraît complètement à côté de la plaque bien qu'il n'ait apparemment consommé aucune substance illicite ou pas, non seulement nie les faits mais en plus affirme ne rien se rappeler. Très vite, les enquêteurs appelés à se pencher sur son cas vont se rendre compte qu'ils sont en présence d'un criminel vraiment très, très bizarre.

A ce jour et bien que l'abrutissement administratif le maintienne enfermé dans une prison non médicalisée, Billy Milligan représente un cas tout à fait singulier dans les annales criminelles des USA - et peut-être de la planète. Daniel Keyes, par ailleurs auteur du superbe "Des fleurs pour Algernon", s'est penché sur lui et nous relate ici, en quatre-cent-soixante pages, non seulement ses doutes et ses étonnements personnels mais aussi le long et terrible cheminement intérieur de Billy Milligan.

A ce jour, vingt-quatre "personnalités" ont été recensées, animant le corps de Billy au mieux de ses intérêts. Parmi elles, trois sont féminines : Christine, fixée à l'âge de 3 ans, et Aladama et April, fixées toutes deux à l'âge de 19 ans. Toutes les autres sont masculines et leur âge de fixation va de 4 à 26 ans. Toujours sur l'ensemble, seules dix d'entre elles étaient connues à la date du procès. Treize autres se sont "révélées" depuis lors - même si l'existence de certaines d'entre elles était suspectée par les psys. La personnalité qu'on peut dire "mère", la personnalité non-fusionnée, la primitive, est la seule à pouvoir répondre vraiment au nom de Billy. Au-dessus de toutes, y compris des plus douées, plane celle, omnipotente, du Professeur. Du même âge que "Billy" exactement, le Professeur se présente comme la fusion des 23 personnalités, qu'il appelle "les androïdes que j'ai fabriqués." Comme l'indique Keyes à la fin du livre, "sans le Professeur, cet ouvrage n'aurait pas pu être écrit."

A la base de cette floraison de personnalités, dont beaucoup sont brillantes, voire très brillantes : une enfance malheureuse, soumise aux brutalités en tous genres (y compris sexuelles) d'un parâtre ET un tempérament d'enfant vraisemblablement plus doué que la moyenne. Tout cela allié à une sensibilité peu ordinaire.

A l'épilogue, que l'on espère provisoire : une vie sabotée.

Le lecteur a deux possibilités : il adhère ou il rejette. S'il s'est déjà intéressé aux personnalités multiples, il sera sans doute séduit car l'affaire Milligan est vraiment emblématique de ce trouble psychique. Si c'est la première fois qu'il lit un ouvrage traitant de la question, il risque par contre de se sentir dépassé par cette succession de faits et de dialogues intérieurs entre les différentes personnalités. Il aura alors l'impression qu'on cherche à le tromper et il arrêtera sa lecture en refusant qu'on le prenne plus longtemps pour un pigeon. A moins qu'il ne poursuive jusqu'au bout tout en étant d'ores et déjà persuadé que Billy Milligan n'est qu'un simulateur - génial, soit, mais simulateur avant tout.

Peut-être - c'est le seul reproche que je ferai à ce livre - peut-être la méthode choisie par Keyes pour retracer le parcours de Billy n'est-elle pas la meilleure. Keyes - qui a évidemment approché Milligan de très près - partait convaincu d'office, parce qu'il avait vu et entendu. En foi de quoi, il introduit tout naturellement son lecteur, prévenu ou pas, dans les "cerveaux" des différentes "personnalités" (notamment Arthur et Ragen) discourant entre elles de la meilleure façon de protéger Billy. (Car - et cela reste logique si l'on considère que ces personnalités ne sont en fait que les mille-et-une facettes éclatées de la personnalité originelle - si l'on excepte un ou deux "indésirables" qui agissent sans réfléchir à ce dont demain sera fait, la grosse majorité de ces "invités" de Billy n'ont qu'un but : le protéger, l'empêcher de souffrir.) Pour ce faire, Keyes ne dispose bien entendu que d'un dialogue tout ce qu'il y a de plus banal et naturel, qui déconcerte bigrement, je puis vous l'assurer. :wink:

Toutefois, si l'on fait abstraction de ce défaut de composition (j'écris "défaut" tout en me demandant de quelle autre manière Keyes aurait pu s'en sortir, à moins de sombrer dans la manière romanesque, ce qui aurait présenté d'autres inconvénients), "Les Mille et une vies de Billy Milligan" reste un ouvrage passionnant dont la fin - hélas ! bien prévisible - a quelque chose de poignant et de déchirant.

A lire. ;o)

mercredi, avril 30 2008

La Bible Dévoilée - Israel Finkelstein & Neil Asher Silberman

The Bible Unearthed Traduction : Patrice Ghirardi

C'est sur une impression de tristesse et de malaise que j'ai refermé ce livre pourtant soigneusement composé et dont l'argument repose sur des bases solidement étayées.

Tristesse parce que ce livre confirme que plus de deux mille ans de notre civilisation ont été influencés par une morale bâtie sur des mensonges éhontés.

Malaise parce que ses auteurs, bien qu'authentiquement possédés par la fièvre archéologique et la passion, toute scientifique, de leur métier, se laissent rattraper par le poids de leur culture et parlent avec respect et admiration de pseudo-prophètes qui ne furent, en fait - ils l'affirment eux-mêmes mais pas en termes aussi brutaux que ceux que j'utilise - que des menteurs doublés de fanatiques religieux.

En effet, l'archéologie peut s'exprimer sur ce point avec une certitude absolue : les textes qui forment la Bible furent composés et compilés au VIIème siècle av. J. C., par les tenants religieux et politiques du royaume de Juda, lequel, depuis la chute du royaume nordiste d'Israel sous les assauts assyriens, s'estimait - et avec quelle satisfaction mesquine ! - seul élu par Jéhovah.

Jéhovah ... Ce dieu jaloux, irascible, cruel et pétri de contradictions, est partout dans ce livre. Et partout - j'ignore si les auteurs en avaient conscience au moment de la rédaction de leur texte - il est en concurrence avec d'autres divinités. Non pas cependant comme le seul dieu unique, le seul vrai dieu de l'univers mais bel et bien comme un dieu parmi tant d'autres ...

Les anciens Israélites eux-mêmes d'ailleurs adoraient d'autres dieux en parallèle de leur Jéhovah. La Bible elle-même rappelle - avec une horreur puritaine ;o) - le Veau d'Or que les compagnons de Moïse dressèrent pour l'adorer alors que leur chef s'en était allé sur le Sinaï recevoir les Tables de la Loi des mains (??) de Jéhovah. Mais bien plus tard, au temps de la dynastie des Omrides qui se trouva à l'origine du royaume d'Israël. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle les monarques omrides ont été présentés sous des couleurs aussi épouvantables par les faussaires du VIIème siècle av. J.C. La malheureuse Jézabel par exemple - vous savez bien, la mère d'Athalie, qui a permis à Racine de composer son célèbre monologue : "C'était pendant l'horreur d'une profonde nuit/Ma mère, Jézabel, a mes yeux s'est montrée/Comme au jour de sa mort pompeusement parée ... - est dépeinte comme une traînée orgiaque et criminelle tout simplement parce que, aux yeux des Juifs qui firent la Bible, elle avait le tort irréparable d'être née princesse assyrienne.

Ah ! On en apprend, des choses, dans ce livre, je vous le certifie et, je le répète, sur le plan purement historique, les auteurs assurent d'une façon qui, parfois, paraîtra un peu ardue. Ils savent, en la ramenant à de justes dimensions politico-religieuses, rendre l'histoire de la Bible absolument palpitante.

Là où ça pêche, c'est lorsqu'ils semblent ne pas se rendre compte de l'orgueil immense avec lequel ils évoquent le peuple d'Israël. Pour eux, il est clair qu'il n'y aura jamais de peuple égal à celui-là. La Bible est - je cite : "un chef-d'oeuvre de la littérature" et peut-être même le premier. Les Juifs sont et resteront "le peuple élu par Dieu" et Jéhovah est, bien entendu, le seul dieu acceptable, le seul qui triomphe au bout du compte, le seul qui restera quand notre planète aura explosé.

Des horreurs engendrées par le culte monothéiste initié par la religion judaïque et plus ou moins adapté par le christianisme et l'islam, PAS UN MOT. "Ce n'était pas le propos du livre," direz-vous. N'empêche, vu le niveau de culture des deux auteurs ainsi que leur vision historique et professionnelle de la Bible, on aurait pu espérer mieux.

Ceci dit, maintenant que je m'attaque à cette relation de ma lecture, je me dis que, du fait même de leurs origines ethniques et religieuses, les auteurs n'ont peut-être pas osé aller jusqu'au bout, estimant que des notations en apparence innocentes comme celle-ci : "... Les rédacteurs de la Bible donnèrent Ur comme racines à Abraham parce que, à cette époque, tout le monde savait bien que la civilisation venait de Sumer* ..." passerait mieux sous le manteau de la dévotion traditionnelle à Jéhovah et au destin exceptionnel (???) promis par lui au peuple juif.

En tous cas, si vous lisez "La Bible dévoilée", n'hésitez surtout pas à venir nous confier vos impressions. Au reste, c'est un livre érudit, intéressant et aussi honnête que possible - vu les circonstances. ;o)

* : je cite de mémoire.

Pêcheurs à Islande - Philippe Leribaux & Christian Querré

"Pêcheurs à Islande", telle était l'expression dont se servaient ceux-là mêmes qui y participaient pour désigner la pêche morutière à Terre-Neuve et en Islande. Rude, très rude métier, accompli dans des conditions tout aussi, sinon plus rudes encore, que tentent de nous présenter dans ses grands points Philippe Leribaux, médecin généraliste passionné par la pêche en haute mer, et Christian Querré, enseignant pour malentendants.

En raison de leurs racines personnelles, les deux hommes ne s'attachent ici qu'à la pêche morutière qui partait de la Bretagne-nord, notamment de St-Brieuc, St-Malo, Lorient et, bien sûr, Binic. Mais, pour les marins normands qui la pratiquèrent eux aussi, durant le XIXème siècle et le début du XXème, les conditions étaient les mêmes.

Pour ce faire, ils nous présentent un grand, un "beau" livre, superbement illustré et scindé en huit parties.

La première nous présente très succintement l'Islande, cette terre de glace et de feu qui fut le berceau de Läxness, l'auteur de "La Cloche d'Islande", lequel choisit, quand il se convertit au catholicisme, le deuxième prénom de "Kevin", en raison des origines celtes de ses propres ancêtres.

La seconde fait un retour sur la France et nous expose les fondements de la pêche morutière, spécialement dans la région bretonne.

Puis _la troisième partie nous parle des chalutiers utilisés pour ce type de pêche particulièrement difficile parce que se déroulant dans des contrées très froides et exposées à des tempêtes glacées.__ Tout nous y est dit sur leur construction et sur les rapports ainsi tissés entre la côte et l'arrière-pays bretons. Attention ! C'est là que vous trouverez le plus grand nombre de chiffres et de statistiques, ce qui risque de vous rebuter quelque peu si vous n'êtes pas un véritable aficionado de la pêche morutière et de son histoire.

La quatrième partie raconte le départ des pêcheurs, le plus souvent pour une campagne de six mois, vers la mi-février. On ne manquait jamais de le faire précéder d'un "pardon" où, sous les cantiques dédiés à ces saints bretons qui n'ont jamais reçu l'estampille vaticane, transparaissaient, dans toute leur gloire, les croyances animistes des anciens Celtes. Ceux-ci prêtaient une âme à toute chose, à tout objet, alors la Mer, vous pensez ...

Dans la cinquième partie, nous sommes à bord, avec les pêcheurs et nous vivons dans des conditions absolument indignes : pas de toilettes (on se soulageait sur le pont), un peu d'eau sur le visage pour commencer la journée, à 5 heures du matin, trois repas tous arrosés d'alcool mais maigres en protéines, des réserves d'eau douce qui devenaient vite nauséabondes, une promiscuité harassante et, pour les jours où la tempête rendait la pêche impossible, très peu de distractions hormis les cartes et les dominos.

La sixième partie détaille les maladies et accidents qui guettaient les morutiers. Il y en avait un paquet : tuberculose, fièvre typhoïde, toutes sortes d'affections pulmonaires, scorbut (on s'en doute) mais aussi maladies de la peau et maladies articulaires sans oublier les méfaits de l'alcoolisme. Notons aussi les panaris et les engelures : ces dernières, mal soignées, se soldaient souvent par une amputation. Des hôpitaux de fortune étaient dressés en Islande et on finit par affréter des navires-hôpitaux sur lesquels plus d'un pêcheur mourut avant d'avoir revu sa Bretagne ou sa Normandie natale.

La septième partie nous rappelle que les armateurs s'occupaient des marins débarqués, leur assurant de petits travaux entre les périodes de pêche. Enfin, la dernière partie nous conte le déclin de la grande pêche, à la fin des années vingt.

Un livre passionnant et qui vous donne les bases de la pêche morutière telle qu'elle fut pratiquée. A ne réserver cependant qu'aux amateurs. ;o)

mardi, mars 25 2008

Jésus ou Le Mortel Secret des Templiers - Robert Ambelain

Dans les années soixante, Robert Ambelain, gnostique, martiniste et franc-maçon, passionné par l'ésotérisme, s'attaquait à une figure-clef de la civilisation occidentale, celle dont la date (estimée) de naissance décompte nos siècles et nos millénaires : Jésus de Nazareth.

D'emblée, Ambelain reconnaît l'existence de Jésus en tant que personnage historique et incontournable. Ce qu'il rejette, c'est évidemment sa filiation divine mais il va même plus loin puisqu'il lui dénie sa qualité de prophète essentiellement religieux. Toutes proportions gardées, Jésus fut, comme Mahomet, un chef politique. Mais, à la différence de l'illuminé de Médine, qui parvint à fédérer ses partisans et à fonder un gouvernement où le spirituel (ou prétendu tel) se mêlait au temporel. Cela, Jésus n'y parvint pas mais ses disciples, eux, allaient, en s'appuyant sur sa mort, transformer sa défaite en une victoire éclatante.

Dans la vie du Jésus historique, s'il y a bien une Marie qui fut sa mère incontestée (et qui était de souche davidique), il n'y a pas de Joseph. Ambelain soutient que le père de Jésus n'était autre que Juda de Gamala, reconnu comme le Messie par ceux qui, dans le peuple juif - et ils étaient nombreux - rêvaient de restituer son indépendance à la Palestine. Le père de Judas de Gamala, Ezéchias, avait lui-même reçu ce titre - et fut crucifié bien avant son petit-fils pour avoir, lui aussi, osé s'opposer à la toute-puissance romaine.

Ambelain affirme - et ses arguments ont du poids, je vous l'assure - que le fameux Simon Pierre était l'un des frères de Jésus et que le non moins célèbre Judas l'Iscariote, qui le trahit, était son neveu. Tant Simon que Judas étaient des sicaires - ainsi appelés du nom de la petite épée qui leur servait à se défendre ou à attaquer, la sica - sorte de garde rapprochée du chef politique, formée des membres les plus habiles et les plus impitoyables (les plus fanatiques aussi) de la secte des zélotes à laquelle, sans contestation possible, appartenait le fils de Marie.

Celui-ci serait né entre 16 à 17 ans avant la date fixée par le Vatican et aurait par conséquent approché de la cinquantaine à sa mort. Comprenant avec l'âge qu'il courait à l'échec politique, il aurait alors songé à rallier le peuple juif par le biais de la seule religion. Sa crucifixion la tête en haut - fait curieux dont Ambelain n'est d'ailleurs pas le seul à avoir parlé - prouve que, parmi les accusations portées contre lui, figurait celle de meurtre. Ce qui n'étonnera guère le lecteur à qui Ambelain a rappelé le passage de St-Luc - évangile pourtant "officiel" - où Jésus ordonne, de façon assez sibylline, d'égorger ceux qui se dressent contre lui.

En effet, s'il n'avait été qu'un rebelle séditieux et sans envergure, Jésus aurait été crucifié la tête en bas. La loi romaine, qui prévalait alors en Judée, est formelle sur ce point et on se demande bien pourquoi les Romains auraient changé leur façon de faire en faveur (!!!) de Jésus.

Il y a encore mille choses à dire sur ce livre foisonnant, passionnant, qui relève l'essentiel des contradictions dont est tissée l'histoire du christianisme et qui invite tout lecteur conscient de sa liberté de pensée à s'interroger encore, et encore, et encore, non pour se dresser contre les abus d'une religion (le christianisme n'est pas la première religion bâtie sur l'escroquerie et le mensonge) mais tout simplement pour avancer un peu plus dans la compréhension de soi-même et, qui sait, de l'univers.

Un grand livre. Lisez-le. ;o)

mercredi, février 13 2008

Le Fou & le Professeur - Simon Winchester

The Professor & the Madman Traduction : Gérard Meudal

En 1871, un samedi, peu avant deux heures du matin, George Merrett, qui travaille aux chaudières de la brasserie londonienne du "Lion Rouge", quitte son domicile pour assurer l'équipe de nuit. Mais alors qu'il arrive en vue de son lieu de travail, il entend un homme crier derrière lui. Il se retourne et voit l'homme se diriger vers lui en courant, visiblement furieux. Merrett prend peur et se met aussi à courir. Lorsqu'il regarde derrière lui, l'homme s'est arrêté et brandit un objet dans sa direction. Un coup de feu retentit : Merrett s'effondre. Les secours qu'on lui apportera pratiquement sur le champ, grâce aux soins d'un officier de police qui faisait sa ronde, ne pourront rien contre sa carotide béante et son épine dorsale endommagée. Il décède à l'Hôpital St Thomas.

Son agresseur, immédiatement arrêté par le sergent Tarrant, s'appelle William Chester Minor. Il n'a rien du malfrat classique. Bien au contraire, il a été officier dans l'armée de l'Union pendant la Guerre de Sécession où il a en outre exercé les fonctions de chirurgien, sa profession. Originaire de New Haven dans le Connecticut, il s'était installé à Londre un an auparavant et disposait de confortables revenus. Mais, de l'avis de ses logeurs et de ses rares relations londoniennes, il semble souffrir de troubles mentaux, notamment d'une manie de la persécution qui le fait fuir comme la peste tout homme susceptible d'être irlandais.

Reconnu légalement non coupable du meurtre de Lambeth Road mais mentalement dérangé, William Minor est enfermé à l'institution de Broadmoore. Pour s'occuper, il lit beaucoup et se propose pour collaborer à la confection de l'Oxford English Dictionary mis en chantier par James Murray.

Un jour, Murray, qu'enthousiament la clarté et la qualité des définitions envoyées par Minor, décide de lui rendre visite ...

Ce n'est pas un roman mais une espèce de biographie. L'auteur nous présente les deux protagonistes principaux avec un soin presque maniaque. Il nous dépeint ce qui les a menés l'un à être interné, l'autre à superviser la rédaction de l'Oxford English Dictionnary. Il nous rapporte leur première entrevue et celles qui suivirent, les relations qui finirent par s'établir entre eux et, certes, ce n'est pas dénué d'intérêt. Le problème, c'est qu'il n'y a ici ni flamme, ni passion et que, du coup, cet intérêt s'éteint à peine éveillé. Et ce n'est certainement pas le style, plat, uniforme, sans imagination, qui permettra au lecteur de s'impliquer un peu plus.

On a l'impression d'assister à tout cela de très loin. Le sang coule à Lambeth Road et, qui pis est, le crime est absolument gratuit mais on ne compatit ni à la mort de Merrett, ni à l'internement de Minor. On observe la chose avec une parfaite indifférence. Pour moi, ce fut comme si j'écoutais poliment quelqu'un qui me contait une histoire banale pendant qu'intérieurement, je me demandais quand diable cela prendrait fin.

Ce sentiment, je l'ai rarement ressenti mais plus souvent, sans doute, après la lecture de certaines biographies. Ce qui m'a conduite à constater que la biographie, le document étaient tous deux des disciplines littéraires à part entière qui ne sont malheureusement pas à la portée de tout le monde. ;o)__

Adèle, l'Autre Fille de Victor Hugo - Henri Gourdin

Adorateurs du Grand Victor, hugolâtres énamourés capables de prôner sans ciller la supériorité de la prose de votre dieu sur celle de Voltaire, c'est dès maintenant qu'il vous faut suspendre votre lecture. Car ce que j'ai à écrire dans ce billet ne vous plaira pas.

Non que Henri Gourdin se montre impartial envers le Poète auto-proclamé Génie Universel. La nature unique de notre Victor Hugo national, il ne la conteste absolument pas. Simplement, à cette stature de penseur à la Rodin enfermé dans un univers dont il est à la fois le créateur et la créature, le biographe d'Adèle Hugo oppose les faces moins connues de cette écrasante entité : le mari volage, le père absent, le dramaturge en vogue qui se fait surprendre en flagrant délit d'adultère et qui ne doit d'éviter la prison qu'à sa qualité de pair de France, enfin le littérateur engagé et exilé dont l'égocentrisme vampirise tous les membres de son entourage et façonne, avec quelques années d'avance, la légende de cette folie dans laquelle Adèle ne basculera en fait qu'assez tard.

Tant qu'ils furent dans leur âge tendre, ses enfants ne posèrent guère de problèmes au poète. Nul ne s'avisera de le nier : Hugo s'est toujours plu à jouer avec les petits et les tout-petits. On trouve même, chez lui comme chez sa femme, une manière extrêmement moderne de considérer les premiers jeux de l'enfance. Dès cette époque pourtant, il semble manifester une préférence - à vrai dire légère - envers l'aînée de ses filles, Léopoldine. Le drame (ou plutôt l'un des aspects du drame), ce sera que Léopoldine, morte noyée au lendemain de son mariage, sera donc portée en terre avec toutes ses qualités intactes et que l'amour que l'on voue en général aux disparus, surtout s'ils sont partis trop jeunes, empêchera à tout jamais Victor Hugo et sa femme de lui reconnaître le moindre défaut. Pas plus qu'Adèle ou ses frères, ils ne feront jamais le deuil de Léopoldine. Et un jour viendra où, sans même s'en rendre compte, l'écrivain intègrera tout naturellement cette mort à sa propre légende.

La première fêlure peut-être entre le père et les filles survient lorsque se pose pour elles la question de l'éducation. Sur ce plan, Hugo n'a rien du progressiste auquel on pouvait s'attendre : si ses garçons reçoivent une excellente instruction, celle des filles est limitée. C'est l'esprit du temps, l'esprit aussi de leur classe et le poète n'a pas encore à soigner son image de Penseur Universel tendance égalité pour tous, même pour les femmes.

La seconde fêlure, elle, ne concerne pas Adèle. Elle se montre lorsque Léopoldine décide d'épouser Charles Vacquerie, le frère d'Auguste, "fan" du poète avant la lettre que l'on suppose aussi avoir été l'amant de Mme Hugo mère, puis celui d'Adèle. Pour Victor Hugo, ce mariage symbolise l'éloignement inéluctable de sa fille préférée et, qui pis est, avec un homme autre que lui. (Oui, la famille Hugo aurait beaucoup intéressé Sigmund Freud. :wink: ) Cette réaction qui, dans le fond, est banale et se manifeste chez la plupart des pères, se complique chez le poète des exigences de son ego - un ego aussi formidable que son génie.

Après l'accident qui coûte la vie à Léopoldine et son époux, se précise la troisième fêlure : dans un transfert là aussi normal, Hugo va évidemment se rejeter sur Adèle. Mais Adèle, si elle aime son père, est d'une tout autre trempe que sa mère et sa soeur. A vrai dire, c'est elle qui, de tous les enfants Hugo, semble avoir hérité la force de caractère paternelle. Ses frères en effet ont tous fini par "se coucher" devant le patriarche et Léopoldine, elle, n'a pas eu le temps de se révolter. Adèle, elle, aura non seulement le temps de le faire mais aussi la volonté nécessaire pour y parvenir.

C'est durant l'exil de Hugo dans les îles anglo-normandes qu'éclatera la crise. La biographie de Henri Gourdin détaille crescendo les mille petits faits qui, à force de s'accumuler, vont acculer Adèle à la fuite loin d'un père psychopompe. Cela va de la solitude entretenue par le poète aux maximes typiquement "hugoliennes" - et parfois grotesquement solennelles - inscrites sur les murs de la salle à manger de Hauteville House, en passant par les fameuses "tables tournantes" où les esprits s'expriment comme écrit le maître des lieux.

Mais - et on ne peut en douter après avoir lu ce livre - lorsque Adèle quitte sa famille avec l'idée d'épouser le lieutenant Pinson, elle a toute sa tête. Seulement, pour son père, le coup est si terrible et surtout si inacceptable - quoi ! l'un de ses enfants (une fille, qui plus est) ose l'abandonner, lui, le Poète, l'Exilé sublime, l'Ennemi irréductible de Napoléon le Petit, lui, la Voix de la France républicaine - qu'il refuse de voir la vérité en face et que, à partir de ce jour, il parle, écrit et agit comme si Adèle s'était enfuie sous le coup d'une maladie mentale.

Ainsi, selon un schéma que l'on retrouve couramment chez les parents narcissiques dans leurs rapports avec leurs enfants, la situation se retourne : la Victime n'est plus Adèle mais bel et bien son père, que la mort de sa première fille avait déjà notoirement affecté. L'immense talent du poète et son narcissisme monstrueux vont faire le reste ...

Une biographie qui passionne et attriste tout à la fois. Elle passionne car son auteur, tout en s'attachant à son sujet, a veillé à se montrer impartial et à étayer ses dires. Elle attriste car les lecteurs - et plus encore les lectrices - ne peuvent que compatir à la sinistre destinée d'une femme qui fut jeune, qui fut belle, qui fut intelligente, qui se voulut, en parfait accord avec les idées professées par Hugo lui-même, une femme libre ... et qui, tout au long de son existence, se vit contrainte de rester toujours un pas derrière ses frères et deux derrière leur père.

Quand enfin, elle décida de briser effectivement les tabous que son père, ses frères et leur entourage n'entendaient en fait briser que symboliquement, la vie qu'elle avait menée jusque là l'avait déjà à demi brisée. De très longues années avant Zelda Fitzgerald, Adèle Hugo s'est peut-être laissée glisser dans la folie parce que, quelque part, la folie est aussi libération. ;o)

mardi, février 12 2008

Bohèmes - Dan Franck

Pour les amateurs d'Histoire vue par le petit bout de la lorgnette, voici six cents pages intégralement consacrées au renouveau culturel qui, entre les dernières années de la Belle-Epoque et la fin des années trente, émergea à Montmartre avant d'émigrer peut à peu vers Montparnasse.

Autrement dit, des dizaines et des dizaines d'anecdotes sur une faune essentiellement composée de peintres et d'écrivains. La fresque est grouillante de vérité.

Utrillo, qui peignait Montmartre d'après les cartes postales que lui rapportait sa mère, Suzanne Valadon ; Picasso, bien sûr, qui mangea de la vache enragée avant de réserver sa signature à toute une clique de snobs ; Henri Rousseau, dit "le Douanier Rousseau", maître sans prétention d'une peinture naïve qui parlera plus tard au coeur de Frida Kahlo ; Soutine qui transgressa la foi de ses pères pour gagner le droit de peindre, Soutine, toujours affamé et qui eut un jour ce mot sublime : "Je peins mieux quand j'ai faim" ; Modigliani, lui aussi d'origine juive mais italien par son père et qu'emportera la tuberculose ... voilà pour quelques uns des peintres ici rassemblés.

Côté écrivains et poètes, il y a, bien sûr, Guillaume Apollinaire pour qui Dan Franck exprime une tendresse profonde et un peu partiale sur les bords ... (Mais on pense comme Franck quand il affirme que, sans la grippe espagnole qui assassina ce prince des Poètes, Aragon aurait eu beaucoup plus de mal à s'affirmer comme incontournable.) Cocteau ne fait que passer et Max Jacob va de l'un à l'autre en attendant de mourir à Drancy, comme le juif qu'il n'était plus. Proust vit ses derniers étouffements et Alfred Jarry se laisse dévorer par Ubu. Verlaine lui-même fait, au tout début, une petite apparition, comme pour cautionner l'époque "folle" qui se dessine.

Sans oublier Kiki de Montparnasse, le modèle le plus couru de cette époque ;Foujita, le peintre japonais ; Jeanne Hébuterne, qui se jeta par la fenêtre de l'appartement qu'elle occupait avec Modigliani après la mort de celui-ci ; Raymond Radiguet, maussade et chafouin ; Robert Desnos ; les Surréalistes, prêts à emprunter le long et ténébreux couloir du communisme ; la perplexité de Picassolui-même devant ses "Demoiselles d'Avignon" ; les marchands d'art, le vol de la Joconde au musée du Louvre, et bien d'autres encore, êtres et objets qu'on ne peut citer tous tant ils fourmillent et réclament leur part de mémoire ...

Un document riche, joyeux et nostalgique qui vous fera passer un excellent moment en vous restituant un flamboiement culturel qui fut un peu de l'âme du XXème siècle. ;o)

jeudi, janvier 17 2008

Colette - Biographie critique - Claude Pichois & Alain Brunet

Avec Colette, j'ai toujours eu un problème. Je n'ai en effet jamais compris comment une femme qui affirmait - et on veut bien la croire - se battre tous les jours avec les mots ait produit des romans si légers et tous axés sur des histoires sentimentales basiques : duo ou trio, tu-me-trompes/je-me-venge, etc ... Je n'ai jamais compris non plus comment une femme qui savait si bien mener sa vie extérieure, une "femme forte" en somme et une femme qui se voulait libre, ne se soit jamais dévouée à une cause sociale.

J'ai lu les "Claudine", bien sûr et je ne conserve ma sympathie originelle que pour le premier volume : "Claudine à l'école." J'ai lu "La Chatte", histoire bien mince dont la seule originalité est de transposer la relation de jalousie habituelle sur un animal. J'ai lu la majeure partie des recueils autobiographiques de l'auteur et j'admets qu'elle savait comme personne évoquer les animaux et la sensualité de l'univers en même temps qu'elle croquait une scène.

A part ça, que reste-t-il pour moi de Colette ? Une vie tapageuse, des relations aussi clinquantes que celles qu'on reproche aujourd'hui à certain président de la république, une façon bien à elle de faire son trou dans des endroits confortables et de retomber toujours sur ses pattes. La seule grande affaire de sa vie fut, semble-t-il, son premier mariage avec Henry Gauthier-Villars, dit Willy. Pour l'avoir haï comme elle le fit après leur divorce, elle a dû l'aimer passionnément et sincèrement. Mais eut-elle un geste lorsqu'il était sur la fin et sans grandes ressources ? On me dira qu'il l'avait exploitée. Soit. Mais la marquise de Balbeuf, Missy, qu'avait-elle fait à Colette pour que celle-ci se montrât avec elle d'une telle ingratitude ? ...

Et ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres.

Colette, pour moi, est une égoïste narcissique et une primaire. Fine, intelligente, avec un sens rare de la terre et de ses nourritures mais justement : elle ne s'élève jamais au-dessus des pâquerettes.

La biographie critique de Pichois & Brunet tente - modestement - de déboulonner l'idole, soulignant ses trop nombreuses contradictions et se faisant un devoir de noter ses défauts sur le même plan que ses vertus. On peut même y apprendre que Colette jeta tout simplement le cadavre de sa chatte, Kiki-la-Doucette, par la fenêtre, estimant que c'était là la seule chose à faire. Si on se rappelle que Colette avait poussé les hauts cris en lisant "La Terre" de Zola et affirmé à l'époque (et aussi dans "Claudine à l'école" si mes souvenirs sont bons) que les paysans n'étaient certainement pas aussi noirs que ça, on est en droit de se poser beaucoup de questions sur sa sincérité ...

Mais cette biographie passe à mon avis à côté (volontairement ? involontairement ?) des vraies questions :

1) Colette envisageait l'écriture avec sérieux. S'il est un domaine où elle n'a jamais triché, c'est dans le style. Elle s'est attachée à donner le meilleur d'elle-même - ou ce qu'elle croyait être le meilleur. Pourquoi n'a-t-elle jamais appliqué pareille rigueur à ses sujets ? Pourquoi cette femme, qui prônait l'originalité en tout, oublia-t-elle d'être originale en ce domaine ?

2) Pourquoi Colette, qui a passé toute sa vie à enrichir, à travailler son style, n'a-t-elle jamais décollé de ses histoires de coucheries, légitimes ou pas ?

3) Pourquoi ne pas reconnaître que, plus qu'à son style, Colette doit sa réputation à ses relations dans les milieux littéraires parisiens (héritées de Willy) et à son anti-conformisme de bon ton ?

4) Pourquoi ne pas admettre que Colette ne se révolta jamais que pour elle-même - et jamais pour les autres ? ...

J'attends la biographie qui osera - enfin - dire cela de la "bonne dame du Palais-Royal" qui ne semble avoir eu, en fin de compte, pas grand chose de bon, si ce n'est un amour certain du beau style.

Mais est-ce suffisant ? ... ;o)

jeudi, décembre 20 2007

Une Amérique Qui Fait Peur - Edward Behr

Paru deux ans avant les événements de septembre 2001, "Une Amérique Qui Fait Peur" dut affronter les railleries de nombre de critiques qui n'hésitèrent pas pour l'occasion à affubler son auteur de l'étiquette de "réactionnaire."

Fait amusant - et ô combien intéressant : l'essentiel de ces critiques pensaient "à gauche" (ou, à tout le moins, l'affirmaient). En foi de quoi, très souvent, ils étaient (et sont restés) les premiers à hurler au loup devant les excès consuméristes et capitalistes des Etats-Unis.

En revanche, pas question pour eux de s'indigner aux récits des exactions - il n'y a pas d'autre mot : lisez ce livre et vous m'en direz des nouvelles - commises aux USA au nom de la "liberté" et dont Philip Roth nous a donné un éblouissant témoignage dans "La Tache."

Non, sur ce plan-là, ces mêmes critiques, qui pensent "bien" et sont d'ailleurs les seuls à le faire, sont les premiers à s'incliner devant le Moloch américain ...

Oui, les féministes complètement allumées des USA ont raison de déposer plainte et de faire des procès à des universitaires ayant osé (ce n'est qu'un exemple) déclarer qu'ils se sentaient traités comme des coupables parce que le règlement de maints campus universitaires permet à toute étudiante demandant une réunion de travail avec l'un de ses professeurs mâles d'exiger que, "pour la protéger", y soit présente une enseignante.

Oui, certains psychiatres peu scrupuleux ont mille fois raison de faire pression sur des enfants de 4/5 ans pour les amener à accuser d'attouchements incestueux l'un ou l'autre de leurs parents.

Oui, les médias américains - les mêmes si décriés pour la façon dont ils ont traité la dernière guère américano-irakienne - ont dix mille fois raison de traquer sans répit ces universitaires et parents obsédés par le sexe et qui, sans foi ni loi, s'acharnent à salir la Vertu Triomphante qui est l'apanage des vrais citoyens made in USA.

Oui, les médias américains ont cent mille fois raison de pointer du doigt la police (fédérale ou locale) lorsque celle-ci s'attaque, de façon ignominieuse, à des assassins multirécid... pardon ! à de pauvres victimes de la société qui dealent, violent et trucident non par méchanceté naturelle mais bel et bien, eh ! oui, parce que leur père buvait et les maltraitait.

Au cas où tout cela vous rappellerait quelque chose, n'hésitez pas à revenir aux sources du mal en vous plongeant dans ce petit livre brûlot qui en a mécontenté plus d'un mais qui dit tout haut ce que pense de plus en plus de monde, aux USA comme en France.;o)

- page 1 de 4