Les Manuscrits Ne Brûlent Pas.

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vendredi, août 29 2008

Le Sapeur Camember - Christophe

Le 29 février 1844, fut déclarée, à la mairie de Gleux-lès-Lures (Saône-Supérieure), la naissance d'un enfant du sexe masculin, fils d'Anatole Camember, cultivateur, et de Polymnie Cancoyotte, son épouse. L'enfant fut inscrit sous les noms de François-Baptiste-Ephraïm.

Ce sobre état-civil est celui du Sapeur Camember dont les facéties ont encore un bel avenir devant elles. Avant cela cependant, ses parents n'avaient craint qu'il ne sombrât dans ce que nous appellerions la délinquance car François-Baptiste-Ephraïm, très farceur par nature, était un grand sacripant. Arriva la conscription où il tira le numéro 4 et qui, en somme, le sauva.

Et Christophe de noter avec un malicieux à-propos :

Il y a lieu toutefois de remarquer qu'il était soldat bien jeune, puisqu'étant né un 29 février, il n'avait vu, depuis 1844, que cinq fois son jour de naissance.

Raconter "Les Facéties du Sapeur Camember" est chose impossible. De même qu'il faut lire le vocabulaire et les tournures grammaticales du sapeur pour y croire. Disons en substance que l'adolescent dont ses parents désespéraient de faire quelqu'un s'intègre très bien dans l'armée où il passe beaucoup de temps à servir un colonel irascible.

Le colonel est mariée et sa femme a pour cuisinière la sympathique Victoire, alsacienne de naissance, envers laquelle notre sapeur commence très vite à éprouver de doux sentiments. Enfin, à l'issue des épisodes patriotiques d'usage (où Camember sauve son colonel), notre héros recueille le petit Victorin.

Le tout est mené à un rythme d'enfer par un Christophe qui se délecte à créer et peaufiner l'incroyable jargon de son Camember. A ne pas rater !

La Famille Fenouillard - Christophe

Les membres de la famille Fenouillard prirent leur envol en 1889, dans "Le Journal de la Jeunesse." Agénor, le père, commis-bonnetier qui avait épousé la fille de son employeur, Melle Léocadie Bonneau et en avait eu deux filles tout à fait charmantes, Artémise et Cunégonde, était un membre éminent de la bourgeoisie de St-Rémy-sur-Deule (Somme-Inférieure). Il y menait une vie paisible et rangée jusqu'au jour où, suite à une déclaration péremptoire de Mme Fenouillard ("C'est pas tout, ça ! mais nous devenons de vrais mollusques ! J'entends que, dès demain, nous partions en voyage !"), le virus de la bougeotte s'abattit sur l'intégralité de la famille.

La première expédition, vers Bruxelles, afin d'y visiter le Musée d'Anvers ("qui est un revolver chargé au coeur de l'Angleterre, comme a dit Jules César", dixit M. Fenouillard), tourne court suite à un conflit surgi entre ledit M. Fenouillard et un porteur de bagages. La seconde, sur Paris et sous le haut commandement cette fois de Mme Fenouillard, voit le digne Agénor harponné par l'ancre d'un ballon et ainsi promené par dessus les toits de la capitale.

On pourrait croire que son aterrissage forcé - et avec un fond de culotte gravement endommagé - a définitivement guéri les vélléités ambulatoires de M. Fenouillard. Mais c'est mal le connaître ! Le courageux Agénor reprend presque tout de suite la route pour faire découvrir Saint-Malo et les bains de mer à ses rejetonnes.

La machine est lancée : les Fenouillard ne s'arrêteront plus. Ils iront même jusqu'en Papouasie ! A chaque étape, ils se fourrent dans des situations invraisemblables qui les poussent à s'enfuir encore plus loin jusqu'à ce que, épuisés et d'une maigreur épouvantable, ils connaissent (enfin) le bonheur de regagner leur sol natal de St Rémy-sur-Deule (Somme-Inférieure)

Dès son premier grand album, Christophe impose son style : un contraste absolu entre le comique des dessins et le ton littéraire, parfois à la limite de l'ampoulé mais toujours pince-sans-rire des textes, lesquels abondent en outre en ce que l'on ne nomme pas encore "clins-d'oeil" (littéraires, scientifiques, historiques et géographiques).

Pour ses lecteurs, l'Angleterre sera toujours "la perfide Albion qui a brûlé Jeanne d'Arc sur le rocher de Sainte-Hélène" et aucun d'entre eux n'oubliera le spectacle offert par M. Fenouillard se préparant, stoïque, à se faire hara-kiri en s'entraînant avec son parapluie ou encore affrontant les tortures les plus inimaginables chez les Indiens d'Amérique. ;o)