Dialogue du bout de l'an
Par Pierre-Alain le mercredi 31 décembre 2008, 18:42 - Au jour le jour - Lien permanent
— Je m'en vais !
— Bon débarras.
— Méfie-toi. Celle qui va me remplacer ne vaudra peut-être pas mieux que moi.
— Je n'ai pas vraiment le choix et je prends le risque. Tu m'en as trop fait voir : des élections ratées, une bourse en déconfiture, des taxes en veux-tu en voilà, les usines qui ferment ou débauchent, le chômage qui repart à la hausse, la sécu qui frise l'apoplexie et pour finir une guerre oubliée qui reprend... et tu voudrais que je te regrette ?
— Ingrat que tu es ! D'abord, n'es tu pas toujours vivant alors que tant d'autres sont à présent six pieds sous terre ou réduits en cendres ?
— La belle affaire d'être encore en vie si mes motifs de contentement fondent comme neige au soleil.
— Quelle injustice ! Ne t'ai-je pas donné, au cours de ces douze derniers mois, deux beaux petits-enfants qui poussent à merveille ?
— C'est vrai, tu as raison, j'avais oublié. Deux de plus qui me poussent vers la sortie !
— Ils font pourtant tes délices, je le vois bien, à chacune de leurs visites.
— Bon, je l'avoue, mais cela suffit-il à faire une bonne année ?
— Cela devrait si tu savais ordonner tes priorités, éternel mécontent que tu es !
— Tu ne te vantes pas d'avoir introduit une saleté de crabe dans ma famille !
— C'est là le lot de presque tout un chacun aujourd'hui, qui un peu plus tôt, qui un peu plus tard.
— La peste t'emporte pour cela !
— C'est peut-être elle qui t'aurait emporté ou la guerre ou le typhus ou le choléra, si tu avais vécu autrefois. Apprends à regarder chaque minute comme une victoire et considère les multiples petits bonheurs qui s'offrent à toi ainsi que l'immensité des raisons d'espérer qui demeurent.
— À savoir...
— Rien de plus facile : toutes les solidarités qui se font jour face à la misère et au malheur ; les initiatives citoyennes en faveur de l'autre et de l'étranger, les luttes solidaires pour préserver l'environnement, l'Amérique qui brise ses tabous... Il y a des motifs d'espoir : encore faut-il ne pas se contenter de les regarder. Je pars, dans quelques heures je ne serai plus là. Prends-toi par la main et avec celle qui va venir, lève-toi et va de l'avant !
— En aurai-je la force ?
— Il le faut. C'est ton devoir. Moi, j'ai fait le mien. Adieu et bonne chance !