Le Blog du Merdier

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jeudi, janvier 7 2010

Albert Camus sur France 2 le 6 janv 2010

... Camus, mon "cher, très cher Albert Camus" ? Je ne pouvais "rater" ça!

J'ai apprécié en particulier : l'enfance à Belcourt (quartier ouvrier et populaire d'Alger en 1924) avec l'intervention de l'instituteur Germain auprès de la grand mère d'Albert, madame Sintès... L'amitié (une vraie/vraie amitié je pense), entre Michel Gallimard, Janine Gallimard et Albert, l'épisode du Prix Nobel, la discussion dans le parc avec Jean Paul Sartre...

Pour sa relation avec sa femme Francine, son amour pour sa maman, ses "infidélités" (il dit "je suis un infidèle fidèle) et donc sa relation avec Maria Casarès et à la fin de sa vie, cette jeune fille qui l'admire et avec laquelle il a une "histoire"... Tout ça, oui, je connaissais très bien... Ayant lu (et relu) avec beaucoup d'émotion, le livre d'Olivier Todd retraçant toute la vie d'Albert Camus...

J'ai d'ailleurs lu tous les ouvrages d'Albert Camus...

C'est "le plus grand écrivain d'Afrique du Nord"... Et peut-être aussi du XXème siècle littéraire... à mon sens...

L'étranger est pour moi un "livre culte"...

La Peste ? j'ai aimé aussi quoique j'ai trouvé un peu "difficile" (et étrange)...

La Chute, le Premier Homme...

J'aime sa manière d'écrire, son style, sa pensée, sa gravité en toutes choses, la puissance de sa réflexion... et je lui trouve un côté "très poétique"...

Pour moi c'est un maître...

Ses "infidélités" ? Oui, oui... Mais ça "c'est la vie", sa vie... “Une seule femme dans sa vie et un regard à chaque femme rencontrée?” Oui, oui, ça aussi c'est la vie, la vie qu'on peut vivre...

De toute manière, sans ce stupide accident le 4 janvier 1960, il serait mort quelques mois ou tout au plus un ou deux ans plus tard... (avec ce qu'il avait dans la "cage"...)

vendredi, novembre 20 2009

Lieux et visages de nos vies, LE LIEVRE DE PATAGONIE.

Lieux et visages de nos vies

Dans “Le lièvre de Patagonie” page 170, des mémoires de Claude Lanzmann, éditions Gallimard :

Vivants, nous ne reconnaissons plus les lieux de nos vies et éprouvons que nous ne sommes plus les contemporains de notre propre présent”

Et je dis “ quand bien même ces lieux – ceux de notre enfance, ceux d'une époque de notre vie - seraient demeurés inchangés... Nous ne les reconnaissons plus, ces lieux, parce qu'ils nous semblent transportés dans un présent qui, à nos yeux et par ce que nous vivons aujourd'hui, les a transformés et rendus méconnaissables.

Néanmoins nous éprouvons bien ce sentiment de transport dans le présent. Et vient à notre mémoire l'image revisitée de ce qui fut. Alors comment se sentir contemporain de ce présent qui est celui de notre vie, puisque l'image revisitée nous rend difficile l'acceptation de ce présent? L'on n'est jamais en effet, le contemporain d'un présent que l'on n'accepte pas, dont on réfute les valeurs, l'actualité, les modes, le fondement de pensée qui le caractérise...

Une photographie prise il y a trente ans, d'un visage, d'une personne, d'une situation en un lieu entre des personnes... Et voici ce qui aujourd'hui est...

Une relation écrite de ce qui fut entre des personnes, dans l'événement, dans l'action du moment, de l'époque... Et voici ce qui aujourd'hui est...

C'est ce “voici ce qui aujourd'hui est” , qui pose problème.

“Vivants”, tant que nous sommes vivants, ces lieux de nos vies sont toujours du passé. Morts, morts que nous serons, ces mêmes lieux de nos vies, ces mêmes photographies prises il y a trente ans, et ce qui est écrit des personnes, des lieux, des événements... Tout cela “c'était en mille neuf cent ou deux mille tant”, dira-t-on. Mais la chronologie des événements et des personnes, de l'actualité, des lieux de vie ; n'en occulte pas pour autant le caractère intemporel, authentique et inaltérable de ces événements, de ces personnes, de cette actualité, de ces lieux de vie...

Il importe à mon sens d'être le contemporain de son propre présent, de ne pas s'y sentir dans ce présent, tel un exilé dans sa solitude et dans sa pensée revisitant les lieux et les visages de sa vie... Car les lieux de nos vies et les visages qui ont habité ces lieux, se disent et s'écrivent tels qu'ils furent : ils ne devraient pas être par nous “revisités” mais présentés tels des lieux à faire visiter et des visages à faire connaître.

Être le contemporain de son propre présent, c'est affirmer le caractère intemporel, authentique et inaltérable de ce présent, lorsque manifestement existe ce caractère (et il existe vraiment, même dans un présent qui serait le plus exécrable ou inconsistant qui soit)...

Ce que j'aime dans le livre de Claude Lanzmann “ Le lièvre de Patagonie”, c'est tout ce que raconte Claude Lanzmann, de sa relation avec Gilles Deleuze, Jean Paul Sartre, sa soeur Évelyne... et tous les écrivains et artistes de cette époque de 1940 à 1965, qu'il a rencontrés et fréquentés et qui se sont d'ailleurs bien connus entre eux... C'est “truffé” de petites anecdotes, de détails, de réflexions et de pensées des uns et des autres..

C'est de l'autobiographie si je puis dire “dans le plein et authentique sens du terme”... Rien à voir avec toutes ces productions (autant d'hier que d'aujourd'hui) dans le genre “ma vie/mes amours/mes déceptions/mes rêves/mes fantasmes/mes malheurs...)

Mais le livre de Claude Lanzmann est tout de même d'une écriture “un peu difficile”, assez dense, aux longues phrases, de paragraphes compacts, et l'on y découvre des mots peu courants dont il faut rechercher la signification dans un bon dictionnaire...

jeudi, mars 5 2009

Vers la lumière, de Mary-j-Dan

Vers la lumière, de Mary-j-Dan

A première lecture, il y a là, dirais-je... "Une dimension d'écrivain".

C'est "d'une trempe" assez nettement différente (et qui m'émeut davantage) que "Embarquement Direct" par exemple...

Oui, il y a bien là une dimension de pensée et de réflexion, une force, une intimité qui n'est à aucun moment, ostentatoire...

... Je cite ici une phrase :

" Quelqu'un a-t-il eu l'idée, après avoir constaté l'infidélité de son ange gardien, de téléphoner à Zorro? Est-il venu sur son fier destrier noir? Si oui, je voudrais bien son numéro de téléphone!"

Chère Mary, l'ange gardien que tu évoques (ce qui vit en nous de plus intime et de plus profond, et de meilleur), n'est jamais, je crois, vraiment infidèle : c'est nous mêmes qui lui faisons quelques infidélités!

Zorro, pourait être un imposteur (puisque son numéro commence par un préfixe numérique n'existant dans aucun logiciel ou répertoire)... Ou parce que son numéro, qui existerait, sonne toujours "occupé"...

Mais ce n'est pas exactement ni précisément cela : Zorro n'est pas tout à fait un imposteur... Il n'a pas d'épée flamboyante et ne caracole pas sur un fier destrier noir! Il est un être tout à fait ordinaire qui devient à un certain moment particulier de notre vie... Un être exceptionnel, un être joignable et attentionné...

dimanche, mars 1 2009

Les corps perdus, de François Gantheret...

     J'avais lu ce livre en 3 jours vers fin janvier 2009...

Je me suis rendu compte en y repensant trois semaines plus tard, que j'aurais sans doute du en faire une seconde lecture...

J'ai aimé l'écriture : fluide, légère, précise, sobre, rythmée comme une musique, mais avec dans le ton, je crois, une certaine gravité (et à cela je suis en général assez sensible et ému)...

L'histoire par elle même, dans l'ensemble, n'est pas particulièrement originale dans la mesure où cette histoire ainsi racontée par l'auteur, nous renvoie à des évènements d'actualité faisant l'objet de reportages de journalistes... Mais sans doute le passage de la corde oubliée dans le puits, et ensuite la sortie du puits, les premiers moments de liberté d'Andrès dans l'incertitude et les dangers immédiats... C'est cela qui m'a surtout impressionné et vraiment intéressé.

Le mensonge et la trahison, dans la beauté de ces paysages du Maghreb, m'ont semblé prendre une dimension naturelle, familière, et comme "coulant de source" : en ce sens le comportement de Tamia qui au départ pensait à son amant prisonnier comme Andrès au fond d'un puits, et ensuite part avec Andrès, ne m'a pas choqué...

Il y a, à mon sens, une dimension naturelle dans ce roman, une dimension naturelle que j'ai retrouvée d'ailleurs à travers l'écriture de l'auteur, et aussi à travers ces descriptions sobres mais précises de paysages Africains...

Je n'ai pas trouvé que le roman était un roman "noir" : au contraire c'est la vie et l'espérance qui dominent, avec cette volonté toute humaine et toute naturelle, sans grands et inutiles raisonnements, d'user et de prendre parti de ce qui se présente... Et quoi qui puisse arriver, quoi qu'il arrive effectivement, il y a toujours comme une corde pour se raccrocher, un bidon avec de l'eau dedans, une plage, un port, une ville, des gens, quelque part... Un rêve, un souvenir, une attente... Et jamais ce néant, ce vide, ce noir absolu et définitif qui ne peut exister en réalité que parce que l'on l'imagine : on ne sait pas la mort, on l'imagine.

La mort que l'on voit c'est celle des autres quand ils sont immobiles et ne respirent plus...

Le titre "Les corps perdus" m'a un peu gêné, je l'avoue... Et cela même avant que je n'aie commencé la lecture...

Je ne conçois pas que des corps humains soient "perdus", perdus comme des âmes "damnées" ou "anonymes"...

Pour moi, il n'y a jamais de "damnation" ni d'oubli ni d'inexistence ni d'anonymat...

Un corps humain, de femme ou d'homme ou d'enfant ou de vieillard... Nu, habillé, souffrant ou en bonne santé, tel qu'il est, de la naissance à la mort, c'est à dire vivant, avec son odeur, sa respiration, et tout ce qu'il contient (organes, tissus, chair, muscles) a, dans mon esprit, une existence qui ne peut être ni reniée, ni niée... Même disparu, retourné à la poussière, il ne peut plus jamais, après avoir été, "ne pas avoir été"... Et il a effectivement été, une seule et unique fois, dans toute l'éternité...

Un corps humain, et de même un corps de bête, ça n'a rien à voir avec le jugement ou la morale, avec le bien et le mal, l'inutilité ou l'utilité, avec ce qui serait "absurde" ou "justifié", pas plus d'ailleurs qu'avec toute espèce de “raisonnement ou de pensée philosophique”...

Il n'y a que cette réalité profonde, naturelle et imputrescible, authentique, immuable, de l'Etre, qui demeure dans le temps et dans l'espace... Une réalité qui a pris forme, écriture, trace, sculpture, musique, respiration, mouvement, relation, visage, message, dans le temps et dans l'espace... Et qui, quoiqu'il advienne, ne peut “qu'avoir été”, ne peut être niée...

vendredi, octobre 31 2008

Le Clézio, Camus, St Ex...

... Mondo, j'ai lu ; ainsi que La ronde et autres faits divers ; et Révolutions...

C'est curieux mais lorsque je lis Jean Marie Le Clésio, Albert Camus et Antoine de St Exupéry, ces trois auteurs là; j'ai l'impression de me trouver dans un territoire (un pays ou un lieu) qui m'est familier...

C'est comme si, astronaute et découvreur de planètes, dans chacun de ces trois mondes (pourtant différents comme peuvent l'être des mondes habités de vie) je retrouvais dans chacune des atmosphères de ces mondes, comme un "air commun" en dehors duquel l'ailleurs, presque partout dans le vaste univers, me serait un territoire étranger... Parce que dans cet "ailleurs", je m'y sentirais en exil... Ou "en porte-à-faux"...

Mais j'ai tout de même découvert récemment Gérard Mordillat (avec les vivants et les morts), qui, dans une certaine mesure, m'a "désexilé" comme Camus, Le Clésio ou St Ex...

Dans mes lectures, en règle générale, il m'est assez difficile d'entrer vraiment dans un livre ( une histoire, un récit, une aventure, un roman)... Si je ne ressens pas au fond de moi-même l'existence de ce "territoire" familier, celui des écrivains dont je viens de parler...

lundi, août 27 2007

Les Voleurs d'Anges

     Shana et Lou-Anne ainsi que d’autres personnages féminins de ce roman, tels qu’ils nous sont si agréablement présentés par Mary-j-Dan, écrivain et auteur, correspondent bien à une certaine définition de la féminité qui me ravit, et dont je suis fou…

 -Page 12 : « Shana apprit très vite comment user de ses charmes et faire succomber son papa en le prenant dans les mailles de ses filets faits d’une féminité gracieuse et enchanteresse. »

 -Page 16 : « C’était flagrant, tout, jusqu’à sa silhouette gracile et sa façon de rejeter cette mèche capricieuse du bout de ses doigts… » (lorsque Romain aperçut Lou-Anne assise, « un châle négligemment posé sur ses jambes croisées »)

 -Page 76 : « Surpris, Romain observa Prudence. Très jolie jeune femme métisse, gracile et gracieuse. Ses yeux bruns dévoilaient une douceur subtile… »

 Assurément, entre ces jeunes femmes si ravissantes, au si joli visage révélateur d’une belle âme et d’une intelligence du cœur et de l’esprit, d’une part ; et l’auteur elle-même d’autre part ; il doit y avoir un lien, une ressemblance, une correspondance. Et j’en suis fort ému. Je me sens, dans l’atmosphère dégagée par ces personnages féminins, si je m’écoute un peu trop en tant qu’homme de ce monde, comme un ver qui se tortille de régal dans la pulpe d’un fruit délicat et savoureux à l’extrême…

Au-delà cependant, de cet appel aussi fort et aussi impérieux, aussi violent même, j’arrive avec un ravissement et une émotion plus souverains encore, à ne plus tout à fait être comme le ver qui se tortille de régal, mais comme le nageur évoluant dans la caresse d’une onde douce et électrique, n’osant étreindre cette silhouette d’eau au visage délicatement aquarellé par un artiste de génie…

Merci donc, chère Mary-j-Dan, pour l’évocation que tu fais, de ces personnages féminins… Et merci pour ce que je ressens de toi, en lisant ce que tu écris…

Il ne me vient à l’esprit qu’un seul auteur qui, comme toi, évoque de cette manière là, des personnages féminins, c’est Mary Higgins Clark, célèbre auteur de romans policiers. Ah, ces jeunes femmes ! Elles sont toutes « très chic/très classe », intelligentes, ravissantes, élégantes… Et d’une certaine simplicité cependant ! Et fort sympathiques, attachantes de surcroît !

     Dans « Embarquement indirect », j’avais trouvé l’idylle entre Prudence et Stéphane, un peu « fleur bleue », voire « eau de rose » même, dans l’écriture de son développement… Après réflexion, et à la lecture de ces « Voleurs d’anges », et connaissant un peu mieux Mary-j-Dan à travers ses écrits sur son blogue ; je n’ai plus la même impression… Ces passages que je trouvais un peu « fleur bleue », révèlent en fait un côté émouvant, profondément attachant, digne d’intérêt, à ne pas prendre à la légère… De cette femme sans aucun doute à nulle autre pareille qui, par sa délicatesse, son esprit et son cœur profond, exprime ainsi ce qui lui tient le plus à cœur…

     Nous lisons sur la 4ème de couverture : « Lucifer ou autres démons, existent-ils ?... Peut-on imaginer un monde sans nos anges ? Serait-ce là le prélude au déclin de l’espèce humaine ?... »

Bien que n’ayant ni la formation scientifique d’un Hubert Reeves… ou d’un Bruno Leclerc du Sablon (Jardinier sur Alexandrie)… Il n’en demeure pas moins que, bien que poète et rêveur, et de surcroît interpellé par tout ce qui a trait aux phénomènes inexpliqués ; je me sens assez proche de la pensée ou de la réflexion d’un scientifique…

Et en ce sens, je n’ai jamais adhéré de ma vie entière, depuis mon enfance même, au monde des anges, des démons et autres personnages surnaturels… Je ne puis donc me rallier à l’idée selon laquelle des êtres surnaturels, tour à tour visibles et invisibles, dotés de pouvoirs « spéciaux », puissent intervenir dans notre vie, dans nos choix, dans nos décisions…Que ce soit afin de nous conseiller ou de nous protéger.

J’imagine donc pour ma part, un monde sans anges et sans démons mais aussi sans « à priori » quant au sens de l’évolution de l’espèce humaine (déclin ou progression). Mary-j-Dan est sans doute le (ou l’un) des rares auteurs (dans cet univers de fiction où apparaissent des anges) dont j’ai pu lire entièrement un livre…

Il y a quelques années, j’avais tenté de me lancer dans l’œuvre de Tolkien « Le seigneur des Anneaux », mais j’ai déclaré forfait au bout des cinquante premières pages ! Quant à Harry Potter en six volumes de 500 pages chacun… N’en parlons pas !     

     A la lecture de ce livre « Les voleurs d’anges », je me suis souvenu de « Embarquement indirect » et j’ai pensé que nous étions là dans « la même veine »… En fait, pas tout fait ! Puisque dans « Les voleurs d’anges », j’y ai entrevu la possibilité d’une réflexion plus approfondie…

 Ces « voleurs d’anges » sont des sortes de mercenaires engagés par Lucifer et ayant pour mission de voler les anges protecteurs des gens… Mais sans la volonté (ou la liberté) des personnes mêmes que leurs anges protègent, les mercenaires n’ont pas de pouvoir réel… C’est pourquoi ils doivent « employer les grands moyens » c'est-à-dire appréhender et emprisonner les gens accompagnés de leurs anges…

De sensibilité plutôt « philosophique » et « scientifique », je discerne à travers ces « voleurs d’anges », un principe qui me semble fondamental et universel : celui de la volonté, de la liberté dans l’action, dans le choix… L’être vivant et donc l’être humain en particulier, est libre. Et parce qu’il est libre, il peut tout concevoir, entreprendre, autant qu’il en a ou en acquiert la possibilité. En conséquence, tout ce qui pourrait s’opposer à ce principe fondamental ou tendrait à l’invalider (le principe de liberté de choix), n’a d’autre possibilité que celle de « forcer » (c'est-à-dire de priver de liberté). Dès lors, la différence entre le « Bien » et le « Mal » me semble évidente : le « Bien » n’est autre que la liberté de faire le « Bien » et le « Mal » dans le sens du monde… Et le « Mal » n’est autre que l’empêchement organisé de liberté, liberté de faire le « Bien » ou le « Mal » dans le sens du monde.

 Il ressort de ce principe universel qu’il faut de l’opposition en toute chose existante… Puisque c’est par l’opposition que les forces en présence peuvent se développer et avoir entre elles une relation qui évolue dans un sens ou dans un autre…

     En général (c’est du moins ce que je pense)… La plupart des critiques ou commentaires de livres dont j’ai eu connaissance et que j’ai pu lire dans ma vie ; que ces critiques ou commentaires soient ceux de journalistes littéraires, de jurys, comités de lecture ou de lecteurs… Me semblent plutôt « d’un sens commun » (ou habituel), dans la mesure où ils ont tous ou presque les mêmes caractéristiques se différenciant en gros, de deux manières :

-Soit l’on émet une appréciation favorable ou relativement favorable parce que l’auteur est plus ou moins lu et connu ; soulignant toutefois quelques points particuliers…

-Soit l’on émet une critique objective, argumentée quant à la forme, à la structure, au sens, au style, à l’écriture… Et cela quel que soit la personnalité, la notoriété ou la nouveauté de l’auteur.

 Pour ma part, je ne suis pas cette voie habituelle (qui me semble tout de même assez logique et que je reconnais d’ailleurs)… Je ne suis donc pas, dans le sens habituel, selon les repères communément définis et approuvés, un « commentateur fiable »…

Dans un livre il y a toujours à mon sens, un élément dominant qui nous sensibilise en particulier, et cela beaucoup plus que tous les autres éléments. Et plus cet élément est dominant ou ressenti comme tel, alors moins ce qui a trait au sens, à la structure, à la forme, à l’écriture, à certains points essentiels ou de détail, me devient évident ou visible…

Nous entrons bien là, tout à fait directement, dans le domaine du ressenti, de l’émotion et de cet imaginaire vécu en soi…

En ce qui me concerne, cet élément dominant dans un livre, auquel je suis si sensible, quand bien même il ne représenterait qu’une toute petite partie du livre, va forcément orienter mon appréciation et je vais dire de ce livre « C’est un bon livre »… Sauf, si de toute évidence, l’écriture en est médiocre ou difficilement lisible…

 En conclusion, je dis du livre de Mary-j-Dan, « Les voleurs d’anges », que « C’est un bon livre »… Pour deux raisons :

 -J’ai ressenti à l’évocation des personnages féminins de ce livre, quelque chose qui me révèle le côté émouvant de la féminité de l’auteur, et qui rejoint de fort près la conception que j’ai moi-même, depuis mon enfance, de la féminité…

 -L’écriture est, du début jusqu’à la fin, non seulement « honorable », mais fort belle, agréable et sans aucune « fatigue »…

 J’ai bien relevé (parce que cela « sautait aux yeux ») trois ou quatre fautes d’orthographe… (Mais j’ai envie de dire : ce sont des fautes d’impression)…

J’ai, je l’avoue, eu « un peu de mal » à suivre le déroulement des faits, dans les 50 dernières pages… Sans doute parce que je suis peu familiarisé et peu enclin aux « choses surnaturelles »… je crois.

mercredi, juillet 4 2007

Rudeval, de Marc Fenek, auteur d'Alexandrie Online

L'on ne s'attarde pas, dans ce roman, en de longues discussions philosophiques ni en développements de pensée ou en interminables descriptions... Sinon quelques interrogations exprimées de ci de là par Marc, Mona, et autres personnages lors d'affrontements particulièrement violents et déterminants ; du ressenti, des sentiments, des questions précises, des comportements en des situations très sensibles et assez souvent tragiques... L'écriture est précise,sans fioritures ; les phrases sont courtes, l'auteur n'est dans ce roman, que dans l'action, ou presque...

Sur le plan purement littéraire, ce roman est bien de notre temps ; et sa lecture aisée... Ce qui, à mon sens, lui donne un avantage certain en vue d'une diffusion assez large, et peut-être je l'espère, un avenir prometteur.

Peu de fautes d'orthographe (ce serait dirais-je, des fautes de frappe uniquement?) pas de lourdeurs, d'adjectifs inutiles, ni de longueurs, ni de répétitions. Des phrases simples, bien articulées, un vocabulaire précis et d'une certaine richesse. Pas d'invraisemblances non plus...

Marc Fenek nous prouve dans ce roman, qu'il est un authentique jeune écrivain de ce début de 21ème siècle.

L'on dépasse ici, le stade de l'amateurisme, et l'on se situe assez largement au dessus du niveau d'un premier roman d'auteur, dans la mesure où un auteur qui se lance doit encore tendre vers un travail plus accompli.

Je salue donc la précision, la clarté et en même temps la simplicité de l'écriture de Marc Fenk.

Et que dire de l'histoire elle -même? Est-elle crédible? Si ces évènements, si cette actualité dramatique d'une guerre civile en France s'étaient déroulés en des années moins proches que celles de 2005/2006, par exemple vers 2020 ou 2030, cela aurait-il été plus pertinent, plus logique? Je ne le pense pas...

La situation politique, économique et sociale de la France en ce printemps de l'année 2002 où les partis traditionnels attiraient vers eux moins d'électeurs, et où les « exrêmes » en revanche, avaient davantage d'audience notamment auprès des citoyens les plus démunis ou les plus exclus du système économique...Ou les plus déçus par des promesses sans aucun résultat concret ; était assurément une situation inédite en France, une situation à risques susceptible de dégénérer en manifestations violentes et batailles de rue, si une certaine sécurité, un certain ordre établi, et un retour des « valeurs traditionnelles » ne se réalisait pas dans un proche avenir...

Certes, l'auteur, dans son roman, a surdimmensionné l'évolution que pouvait prendre une telle situation politique et sociale en France. Mais il l'a fait, je crois, volontairement et en se référant à une période sombre de l'histoire de notre pays : celle de la seconde guerre mondiale avec la résistance, les maquis, les combats, la peur, la traque, les lois d'exception, les différentes mesures prises par le gouvernement, notamment dans l'éducation nationale, visant à exclure de l'école un certain nombre de jeunes. Ainsi nous avons, en parallèle, en 1942 les rafles de juifs étrangers, et en 2005, la loi d'exclusion de jeunes de 16 ans jugés inaptes à la poursuite d'une scolarisation... Parce que ces jeunes n'ont pas eu la moyenne requise pour le passage dans une classe supérieure.

Et, de même que durant ces « années noires » de la 2ème guerre mondiale, l'on retrouve au début du 21ème siécle dans ce combat et dans cette résistance contre un pouvoir autoritaire et injuste, des comportements humains identiques. Et aussi la même barbarie, la même folie meurtrière. N'oublions pas qu'aujourd'hui en 2007, seulement 65 années se sont écoulées depuis l'époque de « l'Etat Français » et du gouvernement de Philippe Pétain et de Pierre Laval.

Et n'oublions pas non plus toutes ces autres guerres en Algérie, puis aux portes même de l'Europe, jusque dans les dernières années du 20ème siècle. N'y -a-t-il pas dans cette dramatique continuité de guerres civiles, ethniques, religieuses, internationales ; dans cette situation permanente de conflits entre peuples, entre factions rivales, entre partisans irréconciliables, la même barbarie, la même folie meurtrière, les mêmes déviances, les mêmes crimes et génocides perpétrés de part et d'autre?

Alors oui, l'histoire que nous raconte Marc Fenek est parfaitement crédible... Malheureusement!

L'histoire, telle qu'elle est écrite par les historiens, les écrivains, les chroniqueurs... Nous dit toujours qui sont les assasssins, les tyrans, les victimes, les terroristes, les héros, les résistants... En somme, les « bons » et les « mauvais »... Mais, pour prendre un exemple bien possible, en 1940 lorsqu'un citoyen de la France de Vichy tuait d'une balle de revolver ou d'un coup de couteau, un Allemand en uniforme de la Werhmacht dans le métro parisien, l'on qualifiait ce citoyen de terroriste... Et, en 1944, ce même citoyen, s'il n'avait pas été pris et certainement condamné 4 ans plus tôt ; aurait peut-être participé à la tonte de l'une de ces femmes « ayant couché avec des Allemands » après avoir un mois plus tôt, participé à l'attaque d'une troupe de miliciens en fuite. Ce citoyen aurait alors été, en 1944, qualifié de résistant...

Il y a, en vérité, une réalité historique : la réalité des faits tels qu'ils se sont enchaînés et produits, tels que les personnes témoins ou acteurs de ces faits, ont existé, ressenti, agi, au moment où ces faits se sont produits.

Et en ce sens, je pense que le devoir de connaissance de ce qui s'est réellement passé dans toute sa précision et par l'existence de documents, d'écrits signés et identifiés, d'images d'archives, de coupures de presse, de livres d'auteurs, ou de témoignages authentiques ; est aussi nécéssaire sinon plus que le devoir de mémoire.

Le devoir de mémoire, qui est pour l'essentiel, entretenu par des commémorations, des anniversaires, des célébrations, des messes, des rendez vous de personnalités politiques autour de monuments et de vestiges ; peut amener (et il l'amène bien effectivement) à cette idée de repentance qui n'est jamais à mon sens, un facteur décisif de l'évolution de l'esprit humain. Car c'est souvent au nom de cette « repentance » que l'on prépare d'autres injustices et d'autres excès dans les comportements, les idéologies, et les différentes « visions du monde » (qui rappellons le, tournent sempiternellement autour des mêmes « valeurs sacrées » du Pouvoir et de l'Argent)...

Par contre, la connaissance brute et précise, sans falsification, non dénaturée à dessein, des faits, des évènements et des actes tels qu'ils se sont enchaînés et produits ; que ces faits, ces évènements et ces actes soient d'hier ou d'aujourd'hui, voilà l'explication, le sens réel de l'histoire, le « pourquoi » et le « comment » jusqu'à la source même... Et par l'explication, par la connaissance, vit et évolue l'expérience, se construit le présent et l'avenir.

Pourquoi nous repentirions nous de ce que les générations qui nous ont précédées, ont perpétré et dont nous ne sommes pas responsables?

Ce qui compte dans notre vie c'est ce que nous mêmes nous accomplissons aujourd'hui et dans quel dessein nous l'accomplissons... Vers le progrès pour le bien être de chacun et de tous... Ou vers l'obscurantisme et l'élimination d'une partie de nos semblables?

	Ma note pour cet ouvrage est HUIT sur DIX...

lundi, juin 25 2007

Ishtar Terra, de Carine Geerts [Ishtar d'Alexandrie]

Ce qu’il me parait essentiel de dire dans mon commentaire, c’est qu’Ishtar Terra est la toute première œuvre littéraire de Carine Geerts…

Et, quel que soit l’auteur, un premier livre est toujours un premier livre… Ecrit « de toute son âme, de tout de son cœur et de tout son esprit », c'est-à-dire avec cette volonté en soi de produire un roman ou un récit le mieux écrit possible… En somme, c’est comme un rêve que l’on porte en soi, qui prend forme, qui se construit, avec des personnages que l’on « voit », un film qui se déroule… Et alors l’on se met à écrire ce rêve. Il y a presque toujours, dans une première œuvre, une émotion, une idée… Je dirais même une vision du monde, du monde que l’on porte en soi, sans doute depuis son enfance, de ce monde qui est confronté au monde, le vrai monde…

Je dis, j’affirme qu’il y a dans cette démarche tout à fait personnelle (et qui peut être nouvelle dans la vie d’une femme ou d’un homme), de par cette émotion, de par cette volonté, de par cette motivation à écrire… Mais aussi de par le travail de recherche et de documentation effectué ; quelque chose qui mérite d’être considéré, reconnu et surtout encouragé.

Je te connais, Carine, (j’emploie ici les mêmes termes que lors de mon commentaire du livre de Mary-j-Dan), par ton blog, par tes nombreuses contributions dans les forums d’Alexandrie… Et à ce titre j’ai pu maintes fois apprécier ton style, tes réparties, tes argumentations, ta profonde humanité, ta gentillesse, ta mesure, ta discrétion et ta délicatesse… Et je n’o
ublie pas non plus ce « bagage littéraire » que tu as, et que tu as acquis au fil de tes nombreuses lectures…

La seule différence avec Mary-j-Dan, c’est que toi, je t’ai déjà rencontrée… Cette rencontre ayant conforté ce « ressenti » que j’avais de toi, je n’en suis que plus ému encore à la découverte de ta toute première œuvre…

Cependant, il n’en demeure pas moins qu’un premier livre reste un premier livre… (Il en faut bien un, dans la mesure où l’on envisage d’en écrire un second, puis un troisième…)

Et j’en sais quelque chose, chère Carine, avec mon premier livre à moi qui fut « Au pays des guignols gris »… J’ai tout reconnu là dedans, dans cette Ishtar Terra. Et j’ai encore en mémoire, gravés et inaltérables, les corrections à l’encre rouge, les observations, les propos, les avis, les conseils… Et parfois la sévérité (mais aussi, heureusement, les appréciations encourageantes) de ma conseillère littéraire de l’époque, Edwige Fournier…

Ishtar Terra est à mon sens, plutôt un livre de Science Fiction qu’un roman Fantasy… Je n’ai pas, à dire vrai, été beaucoup gêné par le vocabulaire scientifique et technique, ni par certains développements du même ordre, même si ce vocabulaire m’est « passé au dessus de la tête » (mais venant de toi, m’a un peu amusé)…

Vu ce que j’ai déjà lu ma vie durant, comme livres de Science Fiction, je peux te dire qu’Ishtar Terra, somme toute, se situe (à mon sens) « dans une bonne moyenne » (ce qui n’est vraiment pas si mal que cela pour un premier livre d’auteur)…

Le « gros problème » du roman Science Fiction (mais peut-être pas ou moins, celui du roman Fantasy) c’est la crédibilité : on veut bien rêver, inventer d’autres mondes, d’autres créatures, mais il faut, pour l’émerveillement et la réflexion qu’il y ait tout de même, tout au long de l’histoire, un « petit air de vraisemblance » possible (même limite)… Car dès que l’on entre dans des histoires abracadabrantes de sorcellerie, de pouvoirs occultes, de « dieux vengeurs » ou de démons féroces à terrasser, avec toujours cette même philosophie de lutte entre le « Bien » et le « Mal » (et tout ce qui va avec)… « Rien ne va plus ! » (à mon sens).

Cette chère, très chère et très émouvante Ishtar, évidemment amoureuse à en crever d’un astronaute Américain très « moral » cependant, puisqu’il est marié, a deux charmantes petites filles et ressent ce terrible tiraillement entre la valeur sacrée de la famille et du mariage, et l’amour irrésistible qu’il éprouve pour la belle Ishtar –d’un autre monde de surcroît- ; me renvoie à tous ces thèmes littéraires de la passion, du rêve, du dilemme, du conflit intérieur…Qui ont toujours de tous temps à jamais, « fait plus ou moins florus » auprès d’un lectorat qui de siècle en siècle, n’évolue guère…

Cette « Terraformation » de Vénus, que tu nous décris avec intelligence et sensibilité, je tiens à le souligner, aurait cependant gagné à mon avis, davantage de « crédibilité » si tu avais intégré dans ton exposé « exogéographique » une caractéristique essentielle de la planète Vénus :

Cette planète en effet, tourne autour du soleil en 225 de nos jours terrestres… Mais il lui faut 243 de nos mêmes jours terrestres pour effectuer une rotation complète sur elle-même ! Ce qui veut dire que chacune de ses faces se trouve tour à tour exposée au rayonnement solaire durant environ 120 jours terrestres, et bien sûr, confinée dans l’obscurité durant 120 jours terrestres… De surcroît, Vénus dans sa rotation sur elle-même, tourne dans un sens rétrograde par rapport à celui de la plupart des autres planètes du système solaire (il n’y a je crois, qu’Uranus qui « tourne » comme Vénus)… En conséquence, les « jolis matins » de Bab Ili, avec la porte fenêtre de la chambre où ont dormi Matthew et Ishtar, qui s’ouvre sur un jardin féérique, et le ravissant et émouvant visage d’Ishtar noyé dans le regard émerveillé de Mathew, sont un peu « anachroniques » si j’ose dire… Par rapport à la réalité du mouvement de la planète Vénus… Mais bon, ce n’est pas bien grave !

A noter toutefois que les ingénieurs ayant édifié le Dôme de Bâb Ili, avaient peut-être résolu le problème afin qu’une alternance plus conforme à celle régnant sur la Terre puisse se produire : « Ce dôme était composé d’une structure en éléments d’acier recouverts de lentilles hexagonales en verre. Les lentilles fonctionnaient comme des moucharabiehs mécaniques qui s’ouvraient et se fermaient en fonction de l’intensité du soleil ; cela permettait de diminuer le rayonnement solaire… » (L’on pourrait ainsi imaginer que, les panneaux s’ouvrent et se referment totalement, recréant ainsi le jour et la nuit… Mais alors comment rendre possible dans le mouvement de fermeture du « soir » ces « ombres mauves descendant sur Bâb Ili » ?-A moins que la fermeture soit progressive ?-)

Enfin, pour conclure, il faut croire que ces Terriens (des scientifiques, des biologistes, des gens d’une « certaine culture » ; sont (ou semblent) assez bien intentionnés à l’égard de ce monde qu’ils découvrent… Et qu’ils ne vont donc pas « faire quelques conneries »…

… J’aurais joué assez mal, je pense, dans une adaptation pour le cinéma ou le théâtre, de cette œuvre, le rôle de Pamela… Si j’eus été une femme… Ah, ces mecs ! Sans aller jusqu’à dire qu’ils sont « tous les mêmes », ils ont souvent le « beau rôle » aussi bien en littérature que dans la vie « tout court » ! (Mais les femmes les y aident bien, dans ce rôle, je crois, et elles aussi, elles sont « morales »… de tout leur être, de toute leur peau, de tous leurs arrangements, de tout leur cœur…)



Ma note pour cet ouvrage est SIX sur DIX… Aussi bien dans l’échelle Alexandrienne que dans l’échelle « Yugcibienne »…

jeudi, juin 21 2007

Embarquement indirect, de Mary-j-Dan

J’avoue avoir été dérouté et même bel et bien perdu, dans cet univers où les vivants et les morts communiquent entre eux. Et cela de la première à la dernière page de ce livre absolument étonnant… Mais aussi très émouvant.

Cet univers là, dans lequel existe une « passerelle relationnelle » entre les vivants et les morts ; m’est totalement étranger.

Dans l’expérience de la vie que je traverse, je n’ai jamais senti la moindre manifestation concrète, et donc crédible, de l’existence de cet univers.

Ainsi j’ai aimé ma mère, mon père, et bien d’autres personnes qui aujourd’hui n’ont d’existence que dans ma mémoire, sous la forme d’images et de souvenirs défilant tel un film sur un écran. Certes le film est précis, les images, les scènes, les paroles des uns et des autres, les évènements particuliers, les situations… Tout cela est aussi net, aussi animé, aussi perceptible qu’un paysage d’hiver, de printemps, d’été ou d’automne bruissant sous le vent, traversé de pluie ou de soleil, habité d’oiseaux, de gens dans des maisons… Aussi réel donc, que ce paysage déroulé ce matin devant moi, en ce moment même où j’écris ces lignes, assis sur le banc dans le jardin de ma maison à Tartas.

Cependant, ma mère, mon père et toutes les personnes que j’ai aimées ; je ne puis les toucher, ni poser ma main sur leur visage, ni sentir le petit souffle de leur respiration tout près de moi. Ma mère n’est pas assise sur le banc à mes côtés et je ne la vois que comme dans un rêve… Ou dans un film dont je me souviens par cœur.

C’est cela, la réalité de l’expérience de la vie que je traverse. Mais il est une autre réalité intensément vécue, qui me trouble. Et en ce sens, je puis dire de la relation entre les personnages du livre de Mary-j-Dan, par ce qu’elle a de « virtuellement vrai », de quasiment physique, entre, précisément, ces vivants et ces disparus ; que cette relation là me renvoie à tout ce que je ressens moi-même d’êtres qui ne sont pas physiquement présents à mes côtés, mais dont je perçois la respiration, le regard, l’odeur ; dont j’entends les voix et que je pourrais même toucher, étreindre, tant ce qui émane ou émanait d’eux me pénètre « non virtuellement »… J’ouvre ici une parenthèse à propos du livre de Denis Juanola « Virtualodrome », dans lequel il y est évoqué une combinaison « biorétractable » tout à fait « miraculeuse »…

Pour dire qu’une telle combinaison, en ce qui me concerne, me serait totalement inutile puisque j’arriverais par la seule « vie » de mon esprit, à éprouver aussi intensément que dans la réalité vraie. Mais il y a un « hic » ! Ma mère n’est pas assise sur le banc à côté de moi ; l’être qui me plaît, s’il est à mille kilomètres de moi, je ne puis l’étreindre et le sentir, et je vais aussi « toucher son absence »… Et, dans ce « toucher de l’absence, vient une émotion, un ressenti, une sorte de halètement intérieur, presque une frénésie, un délire, une « foudre de joie », enfin quelque chose d’infiniment agréable… Mais un peu désespérant !

Ainsi les Elus sont ou seraient ces êtres aimés que nous avons perdus par cet « accident de la vie » que l’on nomme la mort ; ces êtres que, dans l’espoir d’une « autre vie » après la mort, nous souhaitons tant retrouver et dont nous n’acceptons pas la séparation durant le temps qui nous est encore si aléatoirement imparti…

Et les Non Elus sont ou seraient ces êtres que nous avons méconnus, délaissés, oubliés, qui n’ont pas laissé de trace dans notre vie ; ou bien ces êtres dont l’existence nous paraissait banale, insignifiante, sans réalisations dignes d’intérêt ; ou encore ces êtres seuls, un peu égoïstes ou qui ont nui leur vie durant à leurs proches, à leurs semblables ?

Il y a dans cette différentiation entre les Elus et les Non Elus, quelque chose qui me gêne, qui me fait mal, et qui soulève en moi un certain nombre d’interrogations…

Je me dis que ces êtres là, les Non Elus, nous n’avons peut-être rien fait nous-mêmes pour les élire… Et pour les élire, il eût fallu je crois, les « exister » déjà ! Et par exister, j’entends que l’on eût existé ce meilleur d’eux-mêmes qui était en eux, ou tout au moins ce qui les différenciait des autres êtres et les identifiait…

Je te connais, Mary-j-Dan, par ton blog et par toutes tes contributions dans les forums d’alexandrie, quoique je ne t’aie encore pas rencontrée… Ce qui m’amène à dire qu’il est plus naturel et plus aisé de lire le livre écrit par une personne que l’on connaît, plutôt que de lire le livre d’un auteur que l’on n’a jamais connu ni vu, et dont les œuvres sont commentées dans les journaux, vendues en librairie. L’histoire d’amour entre Prudence et Stéphane est, certes, à mon avis (et je ne dois pas être le seul à le dire) un peu « fleur bleue ». Mais ce n’est pas pour déplaire au « romantique » que je suis… Sans doute à l’excès. Ces états d’âme, ces dispositions du cœur qui, au temps de George Sand et de Gustave Flaubert « faisaient florus » auprès d’un certain lectorat de la « bonne société » du milieu du 19ème siècle ; semblent de nos jours « passés de mode » auprès d’un lectorat qui, assez majoritairement, privilégie l’action, l’intrigue, la nouveauté, l’inédit…

Ton écriture, Mary-j-Dan, du moins dans Embarquement indirect, est, dirais-je « très littérairement correcte »… Et j’ajoute « sobre, classique et élégante », un peu comme ces robes de dame chic avec tout juste les volants qu’il faut, ceinturées au bon endroit de la silhouette, soit ni trop haut ni trop bas ni trop serré ; sans décolleté provoquant, niveaux genoux ou joliment déstructurées ; nuque et épaules nues… Et bien sûr, le visage qui va avec…

Je dirais de ce style qu’il me fait toujours « craquer » ! Et que je le préfère de loin à tout ce qui est « falbalique », « effet-spécialique »… Ou outrageusement voyareuriste.

Je déplore, mais cela ne m’a guère gêné dans la mesure où nous y sommes tous assujettis, quelques formules trop couramment liantes (comme ces mêmes ingrédients habituels que l’on utilise dans la plupart des préparations culinaires). J’en cite quelques unes :

« Attends voir…Inconnu au bataillon celui là ! » page 86 « Toujours sur mon petit nuage » page 88 « La nuit porte conseil » page 91 « Avaient laissé échapper, tel un compte gouttes » page 131 « Allez-y, jetez vous à l’eau » page 134 « A côté de la plaque, le toubib ! » page 144 « Stéphane était aux petits soins pour moi, j’étais follement amoureuse » page 146 « Taratata ! Laisse la vivre sa vie de jeune fille » page 91 … Quoi que, prises dans le contexte et surtout dans l’atmosphère du récit, de telles formules en vérité sporadiques, soient plutôt assimilables au grain de sel, au clou de girofle, jeté dans le « bon pot au feu »… En conclusion ma note sur alexandrie est HUIT sur DIX, pour cette œuvre…

J’ajoute, à titre tout à fait personnel (et cela n’engage que moi) que, selon mon échelle (l’échelle « Yugcibienne ») ma note est SEPT…

Ce qui, en clair, veut dire, que le 7 de Yugcib, est peut-être plus « honorifique » si j’ose dire, que le 8 amplement mérité selon l’échelle d’alexandrie (qui est, rappelons –le, une vraie référence)…

lundi, avril 9 2007

Virtualodrome, de Denis Juanola

Déjà pour commencer, ce raid meurtrier dans le métro parisien, de trois énergumènes tout de cuir noir vêtus, bottés casqués, armés de pistolets mitrailleurs, appartenant à un groupe terroriste d’extrême droite, liquidant presque à bout portant des miséreux, SDF et autres marginaux pouilleux sur le quai d’une station… Et comme par hasard, ce toutou cagneux (mais pas méchant du tout) dont on « caressait vicieusement les roustons », réchappant de ce carnage…

Faut-il voir là, dans la survie de cet animal famélique, un symbole ? Une signification particulière ? Et dans l’évènement lui-même, un avertissement donné par l’auteur, de ce que pourrait être ce monde de 2022, dans un futur très proche de nous, donc ?

Un peu plus loin, mais assez vite tout de même et cela ne me surprend guère, nous avons droit à une scène de baise virtuelle « des plus classiques » à mon sens : tout y est, le décor paradisiaque (une plage tropicale, du soleil, une fille de rêve…). Cela ne m’a point percuté et encore moins émerveillé outre mesure… Je n’ai pas « bandé comme un étalon » à la lecture de cet épisode de « baise virtuelle » ! Par contre j’ai particulièrement apprécié l’intrusion du pirate dans le serveur de « Hawaïan Dream », même si l’issue est fatale pour la jeune femme Californienne. Et plus loin encore, cette formidable explosion au Ghana, faisant plus de 400 000 victimes à la suite du minage d’un terrain pollué de vieux déchets toxiques et nucléaires.

Avec les tueurs de la VREC, on entre dans un thriller de série noire… Mais un thriller fort bien troussé et dont le déroulement alterne avec des développements et des analyses sur ce monde archi pourri qui est celui des années 20 du 21ème siècle… Les descriptions de lieux et les évocations de faits divers sont truculentes et retiennent l’attention du lecteur par leur côté à la fois tragique, caricatural et comique parfois… Notamment ce passage concernant l’élection de « Miss Troud’balle » dans une boîte hyper branchée, retransmise sur les chaînes de télévision, où l’on voit se pavaner un jury de personnalités censé représenter le « top » de la nouvelle culture émergente…

L’idée de ces crimes réels, perpétrés par un pirate grâce aux prouesses technologiques de ces combinaisons « bio-rétractables », est déjà originale… Mais ce qui est encore plus intéressant, c’est le message que l’auteur a voulu faire passer, en mettant en évidence la finalité de cette série de crimes. Ce Mike Foster donc, l’un des personnages les plus actifs des membres d’une association mondiale pour l’élimination de la pourriture du monde et la promotion d’un « Monde Merveilleux », souhaite que la VREC dont le pouvoir et les bénéfices sont immenses, prenne désormais une place décisive dans le monde entier, pour que le monde change dans le sens de ce que les nombreux militants de l’association « régénératrice » souhaitent…

Dans un tel dessein, l’on ne recule pas devant le crime, l’exploitation faite par les médias de ces crimes, et l’on fait admettre dans l’opinion publique, que seule, une « élite » d’humains peut régénérer et reconstruire le monde… Et par conséquent, pour que survive et évolue l’humanité, il faut éliminer dans un premier temps tous les indésirables, petits prédateurs, miséreux, clochards, pourvoyeurs d’une culture du sexe et des plaisirs « malsains » ; et ensuite, par une sorte d’épuration, les « non élus » jugés soit trop mous, soit plus ou moins complices…

Un tel message est d’autant plus prémonitoire, d’autant plus d’actualité, et d’autant plus sujet à réflexion dans le monde présent où l’on assiste à une montée en puissance des extrémismes et des fanatismes. A la lecture de l’épisode relatant l’action de Mike Foster contre les dirigeants de la VREC, puis du récit de l’intervention du célèbre commissaire Lipinsky et de ses lieutenants qui éliminent le gang de Belleville, je pense que l’auteur a intentionnellement surdimensionné les images qu’il nous donne de cette intervention. En effet, toutes ces têtes qui éclatent, ces explosions, ce déluge de feu, ces massacres… Et ces reportages télévisuels avec du matériel hyper sophistiqué, cette retransmission en direct d’un aussi colossal déploiement de forces de police, cette résistance acharnée des membres de ce gang de jeunes du squatt de Belleville ; tout cela n’est pas sans rappeler l’exploitation faite par nos Médias actuels, de faits de guerre et d’actions violentes… L’on pense également à toutes ces courses à l’audimat, à ces compétitions féroces que se livrent les principaux acteurs de l’économie de l’information, à cette profusion de messages publicitaires dans un monde inculturel et niveleur de sensibilités, essentiellement marchand et constitué de réseaux et d’alliances opportunistes.

Par ailleurs, j’ai noté dans cet ouvrage quelques développements qui m’ont paru assez didactiques, parfois un peu « indigestes » par leur contenu, la longueur de certaines phrases… Mais à vrai dire, le lecteur que je suis moi-même en particulier, n’a pas été trop gêné par ces longs développements… que j’ai trouvés intéressants voire passionnants… Disons que je me pose la question de savoir comment un lecteur « lambda », un lecteur préférant plutôt des récits où de tels développements sont absents ou très brefs, va « ingurgiter » toute cette « philosophie »…

L’on m’a reproché, notamment dans mon livre « Au pays des guignols gris » d’être trop didactique, trop « cours de géographie », et de trop m’étendre dans des situations relationnelles entre mes personnages… A tel point que le récit devenait confus, disparate, décousu, perdait de sa clarté et de sa fluidité.

Alors, je me suis dit, en lisant Virtualodrome… et aussi en me souvenant d’autres lectures d’autres auteurs, que cela, finalement, pouvait être un « défaut » relativement courant… Mais pas forcément « invalidant »… En fait, je suis de plus en plus convaincu que les « meilleurs livres » ne sont pas toujours les plus aisés à lire. Mais il est vrai aussi qu’il est difficile, hasardeux… et parfois intéressant de réussir (si l’on peut) de longues phrases, de longs développements, de longues descriptions, dans la mesure où le rythme, le ton, l’image, le souffle, la respiration dirais-je, et même l’émotion… sont au rendez vous.

En conclusion… et ce sera en quelque sorte mon « verdict », j’ai été enchanté et passionné par la lecture de cet ouvrage. A tel point que j’ai réussi le « tour de force » de lire ces 282 pages A4 de 40 lignes en seulement 6 jours, alors que normalement, pour un ouvrage d’une telle longueur, il me faut trois semaines au moins !

Allez, je ne « mâche pas mes mots » : c’est un chef d’œuvre !... Digne d’être diffusé « à grande échelle » et de « marquer notre temps »… Du moins dans le domaine de la « littérature populaire moderne de première classe »… NEUF sur DIX !!! ( échelle « Yugcibo-alexandrienne » ) !

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