Le Blog du Merdier

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mardi, août 17 2010

L'égoïste romantique, de Frédéric Beigbeder

     J'en suis à la page 62, de ce livre -sous la forme d'un journal rédigé par un "écrivain fictif" (Oscar Dufresne)...

Mais je ne sais pas si j'irai jusqu'au bout...

Oscar Dufresne à chaque page, cite des noms de gens (sans doute de milieux branchés, people and Cie...) que je ne connais pour ma part "ni d'Eve ni d'Adam"... et n'aspire pas à connaître. Des gens dont je me moque bien de l'existence et de "ce qu'ils font et sont dans la vie et dans l'actualité"...

Il est vrai que dans cette culture "has-been" de "branchés et de "people" et de toutes ces cliques "bling bling" qui gravitent autour)... Je suis d'une nullité phénoménale, d'une nullité de voyou insolent, iconoclaste et fouteur de merde... Et ma nullité en ce domaine, je la pète haut et fort en un bras d'honneur à me faire un bleu dans le creux du coude...

Dix, quinze fois par page, notre Oscar Dufresne emploie des locutions, des termes d'une espèce d'argot américain ou anglosaxon techno-branché-à la mode, par exemple ce terme "Has-been" : "has been, pour moi ce serait un type (ou une typesse) du genre "je sais tout/j'ai tout vu/j'ai vécu" - et qui même quand il sait pas, fait comme s'il savait, de telle sorte que celui qui sait vraiment, doute de son savoir... (et comme il faut bien l'allure ou le genre qui sied à un tel personnage "has-been", on remarque le pull jeté négligeamment sur les épaules, l'une ou l'autre de ces manières empruntées et de ces "singeries civilisées" ; ou les lunettes noires, quelque piercing sur l'aile du nez ou autre "quincaillerie" au poignet, ou une montre de marque)...

Mais c'est ça la culture d'aujourd'hui, avec le sexe en plus qui pue la crevette pourrie, la mayonnaise éventée, la raie du cul, l'anus et la suce, le croupion et les nichons au champagne ou au bourbon, le tortillage de cul en sueur estivale en boîte climatisée ; tous ces clichés de merde que tout le monde avale, cette civilisation pour les riches et les "dans le vent" qui se fout des pauvres et se pique de modernité iphonisée, internétisée, night-club-isée, pipolisée, crétinisée et qui prône une "morale qui défait la morale"...

Non, si c'est ça l'île de Ré (ce qu'il en dit ) jamais j'irai en vacances à l'île de Ré !

Has-Been... Has-Been... oui... Une marque de fayots en boîte ou de bouillabesse lyophilisée, oui, dirais -je !

lundi, mai 3 2010

Le journal des années noires, de Jean Guéhenno

      Voici ce qu'écrivait le 17 janvier 1941, Jean Guéhenno dans son journal des années noires... Journal qu'il tînt, d'ailleurs “sans tambours ni trompettes” et comme “pétrifié” par cet esprit du temps, par cette pensée dominante et par cette atmosphère “empoisonnée” de l'époque... “pétrifié” à tel point qu'il pensait qu'un écrivain (et certainement l'écrivain qu'il était) ne pouvait en aucun cas se “mettre en avant”, ou “pérorer” ou continuer de produire dans un environnement intellectuel aussi “prostitué” aux “idées de ce temps de honte et de collaboration du nouveau régime de Vichy.

Jean Guéhenno disait que les intellectuels, les artistes et les écrivains alors, se donnaient tous comme justification le fait de “perpétuer” la culture et la littérature Française “envers et contre tout”. Ainsi certains acceptaient de collaborer, et donc de se faire reconnaître par les autorités occupantes et le régime de “l'état français”... D'autres bon gré mal gré, parvenaient à se maintenir, à se faire publier, à jouer sur scène, à chanter, à se produire devant le public... “Pourvu que leur nom paraisse dans les journaux, dans les chroniques littéraires” : ainsi continuaient-ils d'exister! (il est évident que tous ces intellectuels, artistes, écrivains là... “ne se sont guère mouillés”, du moins ceux qui sans jamais collaborer, ont simplement risqué quelques “bons mots” de temps à autre)... Et les occupants, les hommes de Vichy, n'étaient point dupes : ils “laissaient faire” dans la mesure où tout cela passait pour être de “l'amusement”...

Écoutons donc Jean Guéhenno :

Jamais tant d'hommes en Europe ne surent lire, et jamais cependant il n'y eut tant de bêtes de troupeau, tant de moutons. Un homme d'autrefois qui ne savait pas lire se sauvait par la méfiance. Il se savait ignorant, aussi bien qu'un Descartes, et était en garde contre quiconque parlait trop bien. Il pensait seul, ce qui est l'unique manière de penser. Un homme d'aujourd'hui qui a appris à lire, écrire et compter, n'est par rien protégé contre sa vanité. Un diplôme certifie son savoir. Il y croit, il en est fier. Il lit le journal, il écoute la radio, comme les autres, avec les autres. Il ne pense plus jamais seul. Il croit ce que lui disent le journal, la radio, comme les autres, avec les autres. Il est livré à la publicité, aux propagandes. Une chose est vraie dès qu'il l'a lue. La vérité n'est-elle pas dans les livres? Il ne pense pas que le mensonge y est aussi.

Je le vérifie tous les jours. Notre enseignement est beaucoup trop un enseignement des résultats. Il n'entretient trop souvent qu'une faculté pédante et une mémoire docile. Cent jeunes gens à qui je parle sont bien plus savants en géométrie que ne l'était Euclide, mais peu d'entre eux sont capables de faire réflexion qu'Euclide est un grand géomètre et eux, rien. Plus que les résultats des sciences, il faudrait enseigner leur histoire, révéler aux esprits ce qu'est une intelligence dans son action et son mouvement, communiquer le sens profond de la science, faire comprendre qu'un savant n'est pas un homme qui sait mais un homme qui cherche, accablé et exalté tout ensemble par l'idée de ce qu'il ne sait pas. Ainsi ferait-on des hommes indépendants et forts et non des bêtes vaniteuses et serviles.”

En mai 2010 alors que 69 ans se sont écoulés depuis et qu'une transition s'est opérée entre deux “mondes” (de 1990 à 2010), le monde “ancien” d'avant la chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989 et le monde “nouveau” dans lequel nous sommes à présent de “plein pied” depuis cette année même 2010... Cette réflexion de Jean Guéhenno “n'a pas pris une ride”. Elle est même d'une réalité tout à fait actuelle. Il n'y a jamais eu en effet en Europe (et dans le monde de la civilisation dite “occidentale à économie de marché et développée”) autant de gens non seulement sachant lire et écrire mais surtout issus de toutes sortes de formations scolaires, universitaires et de surcroît “surinformés” de tout et dans l'instant même de l'actualité... Et il n'y a jamais eu tout comme en 1941 dans l'Europe occupée par les nazis, autant de “moutons”(pour ne pas dire comme le Général de Gaulle dans les années 60 “des veaux”)... La différence sans doute est que l'on ne croit plus trop aux diplômes et qu'en plus des livres et des journaux et de la radio, il y a surtout la Télé et Internet...

Les gens, et les jeunes en particulier (je veux dire ceux que l'on ne voit jamais dans les manifestations ni dans aucune action de résistance aux puissances d'argent) se sentent bien plus savants (et le font savoir) qu'un Euclide, qu'un Aristote, qu'un Léonard de Vinci, qu'un Pascal ou qu'un Einstein... ou que les professeurs de classe de terminale de leurs enfants... Et effectivement, vu ce qu'ils ont étudié, vu les sources d'information dont ils disposent, vu la formation universitaire qu'ils ont reçue, vu tout ce qu'ils ont lu et vu sur “tout archi tout”, et même dans des disciplines telles que la médecine, l'aéronautique, les sciences et les techniques nouvelles, l'économie de marché, etc. ... on peut dire qu'ils sont des “savants” à tel point qu'il leur semble permis de se demander s'ils “n'en savent pas plus encore” que les savants de jadis...

Mais ce sont tous là, tant qu'ils sont... “des bêtes vaniteuses et serviles”...

Si Jean Guéhenno pouvait en janvier 1941, être “pétrifié” en face de cette pensée unique et dominante du temps, et renoncer à se “mettre en avant”, renoncer à écrire et diffuser et à ce que son nom paraisse... L'être que je suis au plus profond de moi ne peut que comprendre d'autant mieux ce que Jean Guéhenno devait éprouver en ces “années noires”...

Faut-il, pour assurer la sauvegarde et la pérennité de la littérature, des arts et de la poésie... Accepter de se compromettre en “collaborant” à une forme (ou à diverses formes) de pensée unique de notre temps... Faut-il, si l'on ne “collabore” que mollement (ou pas du tout), se résoudre à “jouer le jeu du chat et de la souris” (où c'est le Minou qui est souvent ridiculisé, ce qui fait rire tout le monde) ?

Je le disais plus haut, la différence entre 1941 et 2010 c'est que, outre les livres que l'on écrit et fait publier, outre la radio (et de nos jours la Télé) où l'on peut “causer et se faire voir”, outre la presse écrite où l'on peut s'exprimer dans les pages d'opinions... Outre tout cela oui, où il faut nécessairement être “introduit”, invité, sélectionné entre tant et tant d'autres “contributeurs”... Il y a Internet et là nous sommes bien dans un univers, un espace qui nous appartient à tous et dans lequel la question de la sauvegarde et de la pérennité de la littérature et de la poésie (et de la pensée) ne se pose plus du tout de la même manière que dans un environnement où il faut, soit “collaborer”, soit être reconnu pour un “trublion amuseur”...

En somme, en 2010 (nous y sommes vraiment à présent dans le 21ème siècle), je me sens tout de même “un peu moins pétrifié” (ou désespéré) que Jean Guéhenno en janvier 1941... Parce qu'il y a Internet, et que sur Internet c'est davantage ta pensée, ton coeur et tes tripes... Que ton nom et que ce que tu gagnes... qui vole, qui court, qui porte, qui voyage...

jeudi, janvier 7 2010

Albert Camus sur France 2 le 6 janv 2010

... Camus, mon "cher, très cher Albert Camus" ? Je ne pouvais "rater" ça!

J'ai apprécié en particulier : l'enfance à Belcourt (quartier ouvrier et populaire d'Alger en 1924) avec l'intervention de l'instituteur Germain auprès de la grand mère d'Albert, madame Sintès... L'amitié (une vraie/vraie amitié je pense), entre Michel Gallimard, Janine Gallimard et Albert, l'épisode du Prix Nobel, la discussion dans le parc avec Jean Paul Sartre...

Pour sa relation avec sa femme Francine, son amour pour sa maman, ses "infidélités" (il dit "je suis un infidèle fidèle) et donc sa relation avec Maria Casarès et à la fin de sa vie, cette jeune fille qui l'admire et avec laquelle il a une "histoire"... Tout ça, oui, je connaissais très bien... Ayant lu (et relu) avec beaucoup d'émotion, le livre d'Olivier Todd retraçant toute la vie d'Albert Camus...

J'ai d'ailleurs lu tous les ouvrages d'Albert Camus...

C'est "le plus grand écrivain d'Afrique du Nord"... Et peut-être aussi du XXème siècle littéraire... à mon sens...

L'étranger est pour moi un "livre culte"...

La Peste ? j'ai aimé aussi quoique j'ai trouvé un peu "difficile" (et étrange)...

La Chute, le Premier Homme...

J'aime sa manière d'écrire, son style, sa pensée, sa gravité en toutes choses, la puissance de sa réflexion... et je lui trouve un côté "très poétique"...

Pour moi c'est un maître...

Ses "infidélités" ? Oui, oui... Mais ça "c'est la vie", sa vie... “Une seule femme dans sa vie et un regard à chaque femme rencontrée?” Oui, oui, ça aussi c'est la vie, la vie qu'on peut vivre...

De toute manière, sans ce stupide accident le 4 janvier 1960, il serait mort quelques mois ou tout au plus un ou deux ans plus tard... (avec ce qu'il avait dans la "cage"...)

vendredi, novembre 20 2009

Lieux et visages de nos vies, LE LIEVRE DE PATAGONIE.

Lieux et visages de nos vies

Dans “Le lièvre de Patagonie” page 170, des mémoires de Claude Lanzmann, éditions Gallimard :

Vivants, nous ne reconnaissons plus les lieux de nos vies et éprouvons que nous ne sommes plus les contemporains de notre propre présent”

Et je dis “ quand bien même ces lieux – ceux de notre enfance, ceux d'une époque de notre vie - seraient demeurés inchangés... Nous ne les reconnaissons plus, ces lieux, parce qu'ils nous semblent transportés dans un présent qui, à nos yeux et par ce que nous vivons aujourd'hui, les a transformés et rendus méconnaissables.

Néanmoins nous éprouvons bien ce sentiment de transport dans le présent. Et vient à notre mémoire l'image revisitée de ce qui fut. Alors comment se sentir contemporain de ce présent qui est celui de notre vie, puisque l'image revisitée nous rend difficile l'acceptation de ce présent? L'on n'est jamais en effet, le contemporain d'un présent que l'on n'accepte pas, dont on réfute les valeurs, l'actualité, les modes, le fondement de pensée qui le caractérise...

Une photographie prise il y a trente ans, d'un visage, d'une personne, d'une situation en un lieu entre des personnes... Et voici ce qui aujourd'hui est...

Une relation écrite de ce qui fut entre des personnes, dans l'événement, dans l'action du moment, de l'époque... Et voici ce qui aujourd'hui est...

C'est ce “voici ce qui aujourd'hui est” , qui pose problème.

“Vivants”, tant que nous sommes vivants, ces lieux de nos vies sont toujours du passé. Morts, morts que nous serons, ces mêmes lieux de nos vies, ces mêmes photographies prises il y a trente ans, et ce qui est écrit des personnes, des lieux, des événements... Tout cela “c'était en mille neuf cent ou deux mille tant”, dira-t-on. Mais la chronologie des événements et des personnes, de l'actualité, des lieux de vie ; n'en occulte pas pour autant le caractère intemporel, authentique et inaltérable de ces événements, de ces personnes, de cette actualité, de ces lieux de vie...

Il importe à mon sens d'être le contemporain de son propre présent, de ne pas s'y sentir dans ce présent, tel un exilé dans sa solitude et dans sa pensée revisitant les lieux et les visages de sa vie... Car les lieux de nos vies et les visages qui ont habité ces lieux, se disent et s'écrivent tels qu'ils furent : ils ne devraient pas être par nous “revisités” mais présentés tels des lieux à faire visiter et des visages à faire connaître.

Être le contemporain de son propre présent, c'est affirmer le caractère intemporel, authentique et inaltérable de ce présent, lorsque manifestement existe ce caractère (et il existe vraiment, même dans un présent qui serait le plus exécrable ou inconsistant qui soit)...

Ce que j'aime dans le livre de Claude Lanzmann “ Le lièvre de Patagonie”, c'est tout ce que raconte Claude Lanzmann, de sa relation avec Gilles Deleuze, Jean Paul Sartre, sa soeur Évelyne... et tous les écrivains et artistes de cette époque de 1940 à 1965, qu'il a rencontrés et fréquentés et qui se sont d'ailleurs bien connus entre eux... C'est “truffé” de petites anecdotes, de détails, de réflexions et de pensées des uns et des autres..

C'est de l'autobiographie si je puis dire “dans le plein et authentique sens du terme”... Rien à voir avec toutes ces productions (autant d'hier que d'aujourd'hui) dans le genre “ma vie/mes amours/mes déceptions/mes rêves/mes fantasmes/mes malheurs...)

Mais le livre de Claude Lanzmann est tout de même d'une écriture “un peu difficile”, assez dense, aux longues phrases, de paragraphes compacts, et l'on y découvre des mots peu courants dont il faut rechercher la signification dans un bon dictionnaire...

jeudi, mars 5 2009

Vers la lumière, de Mary-j-Dan

Vers la lumière, de Mary-j-Dan

A première lecture, il y a là, dirais-je... "Une dimension d'écrivain".

C'est "d'une trempe" assez nettement différente (et qui m'émeut davantage) que "Embarquement Direct" par exemple...

Oui, il y a bien là une dimension de pensée et de réflexion, une force, une intimité qui n'est à aucun moment, ostentatoire...

... Je cite ici une phrase :

" Quelqu'un a-t-il eu l'idée, après avoir constaté l'infidélité de son ange gardien, de téléphoner à Zorro? Est-il venu sur son fier destrier noir? Si oui, je voudrais bien son numéro de téléphone!"

Chère Mary, l'ange gardien que tu évoques (ce qui vit en nous de plus intime et de plus profond, et de meilleur), n'est jamais, je crois, vraiment infidèle : c'est nous mêmes qui lui faisons quelques infidélités!

Zorro, pourait être un imposteur (puisque son numéro commence par un préfixe numérique n'existant dans aucun logiciel ou répertoire)... Ou parce que son numéro, qui existerait, sonne toujours "occupé"...

Mais ce n'est pas exactement ni précisément cela : Zorro n'est pas tout à fait un imposteur... Il n'a pas d'épée flamboyante et ne caracole pas sur un fier destrier noir! Il est un être tout à fait ordinaire qui devient à un certain moment particulier de notre vie... Un être exceptionnel, un être joignable et attentionné...

dimanche, mars 1 2009

Les corps perdus, de François Gantheret...

     J'avais lu ce livre en 3 jours vers fin janvier 2009...

Je me suis rendu compte en y repensant trois semaines plus tard, que j'aurais sans doute du en faire une seconde lecture...

J'ai aimé l'écriture : fluide, légère, précise, sobre, rythmée comme une musique, mais avec dans le ton, je crois, une certaine gravité (et à cela je suis en général assez sensible et ému)...

L'histoire par elle même, dans l'ensemble, n'est pas particulièrement originale dans la mesure où cette histoire ainsi racontée par l'auteur, nous renvoie à des évènements d'actualité faisant l'objet de reportages de journalistes... Mais sans doute le passage de la corde oubliée dans le puits, et ensuite la sortie du puits, les premiers moments de liberté d'Andrès dans l'incertitude et les dangers immédiats... C'est cela qui m'a surtout impressionné et vraiment intéressé.

Le mensonge et la trahison, dans la beauté de ces paysages du Maghreb, m'ont semblé prendre une dimension naturelle, familière, et comme "coulant de source" : en ce sens le comportement de Tamia qui au départ pensait à son amant prisonnier comme Andrès au fond d'un puits, et ensuite part avec Andrès, ne m'a pas choqué...

Il y a, à mon sens, une dimension naturelle dans ce roman, une dimension naturelle que j'ai retrouvée d'ailleurs à travers l'écriture de l'auteur, et aussi à travers ces descriptions sobres mais précises de paysages Africains...

Je n'ai pas trouvé que le roman était un roman "noir" : au contraire c'est la vie et l'espérance qui dominent, avec cette volonté toute humaine et toute naturelle, sans grands et inutiles raisonnements, d'user et de prendre parti de ce qui se présente... Et quoi qui puisse arriver, quoi qu'il arrive effectivement, il y a toujours comme une corde pour se raccrocher, un bidon avec de l'eau dedans, une plage, un port, une ville, des gens, quelque part... Un rêve, un souvenir, une attente... Et jamais ce néant, ce vide, ce noir absolu et définitif qui ne peut exister en réalité que parce que l'on l'imagine : on ne sait pas la mort, on l'imagine.

La mort que l'on voit c'est celle des autres quand ils sont immobiles et ne respirent plus...

Le titre "Les corps perdus" m'a un peu gêné, je l'avoue... Et cela même avant que je n'aie commencé la lecture...

Je ne conçois pas que des corps humains soient "perdus", perdus comme des âmes "damnées" ou "anonymes"...

Pour moi, il n'y a jamais de "damnation" ni d'oubli ni d'inexistence ni d'anonymat...

Un corps humain, de femme ou d'homme ou d'enfant ou de vieillard... Nu, habillé, souffrant ou en bonne santé, tel qu'il est, de la naissance à la mort, c'est à dire vivant, avec son odeur, sa respiration, et tout ce qu'il contient (organes, tissus, chair, muscles) a, dans mon esprit, une existence qui ne peut être ni reniée, ni niée... Même disparu, retourné à la poussière, il ne peut plus jamais, après avoir été, "ne pas avoir été"... Et il a effectivement été, une seule et unique fois, dans toute l'éternité...

Un corps humain, et de même un corps de bête, ça n'a rien à voir avec le jugement ou la morale, avec le bien et le mal, l'inutilité ou l'utilité, avec ce qui serait "absurde" ou "justifié", pas plus d'ailleurs qu'avec toute espèce de “raisonnement ou de pensée philosophique”...

Il n'y a que cette réalité profonde, naturelle et imputrescible, authentique, immuable, de l'Etre, qui demeure dans le temps et dans l'espace... Une réalité qui a pris forme, écriture, trace, sculpture, musique, respiration, mouvement, relation, visage, message, dans le temps et dans l'espace... Et qui, quoiqu'il advienne, ne peut “qu'avoir été”, ne peut être niée...

vendredi, octobre 31 2008

Le Clézio, Camus, St Ex...

... Mondo, j'ai lu ; ainsi que La ronde et autres faits divers ; et Révolutions...

C'est curieux mais lorsque je lis Jean Marie Le Clésio, Albert Camus et Antoine de St Exupéry, ces trois auteurs là; j'ai l'impression de me trouver dans un territoire (un pays ou un lieu) qui m'est familier...

C'est comme si, astronaute et découvreur de planètes, dans chacun de ces trois mondes (pourtant différents comme peuvent l'être des mondes habités de vie) je retrouvais dans chacune des atmosphères de ces mondes, comme un "air commun" en dehors duquel l'ailleurs, presque partout dans le vaste univers, me serait un territoire étranger... Parce que dans cet "ailleurs", je m'y sentirais en exil... Ou "en porte-à-faux"...

Mais j'ai tout de même découvert récemment Gérard Mordillat (avec les vivants et les morts), qui, dans une certaine mesure, m'a "désexilé" comme Camus, Le Clésio ou St Ex...

Dans mes lectures, en règle générale, il m'est assez difficile d'entrer vraiment dans un livre ( une histoire, un récit, une aventure, un roman)... Si je ne ressens pas au fond de moi-même l'existence de ce "territoire" familier, celui des écrivains dont je viens de parler...

lundi, août 27 2007

Les Voleurs d'Anges

     Shana et Lou-Anne ainsi que d’autres personnages féminins de ce roman, tels qu’ils nous sont si agréablement présentés par Mary-j-Dan, écrivain et auteur, correspondent bien à une certaine définition de la féminité qui me ravit, et dont je suis fou…

 -Page 12 : « Shana apprit très vite comment user de ses charmes et faire succomber son papa en le prenant dans les mailles de ses filets faits d’une féminité gracieuse et enchanteresse. »

 -Page 16 : « C’était flagrant, tout, jusqu’à sa silhouette gracile et sa façon de rejeter cette mèche capricieuse du bout de ses doigts… » (lorsque Romain aperçut Lou-Anne assise, « un châle négligemment posé sur ses jambes croisées »)

 -Page 76 : « Surpris, Romain observa Prudence. Très jolie jeune femme métisse, gracile et gracieuse. Ses yeux bruns dévoilaient une douceur subtile… »

 Assurément, entre ces jeunes femmes si ravissantes, au si joli visage révélateur d’une belle âme et d’une intelligence du cœur et de l’esprit, d’une part ; et l’auteur elle-même d’autre part ; il doit y avoir un lien, une ressemblance, une correspondance. Et j’en suis fort ému. Je me sens, dans l’atmosphère dégagée par ces personnages féminins, si je m’écoute un peu trop en tant qu’homme de ce monde, comme un ver qui se tortille de régal dans la pulpe d’un fruit délicat et savoureux à l’extrême…

Au-delà cependant, de cet appel aussi fort et aussi impérieux, aussi violent même, j’arrive avec un ravissement et une émotion plus souverains encore, à ne plus tout à fait être comme le ver qui se tortille de régal, mais comme le nageur évoluant dans la caresse d’une onde douce et électrique, n’osant étreindre cette silhouette d’eau au visage délicatement aquarellé par un artiste de génie…

Merci donc, chère Mary-j-Dan, pour l’évocation que tu fais, de ces personnages féminins… Et merci pour ce que je ressens de toi, en lisant ce que tu écris…

Il ne me vient à l’esprit qu’un seul auteur qui, comme toi, évoque de cette manière là, des personnages féminins, c’est Mary Higgins Clark, célèbre auteur de romans policiers. Ah, ces jeunes femmes ! Elles sont toutes « très chic/très classe », intelligentes, ravissantes, élégantes… Et d’une certaine simplicité cependant ! Et fort sympathiques, attachantes de surcroît !

     Dans « Embarquement indirect », j’avais trouvé l’idylle entre Prudence et Stéphane, un peu « fleur bleue », voire « eau de rose » même, dans l’écriture de son développement… Après réflexion, et à la lecture de ces « Voleurs d’anges », et connaissant un peu mieux Mary-j-Dan à travers ses écrits sur son blogue ; je n’ai plus la même impression… Ces passages que je trouvais un peu « fleur bleue », révèlent en fait un côté émouvant, profondément attachant, digne d’intérêt, à ne pas prendre à la légère… De cette femme sans aucun doute à nulle autre pareille qui, par sa délicatesse, son esprit et son cœur profond, exprime ainsi ce qui lui tient le plus à cœur…

     Nous lisons sur la 4ème de couverture : « Lucifer ou autres démons, existent-ils ?... Peut-on imaginer un monde sans nos anges ? Serait-ce là le prélude au déclin de l’espèce humaine ?... »

Bien que n’ayant ni la formation scientifique d’un Hubert Reeves… ou d’un Bruno Leclerc du Sablon (Jardinier sur Alexandrie)… Il n’en demeure pas moins que, bien que poète et rêveur, et de surcroît interpellé par tout ce qui a trait aux phénomènes inexpliqués ; je me sens assez proche de la pensée ou de la réflexion d’un scientifique…

Et en ce sens, je n’ai jamais adhéré de ma vie entière, depuis mon enfance même, au monde des anges, des démons et autres personnages surnaturels… Je ne puis donc me rallier à l’idée selon laquelle des êtres surnaturels, tour à tour visibles et invisibles, dotés de pouvoirs « spéciaux », puissent intervenir dans notre vie, dans nos choix, dans nos décisions…Que ce soit afin de nous conseiller ou de nous protéger.

J’imagine donc pour ma part, un monde sans anges et sans démons mais aussi sans « à priori » quant au sens de l’évolution de l’espèce humaine (déclin ou progression). Mary-j-Dan est sans doute le (ou l’un) des rares auteurs (dans cet univers de fiction où apparaissent des anges) dont j’ai pu lire entièrement un livre…

Il y a quelques années, j’avais tenté de me lancer dans l’œuvre de Tolkien « Le seigneur des Anneaux », mais j’ai déclaré forfait au bout des cinquante premières pages ! Quant à Harry Potter en six volumes de 500 pages chacun… N’en parlons pas !     

     A la lecture de ce livre « Les voleurs d’anges », je me suis souvenu de « Embarquement indirect » et j’ai pensé que nous étions là dans « la même veine »… En fait, pas tout fait ! Puisque dans « Les voleurs d’anges », j’y ai entrevu la possibilité d’une réflexion plus approfondie…

 Ces « voleurs d’anges » sont des sortes de mercenaires engagés par Lucifer et ayant pour mission de voler les anges protecteurs des gens… Mais sans la volonté (ou la liberté) des personnes mêmes que leurs anges protègent, les mercenaires n’ont pas de pouvoir réel… C’est pourquoi ils doivent « employer les grands moyens » c'est-à-dire appréhender et emprisonner les gens accompagnés de leurs anges…

De sensibilité plutôt « philosophique » et « scientifique », je discerne à travers ces « voleurs d’anges », un principe qui me semble fondamental et universel : celui de la volonté, de la liberté dans l’action, dans le choix… L’être vivant et donc l’être humain en particulier, est libre. Et parce qu’il est libre, il peut tout concevoir, entreprendre, autant qu’il en a ou en acquiert la possibilité. En conséquence, tout ce qui pourrait s’opposer à ce principe fondamental ou tendrait à l’invalider (le principe de liberté de choix), n’a d’autre possibilité que celle de « forcer » (c'est-à-dire de priver de liberté). Dès lors, la différence entre le « Bien » et le « Mal » me semble évidente : le « Bien » n’est autre que la liberté de faire le « Bien » et le « Mal » dans le sens du monde… Et le « Mal » n’est autre que l’empêchement organisé de liberté, liberté de faire le « Bien » ou le « Mal » dans le sens du monde.

 Il ressort de ce principe universel qu’il faut de l’opposition en toute chose existante… Puisque c’est par l’opposition que les forces en présence peuvent se développer et avoir entre elles une relation qui évolue dans un sens ou dans un autre…

     En général (c’est du moins ce que je pense)… La plupart des critiques ou commentaires de livres dont j’ai eu connaissance et que j’ai pu lire dans ma vie ; que ces critiques ou commentaires soient ceux de journalistes littéraires, de jurys, comités de lecture ou de lecteurs… Me semblent plutôt « d’un sens commun » (ou habituel), dans la mesure où ils ont tous ou presque les mêmes caractéristiques se différenciant en gros, de deux manières :

-Soit l’on émet une appréciation favorable ou relativement favorable parce que l’auteur est plus ou moins lu et connu ; soulignant toutefois quelques points particuliers…

-Soit l’on émet une critique objective, argumentée quant à la forme, à la structure, au sens, au style, à l’écriture… Et cela quel que soit la personnalité, la notoriété ou la nouveauté de l’auteur.

 Pour ma part, je ne suis pas cette voie habituelle (qui me semble tout de même assez logique et que je reconnais d’ailleurs)… Je ne suis donc pas, dans le sens habituel, selon les repères communément définis et approuvés, un « commentateur fiable »…

Dans un livre il y a toujours à mon sens, un élément dominant qui nous sensibilise en particulier, et cela beaucoup plus que tous les autres éléments. Et plus cet élément est dominant ou ressenti comme tel, alors moins ce qui a trait au sens, à la structure, à la forme, à l’écriture, à certains points essentiels ou de détail, me devient évident ou visible…

Nous entrons bien là, tout à fait directement, dans le domaine du ressenti, de l’émotion et de cet imaginaire vécu en soi…

En ce qui me concerne, cet élément dominant dans un livre, auquel je suis si sensible, quand bien même il ne représenterait qu’une toute petite partie du livre, va forcément orienter mon appréciation et je vais dire de ce livre « C’est un bon livre »… Sauf, si de toute évidence, l’écriture en est médiocre ou difficilement lisible…

 En conclusion, je dis du livre de Mary-j-Dan, « Les voleurs d’anges », que « C’est un bon livre »… Pour deux raisons :

 -J’ai ressenti à l’évocation des personnages féminins de ce livre, quelque chose qui me révèle le côté émouvant de la féminité de l’auteur, et qui rejoint de fort près la conception que j’ai moi-même, depuis mon enfance, de la féminité…

 -L’écriture est, du début jusqu’à la fin, non seulement « honorable », mais fort belle, agréable et sans aucune « fatigue »…

 J’ai bien relevé (parce que cela « sautait aux yeux ») trois ou quatre fautes d’orthographe… (Mais j’ai envie de dire : ce sont des fautes d’impression)…

J’ai, je l’avoue, eu « un peu de mal » à suivre le déroulement des faits, dans les 50 dernières pages… Sans doute parce que je suis peu familiarisé et peu enclin aux « choses surnaturelles »… je crois.

mercredi, juillet 4 2007

Rudeval, de Marc Fenek, auteur d'Alexandrie Online

L'on ne s'attarde pas, dans ce roman, en de longues discussions philosophiques ni en développements de pensée ou en interminables descriptions... Sinon quelques interrogations exprimées de ci de là par Marc, Mona, et autres personnages lors d'affrontements particulièrement violents et déterminants ; du ressenti, des sentiments, des questions précises, des comportements en des situations très sensibles et assez souvent tragiques... L'écriture est précise,sans fioritures ; les phrases sont courtes, l'auteur n'est dans ce roman, que dans l'action, ou presque...

Sur le plan purement littéraire, ce roman est bien de notre temps ; et sa lecture aisée... Ce qui, à mon sens, lui donne un avantage certain en vue d'une diffusion assez large, et peut-être je l'espère, un avenir prometteur.

Peu de fautes d'orthographe (ce serait dirais-je, des fautes de frappe uniquement?) pas de lourdeurs, d'adjectifs inutiles, ni de longueurs, ni de répétitions. Des phrases simples, bien articulées, un vocabulaire précis et d'une certaine richesse. Pas d'invraisemblances non plus...

Marc Fenek nous prouve dans ce roman, qu'il est un authentique jeune écrivain de ce début de 21ème siècle.

L'on dépasse ici, le stade de l'amateurisme, et l'on se situe assez largement au dessus du niveau d'un premier roman d'auteur, dans la mesure où un auteur qui se lance doit encore tendre vers un travail plus accompli.

Je salue donc la précision, la clarté et en même temps la simplicité de l'écriture de Marc Fenk.

Et que dire de l'histoire elle -même? Est-elle crédible? Si ces évènements, si cette actualité dramatique d'une guerre civile en France s'étaient déroulés en des années moins proches que celles de 2005/2006, par exemple vers 2020 ou 2030, cela aurait-il été plus pertinent, plus logique? Je ne le pense pas...

La situation politique, économique et sociale de la France en ce printemps de l'année 2002 où les partis traditionnels attiraient vers eux moins d'électeurs, et où les « exrêmes » en revanche, avaient davantage d'audience notamment auprès des citoyens les plus démunis ou les plus exclus du système économique...Ou les plus déçus par des promesses sans aucun résultat concret ; était assurément une situation inédite en France, une situation à risques susceptible de dégénérer en manifestations violentes et batailles de rue, si une certaine sécurité, un certain ordre établi, et un retour des « valeurs traditionnelles » ne se réalisait pas dans un proche avenir...

Certes, l'auteur, dans son roman, a surdimmensionné l'évolution que pouvait prendre une telle situation politique et sociale en France. Mais il l'a fait, je crois, volontairement et en se référant à une période sombre de l'histoire de notre pays : celle de la seconde guerre mondiale avec la résistance, les maquis, les combats, la peur, la traque, les lois d'exception, les différentes mesures prises par le gouvernement, notamment dans l'éducation nationale, visant à exclure de l'école un certain nombre de jeunes. Ainsi nous avons, en parallèle, en 1942 les rafles de juifs étrangers, et en 2005, la loi d'exclusion de jeunes de 16 ans jugés inaptes à la poursuite d'une scolarisation... Parce que ces jeunes n'ont pas eu la moyenne requise pour le passage dans une classe supérieure.

Et, de même que durant ces « années noires » de la 2ème guerre mondiale, l'on retrouve au début du 21ème siécle dans ce combat et dans cette résistance contre un pouvoir autoritaire et injuste, des comportements humains identiques. Et aussi la même barbarie, la même folie meurtrière. N'oublions pas qu'aujourd'hui en 2007, seulement 65 années se sont écoulées depuis l'époque de « l'Etat Français » et du gouvernement de Philippe Pétain et de Pierre Laval.

Et n'oublions pas non plus toutes ces autres guerres en Algérie, puis aux portes même de l'Europe, jusque dans les dernières années du 20ème siècle. N'y -a-t-il pas dans cette dramatique continuité de guerres civiles, ethniques, religieuses, internationales ; dans cette situation permanente de conflits entre peuples, entre factions rivales, entre partisans irréconciliables, la même barbarie, la même folie meurtrière, les mêmes déviances, les mêmes crimes et génocides perpétrés de part et d'autre?

Alors oui, l'histoire que nous raconte Marc Fenek est parfaitement crédible... Malheureusement!

L'histoire, telle qu'elle est écrite par les historiens, les écrivains, les chroniqueurs... Nous dit toujours qui sont les assasssins, les tyrans, les victimes, les terroristes, les héros, les résistants... En somme, les « bons » et les « mauvais »... Mais, pour prendre un exemple bien possible, en 1940 lorsqu'un citoyen de la France de Vichy tuait d'une balle de revolver ou d'un coup de couteau, un Allemand en uniforme de la Werhmacht dans le métro parisien, l'on qualifiait ce citoyen de terroriste... Et, en 1944, ce même citoyen, s'il n'avait pas été pris et certainement condamné 4 ans plus tôt ; aurait peut-être participé à la tonte de l'une de ces femmes « ayant couché avec des Allemands » après avoir un mois plus tôt, participé à l'attaque d'une troupe de miliciens en fuite. Ce citoyen aurait alors été, en 1944, qualifié de résistant...

Il y a, en vérité, une réalité historique : la réalité des faits tels qu'ils se sont enchaînés et produits, tels que les personnes témoins ou acteurs de ces faits, ont existé, ressenti, agi, au moment où ces faits se sont produits.

Et en ce sens, je pense que le devoir de connaissance de ce qui s'est réellement passé dans toute sa précision et par l'existence de documents, d'écrits signés et identifiés, d'images d'archives, de coupures de presse, de livres d'auteurs, ou de témoignages authentiques ; est aussi nécéssaire sinon plus que le devoir de mémoire.

Le devoir de mémoire, qui est pour l'essentiel, entretenu par des commémorations, des anniversaires, des célébrations, des messes, des rendez vous de personnalités politiques autour de monuments et de vestiges ; peut amener (et il l'amène bien effectivement) à cette idée de repentance qui n'est jamais à mon sens, un facteur décisif de l'évolution de l'esprit humain. Car c'est souvent au nom de cette « repentance » que l'on prépare d'autres injustices et d'autres excès dans les comportements, les idéologies, et les différentes « visions du monde » (qui rappellons le, tournent sempiternellement autour des mêmes « valeurs sacrées » du Pouvoir et de l'Argent)...

Par contre, la connaissance brute et précise, sans falsification, non dénaturée à dessein, des faits, des évènements et des actes tels qu'ils se sont enchaînés et produits ; que ces faits, ces évènements et ces actes soient d'hier ou d'aujourd'hui, voilà l'explication, le sens réel de l'histoire, le « pourquoi » et le « comment » jusqu'à la source même... Et par l'explication, par la connaissance, vit et évolue l'expérience, se construit le présent et l'avenir.

Pourquoi nous repentirions nous de ce que les générations qui nous ont précédées, ont perpétré et dont nous ne sommes pas responsables?

Ce qui compte dans notre vie c'est ce que nous mêmes nous accomplissons aujourd'hui et dans quel dessein nous l'accomplissons... Vers le progrès pour le bien être de chacun et de tous... Ou vers l'obscurantisme et l'élimination d'une partie de nos semblables?

	Ma note pour cet ouvrage est HUIT sur DIX...

lundi, juin 25 2007

Ishtar Terra, de Carine Geerts [Ishtar d'Alexandrie]

Ce qu’il me parait essentiel de dire dans mon commentaire, c’est qu’Ishtar Terra est la toute première œuvre littéraire de Carine Geerts…

Et, quel que soit l’auteur, un premier livre est toujours un premier livre… Ecrit « de toute son âme, de tout de son cœur et de tout son esprit », c'est-à-dire avec cette volonté en soi de produire un roman ou un récit le mieux écrit possible… En somme, c’est comme un rêve que l’on porte en soi, qui prend forme, qui se construit, avec des personnages que l’on « voit », un film qui se déroule… Et alors l’on se met à écrire ce rêve. Il y a presque toujours, dans une première œuvre, une émotion, une idée… Je dirais même une vision du monde, du monde que l’on porte en soi, sans doute depuis son enfance, de ce monde qui est confronté au monde, le vrai monde…

Je dis, j’affirme qu’il y a dans cette démarche tout à fait personnelle (et qui peut être nouvelle dans la vie d’une femme ou d’un homme), de par cette émotion, de par cette volonté, de par cette motivation à écrire… Mais aussi de par le travail de recherche et de documentation effectué ; quelque chose qui mérite d’être considéré, reconnu et surtout encouragé.

Je te connais, Carine, (j’emploie ici les mêmes termes que lors de mon commentaire du livre de Mary-j-Dan), par ton blog, par tes nombreuses contributions dans les forums d’Alexandrie… Et à ce titre j’ai pu maintes fois apprécier ton style, tes réparties, tes argumentations, ta profonde humanité, ta gentillesse, ta mesure, ta discrétion et ta délicatesse… Et je n’o
ublie pas non plus ce « bagage littéraire » que tu as, et que tu as acquis au fil de tes nombreuses lectures…

La seule différence avec Mary-j-Dan, c’est que toi, je t’ai déjà rencontrée… Cette rencontre ayant conforté ce « ressenti » que j’avais de toi, je n’en suis que plus ému encore à la découverte de ta toute première œuvre…

Cependant, il n’en demeure pas moins qu’un premier livre reste un premier livre… (Il en faut bien un, dans la mesure où l’on envisage d’en écrire un second, puis un troisième…)

Et j’en sais quelque chose, chère Carine, avec mon premier livre à moi qui fut « Au pays des guignols gris »… J’ai tout reconnu là dedans, dans cette Ishtar Terra. Et j’ai encore en mémoire, gravés et inaltérables, les corrections à l’encre rouge, les observations, les propos, les avis, les conseils… Et parfois la sévérité (mais aussi, heureusement, les appréciations encourageantes) de ma conseillère littéraire de l’époque, Edwige Fournier…

Ishtar Terra est à mon sens, plutôt un livre de Science Fiction qu’un roman Fantasy… Je n’ai pas, à dire vrai, été beaucoup gêné par le vocabulaire scientifique et technique, ni par certains développements du même ordre, même si ce vocabulaire m’est « passé au dessus de la tête » (mais venant de toi, m’a un peu amusé)…

Vu ce que j’ai déjà lu ma vie durant, comme livres de Science Fiction, je peux te dire qu’Ishtar Terra, somme toute, se situe (à mon sens) « dans une bonne moyenne » (ce qui n’est vraiment pas si mal que cela pour un premier livre d’auteur)…

Le « gros problème » du roman Science Fiction (mais peut-être pas ou moins, celui du roman Fantasy) c’est la crédibilité : on veut bien rêver, inventer d’autres mondes, d’autres créatures, mais il faut, pour l’émerveillement et la réflexion qu’il y ait tout de même, tout au long de l’histoire, un « petit air de vraisemblance » possible (même limite)… Car dès que l’on entre dans des histoires abracadabrantes de sorcellerie, de pouvoirs occultes, de « dieux vengeurs » ou de démons féroces à terrasser, avec toujours cette même philosophie de lutte entre le « Bien » et le « Mal » (et tout ce qui va avec)… « Rien ne va plus ! » (à mon sens).

Cette chère, très chère et très émouvante Ishtar, évidemment amoureuse à en crever d’un astronaute Américain très « moral » cependant, puisqu’il est marié, a deux charmantes petites filles et ressent ce terrible tiraillement entre la valeur sacrée de la famille et du mariage, et l’amour irrésistible qu’il éprouve pour la belle Ishtar –d’un autre monde de surcroît- ; me renvoie à tous ces thèmes littéraires de la passion, du rêve, du dilemme, du conflit intérieur…Qui ont toujours de tous temps à jamais, « fait plus ou moins florus » auprès d’un lectorat qui de siècle en siècle, n’évolue guère…

Cette « Terraformation » de Vénus, que tu nous décris avec intelligence et sensibilité, je tiens à le souligner, aurait cependant gagné à mon avis, davantage de « crédibilité » si tu avais intégré dans ton exposé « exogéographique » une caractéristique essentielle de la planète Vénus :

Cette planète en effet, tourne autour du soleil en 225 de nos jours terrestres… Mais il lui faut 243 de nos mêmes jours terrestres pour effectuer une rotation complète sur elle-même ! Ce qui veut dire que chacune de ses faces se trouve tour à tour exposée au rayonnement solaire durant environ 120 jours terrestres, et bien sûr, confinée dans l’obscurité durant 120 jours terrestres… De surcroît, Vénus dans sa rotation sur elle-même, tourne dans un sens rétrograde par rapport à celui de la plupart des autres planètes du système solaire (il n’y a je crois, qu’Uranus qui « tourne » comme Vénus)… En conséquence, les « jolis matins » de Bab Ili, avec la porte fenêtre de la chambre où ont dormi Matthew et Ishtar, qui s’ouvre sur un jardin féérique, et le ravissant et émouvant visage d’Ishtar noyé dans le regard émerveillé de Mathew, sont un peu « anachroniques » si j’ose dire… Par rapport à la réalité du mouvement de la planète Vénus… Mais bon, ce n’est pas bien grave !

A noter toutefois que les ingénieurs ayant édifié le Dôme de Bâb Ili, avaient peut-être résolu le problème afin qu’une alternance plus conforme à celle régnant sur la Terre puisse se produire : « Ce dôme était composé d’une structure en éléments d’acier recouverts de lentilles hexagonales en verre. Les lentilles fonctionnaient comme des moucharabiehs mécaniques qui s’ouvraient et se fermaient en fonction de l’intensité du soleil ; cela permettait de diminuer le rayonnement solaire… » (L’on pourrait ainsi imaginer que, les panneaux s’ouvrent et se referment totalement, recréant ainsi le jour et la nuit… Mais alors comment rendre possible dans le mouvement de fermeture du « soir » ces « ombres mauves descendant sur Bâb Ili » ?-A moins que la fermeture soit progressive ?-)

Enfin, pour conclure, il faut croire que ces Terriens (des scientifiques, des biologistes, des gens d’une « certaine culture » ; sont (ou semblent) assez bien intentionnés à l’égard de ce monde qu’ils découvrent… Et qu’ils ne vont donc pas « faire quelques conneries »…

… J’aurais joué assez mal, je pense, dans une adaptation pour le cinéma ou le théâtre, de cette œuvre, le rôle de Pamela… Si j’eus été une femme… Ah, ces mecs ! Sans aller jusqu’à dire qu’ils sont « tous les mêmes », ils ont souvent le « beau rôle » aussi bien en littérature que dans la vie « tout court » ! (Mais les femmes les y aident bien, dans ce rôle, je crois, et elles aussi, elles sont « morales »… de tout leur être, de toute leur peau, de tous leurs arrangements, de tout leur cœur…)



Ma note pour cet ouvrage est SIX sur DIX… Aussi bien dans l’échelle Alexandrienne que dans l’échelle « Yugcibienne »…

- page 1 de 2