Les Manuscrits Ne Brûlent Pas.

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vendredi, avril 17 2009

Envers & Contre Toi - Jean-Claude Arevalo

Le Thème :

J’ai peu connu l’Espagne ; enfant, j’avais l’impression d’y être une intruse, et pourtant c’est sans doute là que j’ai appris à saisir les instants furtifs. Je suis à la merci d’une couleur, d’un accent, d’une émotion. Je reviens contempler, au-dessus des vagues, les gorges de Santa Cruz sans bouger de mon banc. » Rose parle : elle parle à elle-même et à Monique, qui est dans le coma. Elle parle de son mari, Luis, et de sa maîtresse qui vient de les rejoindre chez eux, dans une vieille usine. Luis est un peintre-sculpteur, Rose voue à son œuvre une admiration sans limites. Les articulations de ce livre, écrit comme une nouvelle, ne sont pas des chapitres : ce sont les derniers jours de Rose. Son histoire prend place aujourd’hui, mais c'est aussi une histoire intemporelle, celle d’un destin sans fracas et pourtant exceptionnel, d'un amour, d'une dette de l’enfance, d'un virage jamais abordé.

Une découverte surprenante que cet "Envers & contre Toi." Tout d'abord un style très personnel qui procède par phrases courtes mais jamais sèches, une façon non seulement de camper les personnages dans la lumière crûe du soleil et un décor de vieilles pierres propre au sud mais aussi d'y entraîner le lecteur, de lui faire sentir la chaleur, la poussière de l'atelier et le silence des longs après-midis. Une langue naturelle et poétique, avec de belles images qui partent du coeur de l'écrivain et ne tombent jamais dans le cliché pas plus qu'elles ne résonnent forcées. Donc, une langue qui accroche et qui retient.

Avec cela, un thème pas facile à traiter - le sacrifice d'une femme - qui aurait pu facilement basculer dans le mélo. Mais celui-ci n'est même pas effleuré. Le personnage de Rose, comme tous ceux qui l'entourent, en particulier Luis, Erika et bien sûr Régine-Angèle, sont crédibles du début jusqu'à la fin, probablement parce qu'ils ne sont en rien manichéens. On sent la dimension psychologique, le travail du romancier derrière eux, pour les façonner et leur donner une vie réaliste. Le plus étonnant reste quand même qu'un homme ait pu dépeindre avec autant de justesse, de pudeur, de tendresse, ce qui est le destin de tant de femmes (épouses, compagnes, peu importe) pourtant plus fortes et mieux douées que ceux auxquels elles acceptent de sacrifier leur énergie et leur talent.

"Envers & Contre Toi" de Jean-Claude Arevalo : inconstestablement l'un des meilleurs livres que j'ai eu le privilège de parcourir sur Alexandrie. Lisez-le, vous m'en direz des nouvelles. ;o)

L'Enfant de la Lune - Jean-Claude Arevalo

Le Thème :

Dans un village reculé du Lot, Jean connaît les plantes qui guérissent, les secrets des pierres levées, et les mystères qui s’y cachent. Au soir de sa vie in rencontre Barbara, une jeune fille pas tout à fait comme les autres. Ensemble, ils vont tenter de découvrir le passage, cet endroit réservé au seul initié. Entre rêve et réa lité, Jean et Barbara nous entraînent vers ce pays de pierre, de buis et de chênes. Mais, mademoiselle Malbhec, assistante sociale de son état, ne l’entend pas ainsi. Elle doit protéger Barbara de ce vieux fou de Jean.

"L'Enfant de la Lune" n'a pas la dimension intérieure d'"Envers & Contre Toi" ni cette tension d'écorché vif qui donnait à ce dernier texte toute sa puissance. Il ne nous en reste pas moins un bon récit, plus classique certes, avec des personnages un tantinet plus prévisibles mais, du moment qu'on accepte d'entrer dans le jeu (et l'auteur sait nous y entraîner dès les premières pages), on passe un bon moment.

Certains seront peut-être tentés d'évoquer le stéréotype au sujet des personnages. Mais c'est qu'ils n'ont jamais eu affaire aux services sociaux, toujours fort occupés à "protéger" des enfants qui n'ont pas besoin de l'être et à suspecter des parents qui ne songent qu'à donner le meilleur à leur progéniture, alors qu'ils referment sans états d'âme le dossier d'une famille de huit enfants notoirement reclus, déscolarisés et maltraités. En ce sens, le personnage de l'assistante sociale (tous comme les rivalités mesquines avec ses collègues et sa supérieure) est on ne peut plus réaliste. Certes, il existe bien du personnel social qui fait son boulot - et qui le fait bien. Mais disons que leurs collègues gaffeurs et mal intentionnés se font beaucoup plus remarquer et qu'un écrivain est toujours tenté de le faire savoir, surtout quand un enfant tenu pour "différent" est en jeu. Le désir manifeste de l'Education nationale de se laver les mains de ces mêmes enfants (en général à partir du collège) est aussi très bien vu : Arevalo forcit à peine le trait.

Cette histoire m'évoque Giono et plus encore Bosco ainsi qu'un bon nombre de livres d'auteurs plus modestes que j'ai lus dans mon enfance. Une atmosphère de merveilleux et de communion intime avec la Grande Mère Terre (non seulement par la Nature mais aussi par les cultes ici évoqués) plane sur l'ensemble et l'on est tenté de retrouver son âme d'enfant, au temps où tout était simple et où les gentils battaient toujours les méchants.

Peut-être y a-t-il moins de recherche au niveau du style même si l'on y retrouve la patte de l'auteur. Mais cela convient à l'intrigue - laquelle est correctement développée, avec quelques petites longueurs çà et là mais bon ... Un seul petit bémol : la mise en page de certains paragraphes serait à revoir ainsi que les majuscules utilisées après les paroles des personnages comme : "Où es-tu ? Dit-il ..." ;o)

Antò - Jean-Christophe Heckers

Le Thème :

Depuis le col on aperçoit la mer, très loin, et plus au sud, sur la côte, quand le temps est assez clair, la tache claire de la capitale. Trois jours de marche suffisent pour s’y rendre. Des hauteurs de sa citadelle, on discerne les montagnes, couronnées par le pic de la Miséricorde qui semble une dent de fauve posée à l’horizon. On devine que la région serait un terrain de chasse idéal ; pourtant, nul ne s’en approche sans nécessité impérieuse. Ici est la Forêt qui vous laisse, ou non, passer, qui vous garde ou vous rejette. Ici sont les Gardiens des refuges, tel Antò, qui prennent soin de ceux qui s’égarent dans les chemins traîtres des montagnes, les guident ou les raccompagnent. Gardiens qui, choisis par la Forêt, ne redescendent plus dans la plaine où règne le tumulte des hommes. Ce tumulte qui, soudain, propage ses échos jusqu’au fond des vallées, accomplissant, semble-t-il, les anciennes prophéties…

Avec son recueil de nouvelles "Presque rien", je tiens "Antò" pour le texte le plus abouti de Jean-Christophe Heckers.

Atmosphère à la fois envoûtante et onirique, imprécision spatiale et temporelle, mise en retrait des thèmes habituels (sauf celui de la Quête) au seul bénéfice de l'étrangeté et d'une forme d'anticipation, autant d'atouts pour ce roman assez court (cent-vingt pages) qui peut se lire comme la traversée d'un rêve éveillé dont on ne saura jamais s'il est en fait rêve ou réalité.

Qui est le héros ? D'où vient-il ? Où va-t-il ? Le jeune Antò est-il son double ou lui-même revenu d'une autre période de son existence ? Si oui, pour quelles raisons ? Et comment tout cela finira-t-il ? ... En ce sens, la fin, loin d'être frustrante, colle parfaitement à l'ensemble du texte. ;o)

Bazar des Anges - Jean-Christophe Heckers

Le Thème :

Admettons qu’un ange vous mette le grappin dessus. Mais doucement. En s’y reprenant à plusieurs reprises. Pourrez-vous être vraiment sûr qu’il ne veut que de l’aide dans sa lutte contre les démons ? Vous a-t-il sincèrement choisi pour vos qualités, ou aurait-il en tête d’autres projets vous concernant ? À votre avis ?

De livre en livre, Jean-Christophe Heckers impose son univers et ses thèmes. Il se sert d'une forme de SF-Anticipation pour traiter essentiellement de l'homosexualité et de cet instant, certainement difficile à oublier pour qui l'a vécu (homme ou femme), où le comportement hétérosexuel bascule et où l'on se découvre attiré par les personnes de son sexe.

En tous cas, tel est pour moi le thème récurrent de ce "Bazar des Anges", que l'on rencontrait également (si mes souvenirs sont bons ;o) ), dans "L'Etoile des Chiens."

Cette recherche de sa véritable nature sexuelle explique pourquoi l'on croise si souvent des doubles ou des clones dans l'univers héckersien. Des doubles, soit, mais jamais tout à fait comparables à leur original car l'être humain, son esprit de même que sa sexualité, est mystère - sauf pour les beaufs mais comme ceux-là lisent peu et ne liront jamais Heckers ... ;o) La nuance est d'importance et introduit la notion de la quête de l'image paternelle - modèle en principe absolu de la virilité - une quête accomplie aussi bien par les femmes que par les hommes et qui, dans certains cas (à mon avis plus proches de l'état originel que l'hétérosexualité, l'homosexualité ou le lesbianisme) aboutit tout naturellement à la bisexualité. (Les héros de Jean-Claude Heckers le sont très souvent, au début de ses textes.)

Mais "Bazar des Anges" peut aussi se lire (en tous cas pour les deux tiers) comme un roman fantastique et onirique, dans lequel les anges s'intègrent sans heurts à notre monde terrestre, y perdant l'aspect mystique et spirituel de leur fonction. La chair ne corrompt-elle pas, elle qui se corrompt si vite ?

Le style, quant à lui, est de bonne facture, la construction du roman est solide et, de toutes façons, on se laisse prendre à l'intrigue même si, je le répète et c'est le seul bémol pour moi, elle rappelle un peu trop, en moins oppressant cependant, celle de "L'Etoile des Chiens." *;o)

  • : J'ai su depuis que "Bazar des Anges" est en fait antérieur à "L'Etoile des Chiens."

De La Terre Jusqu'au Ciel - Georges Réveillac

Le Thème :

Voici une initiation à l'amour pour les jeunes de notre temps. Si tu as de bon yeux, derrière ce premier plan, tu sauras découvrir d'autres choses qui valent le voyage. « Venait-elle des contes de fées, cette magique conviction, laquelle s'accroche encore à mon être par tant de racines vivaces et que je me garderai bien désormais de détruire puisqu'en fin de compte elle m'a porté bonheur, conviction qui pourtant m'a valu une affligeante suite de déboires... Aussi loin que remontent mes souvenirs, j'ai toujours vu les belles créatures de l'autre sexe, adolescentes, jeunes filles ou femmes, comme des fées... Au sortir de l'avion, nous entrâmes dans un bain de chaleur plutôt moite : le premier baiser de l'Afrique... »

Si j'ai bien compris - et bien lu - nous sommes ici en présence d'une version "raccourcie" de "Mon amour" de Georges Réveillac. Ayant déjà parcouru les 431 pages de la première version, je renvoie donc au commentaire que j'ai fait - quelque part sur ce blog en l'occurrence et il y a déjà quelque temps - sur cette version "longue." ;o)

Neutrino - Patrick Bouchet

Le Thème :

Depuis quelques semaines, plus rien ne va dans la vie de Stephan : son directeur ne cesse de le harceler et sa femme menace même de le quitter. Un soir, pour se changer les idées, il décide de sortir faire la fête en compagnie de Gérald, un collègue de travail. Lors de cette soirée insensée, celui-ci lui dévoile son appartenance à une mystérieuse société secrète. Il lui propose alors de le présenter à cette confrérie afin que les guides spirituels acceptent de l’initier. Qui est le grand Osiris, gardien des traditions ancestrales ? Pourquoi certains membres portent-ils le nom de dieux égyptiens ? Cette énergie supérieure qu’ils appellent Kâ, existe-t-elle vraiment ? Stephan Bringel découvrira bientôt un monde occulte complètement surréaliste…

Loin de moi l'idée de mettre en doute le travail fourni par l'auteur sur ces presque trois-cents pages de roman mais une fois encore, je n'ai pas pu accrocher. Moins encore, je l'avoue, qu'avec "Hamanotha."

Sur le plan "aventures", nous sommes néanmoins en présence d'un roman valable, dans le style pulps qui, après tout, a ses aficionados, tout aussi respectables que les amateurs de Saint-Simon ou de James Ellroy. Mais il y a des longueurs - ce qui prouve en partie le plaisir pris par l'auteur à raconter d'ailleurs. Et surtout, les personnages sont sans profondeur réelle, ce sont des types, des placages en deux dimensions qui expriment de ce fait des émotions du même genre, à grand renfort d'adjectifs excessifs accolés à des mots neutres, ce qui nous donne des clichés comme "l'infâme Haton" (supérieur hiérarchique du héros au tout début du roman), la "cigarette diabolique" (pour un joint de cannabis) ou encore un intérimaire d'origine corse qui, bien évidemment, menace son patron (fatalement horrible, le patron) de plastiquer sa voiture.

Le manque de subtilité touche également la manière d'amener les différents épisodes qui composent l'action. On me dira qu'on n'a sans doute pas besoin de la subtilité d'un Henry James pour un roman d'aventures. Et c'est vrai. Je ne donne donc ici qu'un avis personnel, qui plus est dans le contexte du Prix Alexandrie 2009 où je me montre toujours très vigilante - et probablement moins indulgente que d'habitude. J'espère que l'auteur ne me tiendra pas rigueur de ma franchise d'autant que, avec l'imagination qui est la sienne et son goût pour l'ésotérisme et le mystique, je reste persuadée qu'il peut faire infiniment mieux. ;o)

Elle Avait Grandi - Yves Brard

Le Thème :

Après vingt ans de mariage, on ne compte plus, on se dit que c’est pour toujours. Brigitte et Bertrand incarnent, aux yeux des autres, un couple exemplaire. Consultant en vue, il brille en société alors qu'elle est devenue, par la force des choses, la femme de… Et soudain, l’équilibre est rompu. Elle, l’autre, celle qu’il a vu naître et grandir, devenue femme, vient brouiller les cartes. Ils se regardent tout à coup différemment et embarquent pour une croisade d’amour qui fait vaciller des vies dont les fondations semblaient indestructibles. En passant d'un regard à l'autre, tour à tour Elle(s) et Lui, l’auteur nous invite à vivre cette passion de l'intérieur, un chemin chaotique où le désir exacerbé est omniprésent, où les cœurs s'écorchent aux pierres coupantes de la jalousie, où les mots caressent ou cinglent alternativement, où chacun erre à la recherche du sens de sa vie…

Sans doute suis-je trop cynique pour pouvoir apprécier pleinement ce genre d'histoires certes touchantes dans le fond mais à mon avis un peu trop geignardes et repliées sur le nombril de ses protagonistes amoureux. Il s'agit ici, on n'en peut douter, de romantisme mais d'un romantisme sans passion - en tous les cas, je ne l'ai pas sentie percer.

A part cela,l'analyse des caractères est plutôt convaincante même si l'alternance "Lui/Elle" déstabilise parfois - peut-être en raison, tout simplement, de la lecture sur écran qui réserve parfois de ces petites surprises.

bOn notera l'effort constant au niveau du style./b En dépit de quelques clichés faciles (surtout dans les scènes érotiques mais Sade lui-même n'en était pas à l'abri, bien loin de là ;o) ) çà et là et du contexte (on gémit, on s'attendrit, on déprime, on remonte un peu la pente et puis, hop ! on se remet à penser à Lui/Elle, à ce qu'Il/Elle fait et pense loin de Lui-Elle, etc ...) et de plusieurs dérapages trop lyriques à mon goût, il est fluide et agréable. ;o)

Si Les Divinités S'en Mêlent - Didier Mérilhou

Le Thème:

Quatre divinités s'amusent à transgresser les règles en intervenant directement dans la vie de deux couples. Hégémon, dieu du pouvoir transforme Alex qui entreprend de licencier son patron. Eros, dieu du plaisir, pourra-t-il influencer Sam un homme tellement imprévisible ? Bella déesse de la mort, réserve non sans humour bien des surprises. Enfin Véritas, la déesse de la vérité affiche un ridicule qui ne trompe pas les humains. L'amour dans le couple retrouve ici une nouvelle jeunesse grâce au rythme endiablé de cette pièce vivante et bien ficelée.

Il y a du rythme, de l'allant, pas mal d'humour, les dialogues renvoient bien la balle. Pour autant, on a parfois l'impression de quelques longueurs et d'une superficialité des personnages qui les transforment en stéréotypes - cf. Jessica, la "femme soumise à la volonté de son époux devant Dieu."

Plus sûrement, on se demande pourquoi ces quatre divinités se préoccupent tant des affaires de ces deux couples de mortels. Ceux-ci ne paraissent pas en effet avoir une telle carrure, matérielle ou spirituelle, ou encore jouer un tel rôle dans la société ou l'Histoire, qu'ils méritent autant d'honneurs. (Pour ma part, j'ai même trouvé le personnage de Jessica terriblement "gnangan".) Mais enfin, on peut imaginer, surtout au théâtre, des Dieux qui s'ennuient tellement qu'ils en sont réduits à se distraire comme ils le peuvent.

La fin en outre m'a paru sibylline : Sam meurt-il ou sombre-t-il dans la folie lui aussi ?

Quoi qu'il en soit, __un petit moment de lecture agréable. ;o)

jeudi, avril 16 2009

La Vérité Vous Rendra Libres - Miscellanées - Maurice Nélis

Le Thème :

Le comportement de l’Église catholique, si peu conforme à l’enseignement du Christ, a contraint l'auteur, dès après l'adolescence, à mettre un terme à une pratique religieuse sans rapport avec l’esprit des Évangiles. La catéchèse de ses enfants fut pour lui le début d’une longue et profonde remise en question. Afin de clarifier et de préciser sa réflexion, il recourut à l’écriture. Commencée en 1980, cette pratique s’est poursuivie jusqu’à ce jour. Au fil des ans, s’est dessinée l’évolution d’une pensée qui finit par déborder largement du cadre religieux. De là découlent des réflexions sur un monde en pleine mutation : croissance sauvage, robotisation déshumanisante, multiplication des machines à décerveler, etc. À se demander si la Vie pourra résister à celui qu’elle a engendré : l’Homme. Enfin, ancien colonial, concerné par toutes les controverses sur la colonisation, l'auteur s'est efforcé de porter sur celle-ci un regard objectif, ne cherchant ni à absoudre, ni à condamner, mais à comprendre ce qui s’était passé.

C'est avec la méfiance d'une femme dont la famille et le peuple ont cruellement souffert de la religion catholique que je me suis penchée sur le livre de Maurice Nélis. Mais, à ma grande surprise - et je devrais sans doute écrire à ma grande joie - j'ai eu l'impression d'y rencontrer, en dépit de la différence d'âge et du choix de routes bien différentes l'une de l'autre, un esprit-frère.

En un style simple et surtout posé, loin de toute haine mais assumant sa révolte, avec fermeté et intégrité, Maurice Nélis fustige l'hypocrisie vaticane, le détournement constant, séculaire, des paroles du Christ par des prêtres-politiciens qui ne souhaitent qu'asservir le monde à leur pouvoir, la discrimination dont, depuis les fameux "Pères de l'Eglise", sont victimes les femmes au sein d'une Eglise si misogyne qu'elle va jusqu'à mettre son existence en péril en refusant le mariage à ses curés et le droit de se faire ordonner prêtre à celles qui le voudraient, le cynisme dans lequel ces faux disciples du Christ évoluent depuis deux millénaires, le démantèlement de Vatican II initié par Jean-Paul II et activement poursuivi par Ratzinger ...

A cette analyse, s'ajoutent toutes sortes de réflexions, sur les bouleversements créés dans notre société par l'essor fulgurant des technologies, essor inévitable mais qui a contribué à déshumaniser notre monde, sur la crise générée au Moyen-Orient par les moyens utilisés par Israël pour créer son Etat et aussi - cela m'a particulièrement frappée car, là encore, Maurice Nélis exprime des opinions que je partage largement - sur la colonisation européenne en Afrique noire.

Bref, un ouvrage qui vaut qu'on s'y intéresse et qu'on s'y attarde en notre époque où le "politiquement correct" est de rigueur en tout - et au mépris de tout. Et en ce qui me concerne, plus particulièrement, l'un de ces surprenants petits joyaux qu'on arrive parfois à découvrir au sein de la littérature en ligne. ;o)

Fragments - Frédéric Vasseur

Le Thème :

Découvrez des héros de légende, rencontrez les créatures qui nous protègent des forces obscures, voyez si un mort peut encore aimer, apprenez à monter un escalier... Au travers de ces seize histoires, vous allez angoisser, frémir, mais aussi, parfois, sourire. Donc, pas d'inquiétude, ayez confiance en l'auteur... ou pas !

Le moins que l'on puisse dire, c'est que ça bouillonne pas mal dans la cervelle de Fred Vasseur. ;o) J'avoue avoir surtout apprécié les histoires purement fantastiques, laissant un peu de côté les nouvelles qui m'évoquaient assez E. R. Burroughs ("Un Bon Fils" par exemple). Non que celles-ci soient inférieures au reste de la production : simplement, je préfère les fantômes et l'insolite. Toutefois, en amoureuse des chats que je suis, j'ai particulièrement apprécié "les Veilleurs" et la fin du dernier des leurs.

M'ont aussi marquée : "Roland" et ses deux fins (laquelle est la meilleure ? Sur le plan sentimental, la deuxième, on songe à "Mrs Muir et le Fantôme" ; sur le plan strictement surnaturel, la première, y a pas photo.) ; "L'Escalier", une nouvelle subtile, où le mystère, quoique présent, est vraiment impalpable, et qui rappelle Wharton ou, en plus optimiste, De La Mare ; "Laetitia", à mes yeux la plus étonnante du lot et enfin "Jack O'Lantern", petit conte grimaçant et plein d'humour noir. Sans oublier "Le Messager" que - peut-être à tort - j'ai pris pour un hommage à Lovecraft bien qu'il s'y mêle des réminiscences des "Chiens de Tindalos", de Belknap Long qui fut, de toutes façons, un familier du Solitaire de Providence.

Pour autant, Vasseur ne copie pas, il possède un style qui lui est propre, très naturel (ce qui suppose pas mal de travail, d'ailleurs ou une chance inouïe mais mieux vaut parier sur la première hypothèse), qui tombe parfois dans le langage "parlé" - pas toujours à bon escient mais ce n'est que mon avis. La construction des intrigues est étudiée et cohérente, les chutes ne sont pas toutes surprenantes (il est vrai que les nouvelles varient d'un genre à l'autre et que toutes n'ont pas en fait besoin d'une fin étrange) mais même si on en devine certaines, on est toujours curieux de savoir comment l'auteur va les amener.

Donc, si Fred Vasseur remet la table, je me joindrai aux autres convives. ;o)

La Lycanthrope - Patrick Frappier

Le Thème :

« L’adolescent comprit alors qu’Ulla en était à sa deuxième métamorphose consécutive. Avant de quitter l’automobile, il voulut poser sa main fébrile sur l’épaule du mannequin. Soudain, ce dernier releva la tête laissant apparaître un visage hideux. » Quoi de plus enivrant qu’un adolescent de seize ans enlevé par un des plus grands mannequins du monde. Mais la réalité veut que la charmante Ulla Mesner soit en fait un monstre sanguinaire. Le jeune Michel Chavanne va se retrouver prisonnier entre la beauté et... l’HORREUR ! C’est à partir d’un cauchemar d’adolescent que Patrick Frappier a écrit cette nouvelle en 1987. Il décide ensuite de remanier le texte et de le publier pour la première fois en 2008.

Ceci est évidemment un avis personnel et je prie l'auteur, qui s'est donné du mal, je n'en ai pas douté un seul instant, de m'excuser s'il le trouve un peu dur.

Nous sommes ici en présence d'un thème fantastique tournant à l'épouvante pure. Dans ce genre, tout semble - hélas ! - avoir déjà été fait, dit, écrit et filmé et les plus grands eux-mêmes peinent à renouveler les idées. Néanmoins, le classicisme de l'intrigue passerait si l'action et le style n'étaient pas encombrés de tels clichés. Les personnages seraient crédibles s'ils bénéficiaient d'un minimum de profondeur alors que, pour l'instant, ils en sont au stade d'images en deux dimensions, toutes plates, toutes maigres, à la limite de la caricature malhabile.

Un exemple parmi d'autres : la fin du récit m'a paru "téléphonée"mais elle l'aurait été moins si la qualité d'enfant adopté de Michel Chavanne n'était pas mise en pleine lumière dès les premières pages. Ce manque total de subtilité se retrouve partout : des scènes de sexe "torrides" pour pimenter un peu l'ensemble (dont une de lesbianisme-triolisme si mes souvenirs sont exacts), un zombi évidemment pas très joli à voir, des cauchemars à répétition mettant le paquet sur tel ou tel aspect horrible, etc, etc ... Quant au style, il est bourré de clichés : frisson "glacial", meurtrière "sanguinaire", rugissement "effroyable", "découvrir l'amour", parents "bourreaux" (ce qui est très exagéré d'ailleurs) j'en passe ...

Je me relis et je suis désolée pour l'auteur mais il m'était tout-à-fait impossible de m'exprimer autrement, a fortiori dans le cadre du Prix Alexandrie 2009. En outre, j'ai un faible personnel pour le genre horrifique. Lovecraft, Arthur Machen, William Hope Hodgson, Montagu R. James, Jean Ray, Shirley Jackson, Stephen King, Richard Matheson, James Herbert ... autant de lectures qui m'ont rendu celle de "La Lycanthrope" plutôt difficile. Il est vrai que le thème du loup-garou n'est pas le plus facile à traiter mais même sans atteindre aux sommets d'un Jack Williamson avec "Plus noir que tu ne le penses", l'auteur a encore beaucoup de travail à accomplir sur cette nouvelle.

Ce à quoi Patrick Frappier a répondu :

Merci pour cette critique. Mais j'aimerais signaler que cet oeuvre a été écrite en 1989, juste après le fameux Loup Garou de Londres. bC'était mon premier essai, que je n'ai pas retouché depuis. /bSi mon livre était en lice pour le prix Alexandrie, c'est contre mon gré car je n'ai jamais voulu cela. Alors, j'aimerais de votre part un peu plus d'indulgence et de vous intéresser à mes autres romans pour avoir une apréciation de mon écriture. Merci encore Woland...

Et du coup, j'ai édité mon commentaire afin de prendre en compte celui de l'Auteur, que je remercie pour sa courtoisie, sa gentillesse et son fair-play. J'y ai ajouté ceci : "Si c'est une oeuvre de jeunesse, évidemment ... D'autant que, je le répète, le thème du loup-garou n'est vraiment pas simple à traiter, ni dans la littérature, ni au cinéma. Le loup-garou, c'est un peu le parent pauvre du fantastique ... Mais soyez rassuré, je lirai vos autres ouvrages dès que je pourrai et je vous donnerai un avis sincère. Au reste, vous n'avez pu que progresser, j'en suis sûre. A bientôt." ;o)

La Danseuse de Flamenco - Thomas Desmond

Le Thème :

Ça a commencé comme ça, comme un corps qui prend feu, sans prévenir. Pas d'étincelle, juste un brasier d'enfer. Un regard, un sourire de lumière, une peau cuite, des épaules comme une dune immaculée, caressée par les rayons fous d'une chevelure dérangeante, hypnotisante. C'était la fin et l'aube de tout, l'apocalypse tant attendue d'une vie médiocre, un coup de tonnerre dans un cagibi grouillant de ténèbres... Ainsi commence la première des neuf nouvelles introspectives, écrites entre août 2007 et février 2008, qui composent ce recueil.

De Thomas Desmond, les lecteurs d'Alexandrie et de Nota Bene connaissent déjà l'excellent "Ecritures Rouges", recueil de nouvelles fantastiques où l'auteur s'en donne à coeur joie. Ceux qui ont aimé et plus encore les aficionados du genre épouvante, risquent de se retrouver déstabilisés par cet autre recueil de neuf histoires marquées pour leur part au coin du réalisme.

Pourtant, il y a ici une volonté manifeste de changement, un désir de renouvellement et d'approfondissement de l'écriture qui ne peuvent être que dignes d'éloges. La nouvelle "Le Passé qui revient ..." (je cite de mémoire, mille pardons ;o) ) est plus subtile qu'il n'y paraît et l'ensemble du recueil est un peu à cette image, avec quelques maladresses ou ratés çà et là, bien sûr mais aucune oeuvre, rappelons-le, n'atteint jamais la perfection.

Peut-être la nouvelle qui donne son titre au volume ainsi que l'épilogue sont-ils cependant trop obscurs, à moins qu'ils ne nécessitent un plus gros effort personnel de la part du lecteur. Une relecture serait sans doute nécessaire et peut-être la ferai-je un jour. Quoi qu'il en soit, le lecteur impartial ne pourra qu'encourager Thomas Desmond à aller encore plus loin même si - c'est un avis personnel - son domaine de prédilection, celui où il donne l'impression de se mouvoir comme un poisson dans l'eau, demeure le fantastique. ;o)

Le Hold-Up Planétaire - Roberto di Cosmo

Le Thème :

Cet ouvrage va à rebours de la mythologie véhiculée par le marketing génial de Microsoft. Il met en garde contre les ambitions démesurées de ce Big Brother : le contrôle total sur toute forme de transmission et de traitement de l'information, aussi bien dans l'éducation que les transactions bancaires, les actuels et futurs médias et jusque dans l'intimité de notre vie privée. Quel mélange de crétinisme technologique et de servilité intellectuelle fallait-il pour laisser Microsoft bâtir en toute impunité une position de monopole, en détruisant bon nombre d'entreprises dont les produits étaient de qualité supérieure ? Comment la firme est-elle parvenue à aliéner consommateurs, compétiteurs et distributeurs, en se présentant aujourd'hui comme le champion de la démocratisation du savoir ?

Avec l'aide de Dominique Nora qui lui pose un certain nombre de questions, Roberto di Cosmo repart ici en guerre contre Microsoft et Bill Gates certes mais aussi, de manière plus générale (car tout cela peut être repris dans un siècle ou deux par un nouveau Bill Gates, tant l'Homme est assoiffé de pouvoir) contre la perversion d'une technologie à double tranchant.

Par instants, le lecteur se croit encore dans l'ouvrage précédent de Di Cosmo mais les idées et théories exposées le sont de manière plus profonde, plus complète. Quoique toujours touffu pour celui qui ne maîtrise pas tout ce qu'impliquent l'informatique, le Net, Microsoft et cet ordinateur en apparence si innocent qui l'attend sur son bureau, cet "Hold-up planétaire" se lit plus facilement et le ton y est un tantinet plus détendu même s'il reste vigilent.

Tout ça n'est certes pas très littéraire mais on n'en lira pas moins ce texte avec un certain plaisir. ;o)

mercredi, avril 15 2009

Quand Mam Goz S'Emmêle - Pierre-Alain Gasse

Le Thème :

Dans cette nouvelle aventure, Bénédicte Plassard, la belle OPJ de "Passe de quatre", la joue soft et se voit voler la vedette par une alerte octogénaire. Dommage et bien improbable ! diront certains. Que voulez-vous, c'est comme dans la vie, les jours se suivent sans toujours se ressembler. Mais, dès qu'elle aura digéré cette relative déconvenue, nul doute qu'elle reviendra au mieux de sa forme.

Une petite nouvelle sans prétention où l'on retrouve Bénédicte Plassard, l'héroïne de "Passe de Quatre." En l'espèce, elle se fait plus ou moins damer le pion par une grand-mère bretonne hautement pittoresque qui, d'ailleurs, donne le ton au titre de l'ouvrage.

PAG s'est surtout attaché au personnage de cette "Mam Goz", ancienne institutrice qui continue à en imposer à ses anciens élèves (et même aux enfants de ceux-ci) grâce à un caractère dont le moins que l'on puisse dire est qu'il est bien trempé. C'est elle qui mène plus ou moins une partie de l'enquête et le lecteur est tenté de demander à l'auteur si, par hasard, il n'aurait pas l'idée de faire de Colombe Le Guen, épouse (ou plutôt veuve) Le Méner, un personnage récurrent de ses nouvelles. Ce ne serait pas désagréable, à mon avis même si le côté comique prendrait alors fatalement le dessus.

Un bon petit moment de lecture. ;o)

Portraits - Pierre-Alain Gasse

PAG ayant trois ouvrages en lice pour cette première étape, je les traite dans la même série. "Portraits" est sans conteste celui que j'ai préféré dans le trio.

Le Thème :

Fruits d'une pure invention, nés de souvenirs recomposés ou résultats d'expériences personnelles, les douze portraits que voici sont comme le kaléidoscope d'un voyage au fil d'une existence. La joie, l'amour, la mort s'y côtoient comme dans celle de chacun d'entre nous. Ils se sont empilés, au cours des dix dernières années, qui ont vu l'auteur passer de la cinquantaine à la soixantaine, et rien n'a été changé à l'ordre de leur naissance. Ils parlent de deuils, de la nostalgie, de secrets révélés, de peurs d'avenir, tout comme des joies d'amours enfin assumés, de petits-enfants aussi étonnés qu'étonnants, et portent un regard plus distancié qu'autrefois, peut-être, sur le monde alentour...

Probablement avais-je déjà lu une partie de ses nouvelles lorsqu'elles étaient passées en pré-lecture car je me rappelais nombre d'entre elles. "Lazlo" me semble quant à lui faire déjà partie d'un autre recueil de PAG.

Emotion, tendresse, humour, sens du petit détail qui fait mouche, autant de qualités qu'il faut reconnaître à Pierre-Alain Gasse. Elles s'étalent à leur aise dans ce lot de douze nouvelles où se croisent un petit-fils de deux ans amoureux du chemin de fer, un grand-père normand allant vers sa fin dans un hôpital breton, une soupière remplie de papiers entre les bras, un couple de jeunes gens se rencontrant dans une cour de ferme au beau milieu de l'Occupation, deux amies d'un certain âge qui écument les thés dansants jusqu'à ce que tout les sépare, deux soeurs qui, bien que vivant l'une avec l'autre depuis des lustres, se connaissent en fait assez mal et encore quelques autres "portraits" brossés avec autant de délicatesse que d'efficacité.

Un recueil qui, à l'exemple de "Noir à l'Ouest", initiera parfaitement le lecteur au petit monde de Pierre-Alain Gasse, l'un des auteurs les plus "solides" et les plus convainquants d'Alexandrie On Line. Avec cela, le style est simple, sans prétention mais de bonne facture. Que demander de plus ? ;o)

De Prague à Sydney - Pierre-Alain Gasse

La première étape du Prix Alexandrie 2009 se clôturant le dimanche 19 avril à minuit, je constate à ma grande honte que j'ai pris cette année pas mal de retard dans la lecture des textes proposés. Alors, allons-y !

Le Thème :

Voyager, pour l'écrivain, c'est se dépayser, découvrir lieux et gens, mais aussi nourrir son imaginaire. Et lorsqu'un projet se dessine, qu'une histoire prend corps, lorsque vient le moment de situer les héros dans un espace, de les immerger dans une culture, de leur donner des noms, des visages, des habitudes, par un mystérieux travail d'association, des images reviennent se former sur la rétine. Ou peut-être est-ce l'inverse : des images fortes, prégnantes s'imposent comme décor nécessaire à une histoire qu'elles vous demandent de raconter. Voilà pourquoi aujourd'hui l'auteur vous emmène de Prague à Sydney. Vous laisserez-vous prendre par l'atmosphère de ces lieux, par l'histoire qui s'y déroule ? Par les deux, espère-t-il, mais après tout, il s'agit simplement de nous distraire.

Deux nouvelles de type policier, comme les aime Pierre-Alain Gasse, c'est-à-dire saupoudrées d'humour mais aussi, en ce qui concerne la deuxième du lot, d'une subtile mélancolie.

La première constitue également une invitation au voyage vers Prague, la ville hantée de Kafka, où le lecteur assiste à une espèce de course-poursuite à la chute plutôt surprenante. Les dialogues sont bons : vifs, bien enlevés, ils nous font compatir aux malheurs du policier en charge de filature. Je précise que, à un certain moment - lorsque le voyageur français se retrouve avec sa femme qui défait leurs bagages dans leur chambre d'hôtel - ils laissent passer le seul indice susceptible d'orienter le lecteur vers la fin de la nouvelle.

De facture plus classique, la seconde et dernière nouvelle tient du huis-clos à la Agatha Christie, entre suspects d'un meurtre, avec l'appel au lecteur initié par Stanislas-André Steeman dès "L'Assassin habite au 21", lorsque tous les indices ont été traités par l'officier de police bougon et que chacun des protagonistes a achevé son tour de scène. Comme toujours dans ces cas-là, mon esprit se bloque et je ne sais jamais qui est le meurtrier : là encore,< b>la révélation de son nom fut pour le moins inattendue.

Bref, deux nouvelles agréables, n'ayant d'autre prétention, ainsi que le souligne leur auteur dans la quatrième de couverture, que celle de distraire un court instant un lecteur un tantinet paresseux ou trop las pour rechercher des intrigues complexes et des personnages fouillés. ;o)

lundi, mars 30 2009

12 Avril 2007 : Pierre Probst

12 avril 2007, Suresnes : décès de Pierre Probst, dessinateur et créateur de séries pour enfants.

Né en 1913 en Alsace, il fait les Beaux-Arts de Mulhouse et se lance dans la carrière classique des dessinateurs, vendant tout d'abord à la pièce et à droite et à gauche.

C'est Probst par exemple qui créera, après la guerre, le petit chien noir, symbole de la marque Suchard.

En 1953, il a l'idée d'un petit cocker, qu'il baptise Youpi, et d'un chat blanc, nommé Pouf. Il leur donne des compagnons comme Pipo (un chien) ou Noiraud (un chat) et enfin une "maman" qui fédère la petite bande : Caroline.

Toujours vêtue d'une salopette rouge, les cheveux en couettes, Caroline ne semble avoir ni parents, ni famille - bien qu'il me semble me rappeler ses grands-parents. De toutes façons, elle vit de façon très indépendante, avec ses animaux qui se comportent en fait comme des humains (ils l'aident à retaper une nouvelle maison, ils jouent au détective, ils voyagent avec elle, bref, ils sont de toutes ses aventures).

Le succès sera tel qu'il faudra en donner une version plus fouillée, dans la Bibliothèque rose. C'est un certain Lélio qui s'y collera, pseudonyme sous lequel on retrouve en fait Claude Santelli.

Comme pour Harry Potter aujourd'hui, les produits dérivés se déclinent sur tous les tons et la petite Caroline fait le tour du monde.

Pierre Probst est également le créateur de Tim & Poum (en 61) ainsi que de Fanfan (en 1966), un petit garçon aux préoccupations hautement écologistes.

La fraîcheur et la malice des histoires comme des personnages ont permis à ces séries, et surtout à celle de Caroline, de survivre au temps.

Ne nous en plaignons pas : même au siècle d'Internet et du téléphone portable multi-fonctions, ils constituent toujours une excellente première lecture pour les enfants ! (En outre, une série de dessins animés contant leurs aventures est sortie en DVD.) ;o)

Histoires de Fantômes Complètes - Montagu R. James

Collected Ghost Stories Traduction : Xavier Perret, Anne Baronian, Georgette Camille, Michel Demuth, Alain Dorémieux, Odette Ferry, Françoise Martenon & Roland Stragliati, Jacques Papy, Jos Ras

S'il est très facile de se procurer l'édition anglaise des "Histoires de Fantômes complètes" de Montagu Rhodes James, en dénicher une traduction française relève de la gageure. Grâce soit donc rendue au site BDFI qui, suite à une trouvaille que j'avais faite tout à fait par hasard sur le site Price Minister, m'a confirmé que les Editions Néo avaient bel et bien tenu ce pari difficile avec tout le soin et toute le professionnalisme dont leur nom reste synonyme. Ces exemplaires "omnibus" virent cependant le jour alors que cette maison d'édition songeait à déposer les clefs, ce qui explique leur rareté.

Pour tous les amateurs de fantastique victorien et pour tous ceux qui aiment encore écouter des histoires de fantômes le soir, autour d'un feu, dans une maison humide, au milieu de vacances détrempées par la pluie, avec le bruit de la mer dans le lointain ou, mieux encore, le sombre silence touffu d'une campagne inconnue tout autour d'eux, Montagu R. James est plus qu'un incontournable : c'est une institution.

Bien loin du gore auquel nous sommes désormais habitués, l'épouvante distillée par le vieux monsieur de Cambridge méprise les effets spéciaux et l'horreur complaisamment étalée. Certes, çà et là, un souffle venu de nulle part dévoile la sauvagerie d'un rite oublié ("Coeurs Perdus"), une porte qui n'existe pas laisse passer une main parcheminée aux longs ongles jaunis qui tente de kidnapper l'un des protagonistes ("La Chambre N° 13"), les gravures d'un tombeau révèlent une espèce de tentacule pré-lovecraftien ("Le Comte Magnus") et un trio de cadavres ambulants s'en prend à un jeune scout ("Le Puits des Lamentations") ... Mais ce sont là des excès bien rares.

Tout l'art, et l'on peut même écrire tout le génie, de Montagu R. James, est dans la suggestion, non dans l'apparition. En fait, on ne distingue jamais réellement les spectres et les monstres qu'il anime ou alors on ne retient d'eux qu'un détail. Détail si cru, si troublant et porteur d'une telle charge de peur qu'on ne peut plus rien voir d'autre - et peut-être est-ce mieux ainsi.

De même, on connaît rarement leur histoire, rien que des bribes qui ressemblent à des lambeaux de suaire ou de chair. Dans le meilleur des cas, des érudits les ont rassemblées dans d'antiques ouvrages à l'usage, très souvent, des seuls chercheurs ou passionnés. Dans le pire, dont le stressant "Mezzo-Tinto" ou encore "La Maison de Poupées hantée" constituent de parfaits exemples, le lecteur apprendra vaguement que ... et en sera réduit à supposer encore plus vaguement que ...

Car la certitude tue la Peur alors que l'Incertitude, le Rêve, l'Imagination - et la Frustration - l'entretiennent.

Avec Montagu R. James, tout commence toujours très tranquillement, le soleil brille, les petits oiseaux chantent, les universitaires s'affairent, la maison de maître est belle et rassurante, les jardins sont impeccablement anglais, les bibliothèques sont profondes et rassurantes, le style a tout d'un parfait gentleman et rien ne saurait troubler ce bel équilibre assurément voulu par Dieu.

Et puis ...

Et puis, avec Montagu R. James, les nuages commencent à se jouer du soleil, quelque chose se détraque dans le chant des oiseaux, un docte professeur a le tort de partir tout seul à l'aventure, la maison se peuple d'ombres et de soupirs, les bibliothèques révèlent des informations déroutantes, voire démoniaques, le style se confond avec le son de votre coeur qui bat de plus en plus vite sous l'angoisse qui monte, qui monte ...

... pendant que l'Epouvante vous investit tout entier.

Une épouvante qu'admirait et respectait Howard Phillips Lovecraft, ce n'est pas n'importe quelle épouvante. Vérifiez par vous-même : lisez Montagu Rhodes James. ;o)

jeudi, mars 26 2009

Prix Alexandrie 2009

Eh ! bien, voilà, c'est parti : le Prix Alexandrie 2009 est sur les rails et je vous donne ci-dessous le texte par lequel Pascal, le webmaster d'Alexandrie, nous en a fait part il y a quelques jours :

Pour sa quatrième édition, et la première fois sous cette forme, les membres du site d'Alexandrie Online vont avoir le privilège de décerner trois prix littéraires dans les catégories « Romans », « Nouvelles » et « Libres », couronnant les ouvrages de la bibliothèque d'Alexandrie publiés entre le 1er novembre 2007 et le 31 décembre 2008...

Le Prix Alexandrie 2009 diffère des années précédentes, d'une part parce qu'il est désormais décerné à 100% par les membres d'Alexandrie (pré-sélection comprise) et d'autre part parce qu'il jouit d'un nouveau système de vote beaucoup plus représentatif. La participation au Prix Alexandrie est libre, simple et plus démocratique que jamais.

Un petit pas (de plus) pour toute la communauté Alexandrine mais surtout un grand pas dans la jungle des prix littéraires en ligne dans laquelle Alexandrie fait toujours office de pionnier et de précurseur !

La phase de pré-sélection s'étalera sur un mois à partir du vendredi 20 mars 2009, puis du 20 avril au 20 mai 2009 pour la sélection finale.

Vous pouvez d'ores et déjà découvrir les ouvrages en lice de ce nouveau millésime afin de télécharger ceux que vous n'avez pas encore lus ... C'est ici.

Donc, merci de répercuter la nouvelle et n'oubliez pas :

Téléchargez, lisez et ... VOTEZ ! Alexandrie On Line, ses Fondateurs, son Comité de lecture, ses Membres et, bien entendu, tous ses Auteurs comptent sur vous ! ;o)

Rendez-vous sur http://www.alexandrie.org/price.php

vendredi, mars 20 2009

11 Avril 1970 : John 0'Hara

11 avril 1970, Pottsville (Pennsylvanie) : décès de John O'Hara, nouvelliste et romancier.

Fils de médecin, la mort de son père, en 1924, le prive de la possibilité d'entrer à l'université de Yale. Il s'inscrit donc à celle de Niagara, dans le comté de New-York.

Ses premières nouvelles paraissent dans des journaux new-yorkais. Il devient très vite un vrai professionnel en qui Hemingway n'hésite pas à voir le Tchékhov américain.

Mais il a également écrit un certain nombre de romans dont, en 1934, "Rendez-vous à Samarra."

Le titre vient d'une nouvelle de Somerset Maugham où un homme fuit loin de la Mort, qu'il vient de rencontrer sur la place du marché, jusqu'à la ville de Samarra.Mais, le soir-même, la Mort le croise dans les rues de Samarra ...

Ce roman exemplaire dépeint la course au suicide d'un petit-bourgeois américain qui, un jour, ne parvient plus à supporter la vie qu'il mène.

L'action se situe à Gibbsville, calquée bien évidemment sur le Pottsville natal de l'écrivain. Les rapports entre les sexes y sont décrits avec une vigueur qui choque l'époque. En parallèle, O'Hara s'attaque férocement au puritanisme de ses compatriotes.

Autre roman célèbre de O'Hara : "Une Lueur de Paradis", histoire d'un amour qui, peu à peu, vient à mourir sous le soleil californien. Les protagonistes en sont un jeune scénariste hollywoodien et une libraire qui l'aime mais ne se résout pas à accepter sa demande en mariage. Le retour du père de la jeune fille, qui s'incruste dans leur existence, finira par balayer le tout.

Connu pour son irascibilité et pour ses problèmes d'alcool, John O'Hara a toujours usé d'un style particulièrement vigoureux et incisif.

Ses romans ont été réédités depuis peu en France et, comme il est souvent vrai qu'un bon nouvelliste ne fait pas un romancier aussi efficace, il serait sans doute intéressant de pouvoir accéder à une version complète de ses nouvelles. ;o)

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