Les Manuscrits Ne Brûlent Pas.

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mercredi, septembre 1 2010

Un Livre Pour Un Billet

Amis lecteurs,

La maison d'Edition La Louve, en la personne de son directeur, J. L. Marteil, vient de proposer au forum Nota Bene, dont je suis l'une des administratrices, un partenariat qui permettrait d'offrir à quelques uns d'entre vous - les plus intéressés et les plus prompts à répondre - un exemplaire des ouvrages suivants :

Terres de Mémoire :

- Oradour-sur-Glane - J.L. Marteil (5 exemplaires) - Pripyat - Cécilia Colombo (5 exemplaires)

Romans :

- La trilogie : La Relique - L'Os de Frère Jean - Le Vol de l'Aigle - J. L. Marteil (3 x 5 exemplaires)

__sous réserve que vous vous engagiez à en faire, dans un délai d'un mois maximum* après réception de l'ouvrage à votre domicile, une critique sur notre forum et, si vous en avez un, sur votre blog.__

  • : un mois maximum pour chaque ouvrage lu

Vous trouverez ici plus de précisions sur les ouvrages proposés.

Modus operandi :

Les personnes intéressées enverront leurs coordonnées à ma co-administratrice, Lydia, par MP et celle-ci communiquera les noms et adresses à l'éditeur qui prendra alors en charge l'envoi des exemplaires.

Dès réception de l'ouvrage par le demandeur, celui-ci en avisera Lydia.

A partir de la date de réception, il restera au demandeur un mois maximum pour lire et poster directement son billet sur Nota Bene - un billet par livre, en cas de série.

Précisions indispensables :

Pour des raisons évidentes, les demandes de personnes n'ayant pas produit au moins cinq critiques sur Nota Bene ne seront pas prises en compte.

Evidemment, rien n'empêchera les internautes intéressés mais pas encore membres de notre forum de s'inscrire et de poster cinq critiques sans plus attendre.

Mais en aucun cas, ces critiques ne sauraient se limiter à un "Je n'aime / Je n'aime pas" plaqué sous le copié-collé d'une quatrième de couverture. Sur Nota Bene, vous le savez, les critiques doivent être argumentées.

Enfin, chers amis, sachez que, si l'opération a du succès, Nota Bene songera sans doute à la développer dans les mois qui viennent.

Nota Bene et Les Manuscrits Ne Brûlent Pas vous remercient pour votre enthousiasme et pour votre participation. ;o)

samedi, août 28 2010

La Rentrée ...

Elle est là, à notre porte, nous ne pouvons plus y échapper.

A toutes et à tous, "Les Manuscrits Ne Brûlent Pas" et son Administration souhaitent la meilleure des rentrées possibles - et la moins stressante, surtout. ;o)

30 Avril 65 : Lucain

30 avril 65, Rome (Empire romain - Actuelle Italie) : suicide de Marcus Annaeus Lucanus, dit Lucain, poète.

Il naquit le 3 novembre 39, à Cordoue, qui faisait alors partie de l'Empire romain, dans une famille d'aristocrates (= equites) qui cultivaient l'art de la guerre mais aussi celui de la politique et des belles-lettres puisque le grand-père de l'enfant n'était autre que Sénèque l'Ancien (dit aussi "le Rhéteur"), le célèbre orateur et son oncle, Sénègue le Jeune, philosophe de l'école stoïcienne, dramaturge, écrivain, homme d'Etat, qui fut aussi le précepteur de Néron.

Rapatrié très jeune dans la Ville éternelle, Lucain y reçut une excellente éducation. Il fut entre autres l'élève du rhéteur Lucius Annaeus Cornutus et put poursuivre et compléter ses études en se rendant à Athènes.

Revenu à Rome et soutenu par son oncle, il devint très vite l'un des favoris de Néron. En 59, il obtient la questure et l'augura et, l'année suivante, reçoit, des mains mêmes de l'Auguste, la palme des Jeux néroniens.

En 62, il s'illustre dans l'épopée en publiant une partie du célèbre "De Bellum Civile / La Guerre Civile", que nous connaissons mieux sous le titre de "Pharsale."

Extrêmement populaire et célébré dans les milieux littéraires, Lucain finit par s'attirer la jalousie de l'Empereur qui lui fait interdire de lire ses oeuvres en public. En 65, le jeune homme se révolte et s'implique dans la conjuration initiée par Pison (selon certains historiens, son intervention dans l'histoire demeure incertaine). Toujours est-il que le complot, qui vise à faire abattre l'Empereur par sa garde prétorienne, échoue et que Néron donne l'ordre à Pison mais aussi à Sénèque, à Lucain et à quelques autres - dont Pétrone - de se donner la mort.

On dit que, en un premier temps, pour échapper à son destin, Lucain s'abaissa jusqu'à dénoncer des complices réels ou supposés et, parmi eux, sa propre mère. Mais rien n'a été prouvé.

Et, le 30 avril 65, c'est avec courage qu'il se fit apprêter un bain et, selon l'antique tradition, s'y fit ouvrir les veines par son propre médecin, à la fois pour complaire à l'Empereur autant que pour échapper à sa cruauté. Il n'avait pas eu le temps de compléter son "De Bellum Civile." Il n'avait pas encore vingt-six ans.

La critique moderne l'a gratifié du surnom d'"André Chénier de la langue latine", tant sont variés les genres littéraires dans lesquels il s'illustra. Hélas ! la majorité de ses textes est perdue - notamment ses lettres et ses discours. Ne subsistent que quelques titres ou bribes de son "Eloge de Néron", de ses improvisations mêlées ("Silves"), de ses "Saturnales", de sa tragédie "Médée", de son poème sur la ville d'Ilion (Troie) et sur celui qu'il consacra à Orphée et enfin de sa descente aux enfers rédigée en grec : "Καταχθώνιον."

Son "De Bellum Civile", lui, a survécu, bien qu'inachevé. On ne possède que les dix premiers chants. Il en manque deux qui devaient conter soit le suicide de Caton d'Utique après la défaite de Metellus Scipio à Thapsus devant les armées de César, soit l'assassinat de ce dernier en mars 44 avant J.C. ;o)

Une Etoile Brille Sur Mount Morris Park - Henry Roth

Mercy of a Rude Stream : A Star Shines Over Mount Morris Park Traduction : Michel Lederer

Extraits Personnages

Premier volume de la tétralogie autobiographique de l'auteur, "Une Etoile Brille sur Mount Morris Park" est un texte qui déstabilise souvent son lecteur par son étrange construction. En effet, le récit compte btrois types de narration /b: le récit autobiographique impersonnel, à la troisième personne, avec un narrateur omniscient ; le récit autobiographique personnel, à la première personne, dans lequel l'auteur se confond avec son héros, Ira, mais toujours dans un action et un décor qui datent du début du XXème siècle ; et enfin, des sortes d'intercalaires, où l'écrivain évoque sa vie présente, auprès de sa femme, désignée par l'initiale M. Ces dernières pages se présentent en outre comme une forme de dialogue entre Henry Roth et son ordinateur, surnommé "Ecclésias."

A notre humble avis, pareil choix dessert le texte qui alterne des scènes de réelle puissance avec un ergotage assez fastidieux, centré sur une chose mystérieuse que, selon Ecclésias, Henry Roth ferait bien de révéler au plus tôt à ses lecteurs. Et c'est bien vrai : pourquoi ne le fait-il donc pas ? Car, à la fin de ce premier tome, on ne dispose d'aucun élément nouveau sur l'énigme en question.

Le romancier-biographe tourne autour du pot, avance d'un pas pour reculer de trois, énerve prodigieusement son lecteur mais lui permet aussi de comprendre quel enfer d'angoisses dut être son existence. Ce refus de révéler ce que l'on soupçonne assez tôt toucher à sa sexualité lui vient peut-être de sa religion mais là encore, il y a ambiguïté puisque Roth admet assez vite - et sans difficultés majeures - rejeter sa judéité.

A part cela, que retient-on d'"Une Etoile ..." ? Avant toute chose, un tableau réaliste et impressionnant du New-York d'avant 1914, avec ses carrioles de laitiers tirées par des chevaux, ses premières voitures automobiles, ce conflit qu'on croit d'abord si lointain mais qui finira par toucher le Nouveau Monde, et cette masse d'immigrants venus des quatre coins de la Vieille Europe.

Henry Roth dépeint les communautés qu'il a bien connues : sa communauté natale, tout d'abord, des Juifs issus de Galicie, au parler yiddish savoureux (fort intelligemment, un glossaire a été placé à la fin du livre) où les initiés s'amuseront à retrouver mêlés des mots d'origine allemande ; la communauté irlandaise catholique ensuite, où le petit Ira se fera des ennemis mais aussi des amis ; et enfin, à un moindre degré, la communauté noire, cette communauté dont les membres, au retour de la Grande guerre, veulent de plus en plus être tenus pour des citoyens à part entière - ce qui stupéfie tous les bons WASPS avant de commencer à les inquiéter.

Puis l'atypisme, la bizarrerie de caractère du petit Ira. Si Henry Roth a vraiment ressemblé à son ""alter ego"" de papier, avec lequel sa plume le confond d'ailleurs souvent en utilisant le "Je" comme si l'écrivain, perdu dans sa transe, se mettait en pilotage automatique, on conçoit combien sa vie put ne pas être simple. Ira redoute son père - là encore, on perçoit que bien des choses sont passées sous silence - adore sa mère - mais qui ne l'aimerait pas ? - étouffe sous les tentacules de la sa vaste parentèle et pourtant n'aime pas à envisager l'idée qu'un jour, ses membres puissent venir à lui faire défaut, et enfin se cherche une identité qui ne soit pas juive tout en conservant tout ce qu'il peut y avoir de meilleur dans la judéité.

Ergoteur, oui : complexe aussi, hypersensible, touché par la grâce de l'écriture mais accablé en parallèle par la certitude que sa prose n'était pas si terrible que ça, tel nous apparaît Henry Roth à la fin d'"Une Etoile Brille sur Mount Morris Park." Et le lecteur, tout surpris, s'aperçoit que, malgré les tours et détours empruntés, malgré tout ce qui a pu l'agacer et l'ennuyer dans la structure du texte, il s'est pris de sympathie pour cet étrange personnage et désire l'accompagner jusqu'au bout de son périple intime.

Un livre déconcertant mais bien plus riche qu'il n'y paraît. ;o)

dimanche, août 22 2010

29 Avril 1780 : Charles Nodier

29 avril 1780, Besançon : naissance de Charles Nodier, nouvelliste, dramaturge et romancier.

C'est en 1791 que le jeune Charles prononça son premier discours, un discours patriotique, bien dans le goût de l'époque.

Plus tard, lorsque Nodier aura constitué son célèbre cercle littéraire du Cénacle, Alexandre Dumas évoquera la facilité et le talent avec lesquels son ami lisait des extraits de ses textes.

Dès son enfance, Nodier marque son indifférence pour les sciences ainsi que la véritable passion qu'il voue aux mots et à la littérature.

Son premier roman, "Stella", paraît sous l'Empire mais pour Napoléon, Nodier est et restera l'auteur de "La Napoléone", pamphlet anti-bonapartiste qui fut évidemment interdit et valut des ennuis à son auteur.

L'oeuvre de Nodier est très éclectique. Elle va du roman classique à la nouvelle fantastique - donnant surtout sur le merveilleux et non sur l'épouvante - en passant par la biographie ou l'essai.

Son style mêle une simplicité qui, selon Dumas encore, fait penser à l'eau pure d'un ruisseau aux panaches du Romantisme, école littéraire que Nodier contribua grandement à populariser, accueillant au Cénacle tous les grands du temps.

De nos jours, c'est surtout dans les anthologies fantastiques qu'on rencontre son oeuvre et, toutes proportions gardées, on peut le comparer en cette matière à l'Allemand Hoffmann.

Charles Nodier est mort le 27 janvier 1844 et repose au Père-Lachaise. ;o)

Minuit Dans Le Jardin du Bien & Du Mal - John Berendt

Midnight in the Garden of Good & Evil Traduction : Thierry Piélat

Extraits Personnages

Bien que j'aie apprécié cette oeuvre hybride, qui tient à la fois de la chronique et du roman, je m'étonne qu'elle ait pu se maintenir deux-cent-seize semaines d'affilée dans la liste des best-sellers du "New-York Times." Il est vrai que, si le Nord a vaincu le Sud, celui-ci n'en a pas fini de fasciner ses vainqueurs et ce phénomène est à mon avis pour beaucoup dans l'engouement des Américains envers ce livre.

L'auteur, un Yankee qui a vécu huit ans à Savannah, dans l'Etat de Géorgie, est littéralement tombé amoureux de cette ville qui déjà, du temps de Scarlett O'Hara, était considérée comme une ancêtre distinguée par des cités comme Atlanta. Avant tout, c'est cette caractéristique qui semble avoir fasciné John Berendt. Cela et puis la foule de personnages qu'il y a rencontrés et qui, à de très rares exceptions près, appartiennent tous au gratin social de Savannah. L'affaire du meurtre de Danny Hansford par l'antiquaire Jim Williams est noyée dans la masse - à la différence de ce qu'il se passe dans l'excellent film éponyme de Clint Eastwood.

Comme beaucoup de villes et de villages, Savannah prit vie sur les berges d'un fleuve qui lui donna son nom. J'ignore à quel rythme coulent et chantonnent les eaux de la Savannah mais je le suppose, peut-être à tort, paresseux et indifférent au reste du monde. Un rythme similaire à celui de "Minuit ...", livre attachant, instructif et même passionnant pour les amateurs d'Histoire et d'anecdotes, qui a tout d'une flânerie littéraire parmi des personnages plus excentriques les uns que les autres mais aussi un livre qui laisse le lecteur sur sa faim, allez savoir pourquoi.

C'est un monde à part, avec ses codes et ses manies, que s'attache à dépeindre John Berendt. Un monde de privilégiés pour lesquels Appomatox, c'était hier, au pire avant-hier, et qui préfèrent oublier cet "incident", un peu comme les anciens émigrés français, obligés par la marche de l'Histoire, à cohabiter avec les rustres bonapartistes, avaient choisi de faire l'impasse sur la disparition de leur ancien mode de vie.

Dans la Savannah de John Berendt, on peut se demander s'il existe des quartiers pauvres et populeux. Les Noirs qu'on y aperçoit ont fait fortune et parrainent chaque année, eux aussi, un "bal des débutantes." Evidemment, Chablis la Travestie vient y mettre les pieds dans le plat lorsque l'occasion se présente mais Chablis est si originale, si excentrique, qu'elle ne saurait être représentative du lumpenprolétariat noir de Géorgie.

Le lecteur lit un peu comme dans un rêve. A certains moments, il peut même se demander ce qu'il fait là. Bien sûr, certains personnages sont vraiment drôles ou émouvants - parfois les deux. Mais le rythme est trop lent ; la première partie du livre, consacrée au portrait de la société savannahienne, est trop longue par rapport à la seconde - ce qui est un comble car c'est cette seconde partie qui comporte le plus de chapitres ; l'ambiguïté foncière de Jim Williams, si elle est montrée sous tous les angles, n'est pas analysée en suffisance ; quant à la fin, elle est trop neutre, pas assez osée, avançant d'un pas pour reculer de trois.

Bref, un livre bâti de bric et de broc, où la lenteur de la chronique fait de l'ombre à l'action romanesque - mais un livre racheté par quelques uns de ses "héros" et, en particulier, Joe Odom, lady Chablis et Minerva. A lire un jour que vous serez d'humeur paresseuse et assoiffée de ragots sur les riches (et moins riches) familles sudistes. ;o)

samedi, août 21 2010

28 Avril 1926 : Harper Lee

28 avril 1926, Monroeville - Alabama (USA) : naissance de Nelle Harper Lee, dite Harper Lee, romancière.

La petite Nelle se révèle un vrai garçon manqué. Mais c'est aussi une lectrice précoce qui a la chance de compter parmis ses camarades de classe et voisins le jeune Truman Capote, avec lequel elle se lie d'amitié.

En 1944, la Monroe County High School décerne à la jeune fille son diplôme de fin d'études. Forte de ce succès, elle s'inscrit pour un an au Hutingdon College de Montgomery avant de faire son Droit à l'Université de Montgomery. Elle écrit pour plusieurs publications estudiantines et occupe pendant un an le poste de rédactrice en chef du magazine humoristique de son campus, "Rammer Jammer."

Bien qu'elle n'aît pas obtenu sa licence, elle passe un été à Oxford, en Grande-Bretagne, puis s'installe à New-York en 1950. Elle y déniche un emploi de bureau à la Eastern Air Lines, emploi qu'elle abandonne au bout de huit ans pour se consacrer à l'écriture. Elle mène une vie très simple, voire austère, oscillant entre son petit appartement dépourvu d'eau chaude et la résidence familiale de l'Alabama où réside toujours son père.

C'est en 1959 qu'elle apporte à son agent le manuscrit qu'il lui avait demandé de retravailler, une petite nouvelle qui a désormais la taille d'un roman. Il s'agit de "To kill the mockingbird / Ne tirez pas sur l'oiseau-moqueur" qui sort l'année suivante et remporte le Prix Pulitzer.

Apparemment, beaucoup de détails de ce best-seller sont autobiographiques. Comme l'auteur, l'héroïne (surnommée Scout) est la fille de l'attorney d'une respectable petite ville de l'Alabama. Dill, l'ami de Scout, est un double de Truman Capote - et inversement, Harper Lee est le modèle d'un personnage qui apparaît dans le roman de Capote, "Other Voices, Other Rooms."

Après avoir achevé la rédaction de "Ne tirez pas ...", Lee avait accompagné Capote à Holcomb, au Kansas, pour l'aider dans ses recherches sur ce qu'il estimait à l'époque ne devoir lui fournir qu'un article consacré au massacre complètement gratuit d'une famille de fermiers par deux jeunes marginaux. Mais au final, cela donnera "In Cold Blood / De Sang Froid", le meilleur opus de son auteur - et aussi son chant du cygne.

Depuis le succès de "Ne tirez pas ...", Harper Lee n'a accordé que très, très peu d'interviews. Ses apparitions publiques ont toujours été très rares et, à l'exception de quelques essais assez courts, elle n'a plus rien publié. Elle a pourtant travaillé à un second roman, "The Long Goodbye", qu'elle a laissé inachevé. Au milieu des années quatre-vingt, elle a entamé un ouvrage sur un serial killer de l'Alabama mais, là aussi, elle a abandonné son manuscrit sans le terminer.

Désormais âgée de quatre-vingt-quatre ans, Harper Lee partage son temps entre son éternel appartement à New-York et la maison de sa soeur, en Alabama.

Son unique roman publié, qui évoque le cas d'un Noir faussement accusé du viol d'une Blanche dans le Sud des Etats-Unis, et que défend jusqu'au bout le père de l'héroïne, est couramment étudié dans les collèges et les lycées des Etats-Unis. On notera que, dans notre langue, il présente la particularité d'avoir été édité sous trois titres différents : "Quand meurt le rossignol", en 1961, "Alouette je te plumerai" en 1989 et enfin "Ne tirez pas sur l'oiseau-moqueur" en 2005.

Harper Lee sur Nota Bene. ;o)

Zombi - Joyce Carol Oates

Zombie Traduction : Claude Seban

Extraits

Personnages

Roman relativement court puisqu'il ne dépasse pas les cent-quatre-vingt-quatre pages en édition du Livre de Poche, "Zombi" possède le froid et l'impitoyable tranchant d'un couteau de boucher. Je ne dirai pas "scalpel" puisque Oates limite son intrigue au premier meurtre, demeuré impuni parce que non découvert, de son anti-héros, Q ... P ..., et que celui-ci, en dépit d'une préméditation que le lecteur découvre avec une horreur croissante, en est encore à tâtonner pas mal sur la voie du crime en série.

C'est donc un serial killer non pas néophyte mais encore en phase de "formation" que nous décrit la romancière. Les brouillards de son esprit et de son âme sont d'autant plus impénétrables que Q ... P ... est et restera notre seule "voix" de référence. Tient-il un journal ou ne s'agit-il que de ses pensées auxquelles Oates, par l'autorité de l'écrivain, nous donne accès sans autre forme de procès ? On ne le sait pas mais le résultat fascine autant qu'il angoisse.

Non sur l'instant - enfin, certainement pas pour celles et ceux qui s'intéressent au phénomène des tueurs en série et ont déjà lu des ouvrages, documentaires ou pas, sur le sujet - mais une fois le livre refermé et rangé. En effet, "Zombi" ne connaît pas l'espoir.

Q ... P ... n'est pas mauvais, au sens où l'entendent la plupart des religions et le commun des mortels, non, il est simplement fait comme ça : tel un enfant de six ans qui souhaite désespérément qu'on lui offre un jouet bien précis, notre anti-héros veut se procurer une sorte d'esclave lobotomisé qui lui obéirait sans états d'âme. Viscéralement incapable de songer à la douleur infligée par son délire aux uns et aux autres, il ne songe qu'au meilleur moyen d'obtenir ce qu'il désire. Non, répétons-le, il n'est pas mauvais : il n'a aucune notion du Bien, ni du Mal, c'est tout, et à peine celle de l'Interdit, un interdit qu'il ne comprend pas du tout et qu'il cherche simplement à contourner.

Pourtant, il est loin d'être idiot et sait très bien calculer et prévoir, mais toujours en fonction de ce que ces prévisions peuvent lui rapporter - ou lui éviter de fâcheux. Sinon, c'est le néant. Claquemuré dans un monde que les psys peinent à saisir, il avoue lui-même, avec une innocence étrange, ne pas avoir de rêves.

Sur son passé, Oates nous donne le minimum de détails : un père à la carrière de chercheur et d'universitaire exemplaire, une mère attentionnée, une soeur aînée brillante et une grand-mère aimante. "Un peu trop de femmes," entonnera certainement le choeur des psys. Sans aucun doute mais cela n'explique en rien l'abîme qui dort en Q ... P ...

Raffinement suprême, Oates pousse le sadisme envers son lecteur jusqu'à lui instiller goutte à goutte la certitude que, au-delà l'apaisement de ses désirs sexuels, Q ... P ... recherche en l'acte de tuer quelque chose qui nous dépasse tous, lui y compris, et dont il nous est impossible de nous faire une idée claire.

C'est en cela que "Zombi" est terrifiant, d'autant qu'il se termine sur la vision d'un Q ... P ... pour qui le meurtre va devenir une routine. En d'autres termes, le pire est à venir et Joyce Carol Oates vous laisse l'imaginer à loisir.

Du grand art. ;o)

mercredi, août 18 2010

Un Océan de Pavots - Amitav Ghosh (Inde)

Sea of Poppies Traduction : Christiane Besse

Extraits Personnages

Un grand remerciement aux Editions Robert Laffont qui nous ont gracieusement offert ce livre, dans le cadre du partenariat avec Blog-O-Book.

Quiconque s'intéresse un tant soit peu à la littérature indienne sait combien nombre de ses auteurs sont attachés aux livres-fresques : Vikram Seth avec son "Garçon Convenable", Vikram Chandra avec son "Seigneur de Bombay" ou même V. S. NaipaulV. S. Naipaul|fr] avec des ouvrages comme "Jusqu'au bout de la Foi" ou "L'Inde : Un Million de Révoltes." Avec la "Trilogie de l'Ibis", Amitav Ghosh ne fait pas exception à ce courant littéraire puisque "Un Océan de Pavot", premier tome de l'ensemble, assume dès le départ le ton et la construction des romans-fleuves.

Bien que l'auteur consacre près des deux tiers de ce livre à mettre en place les personnages principaux, encore en proie aux affres de leur "première" vie, celle à laquelle les événements, bons ou mauvais, les forceront à renoncer dans le dernier tiers, le miracle du conteur s'accomplit dès les premières pages. Dès l'entrée en scène de Deeti, la jeune paysanne indienne qui, jouant avec sa fille dans le Gange, "voit" brusquement se dresser devant elle non seulement "L'Ibis" mais aussi cette mer qu'elle n'a jamais approchée, s'éveille dans le coeur du lecteur le désir, vorace, absolu, d'aller plus loin et de savoir où cette flamboyance de mots, ces descriptions rêveuses des champs de pavots à l'aube de la récolte, ce souffle d'émotions violentes qui se lève à l'horizon des pages va les conduire, lui et les personnages du romancier.

"L'Ibis", ancien navire négrier reconverti en transporteur de coolies et d'opium - nous sommes en 1838 et les Britanniques exploitent à fond toutes les richesses du pavot, imposant sa culture aux paysans du Bengale à seule fin d'expédier en Chine la drogue qu'il produit - compte lui aussi parmi les principaux protagonistes. Du début jusqu'à la fin, Amitav Ghosh fait de lui un être vivant, qui craque, frémit, tangue, lutte et vainc au même titre que ceux qu'il héberge. Il est à la fois le moyen de transport qui va permettre aux héros de quitter l'Inde pour tenter de refaire leur vie en Chine, et celui qui rend également possible ce changement spirituel qui fera d'eux des femmes et des hommes nouveaux. De l'humble paysanne devenue veuve (Deeti) et qui a fui les flammes de la sâti jusqu'au rajah déchu (Neel), en passant par Paulette, la jeune orpheline française fuyant un mariage non désiré et Zachary, le capitaine en second au teint si blanc qu'on ne croirait jamais qu'il a pour mère une quarteronne, tous sont contraints à rejeter leur identité passée et à endosser une nouvelle personnalité mais, pour y arriver, la souffrance ne suffit pas : il faut aussi vouloir survivre.

Un roman extrêmement attachant qui embarque son lecteur sans que celui-ci s'en aperçoive - ou presque. A lire en attendant la parution des deux autres tomes. (Petit bémol : on aurait aimé un glossaire des très nombreux mots indiens, pidgin et autres couramment utilisés au fil des pages.) ;o)

mercredi, août 11 2010

27 Avril 1929 : Gilbert Sorrentino

27 avril 1929, Brooklyn - New-York (USA) : naissance de Gilbert Sorrentino, poète, nouvelliste & essayiste.

Né d'un père sicilien et d'une mère irlandaise, cet ami d'enfance de Hubert Selby Jr fonde, en 1956, avec Selby et d'autres condisciples du Brooklyn College, la revue littéraire "Neon" qu'il dirige pendant quatre ans avant de passer à la tête de "Kulchur" en 1961.

En 1963, il conseille Selby pour la rédaction finale du manuscrit de "Last Exit to Brooklyn". De 1965 à 1970, il travaille à Grove Press, notamment sur l'autobiographie de Malcolm X. Dans les années 80, il enseigne l'anglais à la Stanford University où il a pour élèves Jeffrey Eugenides et Nicole Krauss.__

Il meurt à New-York, le 18 mai 2006.

Peu connu en France, Gilbert Sorrentino est l'auteur d'une trentaine d'oeuvres de fiction et de poésie et, dans son pays natal, constitue l'une des grosses pointures du post-modernisme même si, ainsi qu'il le faisait remarquer avec malice, le terme ne veut pas dire grand chose. Sa recherche stylistique se rapproche beaucoup de celles de l'Oulipo : lui-même se réclamait volontiers d'Italo Calvino] et de Laurence Sterne. De même, on retrouve chez lui l'influence de deux Irlandais majeurs : James Joyce et Flann O'Brien__.

Son premier roman, "The Sky Changes", sortit en 1966. Mais son chef-d'oeuvre, c'est "Salmigondis" ("Mulligan Stew"), où un romancier d'avant-garde, Anthony Lamont, entreprend l'écriture d'un roman dont, peu à peu, certains personnages vont acquérir une autonomie qui, au bout du compte, mettra en péril l'équilibre mental de leur créateur.

Sorrentino a été peu traduit - et c'est dommage. On trouvera cependant, outre la traduction de "Mulligan Stew", celle de quelques recueils de nouvelles comme "La Lune dans son Envol" par exemple.

A découvrir, sans aucun doute. Un homme qui appréciait Flann O'Brien a forcément un bon fond. ;o)

Un Coeur Si Blanc - Javier Marías (Espagne)

Corazón tan blanco Traduction : Alain & Anne-Marie Kéruzoré avec l'aide de l'Auteur Extraits

C'est à deux reprises que je me suis attaquée à la lecture de ce livre : la première fut un échec mais j'allai jusqu'au bout de la seconde. Mon erreur, je m'en rends compte aujourd'hui, fut de ne pas tenter la lecture à voix haute dès le départ. Il est en effet des textes qui veulent - et même exigent - ce type de lecture : "Un Coeur si Blanc", dont le titre s'inspire de "Macbeth", est de ceux-là.

Selon une technique déconcertante et qui en exaspérera plus d'un, Javier Marías prend un fait, plus ou moins important dans son essence mais qui, pour ses personnages, revêt toujours une importance particulière même s'ils ne le savent pas toujours, et, à partir de là, il brosse tout un livre dans un style soutenu, pointilleux sur les détails les plus criants comme sur les plus infimes, qui encense le point-virgule mais abbhore la phrase courte ou simplement moyenne, et qui privilégie avec éclat les phrases longues, cinglées de virgules et formant souvent un paragraphe tout entier, à la Saint-Simon ou à la Proust.

Avec cela, une analyse au microscope des émotions et des pensées des personnages, une maniaquerie dans le choix de la nuance qui rebute, séduit, irrite, fascine et désespère. Un auteur étonnant, par lui-même traducteur émérite et fin connaisseur des mots et de leur pouvoir, qu'il faut lire par doses homéopathiques certes mais qu'il faut lire - enfin, je le crois. ;o)

"Un Coeur si Blanc" est axé sur le malaise indéfini ressenti par Juan, le narrateur, dès son mariage avec Luisa. Tous deux sont interprètes pour les Nations Unies et partent en voyage de noces à Cuba. Dans leur chambre d'hôtel, un soir, alors que Luisa souffre d'une légère indisposition, Juan surprend la conversation de leurs voisins : un couple illégitime, lui marié, elle non, où est évoqué la mort éventuelle de l'épouse, laissée en Espagne. Ce fragment d'une histoire qu'il ne connaît pas ne va cesser de hanter Juan - et partant Luisa - avant de se révéler, d'une façon bien étrange, liée à son propre passé ...

Au début, c'est vrai : le lecteur se demande où l'auteur veut en venir. Mais il finit par se dire très vite qu'il n'y a pas de fumée sans feu. Et, pourvu qu'il ait la volonté de savoir, il découvre qu'il a eu raison d'insister. Il découvre aussi un auteur tout-à-fait atypique dont la prose et la technique lui laissent, une fois le livre refermé, cette impression, à la fois irritante et agréable, que l'on éprouve en sirotant, par exemple, un jus de citron. ;o)

lundi, août 9 2010

Quatre Générations Sous Le Même Toit - Lao She (Chine) ( III )

Avec un talent rare, Lao She mêle la fiction à l'Histoire. Mais "Quatre Générations Sous Le Même Toit" ne se contente pas d'être une fresque historique, ce roman constitue aussi une analyse minutieuse des diverses réactions que peut provoquer l'occupation de troupes ennemies sur le citoyen le plus banal.

Jamais Lao She ne se pose en juge. Il n'est pas de ceux qui, même s'ils n'ont pas vécu la période concernée, affirment de toute leur hauteur que non, jamais, au grand jamais, ils n'auraient collaboré. Bien au contraire, lui qui, pour l'avoir traversée en long et en large, connaît bien l'occupation japonaise à Pékin, dissèque les motivations les plus profondes des ses héros sans blâmer ceux qui n'ont pas officiellement pris parti pour la Résistance.

Si l'on excepte des personnages comme les Japonais ou Lan Dongyiang, que l'on peut qualifier d'irrécupérablement mauvais, les protagonistes de l'intrigue, qu'ils collaborent, résistent ou se contentent de subir, faute de moyens de se battre, sont présentés sans aucun manichéisme. Parmi eux, la Grosse Courge Rouge pour les collaborateurs et Qian Moyin pour la Résistance se révèlent d'une complexité remarquable, chacun se donnant en quelque sorte la réplique au coeur des mutations engendrées par la guerre et l'occupation.

Plus que la méchanceté pure, Lao She dénoncent avant tout l'égoïsme, la peur et la volonté de préserver son petit confort moral comme les principaux responsables du comportement de ses semblables. S'il s'attarde évidemment à analyser l'attitude de ses compatriotes, il n'en réfléchit pas moins à celle des Japonais. Les militaires sont pour lui sans pitié. Mais, si puissante que soit sa rancoeur personnelle envers l'empire du Soleil-Levant, le romancier laisse néanmoins une petite ouverture, un tout petit espoir à l'avenir du Japon en la personne du vieille Japonaise, devenue voisine de M. Qi, et qui, peut-être parce qu'elle est femme, mère et grand-mère, ne semble nourrir aucune illusion sur l'issue du conflit.

Ecrit avec une passion et une sincérité dont on ne saurait douter, "Quatre Générations Sous Un Même Toit", en dépit d'une fin un peu trop convenue (le Japon a capitulé, le Petit-Bercail accueille ses résistants survivants, le tout manquant de la flamme habituelle peut-être parce que son auteur la rédigea en anglais, pendant sa période d'exil), est l'une des oeuvres-clefs de la littérature chinoise moderne. Pour l'amateur, elle représente également un excellent moyen pour appréhender la deuxième guerre sino-japonaise, sujet rarement traité en Occident - ce qui est d'autant plus à regretter que ce conflit et la tentative d'expansionnisme effréné du Japon en Asie ne sont en fait que l'autre face de la montée du fascisme et du nazisme en Europe. ;o)

Quatre Générations Sous Le Même Toit - Lao She (Chine) ( II )

Pour présenter les effets de la guerre et de l'Occupation, Lao She choisit trois familles principales :

1) la famille Qi dont l'aïeul est fier de pouvoir compter "quatre générations sous un même toit" dans cette ruelle du Petit-Bercail qu'il avait jadis choisie avec tant de soin pour y installer sa famille. Parmi ses trois petits-fils, un seul, Ruifeng, choisira la collaboration. Les deux autres, qu'il s'agisse de Ruixian, l'aîné, qui demeurera au foyer comme soutien de famille, ou de Ruiquan, le cadet, qui s'en ira combattre dans la Résistance, s'opposeront, chacun à sa manière, à l'Occupant.

2) la famille Qian : famille de lettrés, elle sera la plus touchée par la guerre. Quian Moyin, le grand-père poète, sera arrêté et torturé par les Japonais. Relâché, il perdra sa femme et ses deux fils et confiera sa belle-fille enceinte à un parent afin de pouvoir entrer lui aussi en résistance. Pourtant, au début du roman, M. Qian est un pacifiste convaincu, hostile à la guerre et partisan du dialogue.

3) la famille Guan : à l'exception de la concubine You Tongfang, tous ses membres serviront l'Occupant. Mais curieusement, à l'inverse du personnage de Qi Ruifeng, pour qui le lecteur n'éprouve jamais le moindre atome de sympathie, les Guan ne laissent pas indifférent. Force de la nature et pilier de la famille, "la Grosse Courge Rouge", en d'autres termes Mme Guan, dont on ne connaîtra jamais le prénom. Egoïste, hautaine, opportuniste au dernier degré, rusée mais intelligente, dotée d'un réel sens tactique, dévouée à sa fille cadette, souvent pleine de haine et de mépris pour plus faible qu'elle, elle ne cesse de fasciner le lecteur qui vit sa triste fin de manière très ambiguë, avec à la fois une forme de soulagement moral et de très vifs regrets.

Autour d'eux, gravitent différents personnages secondaires, de Petit Cui, le tireur de pousse qui sera fusillé pour l'exemple dès le premier tome, au répugnant Lang Dongyiang, type-même du collaborateur-né, en passant par Mr Goodrich, le résident anglais qui fait son possible pour aider ses amis chinois, et M. et Mme Li, voisins fidèles en toutes circonstances. ;o)

Quatre Générations Sous Le Même Toit - Lao She (Chine) ( I )

Si Shi Tong Tang Traduction : Jing-Ji-Xiao (T. 1), Chantal Chen-Andro (T. 2 & 3)

Extraits Personnages

A eux trois, ces volumes de longueur inégale totalisent mille-sept-cent-soixante-quinze pages en édition de poche. C'est dire qu'il faut se sentir en mal de fresque pour se lancer dans leur lecture. Mais Lao She est un si grand romancier que, très vite, le lecteur n'a plus qu'une idée en tête : connaître jusqu'au bout l'histoire des familles vivant au Petit-Bercail.

Le Petit-Bercail, c'est une ruelle du Vieux Pékin, située au nord-ouest de la ville et dont la forme évoque celle d'une gourde. Y habitent toutes sortes de familles, des plus aisées au plus pauvres. Lao She va s'attacher à quelques unes d'entre elles et faire de ses membres les héros, bons ou mauvais, de cette douloureuse période que fut, pour les Pékinois, l'occupation de leur ville et de leur pays par les Japonais, de 1937 jusqu'à Hiroshima.

Entre la Chine, le Japon et la Corée, a toujours régné une sorte de fraternité contrariée. La première a beaucoup donné, au point de vue culture et civilisation, aux deux autres et, tout particulièrement, au Japon. Elle a été admirée en conséquence par ceux qu'elle considérait pourtant, non sans mépris, comme des "nains." Mais elle a soulevé en parallèle beaucoup de rancoeur chez les Japonais nationalistes qui cherchèrent non seulement à s'émanciper de cette tutelle culturelle mais aussi à inverser le processus et à rendre le Japon "supérieur" à la Chine - et, de manière générale, à tous les autres pays d'Asie.

La confrontation devait culminer dans l'horreur lors de ce qu'il est convenu d'appeler la seconde guerre sino-japonaise, laquelle éclata six ans après l'invasion de la Mandchourie par les troupes impériales et dura huit autres longues années, en tous cas dans la partie orientale de la Chine. Symbole de cette époque plus que troublée : le "Viol de Nankin", que Lao She n'évoque pratiquement pas puisqu'il concentre son récit sur Pékin et ses alentours immédiats, mais que nous avons déjà eu l'occasion d'évoquer dans une autre rubrique avec une fiche sur le remarquable ouvrage consacré par Iris Chang à ce crime contre l'humanité.

Pékin, c'est en effet la ville natale de Lao She, une ville où il grandit en enfant pauvre, où il fit ses études, où il commença à enseigner et aussi à écrire - la ville enfin où il mourut, énième victime de la Révolution culturelle. Dans "Quatre Générations Sous Un Même Toit", Pékin est d'ailleurs un personnage à part entière en même temps qu'elle sert de décor à l'existence comme à la mort des autres protagonistes. On la sent vivre, on respire ses parfums, on voit ses avenues et ses ruelles, ses cerisiers en fleurs et ses sophoras, ses nouveaux riches et ses mendiants - on entend battre son coeur, qui survivra à l'Occupant. ;o)

jeudi, août 5 2010

26 Avril 1912 : A. E. Van Vogt

26 avril 1912, Winnipeg (Manitoba) : naissance de Alfred Elton Van Vogt, dit A.E. Van Vogt, romancier & nouvelliste.

Si l'on s'en tient à l'aspect purement littéraire d'une oeuvre, Van Vogt ne devrait pas avoir sa place sur notre calendrier. Mais par l'imagination qu'il a déployée dans ses romans, par l'impact majeur qu'il eut sur nombre de grands auteurs de la SF, notamment Philip K. Dick, il est clair qu'il fut, malgré tout, un romancier.

D'origine néerlandaise, il vécut une enfance un peu solitaire car son absence de racines anglaises le mettait en porte-à-faux par rapport aux enfants de son âge.

Il se réfugia donc dans la lecture et, à 12 ans, il aimait toujours autant les contes de fées, ce qui inquiétait et révoltait son institutrice.

Deux ans plus tard cependant, il tombait sur un numéro d'"Amazing Stories" et se tournait définitivement vers les romans d'aventures, sur notre planète ou dans l'espace.

Sa première nouvelle, il la plaça, en 1940, dans la revue "Astounding Stories". Mais ce n'est qu'après la fin du conflit qu'il publie le livre qui le rendra célèbre : "Le Monde des A."

Le héros de ce roman se rend compte qu'on lui a volé son identité mais il ignore qui, comment et pourquoi. Il se met donc en quête et, au cours de celle-ci, il meurt. Pour se réincarner immédiatement et reprendre sa quête ...

Bien que très apprécié dans l'ensemble, "Le Monde des A" rencontra quelque critiques majeures, dont celle de Damon Knight, qui fut peut-être le premier à souligner le côté "chaotique" des romans de Van Vogt et leur style trop sec et bien peu littéraire.

Ce qui n'empêcha pas l'écrivain de continuer à produire, tant des nouvelles que des romans.

Les amateurs possèdent sans doute chez eux "Les Joueurs du A", "A la Poursuite des Slans" ou encore "La Faune de l'Espace", dont Van Vogt assurait que ce dernier livre - un recueil de quatre nouvelles, en fait - avait influencé les scénaristes du cultissime "Alien - Le Huitième Passager."

Auteur atypique, au style désespérément plat et parfois ennuyeux, Van Vogt n'en reste pas moins un créateur-né, à l'univers aussi riche que nombre d'auteurs de la SF mais qui a peut-être le tort d'y inclure trop de réflexions philosophiques qu'il ne sait pas présenter de manière attrayante pour le profane ou le littéraire-type.

A. E. Van Vogt, qui s'était établi aux Etats-Unis, est décédé le 26 janvier 2000, à Los Angeles. Sur la fin de sa vie, il avait été atteint par la maladie d'Alzheimer.

La Mendiante de Shigatze - Ma Jian

Liangchu nide Shitai Traduction : Isabelle Bijon

Extraits

Ce mince recueil paru chez Actes Sud comporte cinq nouvelles ayant toutes pour thème la civilisation tibétaine, que Ma Jian examine d'un oeil fasciné mais impartial.

La première nouvelle, "La Femme en Bleu", évoque le destin de Mima, jeune Tibétaine morte à dix-sept ans sans avoir pu donner naissance à l'enfant qu'elle attendait. Si bref qu'il ait été, son destin aura été marqué au sceau du tragique : troquée tout enfant contre neuf peaux de mouton, donnée en mariage à deux frères brutaux et alcooliques, elle n'aura connu que de très rares instants de bonheur aux côtés d'un soldat chinois en garnison à Langkatze. Instants volés et tenus secrets que le soldat anonyme, interrogé par le narrateur, considère comme autant de pierres précieuses. La nouvelle s'achève par la vision des vautours s'abattant sur le cadavre qui, selon l'usage, leur est offert, pièce par pièce, par les plus proches parents de la défunte, à savoir ses maris.

Moins intense et plus bref, "Le Sourire du Lac du Col de Dolm" relate le retour parmi les siens d'un jeune Tibétain parti faire des études à la ville. A la fois heureux et gêné de retrouver sa famille si semblable et pourtant si différente, il se remémore son enfance et prend peu à peu conscience que, en dépit de ses racines, beaucoup de choses se sont transformées en lui.

La troisième nouvelle, "Le Chörten d'Or", est une histoire d'adultère entre un apprenti et la femme de son maître. L'époux, maître Sangboutza, a été chargé par un monastère de construire un chörten, c'est-à-dire une sorte de pagode destinée à abriter les cendres d'un saint, et de le recouvrir d'or. Au sommet, une flèche tout en or qui scellera le destin de Koula Djouli, l'épouse adultère et avide.

La quatrième nouvelle, celle qui donne son titre au recueil, est peut-être la plus horrifiante. La pauvreté morale et sociale engendrée par l'ignorance, l'alcool et la tradition y va jusqu'au bout de l'extrême et, une fois de plus, le lecteur constate que le statut de la femme tibétaine est loin d'être enviable même si l'on en parle peu.

"L'Ultime Aspersion" enfin, sur lequel se clôt l'ouvrage, tire à boulets rouges sur certains rites à connotation fortement sexuelle imposés par la religion. Ici aussi, c'est la femme qui en fait les frais, bien évidemment.

On s'étonnera peut-être de découvrir autant de puissance et de violence dans des textes si courts. On s'étonnera plus sûrement de découvrir un Tibet glauque, pétri de traditions sanglantes et arriérées, en totale contradiction avec l'éternel sourire du Dalaï-Lama. Certes, on peut toujours prétendre que Ma Jian est chinois. Mais, vu son parcours, on ne saurait guère le suspecter de propagande envers le régime de la République populaire de Chine. La vision du Tibet qu'il donne ici est bien une vision personnelle et acquise sur le vif, dans un mélange d'étonnement, de dégoût, d'horreur et, répétons-le, de fascination.

Pour vous faire votre avis, lisez ce petit livre mais attention : avec ses passages "bruts de décoffrage", il risque de choquer les âmes sensibles. Quoi qu'il en soit, il ne laissera personne indifférent. ;o)

mercredi, août 4 2010

Autopsie d'une Imposture - Gérard Bouladou ( II )

Ce qui reste comme "L'Affaire Ranucci" aura donc fait un grand nombre de victimes : Marie-Dolores/b tout d'abord, morte à huit ans d'une quinzaine de coups de couteau ; bses parents ; son jeune frère qui mènera une vie chaotique et, plus tard, tuera à son tour (son employeur) ; Ranucci dont le profil psy aurait dû être beaucoup plus fouillé ; sa mère qui s'évertua à prouver son innocence (mais peut-on l'en blâmer en conscience ?) ; les gendarmes et policiers qui menèrent l'enquête et sur lesquels Perrault et ses séides ont tout fait pour jeter un discrédit qu'ils ne méritaient pas, le premier tout d'abord dans "Le Pull-Over rouge" puis, plus récemment dans "L'Ombre du Pull-Over rouge" (dans ce dernier procès, M. Perrault a d'ailleurs été condamné pour diffamation)

Seuls "gagnants" - on ose à peine l'écrire mais c'est indubitable - de l'affaire : les partisans de l'abolition de la peine de mort et Patrick Henry. Il est vrai que ce dernier eut l'intelligence de manifester quelque remords lors de son procès, chose que Ranucci, replié sur lui-même et dans l'univers qu'il s'était créé - à l'aube de son exécution, il écrivait à sa mère en lui détaillant les dommages et intérêts que lui verserait la présidence de la République et la vie merveilleuse qui serait la leur quand ils iraient vivre en Amérique latine - n'a pas faite.

Enfant élevé par une mère qui fuyait un mari extrêmement violent, le jeune Ranucci n'avait jamais mené et ne mena jamais une vie sociale dans les normes. Cela certes ne suffit pas à faire un assassin mais démontre toujours une fêlure dans la personnalité, fêlure qui, en fonction de critères qui nous demeurent malheureusement mystérieux, est susceptible de dégénérer ou au contraire, de se stabiliser, voire de se cicatriser. Il n'est tout de même pas normal qu'un jeune homme de vingt-deux ans, pas trop mal de sa personne et pas trop sot, n'envisage comme seul avenir, après avoir échappé à la guillotine, que de s'expatrier en Amérique du Sud pour y vivre avec sa mère !

Tout cet aspect de la personnalité de Ranucci n'a malheureusement pas été suffisamment étudié, ni par les psychiatres, ni par ceux-là mêmes qui prétendaient le défendre (des avocats qui, le 26 juin 1974, bien qu'ayant été convoqués à l'audition de leur client par L.R.A.R., ne se déplacèrent même pas !)

Et cela, quand on lit "Autopsie d'une Imposture", vous laisse vraiment un goût amer dans la bouche. Même si l'on est - comme moi - partisan du rétablissement de la peine de mort dans des cas bien précis tels que l'assassinat d'enfants.

Christian Ranucci, le drame qui fut le sien et dans lequel il a entraîné tant de personnes ont été instrumentalisés aux seules fins de discréditer l'institution judiciaire et le gouvernement (de droite, à l'époque) français et de préparer le terrain pour l'abolition définitive de la peine de mort. En ce sens, Ranucci aurait pu s'appeler Paul Durand que, pour entre autres Gilles Perrault, c'eût été du pareil au même : Ranucci n'a été qu'un moyen.

Le premier livre consacré par M. Perrault à l'affaire Ranucci s'intitule, nul ne le niera, "Le Pull-Over rouge", ce qui permet d'obtenir l'excellente couverture où l'on voit le pull-over en question passer sous la lame de la Veuve. M. Perrault présente ce vêtement comme la pièce décisive ayant prouvé l'implication de Ranucci dans l'assassinat (ce qui est faux) et il s'empresse d'ajouter (ce qui est vrai) que le pull-over était trop grand pour le jeune homme.

Or, il faut savoir que la pièce décisive qui emporta la conviction du juge d'instruction, c'est le couteau, taché de sang*, retrouvé par les gendarmes, sur les indications précises de l'inculpé, enterré à la sortie de la champignonnière près de laquelle fut tuée Marie-Dolores. Le fameux pull-over rouge, lui, fut mis sous scellé tout simplement parce qu'on l'avait retrouvé dans la champignonnière et qu'il pouvait faire partie des indices. Mais il n'a jamais servi de preuve accablante.

Pourquoi prétendre le contraire ? Pourquoi également affirmer que Ranucci déclara, avant de monter à l'échafaud : "Réhabilitez-moi !" alors que, en fait, ses dernières paroles furent un "Négatif !" adressé à l'aumônier ? Et ce ne sont là que quelques unes des "erreurs" présentées comme vérités d'Evangile qui composent "Le Pull-Over Rouge."

Pareille accumulation ne peut que nuire à la thèse défendue, à savoir "Christian Ranucci était innocent et on l'a assassiné en toute légalité."

Je conseillerai donc de lire aussi "Autopsie d'une Imposture" dont le mérite indubitable est de ne pas se prononcer pour ou contre le bien-fondé de la peine de mort et qui s'attache avant tout à resituer l'affaire dans son contexte.

  • : il se trouve que Christian Ranucci et Marie-Dolores Rambla étaient du même groupe sanguin, le groupe A. Ranucci eut donc beau jeu de soutenir, quand il se rétracta, qu'il s'était blessé et que les taches découvertes sur un pantalon saisi dans sa voiture provenaient d'une blessure qu'il s'était faite. Mais le médecin qui l'examina le 6 juin ne trouva aucune trace de cette supposée blessure.

Autopsie d'une Imposture - Gérard Bouladou ( I )

Extraits

Le 3 juin 1974, à Marseille, au coeur de la cité Sainte-Agnès, la petite Marie-Dolores Rambla, âgée de 8 ans, joue au pied de son immeuble avec son petit frère, Jean, de deux ans plus jeune qu'elle. A 11 heures environ, un inconnu descend d'une voiture grise et les aborde en leur demandant de l'aider à retrouver son chien, qui s'est enfui. L'inconnu et Marie-Dolores prennent à gauche, le petit Jean s'en va à droite. Quand celui-ci revient à son point de départ, il ne retrouve ni l'inconnu, ni Marie-Dolores. Les parents préviennent la police mais il n'y a pas grand chose à faire. Le 3 juin au soir, Marie-Dolores n'a toujours pas reparu.

Ce même 3 juin 1974, à midi et quart environ, au carrefour de la Pomme, à vingt-cinq kilomètres de Marseille, un coupé Peugeot 304 de couleur grise roule à grande allure et ne respecte pas le panneau "Stop." Au même moment, la Renault 16 de M. Vincent Martinez, ayant à son bord celui-ci et sa fiancée, franchit le carrefour : M. Martinez est prioritaire.

Sous la violence du choc, le coupé Peugeot 304 effectue un tête-à-queue mais son conducteur ne s'arrête pas. Il fait demi-tour et repart, toujours à vive allure, dans la direction même d'où il venait. M. Martinez qui, lui, s'est arrêté, demande à un couple d'automobilistes qui venait derrière eux, M. et Mme Aubert, de prendre en chasse le fuyard et de tenter au moins d'avoir son numéro d'immatriculation. Les Aubert s'engagent donc sur la RN 8.

Au bout d'un kilomètre, ils repèrent le coupé Peugeot, immobilisé sur le bord de la route. Ils voient également un jeune homme en sortir, tirer un enfant à bout de bras, le plaquer contre lui et disparaître dans les broussailles. Mme Aubert dira que, pour elle, l'enfant avait entre 7 et 10 ans et portait un short blanc. Elle ajoutera qu'il ne paraissait pas effrayé.

M. Aubert descend de voiture, interpelle le fuyard et lui demande de ne pas ajouter le délit de fuite à l'infraction commise. L'inconnu, de la broussaille, lance : "D'accord ! Partez et je reviendrai !" mais il est clair qu'il n'a pas la moindre intention de faire ce qu'il dit. M. Aubert se contente donc de faire la seule chose possible : il note le numéro de la plaque d'immatriculation.

1369 SG 06.

A ce jour, les plus hardis défenseurs de Christian Ranucci n'ont toujours pas réussi à expliquer comment la voiture de leur protégé (ou plus exactement de sa mère, Mme Mathon) a été vue - et plus tard signalée à la gendarmerie - dès le 3 juin 1974.

Mais ce numéro n'est pas le seul détail choquant de l'histoire. Il y en a bien d'autres, que Gérard Bouladou met ici en évidence en soulignant en parallèle les partis pris - et les mensonges - du livre de Gilles Perrault.

Bouladou écrit certes avec maladresse et il n'a pas ce métier qui fait le style de Perrault. Mais cette "Autopsie d'une Imposture" s'en lit avec d'autant plus d'intérêt car, contrairement à ce que l'on pourrait croire, son auteur ne se pose pas en champion de la peine de mort. A ses côtés, on en arrive même à la conclusion que, si Christian Ranucci était bel et bien coupable du meurtre de la petite Marie-Dolorès - dont le corps devait être retrouvé un peu plus haut dans les broussailles, non loin de l'endroit où M. et Mme Aubert avaient interpellé l'inconnu de la Peugeot grise - jamais en revanche il n'aurait dû être reconnu responsable de ses actes, en tous cas au moment où il perpétra l'assassinat.

mardi, août 3 2010

25 Avril 1566 : Louise Labé

25 avril 1566, Parcieux-en-Dombes (Ain) : décès de Louise Labé, dite parfois "La Belle Cordière", poète.

Elle avait pour père Pierre Charly qui, en épousant en premières noces la veuve du cordier Jacques Humbert, dit Jacques Labé, s'installa définitivement dans la profession où, jusque là, il n'avait été qu'apprenti. Mais Louise ne devait naître que du second mariage de son père et, à cette époque, Pierre Charly avait lui-même récupéré le surnom de son prédécesseur. Ce qui explique comment la jeune Louise se retrouva avec, en fait, le nom du premier mari de la première femme de son père.

On ignore le mois exact de la naissance de Louise mais on sait qu'elle naquit en 1524, à Lyon. Compte tenu de ses poèmes, il est certain qu'elle reçut une excellente éducation, bien supérieure à celle alors donnée aux filles. Pourtant, elle se maria dans sa caste, épousant le cordier Périn, par ailleurs propriétaire de nombreux immeubles à Lyon.

Les deux époux semblent s'être bien entendus. Périn laissa sa femme disposer de son argent pour acheter entre autres des livres, objets à l'époque très rares et d'autant plus précieux. Louise possédait, on le sait, des ouvrages grecs, latins, italiens, espagnols et français. On la voyait souvent dans ses jardins de la place Bellecour, où elle pratiquait l'équitation en montant comme un homme.

Parmi ses amis, elle comptait Maurice Scève et sa jeune maîtresse, Pernette du Guillet. Scève étant considéré comme le chef de file de ce que l'on nomme encore l'"Ecole lyonnaise", Louise Labé y fut entraînée. Elle composa seule mais aussi avec Olivier de Magny, ami de du Bellay et disciple de Ronsard, ainsi qu'avec le poète humaniste et mathématicien Jacques Peletier du Mans.

Certains ont imaginé une liaison entre la Belle Cordière et Magny mais rien ne fut jamais prouvé. Comme nombre de femmes éduquées de cette époque, Louise Labé fut dénigrée, probablement de manière injuste.

En ces temps-là, tout le monde écrit des poèmes. Du Bellay, avec sa "Défense et illustration de la langue française", en 1549, pose les bases théoriques du genre et Ronsard, Magny et Pontus de Tyard, pour ne citer qu'eux, s'engouffrent à sa suite et à celle de Pétrarque. Louise Labé, elle, subit l'influence très nette non d'Horace ou de Catulle mais d'Ovide, ses "Elégies" en sont la preuve.

Elle s'intéresse à Erasme et à son "Eloge de la Folie" et prend violemment position contre la façon dont Jean de Meung a achevé le travail de Guillaume de Lorris, c'est-à-dire en faisant suivre un récit mythique et hautement symbolique de descriptions très matérialistes et beaucoup trop misogynes. En vain : "Le Roman de la Rose" poursuivra son parcours triomphal.

Des oeuvres conservées de Louise Labé, on lira le "Débat de Folie & d'Amour", ses "Trois Elégies" et enfin vingt-quatre "Sonnets", tous exprimant à titre divers les tourments de la passion vus par l'oeil des femmes.

Mais Louise Labé est aussi l'une des toutes premières féministes de notre littérature. Elle plaide pour l'éducation des filles ainsi que pour une plus grande liberté. Elle insiste bien sur leur droit à la culture, au même titre que les hommes.

Labé possédait un sens profond de la prosodie et du rythme et cependant, ses vers paraissent d'une simplicité presque enfantine, dépouillés de nombreux tics qui subsistent dans ceux de ses homologues masculins de la Pléiade.

Pour vous faire une idée exacte de son grand talent, voyez ici, sur le site de Lauranne.

Il semble que Louise Labé ait cessé d'écrire en 1556. Elle se retira alors à la campagne où elle mourut, le 25 avril 1566, laissant un testament qui dotait nombre de jeunes filles et leur permettait ainsi d'accéder à un éducation certaine. ;o)

Le Fou de Bruay - Jean Ker

Extraits

Le 6 avril 1972, à 17 heures, sur un terrain vague du petit village de Bruay-en-Artois (désormais Bruay-la-Buissière) dans le Pas-de-Calais, un groupe d'enfants jouant au foot découvre le cadavre d'une jeune fille. Celle-ci est très vite identifiée : il s'agit de Brigitte Dewèvre, âgée de quinze ans et demi, et qui, la veille, avait quitté le domicile de ses parents à 19 h 30 pour aller passer la nuit chez sa grand-mère, ainsi qu'elle le faisait souvent.

L'affaire va être instruite par le juge Henri Pascal, qui deviendra pour la presse le fameux "juge Pascal." Un homme sympathique et intègre certes mais qui, le premier d'une série de magistrats, aura le tort de s'appuyer un peu trop sur la presse pour faire passer certaines informations.

Attention ! Le juge Pascal n'a rien d'un Jean-Michel Lambert. Au contraire, il a des idées bien tranchées et ne ressemble en rien à une girouette. Pour lui, ce n'est pas le dernier qui parle qui a automatiquement raison. Mais il a le tort de se focaliser sur une seule piste et de négliger toutes les autres.

Pour certaines raisons, le juge Pascal mit toute la pression sur le notaire de l'endroit, Pierre Leroy, et sur sa compagne, Monique Mayeur. Celle-ci, il est vrai, était propriétaire de la maison qui jouxtait le terrain vague où fut retrouvée Brigitte. Il semble également que la jeune fille connaissait au moins Monique Mayeur. Or, des bruits de réunions plus que galantes se déroulant régulièrement chez Mayeur - et auxquelles participait le notaire - couraient depuis longtemps déjà. En cette époque où, si l'on ignorait encore le SIDA, on célébrait à l'envi les vertus de la liberté sexuelle, les parties de ce genre n'étaient pas rares. Pierre Leroy était également client dans deux ou trois bars de nuit du coin. Il faut l'admettre, cela faisait de nombreuses et de bien troublantes présomptions sur la tête d'un seul homme ...

Le juge Pascal, qui n'aimait guère la bourgeoisie bien-pensante, fonça donc dans le tas, écartant - Ker le reconnaît à regrets car, jusqu'au bout, il demeura l'ami du juge - pas mal d'autres pistes. Et quand on voulut les reprendre, elles étaient froides ...

Résultat des courses : Pierre Leroy ne sera pas inculpé et Jean-Pierre F., camarade de Brigitte, qui avouera le crime avant de se rétracter, bénéficiera d'un non-lieu tant ses déclarations fourmillaient de contradictions. Aujourd'hui encore, le meurtre de Brigitte Dewèvre reste imputé à celui que l'on a surnommé "le Fou de Bruay" et auquel, vaille que vaille, en bon limier, Jean Ker essaie de donner non un visage mais au moins une silhouette.

Grand reporter à Paris-Match, Jean Ker est un habitué - et même un spécialiste - des faits divers. (Quelques années plus tard, il tiendra un rôle assez ambigu dans l'affaire Villemin.) C'est un passionné qui a, en lui, du Rouletabille et du Tintin - mais un Rouletabille et un Tintin soumis à la loi du plus fort tirage. Depuis maintenant trente-cinq ans, il n'a pas renoncé à l'idée de faire toute la clarté sur l'affaire Dewèvre, laquelle n'a en effet jamais été élucidée.

En dépit d'un style un peu facile et de quelques longueurs, son livre accroche le lecteur. Sous le clinquant du journaliste de "Paris-Match", se dessine un enquêteur réfléchi quoique passionné et qui ne conclut rien sans avoir amassé des preuves suffisantes - un homme intelligent, doté d'un réel instinct "de flic", à la fois fasciné et en même temps révulsé par les horreurs auxquelles peut atteindre le Mal humain. En outre, les seules complaisances que l'on relève ici concernent l'ego de Jean Ker et jamais le crime. Pas de photos tape-à-l'oeil non plus, un réel respect de la victime morte trop jeune même si Ker refuse d'en faire un ange de perfection. Bref, un livre à lire par ceux que l'Affaire de Bruay-en-Artois intéresse. ;o)

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