Les Manuscrits Ne Brûlent Pas.

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jeudi, août 6 2009

16 Avril 1788 : Buffon

16 avril 1788, Paris : décès de Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon, dit Buffon, naturaliste, mathématicien & écrivain.

le 7 septembre 1707 à Montbard, dans la Côte-d'Or, Buffon était fils de grands bourgeois puisque son père présidait le Grenier à Sel de la ville et que son parrain et grand-oncle maternel servait le duc de Savoie en qualité de collecteur d'impôts. Quant à son grand-père paternel, Louis Leclerc, il était procureur du Roi et prévôt.

Il a dix ans quand son père achète les propriétés et la seigneurie de Buffon, à six kilomètres de Montbard. Il acquiert également une charge de commissaire général des maréchaussées qui, revendue trois ans plus tard, en 1720, contre une charge de conseiller au Parlement de Dijon, contraindra toute la famille à émigrer en cette ville.

Le futur naturaliste fait donc toutes ses études chez les Jésuites de Dijon avant de s'inscrire en Droit et d'obtenir sa licence en 1726. Hélas pour sa famille, il se sent l'âme d'un scientifique et abandonne tout cela pour s'en aller étudier les mathématiques et la botanique à Angers, en 1728. Seul un duel au cours duquel il tue son adversaire le forcera à renoncer à l'Université de médecine.

Provisoirement exilé à Nantes, il y fait la connaissance d'un aristocrate anglais, le duc de Kingston, qu'il décide de suivre dans son tour d'Europe. La mort de sa mère, qui survient en 1731, le rappelle cependant en France et, dès l'année suivante, le jeune homme s'installe à Paris. Il a vingt-cinq ans et une solide ambition : d'ailleurs, ne signe-t-il pas déjà Buffon ?

L'année suivante, il présente un mémoire à l'Académie des Sciences et reçoit les éloges de l'astronome Maupertuis et du mathématicien Clairault. Ce mémoire s'intitule "Sur le jeu du franc-carreau" et il est le premier à introduire la notion de calcul différentiel et le calcul intégral en probabilité.

A la même époque, Buffon traduit plusieurs ouvrages de géométrie d'Isaac Newton ainsi que les livres de botanique de Stephen Hales. Il rencontre Voltaire et un certain nombre d'intellectuels et est reçu à l'Académie des Sciences. Grâce à la protection du comte de Maurepas, il obtient également un poste d'adjoint dans la section mécanique.

En 1733, le ministère de la Marine a justement demandé à l'Académie une étude sur les bois utilisables dans la construction des navires. Mais les premiers commissaires, faute de moyens, se sont récusés. Buffon reprend la main, expérimente à tout-va et rédige le compte-rendu demandé. Maurepas finit par lui proposer la surintendance des forêts de ses domaines mais Buffon se dérobe.

Il est à nouveau plongé dans ses traductions. Toujours celles de Hales avec "Vegetable Staticks". L'Anglais s'y inscrit en faux contre la science cartésienne et prône l'observation et l'expérience. Buffon, anglophile convaincu, se rallie à lui et, après un bref séjour à Londres, en 1738, il sera élu à la Royal Society.

En 1739, il devient intendant du Jardin du Roi (l'actuel Jardin des Plantes) et passera le reste de sa vie entre Montbard, la Cour et ses activités d'administrateur d'un Jardin qu'il révolutionna. Il s'éteignit à Paris, à l'âge vénérable de 81 ans, le 16 avril 1788.

__Sur le plan strictement littéraire, outre les articles de sciences qu'il rédigea pour l'"Encyclopédie", le nom de Buffon reste associé à son "Histoire naturelle, générale et particulière, avec la description du Cabinet du Roy", laquelle comporte 36 volumes dont quelques uns paraîtront après son décès. Sur ces 36 volumes, trois constituent une sorte de théorie générale, les douze suivants sont consacrés aux quadrupèdes, neuf autres aux oiseaux, cinq aux minéraux et enfin, les sept derniers constituent les suppléments.

Curieusement, ce scientifique émérite y adopte un style à mille lieues de la sécheresse habituelle dans ces sortes de livres. Ses confrères en sciences lui reprocheront d'ailleurs un ton qu'ils jugent ampoulé et redondant. Le lecteur actuel l'estimera sans doute tout bonnement littéraire et manifestera son indulgence même si l'on peut reprocher à Buffon certains a priori - notamment envers les chats ;o) - et une tendance avérée à l'anthropomorphisme.

On ne s'en rend pas compte aujourd'hui mais le succès de cette "Histoire naturelle ..." fut énorme et ne se démentit pas un seul instant. Il fut même comparé à celui de "L'Encyclopédie." Il faut préciser que Buffon attacha un soin particulier aux planches des illustrations (deux mille environ) qu'il demanda à Jacques de Sève et à François-Nicolas Martinet.

Quant à son influence, elle fut considérable. Buffon en effet a été l'un des tous premiers à faire reculer la datation sacro-sainte de l'Univers établie par les textes bibliques (environ 6 000 ans) jusqu'à lui faire atteindre des millions d'années. Il a aussi placé l'homme au coeur du monde animal et souligné sa très grande ressemblance avec les animaux, il a même affirmé que toutes les races humaines provenaient d'une seule souche.

A l'époque, il fallait oser et Buffon, à la fin de sa vie, fut d'ailleurs inquiété par la Sorbonne, qui voulait l'interdire. Mais il fit patte de velours, ergota, promit de se repentir ...

... et n'en fit rien. Il peut être considéré à bon droit et malgré ses erreurs comme un précurseur de Lamarck et de Darwin, comme un évolutionniste avant la lettre. Aussi a-t-il toute sa place sur notre Calendrier. ;o)

  

Hudson River - Joyce Carol Oates

Hudson River Traduction : Claude Seban

Joyce Carol Oates fait partie de ces auteurs prolifiques qui imaginent des intrigues fouillées et des personnages à l'avenant. D'un tempérament de fresquiste, elle ne semble jamais à court pour faire sortir de son cerveau des protagonistes qui, bien que présentant des points communs puisqu'ils naviguent tous dans le vaste océan de la société américaine, se révèlent toujours aussi différents que pourraient l'être leurs empreintes génétiques. En ce sens, on peut voir en Oates un écrivain populaire, comme Balzac, Hugo, Zola le furent en leur temps et son oeuvre restera certainement comme l'une des plus importantes dans la littérature étatsunienne et mondiale du XXème siècle.

Même s'il n'appartient pas pour moi aux ouvrages majeurs, "Hudson River" ne contrevient pas à ces règles générales. La romancière y utilise une mort accidentelle - celle d'Adam Berendt, sculpteur atypique qui avait choisi de s'installer dans la banlieue chic de la ville de Salthill, Hudson River - comme un levier destiné à peser sur la vie des principaux amis et relations d'Adam et à y créer une brèche par laquelle, avec les interrogations, va s'introduire le désir de plus en plus impérieux de se remettre en question.

Ce sont surtout les femmes qui se sentent concernées par la disparition d'Adam. Des femmes qui, presque toutes, avaient rêvé de devenir sa maîtresse mais qui n'avaient jamais été pour lui que des amies. Dans leur ombre, leurs conjoints qui, eux aussi, vont être gagnés par la volonté d'une existence différente. Tout ce qu'ils découvrent ne pas savoir sur leur ami disparu les poussent toutes et tous à revoir leur mode d'existence, à le rêver plus conforme ... A quoi ? A ce qu'Adam aurait voulu pour eux, pensent certain(e)s. A ce qu'Adam avait réussi à faire de sa propre existence, estiment les autres.

En filigrane, pour les plus fidèles - et, en ce domaine, ce sera Augusta Cutler qui se révèlera la plus digne - la quête du véritable Adam Berendt.

Peut-être certains trouveront-ils assez pénibles les premières pages du livre. Tel fut mon cas, je l'avoue sans honte. Puis j'ai compris que ces hachures geignardes et ces phrases tronçonnées, soulignant le battement affolé des pensées de celle qui, la première, apprend la mort d'Adam, Marina Troy, la libraire du coin, pour laquelle il avait fait beaucoup et qui, comme les autres, rêvait de l'avoir pour amant, servent aussi à fixer le caractère du personnage avant qu'il ne parte à la recherche de lui-même.

Quoi qu'il en soit, "Hudson River" est un roman honorable, construit aussi solidement qu'à l'accoutumée et idéal pour des vacances tranquilles mais il n'est en rien comparable à ces très grandes pointures que sont, chez Oates, "Nous étions les Mulvaney", "Blonde" ou encore "Délicieuses pourritures." Qu'on se le dise et on n'encourra aucune déception. ;o)

mercredi, août 5 2009

15 Avril 1843 : Henry James

15 avril 1843, New-York (USA) : naissance de Henry James, nouvelliste & romancier.

Par son père, Henry James Sr., le futur romancier était d'origine irlandaise. Il aura trois frères dont le plus célèbre est sans conteste le philosophe William James - avec lequel Henry entretiendra toujours une relation ambiguë, mi-amour, mi-haine - et une soeur, Alice, qui, malgré des dons réels qui percent dans son "Journal", ne parvint pas à se libérer du joug familial et à se faire, elle aussi, un nom.

Enfant, Henry Jr. lit les classiques de la littérature anglaise et américaine mais aussi française, allemande et russe. Protégée par sa fortune, sa famille voyage très souvent entre l'Europe et les Etats-Unis, lui faisant ainsi découvrir non seulement le Vieux Continent mais aussi les différences qui s'affirment de jour en jour entre une civilisation raffinée, cynique, un peu en déliquescence également, et celle, plus brutale, plus naïve, plus avide, qui prend son essor outre-Atlantique. Ce perpétuel contraste est à la base même de l'oeuvre de Henry James.

A dix-neuf ans, il s'inscrit à Harvard pour y faire son droit mais il se veut trop littéraire pour persévérer bien longtemps dans ce projet. Il envoie sa première nouvelle connue, "A Tragedy of Errors" à des revues, en même-temps que des comptes-rendus critiques. Enfin, à vingt-deux ans, son premier texte officiellement signé paraît dans l'"Atlantic Monthly."

En 1871, James donne son tout premier roman, "Le Regard aux aguets", qu'il reniera par la suite sans doute en raison de l'immaturité qui le domine. Il y prend pour héros un homme qui recueille et élève une fillette de douze ans afin d'en faire plus tard son épouse. Mais c'est à Rome, alors qu'il accompagne sa tante et sa soeur Alice en Europe, qu'il commence à rédiger "Roderick Hudson", où un sculpteur génial, contrarié en amour, finit par perdre toute pulsion créatrice.

On notera que la première incursion de James dans le fantastique, qui culminera avec le diabolique "Tour d'Ecrou", une vingtaine d'années plus tard, date de cette époque européenne. Il s'agit du "Dernier des Valerii", fortement inspiré de Mérimée.

En juillet 1876, le romancier s'installe à Londres. Il y connaîtra une période de grande créativité : de nombreuses nouvelles, bien sûr mais aussi "L'Américain" où l'on assiste aux aventures d'un Américain, Christopher Newman, aux prises pour la première fois avec un voyage en Europe, "Les Européens" qui traite en quelque sorte du contraire (deux Européens confrontés à des parents américains), "Daisy Miller" qui sera célébré unanimement des deux côtés de l'Atlantique et fondera définitivement sa réputation, le bouleversant "Washington Square" où une riche héritière est confrontée aux mensonges d'un soupirant intéressé et enfin "Portrait de Femme" en qui beaucoup voient l'une des oeuvres-maîtresses de l'écrivain et le point final de ce que l'on peut nommer sa première manière.

Après la mort de ses parents en 1882, il accueille chez lui, à Londres, sa soeur, Alice. La malheureuse y mourra dix ans plus tard. Lui, par contre, continuera à écrire, introduisant pour la première fois, avec "Les Bostoniennes", la politique et les questions sociales dans son univers.

Mais les livres de James, s'ils se vendent honorablement, ne lui assurent pas de véritables revenus. Aussi décide-t-il de se tourner vers le théâtre. Il commence, bien entendu, par adapter ses romans pour la scène. C'est "L'Américain" qui essuie les plâtres en province avant de recevoir un accueil plus froid à Londres. Il en sera d'ailleurs ainsi pour toutes les pièces de Henry James : ce littéraire introverti n'avait probablement pas la fibre scénique.

A la fin de sa vie, il revient donc à ce qu'il sait faire le mieux : le roman. Son dernier grand roman, "La Coupe d'Or", restera inachevé en 1904. C'est que son contrat avec l'éditeur Scribner, qui prévoit l'édition définitive de ses écrits, l'occupe énormément. Il va même jusqu'à corriger ses oeuvres les plus anciennes. Mais le public ne suivra guère.

James sera encore plus déçu par l'attitude des USA à l'aube de la Grande guerre. C'est, dit-on, cette déception qui l'incita à demander la nationalité britannique en 1915. Après deux attaques cardiaques cette année-là, il meurt le 28 février 1916, à Londres.

Il laisse derrière lui une oeuvre touffue qui lui a valu d'être surnommé "le Marcel Proust américain." Sa langue est précieuse et raffinée et il fait montre d'un talent hors du commun pour l'analyse psychologique. Plus c'est complexe, plus il y a de non-dit, plus le narrateur ment ou dissimule, plus les cartes sont brouillées, plus il est à l'aise.

Un roman aussi simple et aussi accessible au profane que l'est "Le Tour d'Ecrou" le prouve amplement : dans ce texte, il est pratiquement impossible de savoir qui, de la gouvernante ou des enfants, ment, comme il est impossible de savoir si les visions de Miss Jessel et de Peter Quint sont réelles ou purement imaginaires. Ecrivain retors, James laisse le choix à son lecteur mais si la chose est si visible, c'est parce que nous nous trouvons, en principe, dans le genre fantastique. Dans les romans "psychologiques" de James, le principe est le même mais on le remarque beaucoup moins, au point qu'on a souvent besoin de relire l'ouvrage pour mieux saisir les intentions de son auteur.

Bien que personne ne lui conteste la place très importante qu'il tient dans la littérature américaine et dans la littérature du XIXème siècle, Henry James demeure un auteur que l'on dit "difficile." Il n'est certes pas le romancier que l'on emporte avec soi à la plage, dans l'intention avérée de ne pas se casser la tête. Non, James s'apprivoise, se déguste, se relit. Ou alors, on se résout à l'ignorer en se disant que jamais on ne le comprendra.

Quoi qu'il en soit, il méritait de figurer sur notre Calendrier. ;o)

 

Angelica - Arthur Phillips

Angelica Traduction : Edith Ochs

Troisième roman d'Arthur Phillips, "Angelica" doit son nom à la petite Angelica, fille unique de Constance & Joseph Barton, petits-bourgeois londoniens de l'époque victorienne mais aussi couple dont les deux moitiés sont dépareillées puisque le père s'est marié "au-dessous" de sa caste en épousant une jolie vendeuse en papeterie.

Pendant leurs fiançailles et au début de leur mariage, Constance était convaincue de la chance extraordinaire qui avait été la sienne. Mais après la naissance d'Angelica et surtout au quatrième anniversaire de l'enfant, date à laquelle Joseph décide de faire enfin dormir l'enfant dans sa chambre personnelle ses rapports avec son mari commencent à se dégrader. La première partie du roman - qui en comporte quatre afin de permettre une fois encore à Arthur Phillips de jouer à plein la carte des points de vue multiples, complémentaires et/ou contradictoires - nous expose ses griefs en long et en large et surtout en un style si parfaitement victorien qu'il en devient insupportable.

Fort heureusement, dès l'entrée en scène de la prétendue médium, Anne Montague, dans la seconde partie, le langage perd son afféterie lassante - et la situation, bien que se compliquant, s'éclaircit tout de même un peu. La parole sera ensuite donnée au mari et enfin à Angelica elle-même, mais une Angelica adulte - et le lecteur ira de surprise en surprise.

Ici encore, je n'en dirai guère plus par souci de ne pas gâter le plaisir de la découverte pour les autres lecteurs. Je me contenterai de préciser que l'intrigue est bien moins complexe que celle de "L'Egyptologue", moins diabolique également et que, si la guête identitaire pouvait être vue comme le point central de ce roman-là, ce sont les ravages de l'inceste et du non-dit social qui frappe ce fléau qui sont à la base d'"Angelica." (Et contrairement à ce que vous pourrez croire, vous dire cela ne révèle en fait rien que de très général. ;o) )S'y ajoute également une analyse de la sexualité évidemment définie dans le contexte victorien mais qui vaut également pour toutes les époques et toutes les sociétés où la femme est définie comme inférieure à l'homme.

Fidèle à sa manie du flou, Arthur Phillips laisse bien traîner çà et là quelques interrogations que ne résoudra jamais son lecteur mais cela n'est en rien comparable avec la foule de "pourquoi ?" et de "comment ?" qu'abandonnaient derrière elles les pages de "L'Egyptologue." Curieusement, en dépit de l'aspect "chien fou" de ce dernier et de ses imperfections, on est tenté de conseiller de lire tout d'abord "Angelica" et ensuite seulement son prédécesseur dans le temps. Il y a en effet dans "L'Egyptologue" une flamme de folie pure qui fait défaut à "Angelica" et qu'on en vient à regretter ... ;o)

mardi, août 4 2009

14 Avril 1897 : Horace Mc Coy

14 avril 1897, Pegram, Tennessee : naissance de Horace Mc Coy, nouvelliste et romancier.

Son enfance se déroule dans un milieu pauvre et il quitte l'école à seize ans pour se livrer à un certain nombre de petits boulots.

Arrive la Grande guerre où il s'engage dans l'aviation et de laquelle il sortira avec quelques décorations.

Ses premières nouvelles, dont le style rappelle celui d'Hemingway, sont publiées dans les pulps au début des années vingt.

Il part ensuite pour Hollywood où il trouve quelques petits rôles (notamment dans "Gentleman Jim", de Raoul Walsh). Mais il continue à écrire et s'attaque au roman avec "On achève bien les chevaux" qui sera systématiquement refusé par les éditeurs américains.

Un éditeur anglais, plus avisé, publie le livre en 1937. A partir de là, on pourra constater que l'oeuvre de Mc Coy, sans concession pour la société américaine, sera toujours beaucoup mieux accueillie à l'étranger.

Ainsi, "On achève bien les chevaux" sort, après-guerre, chez Gallimard, et "Un linceul n'a pas de poche"(qui traite de la censure dans les medias) aura même les honneurs de la prestigieuse "collection blanche."

En 1948 cependant, les USA se décident à publier "On achève bien les chevaux."

Le roman se déroule pendant la Grande dépression et met en scène un couple bien décidé à gagner une forte somme d'argent en dansant sans s'arrêter pendant six jours et six nuits, lors d'un marathon de danse.

Mais le succès n'est pas au rendez-vous. Il faudra attendre l'explosion de la fin des sixties pour que, enfin, Hollywood s'empare du sujet avec le film de Sydney Pollak où jouent Jane Fonda et Michael Sarrasin.

Malheureusement, Mc Coy était décédé entretemps, très précisément en 1955, à son domicile de Beverley Hills.

Injustement comparé à "un sous-James Cain", cet auteur de grands romans noirs mérite qu'on le redécouvre. ;o)

 

L'Egyptologue - Arthur Phillips

The Egyptologist Traduction : Edith Ochs

Ce roman de près de six-cents pages en édition Pocket fait s'entremêler essentiellement la recherche d'une tombe pharaonique dans la Vallée des Rois, en 1922, et l'enquête entreprise par l'héritier de la famille Macy près de trente ans plus tard, enquête sur l'homme que sa tante Margaret avait failli épouser dans les années vingt. Il se trouve que l'égyptologue lancé à la découverte de la tombe du pharaon Atoum-Hadou et le fiancé avec lequel, dans des circonstances mal expliquées, rompit Margaret Macy ne sont qu'une seule et même personne, Richard Trilipush.

Mais qui était Richard Trilipush ? ...

Le livre entier repose sur cette question à laquelle, sans vouloir révéler l'intrigue détaillée du roman, on peut d'ores et déjà dire que le lecteur n'obtiendra jamais de réponse satisfaisante.

En fait, après avoir achevé la lecture de "L'Egyptologue", on en vient à se demander si on ne ferait pas mieux de le relire tant les récits se mêlent et s'entrechoquent, risquant parfois le télescopage nébuleux et provoquant une fin - à mon modeste avis - improbable, ce qui constitue d'ailleurs la grande faiblesse de l'ensemble.

La construction est pourtant très habile, les indices s'accumulent de façon cohérente et l'énigme révèle un auteur ambitieux. On comprend que Stephen King ait beaucoup aimé. Mais il s'est montré indulgent car si l'auteur est ambitieux, il n'a pas tout à fait les moyens de son ambition : techniquement parlant, la fin est, je le répète, invraisemblable. Certes, il nous reste encore l'hypothèse d'un délire ultime et absolu mais si tel est bien le cas, comment Trilipush est-il parvenu à écrire jusqu'au bout ? ...

Il n'en reste pas moins vrai que l'auteur se révèle un conteur authentique, qui sait accrocher l'attention de son lecteur et faire monter la tension et la curiosité, en dépit de quelques longueurs, çà et là. Arthur Phillips possède aussi au plus haut degré l'art de brouiller les pistes et de flouter l'image. Toutefois, pour ne pas sortir de son livre avec un sentiment de déception ou, pire encore, d'agacement et de frustration, mieux vaut accepter dès le départ l'idée d'un délire intégral.

Enfin, un dernier conseil : "L'Egyptologue" doit se lire en quelques jours. Surtout, surtout, n'étalez pas sa lecture sur une quinzaine ou un mois, en la répartissant par petits fragments : vous n'y comprendriez plus rien. ;o)

lundi, août 3 2009

13 Avril 1906 : Samuel Beckett

13 avril 1906, Foxrock, banlieue de Dublin : naissance de Samuel Beckett, poète, dramaturge et romancier irlandais, d'expression anglaise et française, Prix Nobel de Littérature 1969.

Beckett naît dans un milieu aisé et mène d'excellentes études au Trinity College de Dublin d'où il sort BA pour être nommé à un poste universitaire à Paris.

C'est là que le poète irlandais Thomas McGreevy le présente à James Joyce dont le jeune homme deviendra le collaborateur pour les recherches précédant la rédaction de "Finnegan's Wake."

Beckett commence lui-même à écrire à la fin des années vingt mais son premier roman, "Molly", subit le refus de plus d'une trentaine d'éditeurs avant d'être finalement accepté.

C'est par contre en Irlande que le surprend la déclaration de guerre. L'écrivain décide de revenir immédiatement en France où il s'engage très tôt dans la Résistance.

Dans les années cinquante, la confidentialité dans laquelle vit et s'exprime Beckett touche à sa fin : en 1952, le succès de sa pièce en deux actes, "En attendant Godot", pièce-culte, grinçante et désespérée, qui évoque la fin de Dieu, des espoirs et des illusions, lui apporte une notoriété qui culminera au cours de la décennie suivante.

Ses textes et plus encore ses pièces de théâtre sont portés aux nues. On citera pour mémoire "Fin de Partie" en 57 et bien sûr, "Oh les Beaux Jours", qui date de 1963.

Auteur exigeant, au style originellement concis et qui va vers une épuration absolue, Beckett crée un monde désespéré, où tout est fini, où rien ne vaut plus la peine d'être - ou d'être fait. Il faut signaler qu'il commença à écrire tout d'abord en anglais, puis passa au français et, à compter de l'après-guerre, produisit tantôt dans une langue, tantôt dans l'autre.

Peu mondain, pessimiste et volontiers misanthrope, Beckett, qui le considérait comme "une catastrophe", fut tenté de refuser le Prix Nobel que son éditeur français, Jérôme Lindon, alla cependant chercher à Stokholm.

Le dramaturge irlandais est mort le 22 décembre 1989. Il repose auprès de son épouse, au cimetière de Montparnasse. ;o)

  

La Marche de Radetzky - Joseph Roth

Radetzkymarsch Traduction : Blanche Gidon et Alain Huriot

Doucement, avec une tendresse infinie et les grimaces ironiques, et même bouffonnes, d'un enfant qui veut dissimuler aux adultes son envie de pleurer, "La Marche de Radetzky" dit adieu à l'Empire des Habsbourg, à ses ors et à sa splendeur autant qu'à ses fonctionnaires un peu trop bornés et à ses incapables. L'ouvrage a cette senteur chaude et parfumée des dimanche matins de notre enfance, quand le soleil brillait sans se préoccuper de la couche d'ozone, quand les cloches sonnaient en prélude à la traditionnelle réunion familiale et quand, enfin, tout était simple ou, tout au moins, le paraissait. La saveur d'un passé qui ne se posait pas de questions et qui ne reviendra plus jamais - mais qui, parce qu'il nous a jadis protégés de ses ailes, nous a rendus plus forts.

Pourtant, de tout ce que j'avais lu ce sur livre, j'en avais conclu qu'il s'agissait d'une charge grinçante et amère lancée à l'assaut d'une double-monarchie sclérosée et depuis longtemps anachronique. En certains lieux, virtuels ou non, Joseph Roth est en effet présenté comme un grand contempteur de l'Autriche-Hongrie, un révolté libertaire, une espèce de Don Quichotte en guerre contre l'impérialisme colonialiste des Habsbourg.

De deux choses l'une : ou bien ceux qui prétendent pareille chose n'ont jamais lu le roman, ou bien, pour une raison inconnue, ils déforment à plaisir son propos.

Certes, à travers l'ascension de la famille Trotta, de la bataille de Solferino durant laquelle le grand-père sauve la vie de François-Joseph Ier, jusqu'à la mise en bière du vieil Empereur en 1916, au beau milieu de la Grande guerre, Joseph Roth ne se fait pas faute de pointer du doigt l'immobilisme suicidaire de la société et de l'Etat autrichiens, engoncés dans un centralisme militaire et un système de castes aux relents moyenâgeux. Il souligne également combien le multi-ethnisme de l'Empire, en s'ouvrant aux idées nationalistes qui annonçaient le XXème siècle, a, plus que tout autre facteur, contribué à sa perte.

Mais avec quelle tendresse, avec quelle indulgence un peu amusée ne s'attarde-t-il pas, en parallèle, à nous dépeindre l'intégrité foncière de ces Trotta qui furent si nombreux dans l'Empire et qui parvinrent si longtemps à le maintenir au premier rang de l'Europe ! Du grand-père qui hait le mensonge au petit-fils qui se fait tuer par devoir, en allant chercher de l'eau pour ses camarades, en passant par le fils, préfet strict et discipliné qui n'a jamais pu réaliser son rêve, servir dans la cavalerie, Joseph Roth fait de ces archétypes les gardiens vigilants et héroïques d'une société en laquelle, malgré ses inégalités, ils continuent à croire, et plus encore les gardiens de l'Histoire de leur pays dans ce qu'elle a de plus grand et de plus noble.

Joseph Roth, qui dut assister, impuissant, à la montée en force du nazisme, a peut-être eu la tentation de considérer comme inutiles les touchants efforts de ses personnages pour conserver leur intégrité morale au milieu d'un monde en décomposition. Et pourtant, sa "Marche de Radeztky", en dépit de son désenchantement et de son infinie nostalgie, n'est pas un chant du cygne : c'est celui d'un phoenix. ;o)

samedi, août 1 2009

Grandeur & Décadence - Evelyn Waugh

Decline & Fall

Traduction : Henri Evans

Difficile - et impossible pour moi jusqu'à encore tout récemment - d'imaginer un auteur anglais doté d'un sens de l'humour aussi loufoque que celui de P. G. Wodehouse mais qui, en outre, serait profondément, viscéralement aigri et méchant. Il a pourtant existé : c'était Evelyn Waugh.

Aigri et méchant ne veut pas dire obligatoirement - surtout chez un écrivain - dépourvu de talent. Du talent, Evelyn Waugh en avait à revendre : provocateur, grinçant, lucide, amer. Mais tout cela, il l'enrobe, dans "Grandeur & Décadence", de cette ironie propre à l'homo brittanicus, mêlée, pour plus de sûreté tout de même (lorsqu'il écrivit ce roman largement autobiographique, Waugh n'était rien moins que certain d'obtenir un semblant de succès) d'une naïveté admirablement jouée qui laisse leurs illusions d'orgueil aux membres de la gentry susceptibles de se reconnaître dans ces pages.

Naïf - et jeune - est en effet le héros de cette histoire, Paul Pennyfeather, qui, à l'image de son créateur, se voit exclu de Scone College parce qu'un futur lord complètement saoul et quelques condisciples tout aussi alcoolisés l'ont contraint à déambuler un soir en caleçon dans les couloirs du noble établissement. Paul est issu d'une famille correcte mais il ne fait pas partie des Honorables et ne portera jamais de titre. Sa fortune est aussi modeste que son physique et ses capacités intellectuelles. Malgré tout, sans la déplorable débauche d'une bande d'étudiants nés, eux, avec une cuillère d'argent dans la bouche, et surtout sans la nécessité pour les autorités du collège de gommer toute l'affaire et de la remplacer par un attentat à la pudeur imputable au seul Pennyfeather, celui-ci aurait eu une existence tranquille.

Au lieu de cela, poursuivi par ce manque de chance initial tout au long de "Grandeur & Décadence", Paul connaîtra toutes sortes d'aventures dont la dernière le mènera droit dans les geôles de Sa Très Gracieuse Majesté, accusé cette fois de proxénétisme à la place de sa fiancée, mère de l'un de ses anciens élèves et héritière d'un nombre impressionnant d'entreprises douteuses en Amérique latine. La mère d'un futur comte et pair du Royaume ne pouvant décemment être suspectée de connaître même le sens du mot "proxénétisme", Paul, agneau résigné, est sacrifié sur l'autel de la Bonne conscience des juges. Certes, son ex-fiancée le fera sortir de sa prison au bout de quelques années, et l'expédiera à Corfou, le temps de se refaire une santé sous une nouvelle identité. Mais elle se remariera en définitive avec l'aristocrate imbibé qui avait été à l'origine des premiers déboires de Pennyfeather à Scone College.

L'ensemble sautille de façon allègre, avec un sens de l'absurde qui inspire le respect et un cynisme si aimable qu'il parvient le plus souvent à masquer l'amertume de l'auteur et le mépris qu'il ressent envers le système de castes en vogue dans son pays natal. Un système dont Waugh a toujours voulu cependant qu'il le reconnût comme l'un de ses membres : une bonne part de l'amertume et de la méchanceté auxquelles il donne si souvent libre cours vient sans doute de cette fêlure contradictoire qui dormait au fond de lui - et qu'il n'ignorait pas ... ;o)

Alexandrie 2009 : le Palmarès

Je n'ai malheureusement pas pu assurer la seconde partie du scrutin pour Alexandrie 2009. De même, je n'ai pu annoncer le Palmarès.

Il existe cependant et je vous invite à aller le consulter, si ce n'est pas déjà fait, directement sur Alexandrie. ;o)

Retour

Après plusieurs mois de silence, je reprends mon clavier et la rédaction de ce blog.

Seuls des événements indépendants de ma volonté - et touchant presque tous à la santé - m'ont contrainte à ne plus assurer ces petits billets. Je constate que les internautes n'ont pas pour autant oublié "Les Manuscrits Ne Brûlent Pas" et je les en remercie.

C'est reparti ! ;o)

lundi, avril 20 2009

Alexandrie 2009 : Sélection Finale : Nouvelles ( I )

Seront donc en lice pour le second tour du scrutin d'Alexandrie 2009, catégorie "Nouvelles" :

- "La Danseuse de Flamenco" - Thomas Desmond - "Portraits" - Pierre-Alain Gasse - "Fragments" - Frédéric Vasseur - "Cocktail" - Brice Chanu - "Rimes en Déprime" - Christine Motti

- "La Danseuse de Flamenco" - Thomas Desmond :

De Thomas Desmond, les lecteurs d'Alexandrie et de Nota Bene connaissent déjà l'excellent "Ecritures Rouges", recueil de nouvelles fantastiques où l'auteur s'en donne à coeur joie. Ceux qui ont aimé et plus encore les aficionados du genre épouvante, risquent de se retrouver déstabilisés par cet autre recueil de neuf histoires marquées pour leur part au coin du réalisme.

Pourtant, il y a ici une volonté manifeste de changement, un désir de renouvellement et d'approfondissement de l'écriture qui ne peuvent être que dignes d'éloges. La nouvelle "Le Passé qui revient ..." (je cite de mémoire, mille pardons ;o) ) est plus subtile qu'il n'y paraît et l'ensemble du recueil est un peu à cette image, avec quelques maladresses ou ratés çà et là, bien sûr mais aucune oeuvre, rappelons-le, n'atteint jamais la perfection.

Peut-être la nouvelle qui donne son titre au volume ainsi que l'épilogue sont-ils cependant trop obscurs, à moins qu'ils ne nécessitent un plus gros effort personnel de la part du lecteur. Une relecture serait sans doute nécessaire et peut-être la ferai-je un jour. Quoi qu'il en soit, le lecteur impartial ne pourra qu'encourager Thomas Desmond à aller encore plus loin même si - c'est un avis personnel - son domaine de prédilection, celui où il donne l'impression de se mouvoir comme un poisson dans l'eau, demeure le fantastique. ;o)

- "Portraits" - Pierre-Alain Gasse :

Probablement avais-je déjà lu une partie de ses nouvelles lorsqu'elles étaient passées en pré-lecture car je me rappelais nombre d'entre elles. "Lazlo" me semble quant à lui faire déjà partie d'un autre recueil de PAG.

Emotion, tendresse, humour, sens du petit détail qui fait mouche, autant de qualités qu'il faut reconnaître à Pierre-Alain Gasse. Elles s'étalent à leur aise dans ce lot de douze nouvelles où se croisent un petit-fils de deux ans amoureux du chemin de fer, un grand-père normand allant vers sa fin dans un hôpital breton, une soupière remplie de papiers entre les bras, un couple de jeunes gens se rencontrant dans une cour de ferme au beau milieu de l'Occupation, deux amies d'un certain âge qui écument les thés dansants jusqu'à ce que tout les sépare, deux soeurs qui, bien que vivant l'une avec l'autre depuis des lustres, se connaissent en fait assez mal et encore quelques autres "portraits" brossés avec autant de délicatesse que d'efficacité.

Un recueil qui, à l'exemple de "Noir à l'Ouest", initiera parfaitement le lecteur au petit monde de Pierre-Alain Gasse, l'un des auteurs les plus "solides" et les plus convainquants d'Alexandrie On Line. Avec cela, le style est simple, sans prétention mais de bonne facture. Que demander de plus ? ;o)

- "Fragments" - Frédéric Vasseur :

l'une des grandes découvertes de ce cru 2009 - en tous cas, pour moi :

Le moins que l'on puisse dire, c'est que ça bouillonne pas mal dans la cervelle de Fred Vasseur. ;o) J'avoue avoir surtout apprécié les histoires purement fantastiques, laissant un peu de côté les nouvelles qui m'évoquaient assez E. R. Burroughs ("Un Bon Fils" par exemple). Non que celles-ci soient inférieures au reste de la production : simplement, je préfère les fantômes et l'insolite. Toutefois, en amoureuse des chats que je suis, j'ai particulièrement apprécié "les Veilleurs" et la fin du dernier des leurs.

M'ont aussi marquée : "Roland" et ses deux fins (laquelle est la meilleure ? Sur le plan sentimental, la deuxième, on songe à "Mrs Muir et le Fantôme" ; sur le plan strictement surnaturel, la première, y a pas photo.) ; "L'Escalier", une nouvelle subtile, où le mystère, quoique présent, est vraiment impalpable, et qui rappelle Wharton ou, en plus optimiste, De La Mare ; "Laetitia", à mes yeux la plus étonnante du lot et enfin "Jack O'Lantern", petit conte grimaçant et plein d'humour noir. Sans oublier "Le Messager" que - peut-être à tort - j'ai pris pour un hommage à Lovecraft bien qu'il s'y mêle des réminiscences des "Chiens de Tindalos", de Belknap Long qui fut, de toutes façons, un familier du Solitaire de Providence.

Pour autant, Vasseur ne copie pas, il possède un style qui lui est propre, très naturel (ce qui suppose pas mal de travail, d'ailleurs ou une chance inouïe mais mieux vaut parier sur la première hypothèse), qui tombe parfois dans le langage "parlé" - pas toujours à bon escient mais ce n'est que mon avis. La construction des intrigues est étudiée et cohérente, les chutes ne sont pas toutes surprenantes (il est vrai que les nouvelles varient d'un genre à l'autre et que toutes n'ont pas en fait besoin d'une fin étrange) mais même si on en devine certaines, on est toujours curieux de savoir comment l'auteur va les amener.

Donc, si Fred Vasseur remet la table, je me joindrai aux autres convives. ;o)

(A suivre ...)

samedi, avril 18 2009

Human Genome - Corenti Macqueron

Le Thème :

Moscou, de nos jours. Deux corps sont retrouvés gelés dans la Moskova. Abigail Lockart, jeune journaliste du Moscow Times, parvient à établir un lien fragile entre cet incident et Nathan Craig, énigmatique PDG de Futura Genetics, entreprise responsable du séquençage du génome humain. Mais l'enquête piétine et les relations qu'entretient le géant de la génétique américaine avec le géant du pétrole russe inquiètent. D'autant plus qu'un mystérieux groupement religieux se mêle à la partie et que d'étranges données sur l'évolution de l'espèce humaine semblent se confirmer. Dans un climat de doute et de suspicion se profilent les contours d'une découverte fantastique.

Du solide, du soigné, du sérieux. L'édition en ligne peut aussi aboutir à ce résultat et Corentin Macqueron le prouve ici avec brio.

Des personnages qui ont de la carrure et ne tombent pas dans le manichéisme, une intrigue bien ficelée qui tourne le dos à l'outrance et à l'impossible, une réflexion passionnante sur les dérives éventuelles d'une science susceptible, nous en avons déjà eu l'exemple, de devenir le jouet d'un dangereux apprenti-sorcier et, en filigrane, le Pouvoir et les hommes de Pouvoir, toujours prêts à faire main basse sur tout ce qui peut asseoir leur puissance sans se soucier des éventuelles pertes en vies humaines.

Mais le vrai tour de force de "Human Genome", c'est peut-être le ton de l'ensemble : jamais moralisateur, bien argumenté, soutenu par un style qui n'est pas impérissable mais qui tient la route tout au long de ces quatre-cent-trente-et-une pages sans lasser le lecteur (une petite réserve pour les passages très scientifiques, bien entendu et qui paraîtront moins faciles aux profanes, dont je suis ;o) ) et qui se met avec naturel au service d'une vision assez noire - mais lucide - de l'Humanité.

Un livre à recommander, un auteur à suivre.

J'édite mon commentaire pour demander si une meilleure aération des pages ne serait pas possible, même si, sans nul doute, le procédé accroîtrait leur nombre déjà conséquent. Pour la lecture et les yeux fatigués ou handicapés de certains lecteurs, ce serait mieux. ;o)

Gauloise Fantasy - Nicolas Reuge

Le Thème :

Pascal, écrivain contemporain, part à la découverte de l’une de ses vies antérieures grâce à l’effet particulier d’une substance chimique. En songe, il se retrouve au cœur de la Gaule celtique dans la peau d’un jeune Gaulois prénommé Alan. Ses aventures, les difficultés qu’il rencontre et l’amour dont il fait l’expérience prennent l’allure d’un véritable parcours initiatique.

J'ai beaucoup aimé cette "Gauloise Fantasy" qui fait la part belle à l'humour et adresse souvent des clins d'oeil au lecteur. Je me risque même à poser la question : une suite est-elle prévue ? ... Quant aux contes gaulois placés à la fin de l'ouvrage, je suis trop bretonne pour ne pas les avoir appréciés à leur juste valeur.

Il n'y a peut-être pas de recherche stylistique au sens habituel du terme mais l'auteur s'attache à séduire son lecteur et écrit avec conviction et naturel - qualité rare, le naturel, soulignons-le. Compte tenu de la présentation sur écran, peut-être faudrait-il pourtant "aérer" un peu la mise en page, un peu trop tassée et qui peut lasser le lecteur aux yeux fatigués ou un peu vieillis - ce qui serait dommage car il passerait à côté d'un texte qui vaut qu'on s'y attarde.

Quant aux personnages, comme ils évoluent dans un univers merveilleux, onirique, "fantasyste", il est facile de les accepter tels qu'ils sont, avec l'absence de complexité de certains d'entre eux et la part de mystère que recèlent les autres. L'univers de la fantasy est une sorte de jeu : à partir du moment où il accepte d'y entrer, le lecteur se doit d'en respecter les règles pourvu, bien entendu, que l'auteur ait fait de même, ce qui est le cas ici. ;o)

La Seconde Bataille - Erik S. Larsen

Le Thème :

Cette fresque médiévale, dont l'action se situe dans les années 1060, place au coeur de son récit la petite cité de Coutances et son puissant évêque, Geoffroy de Montbray. Dans les méandres du palais épiscopal, Renouf, un jeune clerc au service de l'évêque, mène une enquête qui va lui faire perdre son latin et l'entraîner beaucoup plus loin qu'il ne l'aurait imaginé. Sous son regard attentif, on voit peu à peu se dessiner les nouveaux visages du duché de Normandie et de ses principaux acteurs.

Le roman historique est un exercice périlleux. On peut dire d'Erik Larsen qu'il passe l'examen avec brio.

Il plante solidement son décor et y installe des personnages qui demeurent crédibles du début jusqu'à la fin. L'intrigue, qui tourne autour de la célèbre Tapisserie de Bayeux (entre autres ;o) ), se déroule sans faiblesses et parvient à captiver le lecteur sur plus de trois-cents pages, ce qui n'est pas une mince affaire lorsque l'oeuvre est proposée en lecture sur écran et révèle une vraie nature de conteur.

Clichés et facilités sont rares. Erik Larsen tente de développer un style qui lui est propre, naviguant entre le ton neutre et un peu appliqué des descriptions et un naturel assez fluide, y compris dans les dialogues.

Autant de qualités qui attireront un public restreint mais fidèle (qui aime l'Histoire, de nos jours, surtout en France ? ;o) ) et feront fuir tous ceux qui, malheureusement, estiment que ce mot rime forcément avec ennui. Quoi qu'il en soit, j'ignore si Erik Larsen a pour projet de se spécialiser dans le genre, mais à mes yeux, cette voie lui est largement ouverte.

J'édite ce commentaire pour indiquer que, à mon avis, une meilleure aération des pages ne nuirait pas à l'ensemble, loin de là. Mais je sais, ça accroîtrait sans doute leur nombre ... Dommage. ;o)

Un Cèdre Pour La Paix - Gérard Barrau

Le Thème :

Un jeune Libanais est obligé de quitter sa famille pour éviter d'être mis en marge de sa communauté par son refus de s'engager dans une milice privée. Il part à pied dans le sud du pays où il pourra s'engager dans l'armée régulière chargée de surveiller la frontière. Sur place, il se rend compte que son engagement va faire de lui un traître à son pays, mais il ne peut pas revenir en arrière car la milice l'attend. Après avoir encouru bien des risques et entrepris bien des actions dangereuses, il découvre l'identité du réel ennemi de sa nation et l'amour d'une Israélienne, ce qui lui interdira tout retour au pays où il a été condamné à mort.

L'amour porté par Gérard Barrau au Moyen-Orient et tout particulièrement au Liban perce ici à chaque phrase, à chaque péripétie. Il y a vécu - si j'ai bien compris - et cela est donc tout-à-fait normal. Il souhaite, comme tant d'autres, voir la Paix s'y rétablir un jour et ce roman est, si j'ose dire, une sorte de prière laique en ce sens.

L'ensemble me semble pourtant souffrir d'un manque de naturel, surtout les dialogues avec, par exemple, cet "archange" que Hanna donne et redonne au protagoniste principal. Cela sonne peut-être bien en libanais ou en hébreux mais lu comme ça ...

Il est vrai que je suis agnostique et que le sujet ne m'accroche probablement pas assez. Tous ces gens qui se battent pour un bout de terre en prétendant de tous les côtés que Dieu (!!!) le leur a donné éveillent, je le confesse, mes instincts les plus voltairiens. Désolée.

Mais revenons aux détails techniques et littéraires sur lesquels portera mon appréciation finale.

Si l'intrigue est bien charpentée, le style, je l'avoue, pèche beaucoup - sans même compter les fautes de frappe et les répétitions. En outre, les personnages - sauf peut-être Henry mais n'est-ce pas celui que l'auteur connaît le mieux puisque, si l'on se réfère à la couverture de l'ouvrage, nous nous trouvons face à une autobiographie ? - sont très stéréotypés. Trop pour moi. Trop d'action aussi peut-être et pas assez d'analyse ? ... Il y a des moments où je me suis lassée, d'autant que, comme dans tout ouvrage, il y a quelques longueurs superflues.

Bref, j'ai de beaucoup préféré "Impitoyable Destin" mais, je le répète une fois de plus pour ce roman-ci, mon avis reste personnel et je m'en voudrais de blesser l'auteur qui, je l'espère, ne me tiendra pas rigueur de ma franchise. ;o)

Demain Peut-Etre - Didier Mérilhou

Le Thème :

Rachel à l'image de Cendrillon cherche à combler l'absence de son père. Sous le regard de Charles elle est brûlée par une passion dévorante. Sa soeur Stella compense par une carrière brillante l'échec de son mariage avec Jean, un écrivain. Celui-s'enfuit à Paris, rencontre une comédienne ravissante. Il reçoit un coup de téléphone anonyme menaçant de mort sa femme. Alors qu'il sort de son appartement celui-çi explose. Tous les personnages de ce roman sont rattrapés par leur passé. Quel sens donner à sa vie? Peut-être faut-il écouter comme St Amand le bruit des ailes du silence qui vole dans l'obscurité.

J'ai téléchargé ce roman deux fois, je l'ai lu, je l'ai relu, cherchant à fixer le sens des événements relatés mais je n'y suis pas parvenue et j'en suis sortie profondément insatisfaite.

Il est vrai que le passé hante à peu près tous les personnages et que, du fait de leur rapport de parenté ou/et de travail (Rachel est la soeur de Stella, celle-ci est le bras-droit de Charles, lequel a épousé Rachel alors que Stella épousait Jean, qui a, depuis le pensionnat, un contentieux avec Louis qui, lui-même, n'a qu'une seule ambition, la vengeance. Alors qu'il était encore au collège, Jean a en effet attiré Louis, surveillant à l'époque, dans un escalier où était tendu un fil de pêche. Louis a fait une chute mémorable, bien entendu et son orgueil en a pris un coup. Donc, en bonne logique, c'est de Jean que Louis devrait souhaiter se venger. Pourtant, c'est sur Charles et son entreprise qu'il met le paquet. Est-ce parce que Charles a épousé Rachel - dont il tente d'ailleurs de faire sa maîtresse ? ... J'avoue avoir perdu le fil et pourtant, honnêtement, j'ai essayé de le conserver), les intrigues s'entrecroisent de façon inextricable.

L'auteur, on le sent bien, est à fond dans ce qu'il écrit et le problème vient peut-être de là. En effet, on dirait que sa concentration est telle qu'il oublie de mentionner, à côté de tout ce qu'il confie au lecteur sur ses personnages et leur parcours, toute une foule d'événements et de détails pourtant primordiaux si l'on veut suivre l'action. De surcroît, celle-ci est menée tambour battant, dirai-je, un peu comme au théâtre, avec des raccourcis terribles qui donnent la sensation de brûler les étapes. On se croirait dans un kaléidoscope avec tout ce que cela implique de déstabilisation et d'éblouissement confinant à l'aveuglement partiel. Ou alors, c'est comme si le lecteur avançait dans l'ouvrage les yeux bandés.

C'est dommage car cela prive les personnages de toute réelle profondeur. Comme on ne saisit pas leurs motivations exactes ou alors seulement le quart d'entre elles, on les voit s'agiter un peu comme des automates ou des marionnettes. A peine a-t-on l'impression de commencer à approfondir avec l'un qu'on se retrouve face à l'autre et que tout est à refaire.

A moins qu'il ne s'agisse d'un parti pris de l'auteur. Auquel cas, cet avis prouverait simplement que je suis réfractaire à ses procédés, c'est tout - on ne peut ni tout aimer, ni tout comprendre et il faut de tout pour faire un monde. De toutes façons, mon avis reste un avis personnel et donné dans le cadre du Prix Alexandrie 2009, ne l'oublions pas. ;o)

Une Particule d'Eternité - Emmanuel Loscoat

Le Thème :

A l'aube de l'an 2000, Mathis, un jeune homme en quête de vérité et d'absolu, comme beaucoup de gens au cours de leur vie, va faire la connaissance de Théo, un homme mystérieux. Celui-ci va lui révéler de bien curieuses informations. Mathis va peu à peu apprendre à contempler la vie d'une façon différente qui va lui ouvrir les yeux sur la vraie nature de l'Homme et de son environnement ; nature cachée aux yeux de tous, ou presque, mais bien présente autour de nous. Cet enseignement va lui permettre de vaincre sa peur de la mort et de mieux apprécier la vie et la nature.

"Une Particule d'Eternité" déborde d'idées et de théories généreuses et optimistes (j'ai d'ailleurs la faiblesse d'adhérer à certains points soulevés). Et c'est bien pour cela que ce texte mériterait de nombreuses relectures - notamment pour corriger les erreurs de frappe et autres incorrections - mais aussi une refonte approfondie.

Tels quels, les personnages paraissent en effet encore trop schématiques.

Et puis, il y a trop de maladresse naïve dans la manière d'amener les événements - maladresse d'ailleurs excusable s'il s'agit là d'une première expérience dans l'écriture, ainsi que j'ai cru le comprendre. Toutes proportions gardées, on a l'impression d'assister à un beau rêve que viennent gâcher des ronflements sonores et tout à fait indésirables.

Mais évidemment, peut-être l'auteur est-il passé à autre chose et possède-t-il déjà une version plus aboutie. J'espère en tous les cas qu'il ne prendra pas mal ces quelques remarques qui ne représentent d'ailleurs qu'un avis personnel. ;o)

Les Noces Secrètes - Gérard Caramaro

Le Thème :

« Les Noces secrètes » sont, à la fois, le retour aux sources d'un amour jamais remplacé, le chemin vers cette racine de lumière, et la pérégrination exaltée qui s'ensuit. L'Amour, par-delà toute raison, quête idéale, absolue, quasi mystique, est aussi charnel, glaise, et puise ses racines dans les entrailles de la terre. Lucile est présente dans le coeur de tant d'hommes, cachée. Tant de femmes ont une Lucile en elles, ignorée.

Ce texte me pose un problème : en effet, la prose est lyrique, les envolées ambitionnent les sommets mais ... cela ne passe pas. Talleyrand disait :"Ce qui est exagéré en devient négligeable." Négligeables, ces "Noces Secrètes" ne le sont pas mais ici, l'utilisation abusive (et apparemment ravie) de formes précieuses nuit au lyrisme voulu par l'auteur en lui enlevant le naturel qui peut pourtant être le sien en certaines occasions.

Le thème, quant à lui, est archi-classique : la passion qui vainc et s'élève au-dessus des obstacles (la rupture, le départ, les années, le mariage, etc ...), la passion qui flambe, la passion qui régénère, la passion dont on se nourrit et qui vous nourrit, le tout sous la houlette d'un Marzin "enchanteur". (Pour les non-Bretons qui l'ignorent, "Marzin" est la forme celtique de Merlin. ;o) )

L'ensemble donne une très curieuse impression, à la fois brouillonne et déterminée, dense et creuse. Colette aurait sans doute dit : "Trop de cabochons." C'est d'autant plus regrettable qu'on sent bien, sous tout cela, quelque chose qui ne demande qu'à s'exprimer et qui y parviendra peut-être un jour si l'auteur élague et maîtrise un peu plus sa matière.

Bien évidemment, ceci n'est qu'un avis personnel, exprimé, je tiens à le rappeler, dans le cadre du Prix Alexandrie 2009. J'espère que l'auteur ne m'en tiendra pas rigueur. ;o)

Pré-Sélection du Prix Alexandrie 2009 : Votez !

Amies lectrices, amis lecteurs,

N'oubliez pas : vous n'avez plus que DEUX JOURS pour donner votre avis sur les ouvrages qui participeront à la sélection finale du Prix Alexandrie 2009.

DEUX JOURS : c'est peu et c'est beaucoup.

Nous comptons sur vous pour voter et permettre à quelques uns de nos auteurs de se sentir confortés dans leur besoin d'écriture.

Vous trouverez la pré-sélection ici, répartie en trois groupes : Romans - Nouvelles - Libres, à charge pour vous de répartir votre capital de 100 points entre un certain nombre d'ouvrages, dans chacune des trois catégories, selon vos préférences. Tous ces ouvrages - à l'exception de deux d'entre eux, dont un pour des raisons techniques - ont été répertoriés et présentés sur ce blog que vous me faites le privilège de lire et d'apprécier. Vous connaissez l'amour que je porte à la Littérature et vous avez pu constater la pertinence de nombre de mes remarques sur tel ou tel livre m'ayant plu - ou déplu. ;o) Les billets relatifs aux ouvrages actuellement en lice sur Alexandrie ont été rédigés avec un soin particulier et l'année 2009 aura été un bon cru : aussi donnez aux auteurs qui ont contribué à produire cette qualité la chance qu'ils méritent.

Ils comptent, je compte, Alexandrie compte - Nous comptons sur Vous.

Merci à toutes & à tous. ;o)

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