Le droit chemin
Par Pénélope Wise le lundi, 26 juillet 2010, 01:25 - Lien permanent
« LA
PENSEE SE MANIFESTE PAR UNE PAROLE,
LA PAROLE SE TRADUIT PAR UN
ACTE,
L’ACTE DEVIENT UNE HABITUDE,
ET L’HABITUDE SE
SOLIDIFIE EN CARACTERE.
ALORS, OBSERVE AVEC SOIN LA PENSEE ET SES
MEANDRES,
ET LAISSE LA JAILLIR DE L’AMOUR
NE DU SOUCI DE
TOUS LES ETRES
DE MEME QUE L’OMBRE SUIT LE CORPS,
TEL ON
PENSE, TEL ON DEVIENT. »
(Bouddha Shakyamuni)
Il
n'y a rien à faire, les paroles de Jérôme ne
cesse de résonner dans ma tête.
Il
fait partie d'une secte...D'une secte...
Je
me tiens les tempes, prise de nausée. Une terrible crise de
migraine m'assaille depuis vendredi et m'épuise. Le ventre me
fait mal, agressé par la somme colossale de médicaments
que j'avale sans ressentir pourtant le moindre soulagement. La
douleur ne cesse d'augmenter, persistante, lancinante, insupportable.
Cependant, je n'abandonne pas et scrute la toile jour et nuit à
la recherche d'une parole qui saura ramener une âme en
perdition vers le droit chemin.
Le
tout est de savoir ce qu'est « le droit chemin ».
La notion est si subjective ! Et le droit chemin est-il seulement le
« bon »? Seul Shakyamuni lui-même saurait
répondre à cette complexe question. Et encore ! Il n'a
atteint l'illumination qu'à quatre-vingts ans passés,
persuadé de n'avoir rien appris.
J'ai
beau tourner et retourner la situation dans ma tête, le
problème reste insoluble.
En
admettant que je trouve une solution convaincante, je ne peux
décemment faire des centaines de kilomètres en avion
pour aborder un homme et lui annoncer de but en blanc que sa vie et
son mode de pensée ne sont qu'un leurre; qu'il s'est fait
endoctriner et que son modèle spirituel se sert de lui pour
étendre son champ d'action.
Comment
lui dire que les voies de la sagesse qu'il embrasse avec ferveur sont
bien loin de la compassion initiale du Bouddha ? Il refusera de me
croire.
Je masse mes paupières lourdes de fatigue et me
laisse convaincre par l'idée séduisante d'un thé
bouillant. Bercée par le va et vient du rocking chair dans
lequel je me suis assise, j'inhale avec un plaisir absolu une longue
bouffée de tabac blond. L'enjeu est de taille et les moyens de
procéder bien minces...

Brusquement,
je me lève. Une pensée vient de me venir à
l'esprit, si risible de simplicité que je n'y avais même
pas songé.
Je
ne peux attaquer directement ses choix, mais puisque qu'il dit
« adhérer » à la philosophie
bouddhiste, qui d'autre que le Bouddha saurait lui montrer la voie ?
Dans ses enseignements, il dit :
« Ceux
qui prennent l'erreur pour la vérité et la vérité
pour l'erreur, ceux qui se nourrissent dans les pâturages des
pensées fausses, n'arriveront jamais au réel ».
Ne
reste qu'à démontrer que le chemin qu'il a choisi n'est
pas la vérité. Ce ne sera pas difficile. La propre
expérience de Shakyamuni est si semblable à la sienne, son karma est si proche du sien
qu'il ne sera pas compliqué de l'amener à faire un
parallèle évident.
Il
y a maintenant quelques semaines de cela, je suis tombée sur
lui, par hasard, au cours d'une discussion animé sur
Donatello. Il était tard. J'hésitais entre l'appel du
repos et la passion du débat. Et puis, il est arrivé,
comme surgit de nulle part. Une manifestation soudaine proche du
miracle. A croire que le destin ne baisse jamais sa garde. Il n'y a
pas de hasard.
Je
suis certaine que c'est lui. Le mystère avec lequel il entoure
sa profession, son nom de famille, le descriptif de son physique,
l'absence de photo sur son profil, l'impossibilité d'obtenir
le plus petit renseignement sur son lieu de vie, son adresse, ses
amours précédentes... Tout me confirme qu'il s'agit
bien de l'homme que la vie me livre, juste là, et que je
caresse amoureusement chaque soir par l'intermédiaire des
touches de mon clavier d'ordinateur.
Sa
passion pour la photographie, son intérêt pour la
sculpture, sa manière de débattre sur l'environnement
me disent que je suis dans le vrai. Ce ne peut être que lui.
Tous mes sens, parfaitement en éveil dès que ses
messages me parviennent, me mettent dans un état d'excitation
sans précédent. Je sens qu'il est là, juste
derrière l'écran, caché derrière un nom
d'emprunt. Je peux presque entrevoir l'espièglerie de son
sourire lorsqu'il me chahute avec humour et finesse, un brun
débonnaire, infiniment prévenant. Son amour
inconditionnel pour les femmes, cette manière de concevoir
l'existence par et pour elles, son profond respect pour sa
grand-mère, dont il parle par ailleurs très souvent,
son adoration pour sa soeur cadette me confirme que je m'adresse bien
à l'élu; celui que mon âme recherche depuis la
nuit des temps.
Ce
soir, la discussion tourne autour du thème du destin. Après
avoir longuement scruté l'écran, je finis par me
lancer, mets en ordre deux ou trois idées en griffonnant à
la hâte quelques mots clés sur un morceau de papier, et
entreprends de répondre à sa question laissée en
suspens.
Le
curseur clignote obstinément, attendant ma réponse.
Lui
: Si j'en crois tout ce que tu me racontes, alors j'en conclue que
tu crois à la notion de chemin ? Tout comme moi
- Mais
tu ne m'as pas parlé du libre arbitre ? Pour ma part, je pense
que nous avons la possibilité d'influer sur le cours des
évènements, sans pour autant sortir du chemin que
chacun d'entre-nous est amené à suivre. Qu'en dis-tu
? »
Moi
: Tu m'as percé à jour
- Je crois effectivement à
la notion de chemin; ceci dit, tout en acceptant le paramètre
très probable que beaucoup ne mènent nulle part. On
peut également le suivre sans aucune garantie que ce soit le
« bon ». Malgré tout, il est possible de
résoudre cette incertitude en équilibrant le modèle
du chemin par celui de l'épanouissement. Tu sais, je me suis
rendue compte que les êtres humains sont parfois si préoccupés
par des questions sans importance réelle qu'il en oublient de
savoir s'il ont le bon « Mantra », le bon
livre; qu'ils passent à côté du « vrai ».
En un sens, tu me diras, il est impossible de le savoir.
Tu
imagines ? Si quelqu'un venait et te disais : « Vous
faites fausse route. Vous êtes sûrement en route vers
l'enfer » que pourrais-tu répondre ? Tu pourrais
choisir de refuser d'entendre mais tu ne pourrais pas prouver qu'il,
ou elle, à tort.
A
mon sens, s'il est possible de savoir si l'on est sur la voie de
l'Eveil, ce n'est que parce-qu'il y a déjà quelque
chose en nous, même si ce n'est qu'à l'état de
germe. Sans cette résonance, personne ne pourrait suivre la
voie de l'Eveil, et donc, se retrouverait dans l'incapacité de
suivre son chemin de vie, celui que son destin lui trace, jour après
jour. Il est possible de tourner le flanc à sa destinée
en choisissant de suivre le mauvais chemin, sans en avoir la moindre
conscience, et persuadé de surcroît faire le bon choix.
Pour suivre sa destinée, il faut accepter de se laisser guider
et de se remettre en question chaque fois qu'une entité
extérieure vient jouer le rôle de guide. Il fait savoir
l'écouter, suivre son conseil, puis se laisser prendre par la
main et se laisser porter par la vague. Y-compris s'il nous arrive
d'être renversé par la force du courant.
Tu
sais ce que le Bouddha Shakyamuni a dit, parmi ses nombreux
enseignements ? »
Lui
: Dis-moi...
Moi
: « Par soi-même, en vérité, est fait le mal. Par soi-même on est souillé. »
Lui
: Et qu'a-t-il dit d'autre ? Ne te fais pas prier, vas-y,
enseignes-moi 
Moi
: « Celui qui, après avoir été
négligent, devient vigilant, illumine la terre comme la lune
émergeant des nuées ».
Lui
: Alors tu penses que dans ma démarche quotidienne, je fais
fausse route ? Tu es persuadée que mon mode de pensée
n'est pas le bon, n'est-ce-pas ? C'est bien ce que tu essayes de me
faire comprendre ?
Moi
: Non, ne crois pas cela. Je suis sincèrement convaincue que
ton mode de pensée est louable et que la voie que tu cherches
à atteindre peut te faire suivre le bon chemin. Mais je sais
de source sûre que le guide que tu as choisi pour t'y engager n'est
pas le bon.
Lui
: De quelle source l'information te vient-elle ?
Moi
: Des nombreuses interventions du Dalaï Lama pour dénoncer
les organisations sectaires qui, sous le couvert du Bouddhisme et de
l'enseignement Zen tendent des pièges aux personnes influentes
pour s'en servir de bannière et renforcer ainsi leur pouvoir
auprès des jeunes populations. C'en est malheureusement
navrant d'évidence.
Lui
: Tu veux en venir où exactement ?
Moi
: Au fait.
Lui
: C'est à dire ?
Moi
: Tu as choisi le mauvais chemin.
Lui
: Tiens-donc ! Et quel est donc le bon ? Dis-le moi, je n'en puis
plus.
Moi
: Celui que je m'apprête à te faire prendre.
Lui
: Vraiment ? Alors révèles-moi vite la date de cette
grande conjonction, que je me tienne prêt !
Moi
: Cela se passera le quatre août prochain. Tu seras sur la
scène de l'un des plus magnifiques théâtres de
Londres et moi, je serai dans la salle. Je ne te lâcherai pas
des yeux et lorsque les lumières se rallumeront, à
l'instant même où tu t'apprêteras à saluer
ton public, ton regard croisera le mien. Tu sauras alors que je suis
venue pour te ramener vers le droit chemin.
Lui
: ... Viendras-tu me parler ?
Moi
: Oui.
Lui
: Et que me diras-tu pour me convaincre de te suivre ?
Moi
: « Maintenant que tu connais mon visage, il ne te reste qu'à
lire et déchiffrer les codes.»
Lui
: Et de quelle référence devrais-je partir pour
décrypter la mystérieuse révélation que
tu t'apprêtes à me faire ?
Moi
: Wisenot
Lui
: Wisenot
?
Moi
: Oui
Lui
: C'est quoi ? Un anagramme ?
Moi
: Non. C'est le mot de passe qui ouvre la porte derrière laquelle se
cache la réponse que tu cherches...










visites totales
Commentaires