Incapable de résoudre ce mystère, je sombre dans la douloureuse conviction que l'étau se resserre inexorablement, sans échappatoire possible.
L'énigme est là, inébranlable, moqueuse, me renvoyant irrémédiablement vers l'objet de mon tourment. Comment vais-je arriver à mes fins sans dévoiler qui je suis, sans pouvoir dire quelle était la couleur de la robe que je portais ce soir là, ni même décrire la coiffure que j'arborais au moment de notre rencontre?
L'épreuve est telle que je ressens un besoin vital de hurler son nom. Mais je ne puis, sous peine de passer pour aliénée ou d'être rapidement réduite au silence par ceux qui protègent son intégrité.

Les heures passent et aucune solution ne s'impose à moi. Aucune, sauf...
Ma respiration se bloque brusquement et les battements de mon coeur s'emballent. Mais oui, c'est ça ! Il existe une ultime alternative. Une issue si évidente que je ne l'ai tout d'abord pas envisagée.
Coder les informations..., les distiller.
Seigneur tout puissant, il y a des chances pour que cela fonctionne !
Disséminer les indices tout au long des pages que j'écrirai, dans les citations qui les précéderont ou encore dans l'environnement du blog lui même. Divulguer des renseignements, livrer des détails si intimes, si personnels qu'ils ne pourront être connus que de lui ou de ses proches. S'ils lisent, s'ils reconstituent le puzzle et estiment avoir un rôle à jouer dans cette histoire, alors peut-être nous réuniront-ils.

Cependant, une angoisse sourde m'assaille. Et si jamais les choses ne devaient pas prendre ce cours ? Si mes mots devaient rester vides de sens ou si la malchance faisait que personne dans son entourage ne devait jamais comprendre de qui je parle ? S'ils ne lisaient pas ni ne parlaient le français ?
Si tous passaient à côté de nous, sans nous tendre la main pour nous aider à corriger l'erreur insensée de nous être manqués ?

Non. Stop. Pas d'affolement outre mesure. L'histoire ne peux pas se terminer ainsi ni échouer dans cette stupide impasse. Tous les êtres humains sont liés de manière directe ou indirecte, nous faisons tous partie les uns des autres. Ses proches connaissent aussi des gens, qui à leur tour en fréquentent d'autres. Quelqu'un repêchera bien un jour la bouteille que je décide à présent de jeter à la mer, lira le message et agira en notre faveur. Et puis rien ne me dis que les billets que j'écris ne bénéficieront pas de l'aide des internautes qui décideront, pourquoi pas, de se faire l'écho de mon appel au secours et diffuseront mon témoignage sur une plus large échelle.
D'ailleurs, l'un d'entre eux a eu la gentillesse de me contacter afin de me signifier son intérêt et me souhaiter bon courage. Je veux lui dire qu'il n'imagine pas à quel point ses propos ont été salutaires. Son intervention n'a fait que renforcer ma détermination et croire d'avantage encore dans la philanthropie chevillée en chacun de nous.

Tout compte fait, ma démarche est peut-être la bonne.
Quoi qu'il en soit, je continuerai sur ma lancée et ne m'arrêterai que lorsque mon but sera atteint. Que cela relève de la folie ou de la voie prédestinée que je m'apprête à emprunter, cela j'y réfléchirai à mon retour.
Les heures passent à la vitesse du vent et j'ai un avion qui part pour Madrid dans moins de quatre heures. Il faut que je me dépêche. Il ne s'agirait pas que je le manque, lui aussi.