Je me traîne jusqu'à l'ordinateur et l'allume. Huit jours et toujours rien. Pas de commentaires sur le blog. En dehors des pages que je remplis, il reste désespérément silencieux.
Les prémices de l'agacement m'emplissent d'un désagréable fourmillement mais force est cependant de constater que les muses de l'écriture ont contribué à m'apaiser quelque peu. Peut-être cela m'aidera-t-il à prendre mon mal en patience. Pour l'instant je peine encore à me canaliser, à rester dans la raison et non dans l'instinctif. C'est plus fort que moi, espérance rime avec impatience.

Il me faudra du temps pour toucher au but et je n'en ai pas beaucoup. Combien de jours avant que la brèche dans le temps ne se referme et que les portes du destin ne demeurent closes, à jamais ?
Combien de semaines avant que la fatalité ne me rattrape et que je travaille le restant de mes jours à tenter de me pardonner de n'avoir pas couru après lui ce soir là ?
Laisser passer la chance d'une vie a quelque chose d'insurmontable. Comment survivre à un tel constat ?
Les mains bien serrées autour d'un mug de café bouillant, j'entreprends de me rasséréner. Tout est encore jouable. Il est impératif que je réagisse, que je bouge. Je dois tenter n'importe quoi, retrouver coûte que coûte la trace du chemin que j'ai, je ne sais par quelle aberration, refusé de prendre.
Avec un peu de chance peut-être cet homme foulera-t-il encore le même sol que moi, au même instant. Peut-être me verra-t-il aux prises avec le destin, perdue dans la tourmente, et viendra-t-il me dire qu'il n'est plus nécessaire de chercher, que je viens de le retrouver.

Mais par quel moyen en arriver là ? Comment entrer de nouveau en contact alors que je ne puis absolument rien révéler de lui ? Ni son nom, ni son âge, ni la couleur de ses cheveux. Rien, nul détail sous peine de lui porter préjudice ou de voir n'importe qui s'emparer de cette histoire et la monter en épingle.
Je ne puis non plus me décrire ni révéler mon identité sous peine de voir les esprits tordus sortir de l'ombre pour accomplir je ne sais quels méfaits. Aucune entité néfaste ne l'atteindra par mon biais. Et puis, qui serais-je si je prenais le risque de disposer impunément de sa vie, de livrer des informations privées ? Je me risquerais à juste titre aux représailles de sa famille, de son équipe ou aux quolibets des jaloux et des vautours.

L'esprit en ébullition, je tourne, vire et me frotte à l'insoluble. Si je ne me montre pas, si aucun trait de mon visage ne peut être dévoilé, comment va-t-il me reconnaître ? Qui se donnera la peine de lire entre les lignes pour le prévenir que son destin est là, tout proche, et qu'il n'a besoin que d'un bon cryptographe pour apparaître au grand jour ?
Toute cette infernale problématique m'enferme dans une ellipse dont la seule issue semble être l'évidence même. Il me faut rester invisible.
Penny