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  <title>LA CROISÉE DES CHEMINS</title>
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  <description>Le but ultime n'est pas d'obtenir mais celui de désirer. Je l'ai su au moment même ou mon plus grand rêve a pris corps sous mes yeux, sans que je tente quoi que ce soit pour le retenir ! Mais peut-on seulement revenir en arrière et changer la donne ? Aurais-je le courage de vivre mon destin plutôt que de le rêver ?</description>
  <language>fr</language>
  <pubDate>Thu, 17 May 2012 17:11:41 +0200</pubDate>
  <copyright>Copyright © 2007 - Pénélope Wise</copyright>
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    <title>Une mauvaise surprise</title>
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    <pubDate>Mon, 23 Aug 2010 23:46:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Pénélope Wise</dc:creator>
            
    <description>&lt;p&gt;&lt;q&gt;&lt;em&gt;Regarde au loin ton chemin mais concentre-toi seulement sur les obstacles à portée de main&lt;/em&gt;&lt;/q&gt; &lt;br /&gt;
(Daniel Desbiens)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Et oui, c'est moi&amp;nbsp;! Épatée, hein ?&lt;br /&gt;
-  Mais enfin, qu'est-ce que tu fais là ?&lt;br /&gt;
-  Je n'ai pas résisté à l'appel de la scène, que veux-tu. Une pièce de Storey, ça ne se refuse pas. Et puis, quel casting&amp;nbsp;! Non vraiment, je ne pouvais pas louper ça. Tu vois, j'ai mon billet moi aussi, raille-t-il en plaçant sous mon nez une enveloppe identique à celle que je tiens, serrée contre ma poitrine.&lt;br /&gt;
Il fait un tour sur lui même et écarte les bras tout en observant le plafond sculpté du grand hall. &lt;br /&gt;
-  Quel standing ce théâtre tout de même. L'un des plus beaux de Londres. Te rends-tu compte&amp;nbsp;? Et nous sommes là, toi et moi.&lt;br /&gt;
-  Que veux-tu dire par &lt;em&gt;toi et moi&lt;/em&gt; ?&lt;br /&gt;
-  Tu veux tout savoir n'est-ce pas&amp;nbsp;?  Quelle coquine tu fais.&lt;br /&gt;
Il passe un bras autour de ma taille et approche son visage du mien.&lt;br /&gt;
-  Moi aussi je suis venu pour te remettre sur le droit chemin, me chuchote-t-il à l'oreille.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;Je me dégage lentement de son étreinte, repousse son bras et recule d'un pas, alarmée par le ton équivoque de sa voix.&lt;br /&gt;
-  Jérôme, j'ai peur de mal te saisir.&lt;br /&gt;
-  Ne te fais pas plus bête que tu ne l'es, Pénélope. Tu comprends très bien où je veux en venir.&lt;br /&gt;
-  Non, je ne vois pas. &lt;br /&gt;
-  Tu ne vois pas ?&lt;br /&gt;
-  Non, vraiment pas.&lt;br /&gt;
-  En es-tu bien certaine ?&lt;br /&gt;
-  Mais oui, absolument. Et maintenant, vas-tu me dire ce que tu fais à Londres ?&lt;br /&gt;
-  Très bien. Laisses-moi réfléchir...&lt;br /&gt;
Vois-tu, j'ai lu récemment tes derniers écrits. Du grand art, incontestablement. Non, sérieusement. Très émouvant; surtout la séquence visant à sortir ton bien aimé du guêpier sectaire où il s'est fourré. Impressionnant de sincérité ou devrais-je dire, de naïveté. D'ailleurs, je voulais te poser la question; as-tu véritablement dialogué avec lui via un site de rencontre&amp;nbsp;? Pour de vrai&amp;nbsp;? C'est incroyable. Jamais je n'aurai pensé qu'il était si simple de communiquer avec des individus de son acabit. Les gens de sa trempe son habituellement si protégés. Pourquoi prendrait-ils le risque de dialoguer ouvertement avec le péquin «&amp;nbsp;lambda&amp;nbsp;» ? C'est à n'y rien comprendre.&lt;br /&gt;
Abasourdi par les propos de Jérôme et par sa jalousie malsaine, je décide de ne pas envenimer la situation et l'écoute sans mot dire. Du coin de l'oeil, j'observe Karine et prie pour qu'elle nous rejoigne au plus vite. &lt;br /&gt;
Jérôme me passe les mains devant les yeux.&lt;br /&gt;
-  Ohé princesse, tu m'écoutes ?&lt;br /&gt;
- Oui je t'écoutes, dis-je sur un ton aussi égal que possible. De toute mes forces, je me concentre sur ma respiration afin de ne pas laisser l'angoisse qui m'assaille gagner d'avantage de terrain.&lt;br /&gt;
-  Tu veux savoir par quel heureux hasard j'ai atterri ici ?&lt;br /&gt;
-  Oui, j'aimerais beaucoup.&lt;br /&gt;
-  C'est très gentil ça. Je te remercie de ton intérêt. Cela me touche infiniment. &lt;br /&gt;
Et bien, comme je te l'ai dit tout à l'heure, je t'ai lu;  et j'ai constaté que tu te fourvoyais lourdement. Alors j'ai profité d'une opportunité de mission sur Londres pour demander à Luc de m'envoyer à la place de Bertrand. Ce qu'il a accepté immédiatement, comme tu peux l'imaginer. N'oublies pas qu'il a une confiance absolue en moi&amp;nbsp;! Il m'a confié t'avoir accordé quelques jours pour, disons, régler une «&amp;nbsp;affaire personnelle ». Alors tu penses bien que je n'ai pas mis longtemps pour faire le rapprochement et j'ai sauté sur l'occasion pour venir te reprendre à ton bellâtre. Tu comprends, je veux t'éviter de tomber de haut et de souffrir inutilement. Et puis, rajoute-t-il en me passant la main dans les cheveux, tu sais combien je suis amoureux de toi. &lt;br /&gt;
-  Arrête ça immédiatement Jérôme, lui dis-je en repoussant sa main. &lt;br /&gt;
-  Voyons Pénélope, surenchérit-il, quelle personne sensée penserait qu'une personnalité d'un tel niveau vivrait l'amour fou avec une anonyme&amp;nbsp;? Il n'y a que toi et ton romantisme forcené pour croire à de telles sornettes. Les stars ne se fréquentent qu'entre elles, ma beauté. Elles restent dans le même cercle, indéfiniment. Il leur faut rencontrer l'exception pour les pousser à sortir de leur monde. Vois-tu, les êtres vivants se rapprochent parce-qu'ils se reconnaissent dans l'autre. C'est une règle immuable, et incontournable. Ils peuvent ainsi se comprendre, et donc s'aimer. Mais toi, qui es-tu pour penser que quoi que ce soit chez toi puisse, ne serait-ce qu'attiser sa curiosité ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je mûris une réplique sanglante et m'apprête à la lui lancer au visage, mais le cordial «&amp;nbsp;Bonsoir&amp;nbsp;» de  Karine me stoppe dans mon élan.&lt;br /&gt;
Jérôme, instantanément charmé, laisse en friche notre différent et lui serre longuement la main.&lt;br /&gt;
-  Ah, Karine, tu tombes bien, interviens-je. Laisses-moi te présenter Jérôme, un collègue de travail.&lt;br /&gt;
-  Vos yeux sont un conte de fées à eux seuls, chère mademoiselle, la complimente-t-il avec un outrecuidant sans-gêne.&lt;br /&gt;
-  Enchantée de faire votre connaissance, lui répond poliment Karine, sans se départir de son calme.&lt;br /&gt;
-  Pas autant que moi, lui répond-il pompeusement.&lt;br /&gt;
-  Vous venez également voir la pièce&amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
-  Tout à fait. Il y a des mois que j'attends ce grand moment, souligne-t-il en m'adressant au passage un regard significatif.&lt;br /&gt;
Karine note mon trouble et interrompt spontanément leur charmant badinage.&lt;br /&gt;
- Tiens ma bichette, j'ai été nous chercher de quoi nous rafraîchir, me dit-elle en me tendant un verre rempli d'eau et de glaçons. &lt;br /&gt;
-  Excusez-moi, l'interrompt Jérôme. Où avez vous trouvé ça ?&lt;br /&gt;
-  Là-bas, le renseigne-t-elle. Vous voyez la petite loge à côté des escaliers ?&lt;br /&gt;
-  Ah, oui. Parfait. Je m'y rends de ce pas. Espérons que cela m'aidera à étancher ma soif, gouaille-t-il en me déshabillant du regard.&lt;br /&gt;
-  J'ai comme dans l'idée qu'une boisson alcoolisée aurait été mieux accueillie, me souffle Karine à mi-voix alors qu'il s'éloigne. &lt;br /&gt;
-  Tu n'as pas idée.&lt;br /&gt;
Karine ressent aussitôt mon malaise et s'inquiète de la situation.&lt;br /&gt;
-  Tu as des problèmes avec ce débile ?&lt;br /&gt;
-  C'est peu dire.&lt;br /&gt;
-  Dis-moi Pénélope, ôtes-moi d'un doute. Ce mec n'a tout de même pas planifié de te retrouver ici contre ton gré pour te pourrir la soirée !&lt;br /&gt;
-  Si, justement.&lt;br /&gt;
-  Mais pourquoi ce soir particulièrement ?&lt;br /&gt;
-  D'après toi&amp;nbsp;? Il veut à tout prix empêcher que ma destinée s'accomplisse. Depuis des mois, il s'est mis dans le crâne qu'il est l'homme de ma vie et me poursuit de ses assiduités. Au début, je pensais qu'il était simplement trop épris et je pardonnais ses maladresses. Mais je réalise qu'il est cynique, calculateur et malsain. Il n'a pas supporté que je lui préfère un autre, et encore moins que ma passion soit guidée par des paramètres souverains, trop puissants pour que quiconque puisse les contrôler. Mais quoi qu'il fasse il ne m'arrêtera pas. On ne barre pas la route au destin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La sonnerie annonçant le début de la représentation retentit dans tout le théâtre, coupant court à la conversation. Karine me prend par le bras et m'entraîne vers l'escalier menant aux stalles. &lt;br /&gt;
Jérôme nous emboîte le pas.&lt;br /&gt;
-  Attendez-moi mesdemoiselles. Je vous suis.&lt;br /&gt;
Karine, irritée par son manque de courtoisie, se retourne vivement vers lui.&lt;br /&gt;
-  Bon, écoutez. Je ne vous connais pas mais il me semble entrevoir que vous n'êtes pas le bienvenu. Alors je vous prierai de nous laisser tranquilles.&lt;br /&gt;
-  Oh, mais ce n'est pas à vous d'en juger, ma chère. C'est à Pénélope.&lt;br /&gt;
-  Pénélope est là pour rencontrer quelqu'un et croyez-moi, je veillerai à ce qu'elle l'approche.&lt;br /&gt;
Jérôme se tourne vers moi, provocateur.&lt;br /&gt;
-  Oh, mais c'est qu'elle a du tempérament ta copine. Je pense que la soirée risque d'être mémorable.&lt;br /&gt;
Vos billets s'ils vous plaît, nous coupe l'ouvreuse à l'entrée des stalles.&lt;br /&gt;
Alors que je lui tends nos deux tickets, je n'ai qu'une idée en tête&amp;nbsp;: faire intervenir un vigile pour que Jérôme cesse de nous importuner;  lorsqu'elle lui spécifie que la place qu'il a réservé se trouve dans une autre partie de la salle. C'est un véritable miracle. J'en sauterais presque de joie.&lt;br /&gt;
Visiblement dépité, Jérôme souscrit et se dirige dans la direction opposée, non sans nous avoir spécifié qu'il nous retrouverait dès la fin du spectacle.&lt;br /&gt;
-  Pas d'inquiétude ma bichette, me rassure immédiatement Karine. Si j'ai décidé de te suivre dans cette aventure, ce n'est certainement pas pour qu'un boulet t'arrête à quelques minutes de la victoire. Et puis, il faut faire confiance au destin, pas vrai&amp;nbsp;? me tranquillise-t-elle encore. Allez, respire un grand coup. Il est là, dans ce théâtre, juste à deux pas de toi. Dans quelques minutes, tu vas enfin le revoir. Et si vous êtes véritablement fait l'un pour l'autre, la vie ne laissera pas un ersatz te gâcher le plaisir. Elle l'évincera, c'est joué d'avance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Émue par la conviction dont Karine fait preuve, anxieuse de connaître de quoi seront faites les deux prochaines heures, exaltée à l'idée de pouvoir me plonger toute entière dans la contemplation silencieuse et admirative de celui que j'ai tant attendu, je ne peux retenir un sanglot.&lt;br /&gt;
-  Merci Karine. Merci pour tout.&lt;br /&gt;
-  Pas de problème, avec plaisir. Les amis, c'est fait pour ça non&amp;nbsp;? Tiens, dit-elle en montrant de son index deux fauteuils vides. Je crois que ce sont nos sièges.&lt;br /&gt;
-  Oui, c'est bien ça, dis-je en vérifiant sur les billets. Places A8 et A9.&lt;br /&gt;
-  Nickel. Troisième rang et en plein milieu en plus. C'est nickel. Et puis tu as vu, on est tout près de la scène. Quand il va se pointer, on va en prendre plein la vue. &lt;br /&gt;
-  C'est le moins qu'on puisse dire, dis-je, impatiente de vivre cette nouvelle rencontre.&lt;br /&gt;
-  Bon ben, on s'assoit ?&lt;br /&gt;
-  Et comment, plutôt deux fois qu'une !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
-  Au fait..., dit-elle en s'asseyant.&lt;br /&gt;
-  Quoi ?&lt;br /&gt;
-  Il faudrait peut-être que tu le boives, ton verre d'eau, me chahute-t-elle. Cela t'évitera de lui tomber dans les bras tout  à l'heure, terrassée par le manque de minéraux. &lt;br /&gt;
-  Ne dis pas de bêtises, dis-je, troublée par l'image que son allusion fait naître dans mon esprit. &lt;br /&gt;
Les mains tremblantes, je porte le verre à mes lèvres et manque de répandre son contenu sur le sol.&lt;br /&gt;
-  Et bien, cela te fait de l'effet de revoir l'homme de ta vie, commente-t-elle avec humour. Tiens-le donc à deux mains avant de provoquer une catastrophe, plaisante-t-elle de nouveau, et poses donc tout ton bardas par terre. Tu auras tout le loisir de lui remettre tout à l'heure.&lt;br /&gt;
-  Il me tarde, dis-je au comble de l'excitation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le grand lustre de cristal s'éteint doucement et la pénombre envahit lentement la salle.&lt;br /&gt;
Karine me prend la main et se penche vers moi.&lt;br /&gt;
-  Bonne pièce ma poule.&lt;br /&gt;
Je la regarde et lui rend son sourire avant de tourner mon visage vers l'avenir...&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>A contre-temps</title>
    <link>http://blog.bebook.fr/penelope/index.php/post/2010/08/16/A-contre-temps</link>
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    <pubDate>Mon, 16 Aug 2010 22:13:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Pénélope Wise</dc:creator>
            
    <description>&lt;p&gt;&lt;q&gt;&lt;em&gt;Nos destinées et nos volontés jouent presque toujours à contretemps.&lt;/em&gt;&lt;/q&gt;&lt;br /&gt;
(André Maurois - Biographie)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
-  A quelle heure doit-on être là-bas&amp;nbsp;? me demande Karine, quelque peu gênée par le fait que son idée de rentrer en bus vient de nous faire perdre plus d'une heure. &lt;br /&gt;
Je consulte rapidement le cadran de ma montre.&lt;br /&gt;
-  Dans quarante-cinq minutes, lui réponds-je en ouvrant fébrilement mon flacon de &lt;em&gt;Rescue&lt;/em&gt;.&lt;br /&gt;
-  Bon, on va essayer de s'arrêter à une station de métro. On ne doit plus être très loin maintenant. A moins qu'on reprenne le «&amp;nbsp;380 »; il se rend aussi à King's Cross.&lt;br /&gt;
De plus en plus nerveuse, je ne réponds pas et essaye tant bien que mal de me concentrer sur l'esthétisme des quartiers résidentiels que nous traversons. Le front posé sur la vitre fraîche du bus dans lequel nous sommes assises, j'observe l'enfilade de maisons victoriennes exposer fièrement au regard des badauds leurs fenêtres arrondies et leurs rideaux de popeline. Les jardinets rivalisent d'élégance et de couleurs et semblent être les objets d'un concours visant à récompenser le plus somptueux d'entre-eux. Les platanes bordant les allées profitent de la douce brise d'été pour organiser un spectacle d'ombres chinoises sur les façades immaculées.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;-  C'était génial Notting Hill, hein&amp;nbsp;? me lance Karine pour tenter de me sortir de mon mutisme.&lt;br /&gt;
J'ouvre à peine la bouche pour lui répondre un «&amp;nbsp;Hum, hum&amp;nbsp;» tout juste audible.&lt;br /&gt;
-  Et le marché de Portobello&amp;nbsp;? C'est incroyable tous ces exposants quand même. Sur combien de centaines de mètres peuvent bien s'étaler tous ces commerçants&amp;nbsp;?  C'est complètement démesuré. Et les antiquités&amp;nbsp;? Non mais tu as vu ça&amp;nbsp;?  Des tueries. &lt;br /&gt;
Elle marque une pause pour prendre le temps de rassembler ses idées.&lt;br /&gt;
-  Qu'est-ce que j'aurais aimé acheté un de ces snakes&amp;nbsp;! Ils étaient vraiment superbes. Mais bon, soixante quinze livres sterling pour un bracelet en argent, ça fait mal tout de même, tu ne penses pas ?&lt;br /&gt;
-  Si, si, dis-je perdue dans mes pensées.&lt;br /&gt;
Karine, inquiète de la distance que j'affiche, s'enquiert de ma santé mentale.&lt;br /&gt;
-  Dis-donc, c'est une épreuve de force de te faire parler cet après-midi. Qu'est-ce qui se passe ?&lt;br /&gt;
Je me retourne vers elle, les yeux hagards.&lt;br /&gt;
-  J'ai peur. Je crois que je ne vais pas y aller.&lt;br /&gt;
-  Où ça ?&lt;br /&gt;
-  Au théâtre.&lt;br /&gt;
Karine me regarde, éberluée.&lt;br /&gt;
-  Non mais, tu ne vas pas bien&amp;nbsp;? Cela fait des mois, que dis-je, des années que tu me parles de ton prince charmant. Depuis toujours, tu le cherches, tu le veux et tu le désires;  tu le croises enfin à Los Angeles, les indices que tu récoltes depuis t'annoncent un tirage gagnant et tu craques au moment où tu touches enfin la victoire du doigt&amp;nbsp;? C'est quoi&amp;nbsp;? De la dégonfle ou la peur de gagner ?&lt;br /&gt;
Je réfléchis quelques secondes à ce qu'elle vient de dire avant de lui répondre.&lt;br /&gt;
-  Un peu des deux, je crois.&lt;br /&gt;
-  Et bien il va falloir dominer tes angoisses et ton manque de confiance, sans quoi tu risques de manquer le coche. Tu l'as manqué de peu à Venice, ne vas pas passer à côté une fois encore. Tu n'auras pas de troisième chance, Pénélope.&lt;br /&gt;
Elle se redresse, tend le cou et regarde au dehors.&lt;br /&gt;
-  Viens, suis-moi. On va descendre ici. Avec un peu de pot, on pourra attraper le bus tout de suite et rentrer à temps à l'hôtel.&lt;br /&gt;
-  On ferait peut-être mieux de nous rendre directement à une station de métro, sinon j'ai bien peur qu'il nous faille directement sauter dans les robes sans même prendre le temps de nous doucher.&lt;br /&gt;
-  T'inquiètes, on va y arriver. Arrêtes de flipper, me lance Karine avec une pointe d'énervement dans la voix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après deux ou trois tentatives infructueuses pour localiser le bon arrêt de bus, et malgré toute la bonne volonté dont font preuve les londoniens pour nous renseigner, force est de constater que nous n'arriverons pas à trouver le fameux «&amp;nbsp;380 ».&lt;br /&gt;
En désespoir de cause, nous demandons où se trouve le métro le plus proche et courrons sur plus de quatre cents mètres pour nous engouffrer dans la première rame venue. Comble de malchance, nous ne montons pas dans le bon train et finissons au terminus, à l'opposé de la direction qu'il nous fallait prendre.&lt;br /&gt;
-  Et merde, c'est pas vrai. On ne va jamais y arriver, dis-je, au comble de l'énervement.&lt;br /&gt;
Karine, irritée par mon manque de sang froid, commence à perdre patience.&lt;br /&gt;
-  Bon, on ne va pas s'exciter pour rien, d'accord&amp;nbsp;? On va revenir sur nos pas et repiquer sur la Picadilly Line. Ensuite, il ne nous restera qu'un changement. On prendra la Northen Line et on sera à King's Cross dans moins de vingt minutes.&lt;br /&gt;
-  On est trop limite. C'est fichu&amp;nbsp;! Nous devons être au théâtre une heure avant le début du spectacle pour récupérer les billets. Ensuite, les guichets ferment.&lt;br /&gt;
-  Mais non ce n'est pas foutu. On va faire vite et puis c'est tout. Ce n'est pas la peine de stresser d'avantage. Tu l'es déjà bien assez énervée comme ça.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;
Une course effrénée s'ensuit dans un incroyable dédale d'immenses couloirs. Un quart d'heure plus tard nous déboulons à King's Cross, échevelées et essoufflées, puis entamons un sprint endiablé sur le dernier kilomètre qui nous sépare de l'hôtel. &lt;br /&gt;
Dans la chambre, le rythme va bon train. Nous nous jetons sur nos valises, en sortons nos tenues de soirée, décidons tout de même de nous rafraîchir, nous maquillons à la va-vite et redescendons en grande pompe pour arpenter la rue, moi en fourreau de soie grise et Karine en robe bouffante de crêpe marron.&lt;br /&gt;
Soudain, au bout de cinq cent mètres de marche forcée, elle s'arrête brusquement et se tourne vers moi.&lt;br /&gt;
-  Tu as pris le sac que tu avais prévu pour lui ?&lt;br /&gt;
Je la regarde, figée sur place, incrédule, terrorisée à l'idée d'un autre contretemps. Vu l'heure, nous ne pouvons plus nous permettre le moindre retard supplémentaire.&lt;br /&gt;
Karine réagit instantanément.&lt;br /&gt;
-  Où as-tu mis ton sac ?&lt;br /&gt;
-  Dans la poche intérieure de ma valise. C'est tout simple, il n'y en a qu'une.&lt;br /&gt;
-  Tout est dedans ?&lt;br /&gt;
-  Oui, tout y est. &lt;br /&gt;
-  Okay, tu ne bouges pas d'ici et tu m'attends. Je fonce le chercher.&lt;br /&gt;
-  D'accord, je reste là. &lt;br /&gt;
Je me dépêche, me lance-t-elle avant de repartir au pas de course en direction de l'hôtel.&lt;br /&gt;
Les cinq minutes que je passe à l'attendre me paraissent interminables. Mon coeur bat la chamade. Je suis partagée entre l'excitation extrême et l'envie de hurler tant l'angoisse qui m'étreint est forte. Les passants me jettent des coups d'oeil amusés. L'un d'entre eux me baptiste même du sobriquet de Pretty Woman.  Je lui adresse un sourire crispé et m'allume une autre cigarette.&lt;br /&gt;
Prise de tremblements, les mains moites et le visage couvert de sueur, j'adresse une prière silencieuse au Très Haut.&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Seigneur tout puissant, je t'en supplie. Fais qu'elle revienne vite.&lt;/em&gt;
A peine ai-je le temps de parfaire ma supplique que Karine apparaît au détour d'une ruelle, courant à ma rencontre, jupons au vent. Instinctivement, je vérifie qu'elle a bien dans sa main l'indispensable sac et son précieux contenu. Je ne peux réfréner un immense soupir de soulagement et m'empresse de la prendre dans mes bras.&lt;br /&gt;
-  Merci Karine. Tu es géniale.&lt;br /&gt;
-  Pas de quoi. Quelle heure est-il ?&lt;br /&gt;
-  Sept heures moins le quart.&lt;br /&gt;
-  Allez, c'est parti. Si on se débrouille bien, on y sera pour sept heures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous reprenons notre course et pénétrons dans la station de métro quelques minutes plus tard, sans nous préoccuper outre mesure des regards étonnés, des gloussements étouffés ni même des commentaires obligés que suscitent nos tenues. Il est vrai que deux jeunes femmes arpentant les couloirs du métro londonien vêtues de robes de soirée a quelque chose d'atypique. Pourtant le moment demeure magique, comme sorti tout droit d'un rêve. &lt;br /&gt;
Malgré la forte contrariété que provoque notre retard, en dépit de l'appréhension qui m'oppresse la poitrine et me serre la gorge, je parviens à oublier quelques instants l'immense défi qu'il va me falloir relever dans les heures à venir. &lt;br /&gt;
Ma vie entière dépend du comportement que j'adopterai lors de ce moment unique, rare, essentiel, et de la conviction que mettra mon double à répondre à mon appel; et cependant, à ce moment précis, plus rien ne m'atteint. Le monde n'existe plus. Je me sens comme Cendrillon se rendant au bal. Durant toute la durée du trajet jusqu'à Leicester Square, je prends soin de tenir bien serrée la traîne de mon fourreau et vérifie qu'elle ne soit ni tâchée, ni accrochée par les voyageurs qui se pressent en masse dans les wagons. Karine m'englobe d'un regard qui en dit long, manifestement stupéfiée par la force des sentiments qui m'animent, décidément amusée par le caractère rocambolesque de la situation.&lt;br /&gt;
-  C'est fou quand-même. On dirait vraiment que tu te rends à un rendez-vous galant.&lt;br /&gt;
-  Mais c'est le cas&amp;nbsp;! Te rends-tu compte de l'énormité du moment&amp;nbsp;? Je vais enfin retrouver l'homme que le destin a placé sur mon chemin, et m'a repris. Je vais de nouveau pouvoir me perdre dans ses yeux et m'y prélasser pour le restant de mes jours. Je l'ai tellement cherché Karine. Toute ma vie j'ai prié pour qu'il vienne et un beau jour, il est apparu. J'ai pu entrevoir un court instant la vision de la perfection, du bonheur suprême, de la paix retrouvée. Et puis l'épreuve a commencé. Des mois durant, j'ai du me battre pour prouver la force de mon amour, pour mériter le droit suprême de redonner à mon âme son autre moitié, de la sentir se reconstruire. Ce soir, je vais enfin pouvoir goûter au fruit de la félicité et m'abandonner à l'extase. &lt;br /&gt;
Submergée par l'émotion, j'en oublie jusqu'à mes trente huit ans, jusqu'à ma condition de mère de famille, de femme raisonnable, d'ex-épouse. Je redeviens libre, pure, innocente, intacte et renais de mes cendres avec un plaisir d'une intensité insoupçonnée.&lt;br /&gt;
Karine, finalement gagnée par mon exaltation, passe un bras autour de mes épaules.&lt;br /&gt;
-  Tu es magnifique ma poule. ça va marcher, c'est sur. Il va te voir, tomber à genoux..., et dans six mois on est de mariage,  plaisante-t-elle en éclatant de rire.&lt;br /&gt;
Sa fraîcheur me ressource et m'apaise. Elle agit sur moi comme une bouffée d'oxygène. Sa présence à mes côtés dans cette étape primordiale de mon existence est un don du ciel, une bénédiction. Elle est la meilleure des amies, la plus désintéressée et la plus tolérante qui soit. Nombreux sont ceux qui passent une partie de leur existence privés de la qualité d'une telle relation et à qui je souhaite, dans l'euphorie du moment, de vivre une amitié comme celle-là. &lt;br /&gt;
-  Je t'adore, lui dis-je dans un élan d'affection.&lt;br /&gt;
-  Moi aussi je t'adore, me répond-elle en m'embrassant sur la joue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, le wagon s'immobilise et les portes s'ouvrent.&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Leicester Square.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
-  Cette fois on y est, commente Karine, les yeux pétillants de malice. Plus que quelques mètres à parcourir avant &lt;em&gt;la grande conjonction&lt;/em&gt;.&lt;br /&gt;
-  La vache&amp;nbsp;!  Je suis morte de peur, lui réponds-je la gorge serrée.&lt;br /&gt;
-  Jusque là, tout est normal, plaisante-t-elle de nouveau. Allez, dans deux secondes on est dehors. Tu as le sac ?&lt;br /&gt;
-  Je ne le lâche pas.&lt;br /&gt;
Durant toute la remontée vers la sortie, nos yeux se posent sur le mur qui longent l'escalier roulant. Une incroyable quantité d'affiches publicitaires vantent la qualité et le caractère exceptionnel des pièces de théâtre et des comédies musicales qui se jouent actuellement au coeur de Londres. Alors que nous montons les dernières marches, Karine se jette sur l'une d'elles et caresse le visage de l'homme qu'elle y voit promotionné avant de s'adresser à lui.&lt;br /&gt;
-  A tout de suite mon petit loup !&lt;br /&gt;
Je ne peux m'empêcher de sourire, émue et réjouie par sa sincérité et sa spontanéité, touchée par son enthousiasme.&lt;br /&gt;
A mon tour, je caresse le visage tant aimé et lui souffle un baiser.&lt;br /&gt;
-  Je suis là mon amour. Attends-moi, j'arrive !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Hommes, femmes et enfants déferlent dans la rue par centaines. Il règne au dehors une incroyable effervescence. L'avenue principale est déjà noire de monde. Un nombre incalculable de taxis, de voitures, de limousines et de rickshaws s'entrecroisent comme dans une danse savamment orchestrée. Il nous est pratiquement impossible de nous mouvoir, prisonnières des mouvements de foule, et c'est en trépignant que je descends la rue, précédée de Karine qui me tient solidement par la main.&lt;br /&gt;
-  C'est par où déjà&amp;nbsp;? me crie-t-elle.&lt;br /&gt;
-  Tout droit. Tu descends encore un peu puis tu traverseras la rue juste au niveau de ce théâtre, là-bas.&lt;br /&gt;
-  Et ensuite ?&lt;br /&gt;
Ensuite, on s'engagera dans la petite ruelle que tu vois, tout de suite à gauche.&lt;br /&gt;
-  ça roule. Quelle heure est-il ?&lt;br /&gt;
-  Dix-neuf heures dix. &lt;br /&gt;
-  C'est bon. On y est.&lt;br /&gt;
Nous donnons des coudes, jouons des épaules et finissons, non sans peine, à sortir de la cohue.  Dans un ultime effort, nous entamons notre dernier sprint, traversons à la hâte St Martin's Ct. puis tournons à droite et redescendons St Martin's Lane en courant, jusqu'aux colonnades blanches du théâtre. Tout en contemplant la beauté de sa façade, nous nous accordons une minute pour reprendre notre souffle et constatons que peu de personnes se pressent devant les guichets. La majorité des spectateurs doit déjà être assise en salle.&lt;br /&gt;
-  Tu va nous attraper les billets&amp;nbsp;? me demande Karine.&lt;br /&gt;
-  Tu crois que ce n'est pas trop tard, qu'ils vont nous les donner ?&lt;br /&gt;
-  Mais bien sûr, quelle question. Allez, vas-y. Je t'attends.&lt;br /&gt;
Le vigile à l'entrée m'indique du doigt le guichet vers lequel je dois me diriger. Sans plus attendre je me précipite vers la première hôtesse que j'aperçois et lui donne mon nom, mes numéros de réservation et de transaction internet. Sentant mon appréhension, elle sort d'une boite cartonnée une enveloppe cachetée et me la tend avec un généreux sourire.&lt;br /&gt;
-  Merci beaucoup. Merci encore, lui dis-je soulagée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au bord de l'explosion, je m'apprête à rejoindre Karine et vais pour brandir l'inestimable sésame au-dessus de ma tête, comme un trophée. Lorsque j'entends quelqu'un m'adresser la parole.&lt;br /&gt;
-  C'est pour moi que tu t'es fait belle comme ça ?&lt;br /&gt;
Horrifiée par l'intonation de la voix que je me refuse à reconnaître, je me retourne et constate ce que je redoutais. &lt;br /&gt;
-  Jérôme !?&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Le grand saut</title>
    <link>http://blog.bebook.fr/penelope/index.php/post/2010/08/09/Le-grand-saut</link>
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    <pubDate>Mon, 09 Aug 2010 23:19:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Pénélope Wise</dc:creator>
            
    <description>&lt;p&gt;&lt;q&gt;&lt;em&gt;Très haut dans le ciel sont mes aspirations les plus élevées. Il se peut que je ne sois pas en mesure de les atteindre, mais je peux regarder en haut pour voir leur beauté, croire en elles et tenter de les suivre.&lt;/em&gt;&lt;/q&gt; (Louisa May Alcott)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quatre heures vingt du matin. J'enfile mon pardessus molletonné et m'apprête à sortir les bagages sur le trottoir. Un dernier coup d'oeil à l'intérieur pour vérifier que tout est en ordre puis je me dirige vers la porte d'entrée et m'apprête à la refermer derrière moi à double tour. La sonnerie du téléphone m'arrête dans mon élan. Je regarde l'afficheur de mon portable et décroche précipitamment le combiné.&lt;br /&gt;
-  Allô, Pénélope ?&lt;br /&gt;
-  Karine ?!&lt;br /&gt;
-  Écoutes, je ne sais pas ce qu'il s'est passé. Mon réveil n'a pas sonné. Je ne comprends pas. Thierry vient tout juste de me réveiller. Heureusement qu'il était là. Bon, je saute dans mes affaires et j'arrive. Tant pis pour le café et la douche.&lt;br /&gt;
-  D'accord, pas de problème. Je t'attends, lui réponds-je en prenant sur moi de ne pas hurler de rage.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;Depuis notre rencontre, il y a cinq ans de cela, Karine montre une étonnante propension à agir à l'inverse de ce qu'il faudrait faire et s'arrange toujours pour arriver en retard à n'importe quel rendez-vous, aussi important soit-il. Mais fort heureusement dotée d'un tempérament extrêmement persuasif et d'un physique à faire pâlir un moine, Karine continue de réussir dans la plupart des projets qu'elle entreprend, et notamment à coiffer au poteau la responsable commerciale du Muséum d'Histoire Naturelle de Paris. Cependant, et malgré tout l'amour et le respect que je lui porte, aujourd'hui n'est pas un jour comme les autres, et les foudres de l'amitié risqueraient fortement de tomber sur elle si jamais son inconséquence nous faisait manquer notre vol.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je raccroche le combiné et consulte le cadran de ma montre. Quatre heures vingt-cinq. On doit être à l'aéroport dans moins de trente minutes, et elle vient seulement de sortir du lit&amp;nbsp;! Le temps qu'elle se vêtisse, boucle sa valise, sorte de chez elle, monte dans sa voiture, mette le contact et fasse, pied au plancher, les cinq kilomètres qui séparent nos demeures respectives, elle n'arrivera jamais à la maison avant une bonne vingtaine de minutes, dans le meilleur des cas.&lt;br /&gt;
Je sors en hâte la convocation de mon sac à dos et la consulte de nouveau. L'indication est formelle et qui plus est, soulignée à deux reprises&amp;nbsp;: rendez-vous à quatre heures cinquante cinq du matin au comptoir 25, hall C, avant toute formalité d'enregistrement.&lt;br /&gt;
Je jure, claque la porte et décide de me préparer un café.&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Si jamais elle me fait manquer cet avion. Si elle me le fait louper&lt;/em&gt; !...&lt;br /&gt;
Tout en le buvant, je ne quitte pas des yeux cette maudite trotteuse qui poursuit sa course, indéfiniment. L'heure tourne et Karine n'est toujours pas là. Je lève les yeux au plafond et maudis son manque d'organisation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En désespoir de cause, j'éteins les lumières, ferme la porte, verrouille la grille et pose la globalité de mes bagages sur le trottoir. Tout en faisant les cents pas, j'allume nerveusement une cigarette et la fume mécaniquement en espérant qu'un miracle se produise.&lt;br /&gt;
A cinq heures précises, un bruit de moteur se rapproche et une petite voiture verte tourne au coin de la rue.&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;C'est elle. Enfin.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
Karine fait demi-tour devant la maison, stoppe son véhicule, balance ma valise sur le siège arrière et m'embrasse.&lt;br /&gt;
-  Coucou ma poule.&lt;br /&gt;
-  Salut Bichette, lui dis-je, remontée comme une pendule.&lt;br /&gt;
-  Allez, faut qu'on y aille. On est plus qu'à la bourre.&lt;br /&gt;
Durant tout le trajet jusqu'à l'aéroport, elle me relate tous les évènements du petit matin, du lever en quatrième vitesse jusqu'au bouclage de sa valise, dans lequel elle a jeté en vrac toutes les affaires qu'elles n'avait pas encore terminé de trier pour le voyage. Thierry, quant à lui, ne nous écoute qu'à demi-mot, éreinté de son service de la veille. Plus de cent trente couverts dans la soirée et à peine trois heures de sommeil. Il tente, autant que faire se peut, de rester éveillé, recroquevillé sur le siège passager, emmitouflé jusqu'au menton dans son pardessus à capuche. Il lui tarde de nous déposer pour repartir se glisser dans un sommeil réparateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous nous engouffrons par le sas principal et courrons rejoindre le comptoir où nous aurions dû nous manifester une heure plus tôt. Fort heureusement, il semble n'y avoir personne et, comble de bonheur, l'hôtesse nous reçoit tout sourire en nous indiquant, avec tout le professionnalisme dont elle est capable, que l'horaire de rendez-vous spécifié sur la convocation n'avait qu'un caractère indicatif et nous rassure sur le fait que très peu de personnes se sont présentées pour l'instant. Elle nous informe que la procédure d'enregistrement des bagages est en cours et nous invite à remplir les formalités dès que possible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nos valises prises en charge, rassurées sur le fait que nous ferons bien partie des passagers du vol   BA7950, nous nous asseyons à la terrasse du café central de l'aéroport et discutons de choses et d'autres, armées d'un café crème et d'un croissant, puis commençons à réfléchir au plan d'attaque qu'il va nous falloir adopter, une fois rendues à Londres.
Le déplacement jusqu'en Angleterre ne saurait avoir d'autre but que celui de capter l'attention d'un homme sollicité par le monde entier; une fois encore, une seule fois... &lt;br /&gt;
Aucun attrait touristique, aussi exceptionnel soit-il, ne pourra me faire déroger de ce but suprême, de cet ultime combat pour retrouver l'homme par qui tout est arrivé. Il me faut tenir mes engagements, faire honneur à la promesse que je lui ai faite, par mails interposés, de le ramener vers la lumière, la vrai, et de lui faire entrevoir que son bonheur est là, sous ses yeux;  qu'il n'a plus à le chercher et que le seul effort qu'il lui faudra faire sera de se tourner vers moi pour redevenir un tout, un entier.&lt;br /&gt;
Trouver son âme soeur n'est pas une mince affaire. Beaucoup de gens se perdent dans les méandres de l'existence, dans les souffrances générées par la difficulté du choix ou même cèdent sous la torture infligée par le poids du libre arbitre; alors qu'il ne suffit souvent que de fermer les yeux pour faire taire tous les sens qui risquent d'interférer et nous faire nous engager dans la mauvaise direction. Il est essentiel de pouvoir arrêter sa course, l'espace d'un instant, pour reprendre son souffle, afin que notre voix intérieure puisse être entendue. Ce n'est qu'à cette condition que nous pouvons communier avec notre véritable destin, celui qui fera de chacun d'entre-nous un être accompli, une âme reconstituée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'avion se soulève dans les airs, tel un albatros, ouvrant fièrement ses ailes, brillant de tous ses feux dans le soleil levant. Avec Karine à mes côtés, babillant toute à son aise, je me sens rassérénée malgré l'angoisse qui me vrille les entrailles. Le tout n'est pas de désirer ardemment quelque chose, mais de tenir le cap, même si la peur gagne du terrain au fur et à mesure que notre bel oiseau de métal avale les kilomètres et me rapproche du but tant désiré. Je tourne la tête et regarde la mer de nuages qui s'étale devant moi, calme, sereine, silencieuse.&lt;br /&gt;
Dans moins de deux heures, je serai sur le sol anglais et dans deux jours, il sera devant moi, dans toute sa superbe; et je serai là, face à lui, au troisième rang de l'un des plus beaux théâtres de Londres, en plein coeur de Leicester Square. Je pourrai l'observer tout à loisir, cachée dans l'ombre, à trois ou quatre mètres de lui. Je bénéficierai de l'aide des jeux de lumière pour le regarder vivre son art, respirer, bouger; pour le déshabiller du regard en toute impunité. &lt;br /&gt;
Je profiterai de chaque instant, je savourerai chaque seconde de la pièce jusqu'à ce que, au moment des saluts, je me lève pour lui prouver que le destin ne ment jamais. Alors, nos regards se croiseront, nos deux visages se révéleront l'un à l'autre, et nos âmes se reconnaîtront.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une petite lumière s'allume au dessus de nos têtes, indiquant que les passagers doivent rattacher leurs ceintures. Nous nous préparons à entamer notre descente vers l'aéroport de Gatwick quand l'hôtesse nous informe que nous allons traverser une zone de turbulence...&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Le destin est en marche</title>
    <link>http://blog.bebook.fr/penelope/index.php/post/2010/08/03/Le-destin-est-en-marche</link>
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    <pubDate>Tue, 03 Aug 2010 01:49:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Pénélope Wise</dc:creator>
            
    <description>&lt;p&gt;&lt;q&gt;&lt;em&gt;Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s'habitueront.&lt;/em&gt;&lt;/q&gt;&lt;br /&gt;
(René Char)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peu de personnes peuvent se targuer de profiter d'une soirée de rêve dans un somptueux château, en excellente compagnie et qui plus est, arrosée d'un vin d'exception.&lt;br /&gt;
-  Château Lafleur 1999. Un cru extraordinaire&amp;nbsp;! Je l'ai choisi pour vous, me dit Brad avec un large sourire tout en remplissant généreusement un verre à grand cru.&lt;br /&gt;
Il me tend le précieux liquide, les yeux pétillants de malice.&lt;br /&gt;
-  Prenez. Allez-y, goûtez-le. Vous, les français, vous aimez les très grands vins, n'est-ce pas&amp;nbsp;? Et aussi beaucoup le Bordeaux, tout comme moi.&lt;br /&gt;
Il se tourne vers sa compagne et l'incite à trinquer avec nous.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;Jusqu'à une heure très avancée, nous discutons de choses et d'autres, et notamment du château qu'ils se sont finalement décidés à acquérir. &lt;br /&gt;
-  Nous allons être très heureux ici, dans cette merveilleuse région. Vous avez un pays véritablement superbe, et varié. Merci d'avoir contribué à ce que nous nous y installions, ma femme et moi. Même si ce n'est que quelques jour par an, ce sera déjà beaucoup.&lt;br /&gt;
-  Mais tout le plaisir était pour moi. Espérons que votre nouveau pied à terre puisse contribuer à ce que nous vous voyions plus souvent. Les français vous apprécient beaucoup, vous savez. &lt;br /&gt;
Brad partit de son rire frais et juvénile et me pris affectueusement par les épaules avant de me poser un bruyant baiser sur la joue. Une coutume bien peu orthodoxe pour les autochtones, surtout lorsque l'on se fait embrasser par une personne que l'on ne connaît, somme toute, que par magazine interposé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous nous quittons finalement sur le pas respectif de nos chambres à coucher et nous saluons chaleureusement tout en nous promettant de rester en contact.&lt;br /&gt;
A mon réveil, ils ont depuis longtemps quitté les lieux pour se rendre à l'aéroport.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je me lève, me prépare et rassemble en hâte mes quelques affaires, descend à la salle de restaurant, avale un café brûlant et, tartine en bouche, monte dans le taxi.&lt;br /&gt;
-  A l'aéroport, s'il vous plaît.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;pre&gt;                           ***&lt;/pre&gt;

&lt;p&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A présent que ces moments uniques me reviennent en tête, j'ai l'impression d'être ballottée de droite et de gauche par les caprices du divin. Un jour, je vois mes espoirs ruinés et le lendemain, les épreuves sont balayées, comme par miracle. Un peu comme les mirages sont balayés par les volutes de sable. &lt;br /&gt;
Depuis quelques mois, je fais d'ailleurs souvent le même rêve étrange. Je me trouve au coeur du désert, seule, perdue. Puis j'aperçois une silhouette, et plus je tente de la rattraper, plus elle s'éloigne. Jusqu'à ce qu'elle s'évanouisse pour laisser apparaître une oasis baignée de soleil. Peut-être le présage d'un nouvel horizon qui s'ouvre à moi. Un horizon tout proche, presque palpable...&lt;br /&gt;
Il me suffira juste de m'engouffrer dans un avion de la British Airways, dans quelques heures, pour arriver enfin à l'approcher, à le toucher.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
-  Depuis toujours, il fait le même rêve, m'a confié Luc. Une femme portant un collier très spécial. Je l'ai appris ma Armelle, qui est très amie avec Fiona, son agent.&lt;br /&gt;
-  Quel sorte de collier&amp;nbsp;? lui demandais-je, le souffle court.
-  Un sceau de Salomon.
-  Voit-il son visage, continuais-je ?&lt;br /&gt;
-  Ah ça, je ne sais pas mon petit poulet. Mais il semble qu'il va bientôt le découvrir. J'ai raison ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;pre&gt;                           ***&lt;/pre&gt;

&lt;p&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je m'assois sur ma valise et termine ma cigarette, les yeux dans le vague, ressassant en détail chaque bribes de cette conversation, ébahie par l'incommensurable puissance du destin. Quoi que je dise, quoi que je fasse, il est en marche, indubitablement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je me lève, m'étire, apporte  les dernières corrections à mon billet puis tente d'amadouer le sommeil tout en caressant pensivement le sceau qui pend à mon cou.&lt;br /&gt;
Mais il ne se laisse pas prendre. Ce soir, son humeur est au jeu. Alors, je décide de passer les quelques heures qu'il me reste à somnoler, et à rêvasser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Perdue pour perdue, il faut que cette nuit reste inoubliable. Qu'elle s'inscrive comme la dernière avant &lt;q&gt;la grande conjonction&lt;/q&gt;...&lt;/em&gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>La voie brisée</title>
    <link>http://blog.bebook.fr/penelope/index.php/post/2010/07/29/La-voie-brisee</link>
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    <pubDate>Thu, 29 Jul 2010 22:54:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Pénélope Wise</dc:creator>
            
    <description>&lt;p&gt;&lt;q&gt;&lt;em&gt;Les routes qui ne promettent pas le pays de leur destination sont les routes aimées&lt;/em&gt;&lt;/q&gt;&lt;br /&gt;
(René Char - &lt;em&gt;Biographie&lt;/em&gt;)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
-  Je comprends que tu ne veuilles pas me parler, Pénélope. J'ai été on ne plus grossier et mes propos dépassaient ma pensée. Mais je me devais de te dire la vérité. Je refuse que tu t'engages dans une voie sans retour. Je t'aime trop pour ça.&lt;br /&gt;
Je prends le temps de réfléchir à ce que je vais répondre à Jérôme. Il n'est que huit heures du matin et mes idées ne sont pas encore très claires. Après la veille de la nuit, je me sens encore irritable et je sais d'expérience que réagir à chaud n'est jamais salutaire.&lt;br /&gt;
-  Il est vrai que tu n'as pas spécialement pris de gants. Mais je comprends les raisons qui ont motivé ta décision  de me parler, lui dis-je.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;Bien qu'il m'en coûte et que la seule idée des sentiments qu'il nourrit à mon égard me révulse, je m'efforce de lui laisser une petite chance de se rattraper. Cependant, la douleur est encore vive et le recul me manque pour être magnanime. J'ai du mal à ne pas lui en vouloir. Avec quelques piques bien aiguisées, il a détruit mes espoirs et ruiné mes espérances. Comment le bonheur sera-t-il possible, maintenant qu'il va me falloir affronter l'une des pires machines de guerre qui soit&amp;nbsp;? Autant se comparer à Sancho Panza sur son mulet, partant à la conquête d'un moulin à vent. Le défi est devenu quasi impossible à relever.&lt;br /&gt;
Comment vais pouvoir jamais me faire remarquer d'un homme impliqué dans l'une des plus puissantes machinations internationales&amp;nbsp;? Qui suis-je pour tenter de l'en sortir, sans armes efficaces&amp;nbsp;? Par quel miracle vais-je pouvoir contrer quoi que ce soit&amp;nbsp;? Comment lui faire accepter le concept de l'emprisonnement mental&amp;nbsp;? Il me rejettera, et ce sera légitime. &lt;br /&gt;
-  Dis-lui que tu es son guide, Pénélope; son âme soeur...&lt;br /&gt;
-  C'est déjà fait...&lt;br /&gt;
-  Tu lui as dit quand ?&lt;br /&gt;
-  L'autre jour, par le biais d'internet. Une discussion, sur un site de rencontres. Tout à fait banal, mais extraordinairement efficace. L'on cherche toujours à compliquer les choses, alors que la solution est souvent très simple. &lt;br /&gt;
Un silence, lourd de sens, s'ensuit.&lt;br /&gt;
-  Tu lui a spécifié que tu l'aimais ?&lt;br /&gt;
-  Jérôme, cesses d'être ridicule veux-tu&amp;nbsp;? Des centaines de fans lui sortent ce genre d'aveu mielleux jour après jour, depuis près de six ans. Je ne veux pas voir de condescendance dans son regard, lorsque je lui adresserai la parole; quand arrivera le moment où, enfin, j'aurai mon destin bien en face et que je pourrai le regarder tout à loisir au fond des yeux. Je veux qu'il sente que je suis différente des autres; que je peux lui porter secours, lui apporter le bonheur qu'il cherche, la confiance qui semble le fuir depuis si longtemps.&lt;br /&gt;
-  Dis-lui que tu aimes son âme, Pénélope. Le bois dont il est fait, l'acier dans lequel il est forgé. Ne lui parles pas du vernis dont il s'enduit pour les besoins de sa profession. Ne lui parles que de la matière brute, pas de l'image. Parles-lui de tout, sauf de son métier.&lt;br /&gt;
En écoutant les paroles étonnamment pleines de bon sens de Jérôme, une question surgit&amp;nbsp;:
-  Pourquoi me rappelles-tu à cette heure matinale pour me parler de lui&amp;nbsp;? Après la séance de l'autre fois, tu ne m'en voudras pas si je te dis avoir quelques doutes sur ton intégrité. Pourquoi ce revirement soudain&amp;nbsp;? As-tu une idée précise qui te trotte dans la tête&amp;nbsp;? Ou peux-être tentes-tu de m'envoyer au «&amp;nbsp;casse-pipe », persuadé de pouvoir me récupérer ensuite&amp;nbsp;? Que mijotes-tu exactement ?&lt;br /&gt;
-  Rien de répréhensible Pénélope. C'est juste que le remords me bouffe les entrailles depuis l'autre soir. Je ne peux me pardonner d'être sorti de mes gonds, ni de t'avoir heurtée. Je m'en veux et je voudrais véritablement que tu me pardonnes. Le pourras-tu ?&lt;br /&gt;
La question est ardue et, sur le moment, il m'est extrêmement difficile de lui répondre. Mon ressentiment envers lui est encore vif. Hésitante, je décide tout de même de répondre à sa question, sans pour autant le ménager. Il doit comprendre que je vis dans une équation affective dont il ne fait pas partie, pas «&amp;nbsp;amoureusement&amp;nbsp;» parlant.&lt;br /&gt;
-  Il me faudra un peu de temps, Jérôme. J'avais déjà tendance à te fuir, mais à présent, je suis devenue terriblement méfiante en ce qui te concerne. J'espère que tu me comprends.&lt;br /&gt;
-  Tu es très dure avec moi mais je le comprends et je ne t'en veux pas le moins du monde. Saches que je serai toujours là pour t'aider, en cas de besoin.&lt;br /&gt;
Le ton larmoyant, soufflant avec désir dans le combiné, Jérôme attend un signe d'espoir de ma part. Mais parfois le dégoût est plus fort que le pardon. Je me vois dans l'incapacité momentanée de lui donner la moindre chance.&lt;br /&gt;
-  Il faut que je te laisse... Je dois me préparer pour aller au bureau. Luc m'attends pour une mission en Charente.&lt;br /&gt;
-  Ah oui&amp;nbsp;! Je sais. C'est pour Brad et sa dulcinée, n'est-ce-pas&amp;nbsp;? Chapeau bas. Cette fois, c'est du très gros poisson&amp;nbsp;! Alors, tu vas faire un tour en hélicoptère avec eux&amp;nbsp;? C'est vraiment énorme ça. Je t'envie.&lt;br /&gt;
-  Oui. Bon, on en discutera plus tard tu veux bien&amp;nbsp;? Je dois vraiment y aller à présent.&lt;br /&gt;
-  D'accord, d'accord. Bonne chance alors, et à très bientôt ?&lt;br /&gt;
Je laisse sa question sans réponse et raccroche sans autre forme de procès.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une heure plus tard, la discussion va bon train lorsque j'ouvre la porte vitrée du bureau de Luc.&lt;br /&gt;
-  Ah, tiens. Te voilà ma bichette. Entres, entres&amp;nbsp;! Assieds-toi. Tu as pris un café ?&lt;br /&gt;
-  Un énorme Capuccino. J'en avais besoin lui réponds-je avec un sourire en coin.&lt;br /&gt;
-  Oui, je vois ce que c'est, me répond-il avec un air entendu.&lt;br /&gt;
-  Ce n'est pas ce que tu crois.&lt;br /&gt;
-  On dit ça, surenchérit-il, un sourire fripon au coin des lèvres. Nous venons juste de commencer, continue-t-il. Sur ce coup, il me faut mes meilleurs éléments. Les deux tourtereaux recherchent un château un petit peu partout en dessous-de la Loire, en Dordogne et dans le grand Sud-Ouest. Rémi et Vincent continuent de prospecter sur la Dordogne et le Lubéron.&lt;br /&gt;
Ceci dit, leur attachée de presse vient de me confirmer que les amoureux avaient plus ou moins porté leur choix sur la Dordogne, mais n'avaient pas eu le coup de foudre escompté pour le moment. Ils voudraient néanmoins refaire un petit tour avant de poser leur dévolu sur une autre région. Donc, c'est toi qui t'y colles. Voici le plan de vol de l'après-midi, le planning des visites qu'on leur a concocté ainsi que la plaquette du Château de Mirambeau, où tu mangeras avec eux ce soir. Armelle m'a bien spécifié qu'ils t'invitaient à leur table; ça ne se refuse pas. Tu as tout capté ma grande ?&lt;br /&gt;
-  Oui, je pense avoir tout compris. Je vais regarder tout cela en détail avant de partir.&lt;br /&gt;
-  OK. Tu as deux heures pour lire la paperasse, rappeler tous les prestataires, les propriétaires et les agents. Départ à onze heures. Rendez-vous à midi-trente sur l'une des pistes privées de l'aéroport de Roissy. Armelle te réceptionnera à la porte 30, terminal 1, et te conduira à eux. Ça marche ?&lt;br /&gt;
-  Ça marche.&lt;br /&gt;
Luc tapa des deux mains sur la table, signifiant ainsi la fin de la réunion. &lt;br /&gt;
-  J'ai un rencart avec Boris pour la prochaine mission, me lance-t-il en enfilant son blouson à la hâte. Je suis à la bourre. J'y vais. Tu me feras un compte-rendu dès que tu rentres, d'accord ?&lt;br /&gt;
-  Oui, je t'enverrai un e-mail.&lt;br /&gt;
-  Non, tu m'appelles.&lt;br /&gt;
Il se penche à mon oreille.&lt;br /&gt;
-  J'ai deux ou trois petites choses à t'annoncer concernant ton «&amp;nbsp;prince charmant&amp;nbsp;» Cendrillon. Et je préfère te le dire de vive-voix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://blog.bebook.fr/penelope/index.php/post/2010/07/29/La-voie-brisee#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>Le droit chemin</title>
    <link>http://blog.bebook.fr/penelope/index.php/post/2010/07/26/Le-droit-chemin</link>
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    <pubDate>Mon, 26 Jul 2010 01:25:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Pénélope Wise</dc:creator>
            
    <description>&lt;p&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;LA
PENSEE SE MANIFESTE PAR UNE PAROLE, &lt;br /&gt;LA PAROLE SE TRADUIT PAR UN
ACTE, &lt;br /&gt;L’ACTE DEVIENT UNE HABITUDE, &lt;br /&gt;ET L’HABITUDE SE
SOLIDIFIE EN CARACTERE.&lt;br /&gt;ALORS, OBSERVE AVEC SOIN LA PENSEE ET SES
MEANDRES, &lt;br /&gt;ET LAISSE LA JAILLIR DE L’AMOUR&lt;br /&gt;NE DU SOUCI DE
TOUS LES ETRES&lt;br /&gt;DE MEME QUE L’OMBRE SUIT LE CORPS, &lt;br /&gt;TEL ON
PENSE, TEL ON DEVIENT.&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;(Bouddha
Shakyamuni)&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;    &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal; text-decoration: none;&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;
Il
n'y a rien à faire, les paroles de Jérôme ne
cesse de résonner dans ma tête.&lt;br /&gt;&lt;em&gt;Il
fait partie d'une secte...D'une secte... &lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
Je
me tiens les tempes, prise de nausée. Une terrible crise de
migraine m'assaille depuis vendredi et m'épuise. Le ventre me
fait mal, agressé par la somme colossale de médicaments
que j'avale sans ressentir pourtant le moindre soulagement. La
douleur ne cesse d'augmenter, persistante, lancinante, insupportable.
Cependant, je n'abandonne pas et scrute la toile jour et nuit à
la recherche d'une parole qui saura ramener une âme en
perdition vers le droit chemin.&lt;br /&gt;Le
tout est de savoir ce qu'est «&amp;nbsp;le droit chemin&amp;nbsp;».
La notion est si subjective ! Et le droit chemin est-il seulement le
«&amp;nbsp;bon&amp;nbsp;»? Seul Shakyamuni lui-même saurait
répondre à cette complexe question. Et encore ! Il n'a
atteint l'illumination qu'à quatre-vingts ans passés,
persuadé de n'avoir rien appris.&lt;br /&gt;J'ai
beau tourner et retourner la situation dans ma tête, le
problème reste insoluble.&lt;br /&gt;En
admettant que je trouve une solution convaincante, je ne peux
décemment faire des centaines de kilomètres en avion
pour aborder un homme et lui annoncer de but en blanc que sa vie et
son mode de pensée ne sont qu'un leurre; qu'il s'est fait
endoctriner et que son modèle spirituel se sert de lui pour
étendre son champ d'action.&lt;br /&gt;Comment
lui dire que les voies de la sagesse qu'il embrasse avec ferveur sont
bien loin de la compassion initiale du Bouddha ? Il refusera de me
croire.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal; text-decoration: none;&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;br /&gt;
Je masse mes paupières lourdes de fatigue et me
laisse convaincre par l'idée séduisante d'un thé
bouillant. Bercée par le va et vient du rocking chair dans
lequel je me suis assise, j'inhale avec un plaisir absolu une longue
bouffée de tabac blond. L'enjeu est de taille et les moyens de
procéder bien minces...&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal; text-decoration: none;&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;img style=&quot;margin: 0 0 1em 1em; float: right;&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://blog.bebook.fr/penelope/public/bouddhisme/.anti_buddha_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal; text-decoration: none;&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;Brusquement,
je me lève. Une pensée vient de me venir à
l'esprit, si risible de simplicité que je n'y avais même
pas songé.&lt;br /&gt;Je
ne peux attaquer directement ses choix, mais puisque qu'il dit
«&amp;nbsp;adhérer&amp;nbsp;» à la philosophie
bouddhiste, qui d'autre que le Bouddha saurait lui montrer la voie ?
Dans ses enseignements, il dit :&lt;br /&gt;«&amp;nbsp;&lt;em&gt;Ceux
qui prennent l'erreur pour la vérité et la vérité
pour l'erreur, ceux qui se nourrissent dans les pâturages des
pensées fausses, n'arriveront jamais au réel&lt;/em&gt;&amp;nbsp;».&lt;br /&gt;Ne
reste qu'à démontrer que le chemin qu'il a choisi n'est
pas la vérité. Ce ne sera pas difficile. La  propre
expérience de Shakyamuni est si semblable à la sienne, son karma est si proche du sien
qu'il ne sera pas compliqué de l'amener à faire un
parallèle évident.&lt;br /&gt;Il
y a maintenant quelques semaines de cela, je suis tombée sur
lui, par hasard, au cours d'une discussion animé sur
Donatello. Il était tard. J'hésitais entre l'appel du
repos et la passion du débat. Et puis, il est arrivé,
comme surgit de nulle part. Une manifestation soudaine proche du
miracle. A croire que le destin ne baisse jamais sa garde. Il n'y a
pas de hasard.&lt;br /&gt;Je
suis certaine que c'est lui. Le mystère avec lequel il entoure
sa profession, son nom de famille, le descriptif de son physique,
l'absence de photo sur son profil, l'impossibilité d'obtenir
le plus petit renseignement sur son lieu de vie, son adresse, ses
amours précédentes... Tout me confirme qu'il s'agit
bien de l'homme que la vie me livre, juste là, et que je
caresse amoureusement chaque soir par l'intermédiaire des
touches de mon clavier d'ordinateur.&lt;br /&gt;Sa
passion pour la photographie, son intérêt pour la
sculpture, sa manière de débattre sur l'environnement
me disent que je suis dans le vrai. Ce ne peut être que lui.
Tous mes sens, parfaitement en éveil dès que ses
messages me parviennent, me mettent dans un état d'excitation
sans précédent. Je sens qu'il est là, juste
derrière l'écran, caché derrière un nom
d'emprunt. Je peux presque entrevoir l'espièglerie de son
sourire lorsqu'il me chahute avec humour et finesse, un brun
débonnaire, infiniment prévenant. Son amour
inconditionnel pour les femmes, cette manière de concevoir
l'existence par et pour elles, son profond respect pour sa
grand-mère, dont il parle par ailleurs très souvent,
son adoration pour sa soeur cadette me confirme que je m'adresse bien
à l'élu; celui que mon âme recherche depuis la
nuit des temps.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal; text-decoration: none;&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;br /&gt;
Ce
soir, la discussion tourne autour du thème du destin. Après
avoir longuement scruté l'écran, je finis par me
lancer, mets en ordre deux ou trois idées en griffonnant à
la hâte quelques mots clés sur un morceau de papier, et
entreprends de répondre à sa question laissée en
suspens.&lt;br /&gt;Le
curseur clignote obstinément, attendant ma réponse.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal; text-decoration: none;&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;br /&gt;
Lui
:   Si j'en crois tout ce que tu me racontes, alors j'en conclue que
tu crois à la notion de chemin ? Tout comme moi &lt;img src=&quot;/penelope/themes/default/smilies/wink.png&quot; alt=&quot;;-)&quot; class=&quot;smiley&quot; /&gt;  -  Mais
tu ne m'as pas parlé du libre arbitre ? Pour ma part, je pense
que nous avons la possibilité d'influer sur le cours des
évènements, sans pour autant sortir du chemin que
chacun d'entre-nous est amené à suivre. Qu'en dis-tu
?&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal; text-decoration: none;&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;br /&gt;
Moi
:  Tu m'as percé à jour &lt;img src=&quot;/penelope/themes/default/smilies/wink.png&quot; alt=&quot;;-)&quot; class=&quot;smiley&quot; /&gt;  - Je crois effectivement à
la notion de chemin; ceci dit, tout en acceptant le paramètre
très probable que beaucoup ne mènent nulle part. On
peut également le suivre sans aucune garantie que ce soit le
«&amp;nbsp;bon&amp;nbsp;». Malgré tout, il est possible de
résoudre cette incertitude en équilibrant le modèle
du chemin par celui de l'épanouissement. Tu sais, je me suis
rendue compte que les êtres humains sont parfois si préoccupés
par des questions sans importance réelle qu'il en oublient de
savoir s'il ont le bon «&amp;nbsp;Mantra&amp;nbsp;», le bon
livre;&amp;nbsp; qu'ils passent à côté du «&amp;nbsp;vrai&amp;nbsp;».&amp;nbsp;
En un sens, tu me diras, il est impossible de le savoir.&lt;br /&gt;Tu
imagines ? Si quelqu'un venait et te disais : «&amp;nbsp;Vous
faites fausse route. Vous êtes sûrement en route vers
l'enfer » que pourrais-tu répondre ? Tu pourrais
choisir de refuser d'entendre mais tu ne pourrais pas prouver qu'il,
ou elle, à tort.&lt;br /&gt;A
mon sens, s'il est possible de savoir si l'on est sur la voie de
l'Eveil, ce n'est que parce-qu'il y a déjà quelque
chose en nous, même si ce n'est qu'à l'état de
germe. Sans cette résonance, personne ne pourrait suivre la
voie de l'Eveil, et donc, se retrouverait dans l'incapacité de
suivre son chemin de vie, celui que son destin lui trace, jour après
jour. Il est possible de tourner le flanc à sa destinée
en choisissant de suivre le mauvais chemin, sans en avoir la moindre
conscience, et persuadé de surcroît faire le bon choix.
Pour suivre sa destinée, il faut accepter de se laisser guider
et de se remettre en question chaque fois qu'une entité
extérieure vient jouer le rôle de guide. Il fait savoir
l'écouter, suivre son conseil, puis se laisser prendre par la
main et se laisser porter par la vague. Y-compris s'il nous arrive
d'être renversé par la force du courant.&lt;br /&gt;Tu
sais ce que le Bouddha Shakyamuni a dit, parmi ses nombreux
enseignements ?&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal; text-decoration: none;&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;br /&gt;
Lui
:  Dis-moi...&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal; text-decoration: none;&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;text-decoration: none;&quot;&gt;&lt;br /&gt;Moi
:  « &lt;em&gt;Par soi-même, en vérité, est fait le mal. Par soi-même on est souillé.&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;text-decoration: none;&quot;&gt;&amp;nbsp;»&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
Cela
s'applique également aux mauvais chemins, que l'on peut
prendre malencontreusement pour des bons.
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal; text-decoration: none;&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;br /&gt;
Lui
:  Et qu'a-t-il dit d'autre ? Ne te fais pas prier, vas-y,
enseignes-moi  &lt;img src=&quot;/penelope/themes/default/smilies/wink.png&quot; alt=&quot;;-)&quot; class=&quot;smiley&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal; text-decoration: none;&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;br /&gt;
Moi
: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Celui qui, après avoir été
négligent, devient vigilant, illumine la terre comme la lune
émergeant des nuées&amp;nbsp;&lt;/em&gt;».&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal; text-decoration: none;&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;br /&gt;
Lui
: Alors tu penses que dans ma démarche quotidienne, je fais
fausse route ? Tu es persuadée que mon mode de pensée
n'est pas le bon, n'est-ce-pas ? C'est bien ce que tu essayes de me
faire comprendre ?&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal; text-decoration: none;&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;br /&gt;
Moi
: Non, ne crois pas cela. Je suis sincèrement convaincue que
ton mode de pensée est louable et que la voie que tu cherches
à atteindre peut te faire suivre le bon chemin. Mais je sais
de source sûre que le guide que tu as choisi pour t'y engager n'est
pas le bon.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal; text-decoration: none;&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;br /&gt;
Lui
: De quelle source l'information te vient-elle ?&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal; text-decoration: none;&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;br /&gt;
Moi
: Des nombreuses interventions du Dalaï Lama pour dénoncer
les organisations sectaires qui, sous le couvert du Bouddhisme et de
l'enseignement Zen tendent des pièges aux personnes influentes
pour s'en servir de bannière et renforcer ainsi leur pouvoir
auprès des jeunes populations. C'en est malheureusement
navrant d'évidence.
&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal; text-decoration: none;&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;br /&gt;
Lui
:  Tu veux en venir où exactement ?&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal; text-decoration: none;&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;br /&gt;
Moi
: Au fait.
&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal; text-decoration: none;&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;br /&gt;
Lui
: C'est à dire ?
&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal; text-decoration: none;&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;br /&gt;
Moi
: Tu as choisi le mauvais chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal; text-decoration: none;&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;br /&gt;
Lui
: Tiens-donc ! Et quel est donc le bon ?  Dis-le moi, je n'en puis
plus.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal; text-decoration: none;&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;br /&gt;
Moi
: Celui que je m'apprête à te faire prendre.
&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal; text-decoration: none;&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;br /&gt;
Lui
: Vraiment ? Alors révèles-moi vite la date de cette
grande conjonction, que je me tienne prêt !&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal; text-decoration: none;&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;br /&gt;
Moi
: Cela se passera le quatre août prochain. Tu seras sur la
scène de l'un des plus magnifiques théâtres de
Londres et moi, je serai dans la salle. Je ne te lâcherai pas
des yeux et lorsque les lumières se rallumeront, à
l'instant même où tu t'apprêteras à saluer
ton public, ton regard croisera le mien. Tu sauras alors que je suis
venue pour te ramener vers le droit chemin.
&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal; text-decoration: none;&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;br /&gt;
Lui
: ... Viendras-tu me parler ?&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal; text-decoration: none;&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;br /&gt;
Moi
: Oui.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal; text-decoration: none;&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;br /&gt;
Lui
: Et que me diras-tu pour me convaincre de te suivre ?&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal; text-decoration: none;&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;br /&gt;
Moi
: « Maintenant que tu connais mon visage, il ne te reste qu'à
lire et déchiffrer les codes.»&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal; text-decoration: none;&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;br /&gt;
Lui
: Et de quelle référence devrais-je partir pour
décrypter la mystérieuse révélation que
tu t'apprêtes à me faire ?&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal; text-decoration: none;&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;br /&gt;
Moi
: &lt;q&gt;Wisenot&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal; text-decoration: none;&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;br /&gt;
Lui
: &lt;q&gt;Wisenot&lt;/q&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal; text-decoration: none;&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;br /&gt;
Moi
: Oui&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal; text-decoration: none;&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;br /&gt;
Lui
: C'est quoi ? Un anagramme ?&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm; font-style: normal; text-decoration: none;&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;br /&gt;
Moi
: Non. C'est le mot de passe qui ouvre la porte derrière laquelle se
cache la réponse que tu cherches...&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Le piège</title>
    <link>http://blog.bebook.fr/penelope/index.php/post/2010/07/16/Le-piege</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:ebe82205446262e46b0091a71a7800b1</guid>
    <pubDate>Fri, 16 Jul 2010 02:04:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Pénélope Wise</dc:creator>
            
    <description>&lt;p&gt;&lt;q&gt;&lt;em&gt;Personne, voyant le mal, ne le choisit; mais attiré par l'appât d'un bien vers un mal plus grand que celui-ci, l'on est pris au piège.&lt;/em&gt;&lt;/q&gt;&lt;br /&gt;
(Epicure – Sentences vaticanes)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mille excuses à mes lecteurs&amp;nbsp;!  J'ai manqué de constance ces deux dernières semaines. Il y a parfois des moments de perdition dans la vie des êtres fragiles que nous sommes.
&lt;img src=&quot;http://blog.bebook.fr/penelope/public/misc/ying_yang.jpg&quot; alt=&quot;Ying Yang&quot; style=&quot;float:left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;
Des sentiments fugaces, d'une force incroyable, qui nous mettent à terre et nous laissent sans force, démunis devant  l'incommensurable effort que la reconstruction va demander.
Je ne sais comment vous narrer ce qui m'est arrivé. Le plus simple serait sans doute de commencer par le début et de procéder de manière chronologique, sans omettre aucun détail, n'est-il pas&amp;nbsp;? Mais cela demanderait trop de temps, et je n'en ai pas beaucoup. Il me faut ménager votre patience, déjà par trop sollicitée, et aller à l'essentiel.&lt;br /&gt;
J'irai donc droit au but...&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;&lt;br /&gt;
Dimanche 1er juillet – 22H00&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien ne peut palier à l'absence. Seul l'espoir à ce don unique de faire tenir les plus vulnérables, les candidats à la déprime. Chaque matin est une épreuve de force, un coup de poing dans l'estomac. Pourtant, les circonstances paraissent favorables et semblent me mener vers ce que je cherche. Mais au même titre qu'un nageur piégé juste sous la surface de l'eau, je me retrouve privée d'air chaque fois que je m'apprête à respirer. L'idée est aussi insupportable que de croire que l'on peut enfin étreindre la personne que l'on a si longtemps cherché et de s'apercevoir que l'objet de toutes nos pensées se trouve derrière une vitre blindée. On se débat, on vocifère, on frappe, on crie, on pleure, mais rien n'y fait. La muraille invisible ne cède pas. Le code d'ouverture reste introuvable. Se tenir là, si près, et se trouver pourtant si loin. C'est à tomber folle... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
-  Je vais aller le voir à Londres. D'après la presse, il doit y rester jusqu'en Septembre prochain. Il me faut aller à lui, le regarder au fond des yeux..., et lui dire.&lt;br /&gt;
-  Si vous êtes destinés l'un à l'autre, tu n'auras rien à lui dire, commente Jérôme. Il te regardera, et il saura.&lt;br /&gt;
-  Nous nous sommes déjà croisés. Il m'a regardé et s'en est allé.&lt;br /&gt;
-  Cela ne veut rien dire. Il t'a peut-être juste entre-aperçue sans se rendre compte qu'il avait en face de lui celle qu'il cherche à priori encore. Tu sais Pénélope, il arrive parfois que deux individus doivent s'éloigner l'un de l'autre pour réaliser qu'ils ne peuvent pas vivre séparés.&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Rapports humains impossibles...&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J'observe Jérôme en silence. Il me tend un verre à grand cru, un sourire vainqueur aux lèvres.&lt;br /&gt;
-  Ma dernière acquisition. Gevrey Chambertin 93 «&amp;nbsp;Coeur de Roy ». Une merveille. Tu vas apprécier.&lt;br /&gt;
-  Merci beaucoup, dis-je en prenant avec précaution le précieux breuvage.&lt;br /&gt;
Il s'assied à mes côtés et nous trinquons à ma venue.&lt;br /&gt;
-  Je t'ai attendue longtemps, m'avoue-t-il avec une émotion à peine contenue. Et te voilà enfin. Dommage que ce ne soit pas pour parler de nous, mais de lui.&lt;br /&gt;
Il boit une gorgée de vin et le garde longuement en bouche avant de l'avaler.&lt;br /&gt;
-  Jérôme, j'ai beaucoup hésité avant de venir. Mais lorsque tu m'as si gentiment proposé ton soutien l'autre jour, j'ai pensé que...&lt;br /&gt;
-  Que je pouvais t'être utile.&lt;br /&gt;
-  Non, ce n'est pas ça...&lt;br /&gt;
-  Bien sûr que si. Mais cela ne me gêne pas. J'ai suffisamment de sentiments pour toi pour l'accepter. Lorsque Luc m'a demandé de te contacter, je n'ai pas hésité une seconde. L'occasion était trop belle, tu penses bien, me dit-il en cachant sa déconvenue derrière un sourire forcé.&lt;br /&gt;
Trop gênée pour répliquer quoi que ce soit, je me concentre sur le vin et bois à mon tour une large lampée.&lt;br /&gt;
-  Qu'en penses-tu ?&lt;br /&gt;
-  Il est vraiment délicieux. Très fin et incroyablement parfumé.&lt;br /&gt;
-  Ah, tu vois&amp;nbsp;? J'étais sûr qu'il te plairait.&lt;br /&gt;
Nous nous regardons un court instant puis je baisse les yeux, mal à l'aise.&lt;br /&gt;
- Je n'aurais pas dû venir. Ce n'est pas correct.&lt;br /&gt;
- Qu'est-ce que tu racontes Pénélope&amp;nbsp;? Cela n'a rien d'incorrect. Tu as toujours joué franc-jeu avec moi. Je sais de quoi il retourne et je ne me fais pas d'illusions. J'ai simplement le secret espoir que tu réfléchisses à certains paramètres que tu ne sembles pas connaître.&lt;br /&gt;
-  A quel propos ?&lt;br /&gt;
-  Tu veux dire &lt;q&gt;&lt;em&gt;à propos de qui&lt;/em&gt;&lt;/q&gt; ?&lt;br /&gt;
-  Qu'est-ce que tu veux dire ?&lt;br /&gt;
Je réalise soudain que celui que je prenais pour un amoureux transi, noble et désintéressé, avait en réalité largement calculé de ruiner l'image de l'homme dont j'étais éprise.&lt;br /&gt;
-  Tu ne pourras pas avoir cet homme, jamais. C'est cette évidence qui joue perpétuellement contre toi.&lt;br /&gt;
-  Sois plus clair. Je ne comprends rien à ce que tu essayes de me dire.&lt;br /&gt;
-  C'est parce-que tu ne veux pas comprendre. Ne trouves-tu pas étrange qu'à chaque fois que tu penses pouvoir t'en rapprocher un peu, les évènements s'arrangent toujours pour te l'enlever de nouveau&amp;nbsp;? Toi tu penses que c'est un test que la vie te réserve, qu'il faut savoir mériter ceux que l'on aime, n'est-ce-pas&amp;nbsp;? Mais tu te mens à toi-même. Ton voyage à Londres te le prouvera une fois encore, tu verras.&lt;br /&gt;
J'écoute sans entendre les mots qui s'écoulent précipitamment de la bouche de Jérôme, comme s'il était pris d'une sorte de fièvre à l'idée de démontrer que mon but était inatteignable.&lt;br /&gt;
&lt;img src=&quot;http://blog.bebook.fr/penelope/public/fleurs/dance_lotus.jpg&quot; alt=&quot;Dance of the Lotus&quot; style=&quot;float:right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; /&gt;
-  La vérité, c'est qu'il n'est pas l'homme qu'il te faut. Le véridique, c'est qu'avec lui tu seras malheureuse comme les pierres du chemin.&lt;br /&gt;
-  Tu délires.&lt;br /&gt;
-  Ah bon&amp;nbsp;? Et tous tes efforts pour tenter de le retrouver, même par Internet&amp;nbsp;? Et je ne parle même pas de tous les sites de rencontres auxquels tu t'es inscrite pour essayer de l'attirer&amp;nbsp;! Est-ce qu'il s'est seulement montré&amp;nbsp;? Non. As-tu reconnu dans tes interlocuteurs cachés son esprit si généreux et son engagement pour la planète&amp;nbsp;? Encore non. As-tu, ne serait-ce qu'un tout petit peu, parlé sculpture ou photographie avec l'un d'entre-eux&amp;nbsp;? Évidemment que non.&lt;br /&gt;
Tu ne veux pas croire à ce que je te dis parce-que tu refuses d'abandonner ton idéal. Mais ton prince charmant n'est en réalité qu'un pantin, Pénélope. Un mythomane prisonnier des blessures de son enfance qu'il tente de soigner en se glissant dans la peau des héros qu'il affectionnait quand il avait cinq ou dix ans. Il n'est rien d'autre qu'une marionnette manipulée par plus fort que lui. &lt;br /&gt;
-  Arrête ça immédiatement, Jérôme.&lt;br /&gt;
-  Certainement pas. Je veux que tu saches. Tu dois savoir.&lt;br /&gt;
-  Mais savoir quoi, bon sang&amp;nbsp;? finis-je par dire en me levant. &lt;br /&gt;
Jérôme se lève à son tour et m'empoigne brusquement. Je tente de me dégager de son étreinte mais sa force est bien supérieure à la mienne. &lt;br /&gt;
-  Il fait partie d'une secte.&lt;br /&gt;
-  Qu'est-ce que tu dis ?&lt;br /&gt;
-  Il fait partie d'une secte, Pénélope. Probablement la plus puissante au monde. La SGI. &lt;br /&gt;
Je n'arrive pas à en croire mes oreilles. Jérôme a forcément inventé cette histoire de toutes pièces. Cela ne peut pas être vrai.&lt;br /&gt;
-  Tu mens, me mets-je à hurler. Lâche-moi maintenant, tu me fais mal.&lt;br /&gt;
-  Non, je ne te lâcherai pas. Tu vas entendre jusqu'au bout ce que j'ai à te dire. Il est totalement lobotomisé. Il est trop tard maintenant, tu le le récupéreras pas. Ni toi, ni personne. Ils s'arrangeront pour que personne ne puisse intervenir dans sa vie de manière subversive. Ce serait trop dangereux pour eux. S'il se mettait à réfléchir de nouveau grâce à l'influence d'un tiers, il pourrait alors prendre du recul et découvrir qu'il a été piégé. Te rends-tu compte de la puissance de son image auprès des jeunes générations. Il ont besoin de quelqu'un comme lui. Ils ne le lâcheront pas. Ils leur a déjà certainement donné des milliers de dollars. Peut-être même des millions. &lt;br /&gt;
-   Il ne fait pas partie d'une secte Jérôme. Tu te trompes. Il est bouddhiste.&lt;br /&gt;
-  Bouddhiste dis-tu&amp;nbsp;? Laisse-moi rire. Même l'Association Bouddhiste de France ne reconnaît pas cette secte. En revanche, elle est beaucoup plus connue pour ses activités financières et son infiltration dans la politique et le show business. Ses membres, pour la plupart fanatiques, considère être les seuls à posséder la «&amp;nbsp;vérité ultime ». Tous les enseignements dispensés sont basés sur le Sutra du Lotus. Les autres enseignements du Bouddha sont considérés comme provisoires ou rejetés.&lt;br /&gt;
-  C'est impossible. Tu as inventé tout cela.&lt;br /&gt;
-  Je n'ai rien inventé. Renseigne-toi et tu sauras que je dis la vérité.&lt;br /&gt;
Anéantie, je me mets à pleurer. Jérôme desserre son étreinte et m'aide à me rasseoir.&lt;br /&gt;
-  Ce n'est pas vrai...&lt;br /&gt;
-  Si, ça l'est. Il s'agit de la plus importante secte mondiale. Elle compte huit millions d'adeptes au Japon et deux millions dans les autres pays du monde, tout confondu.
Elle est dirigée de mains de maître par son Président. Il a d'ailleurs récemment rencontré ton «&amp;nbsp;destin&amp;nbsp;» afin de lui soutirer d'avantage d'argent. Il existe des clichés de ce rendez-vous, qui a succédé à un culte auquel il a participé avec ferveur et conviction.&lt;br /&gt;
-  Où ça ?&lt;br /&gt;
-  Où ça&amp;nbsp;? Mais sur Internet. La volonté du grand dirigeant de cette organisation est justement que le monde entier sache qu'un personnage aussi adulé et public que lui, non seulement adhère à sa philosophie et à ses enseignements, mais donne de sa personne et de son capital pour pérenniser cette puissante entreprise. Ouvre n'importe quel magazine récent. Il ne fait qu'en parler. Et en quels termes&amp;nbsp;!  Je crois que le mieux que j'ai lu est&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Je crois au destin et à la notion de chemin. Je crois que la vie me mènera là où je dois aller dès lors que je resterai honnête avec moi-même et avec ceux que j'aime. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Durant de longues minutes, je reste abasourdie par tout ce qui vient de m'être révélé. Jérôme me passe un bras autour des épaules et me tend le verre de vin que, dans la violence de notre échange, je n'ai pas un seul instant pensé à finir.&lt;br /&gt;
-  Tiens, bois. Cela te fera du bien.&lt;br /&gt;
Choquée par sa condescendance, furieuse de ne pouvoir agir contre les caprices du destin, révoltée par tant de calcul, je suis subitement prise de dégoût et du revers de la main, gifle Jérôme de toutes mes forces. &lt;br /&gt;
Avant qu'il n'ait pu réagir, j'attrape mon sac à main, passe la porte de son appartement et dévale les escaliers en hâte.&lt;br /&gt;
Durant les minutes qui suivent, je déambule dans les rues sans même m'apercevoir que la pluie tombe à verse. Trempée jusqu'aux os, je continue pourtant de marcher, affrontant les bourrasques, ballottée par le vent comme une poupée de chiffon dans les mains d'un garnement. J'ai besoin de laver mon esprit de ce qu'il vient d'entendre.&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;C'est impossible. Pas lui. Seigneur Dieu tout puissant. Non, pas lui. Je vous en prie...&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
Je me mets à courir sans but véritable, me forçant à rester digne, à ne pas céder à la panique ni au désespoir. Une affiche a finalement raison de moi, au détour d'un pâté de maison. Elle est là, immense, lumineuse, tournant sur elle même de l'autre côté de la chaussée. Je traverse les passages protégés et me plante devant, hagarde. Son visage y est si beau, son sourire si superbe, son regard si profond qu'il ne se passe pas une seconde avant que je ne m'agenouille à ses pieds pour lui jurer un amour éternel.&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Mon amour, comment as-tu pu te laisser piéger de la sorte&amp;nbsp;? As-tu à ce point baissé ta garde que tu n'as pu voir venir à toi l'un des pires gourous au monde ?&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Dûssais-je y laisser ma santé mentale j'irais à Londres, je le jure devant Dieu; je te trouverai et je te sortirai de ce faux pas.&lt;/em&gt;''&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Il me cherche</title>
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    <pubDate>Fri, 25 Jun 2010 11:49:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Pénélope Wise</dc:creator>
            
    <description>&lt;p&gt;&lt;q&gt;&lt;em&gt;Les mots possèdent ce prodigieux pouvoir de rapprocher et de confronter ce qui sans eux resterait épars&lt;/em&gt;.&lt;/q&gt;&lt;br /&gt;
(Claude Simon)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Paris, 24 juin 2010 - 22H35&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;
-  Comment ça va ma puce&amp;nbsp;? m'interroge Luc sur un ton faussement enjoué.&lt;br /&gt;
Je m'accroche à mon combiné téléphonique comme à une bouée de sauvetage, murée dans un silence gênée. Quoi lui dire&amp;nbsp;? Quel argument sensé puis-je servir à mon responsable quand il supporte avec courtoisie et patience une déprime persistante depuis près de dix jours ?&lt;br /&gt;
-  Pas très bien je dois dire, finis-je par lui confier. J'ai du mal à rassembler mes idées et à retrouver mes repères. La fatigue sans doute. Trop de surmenage. En vérité, je n'ai pas beaucoup arrêté depuis mon retour du Maroc. Deux négociations de villas en Normandie, trois locations de lofts parisiens pour des reportages photos, un défilé, une pub, un aller-retour en Aveyron pour voir mon fils, une engueulade avec mon ex et, pour finir, rien de concret qui me raccroche à quoi que ce soit de probant concernant mon avenir.&lt;br /&gt;
-  Ton avenir&amp;nbsp;? Et bien mon petit chou, il faut te reprendre!  Il y a des choses bien plus importantes dans la vie d'une femme que de courir après un éphèbe trentenaire, grand, ténébreux, beau comme un dieu et célibataire par surcroît, me raille-t-il avec malice.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;Notant que je ne relève pas son trait d'humour, il me relance.&lt;br /&gt;
-  Pénélope ?&lt;br /&gt;
-  Oui, je suis là.&lt;br /&gt;
-  Bon, écoute... Tu vas me faire le plaisir de prendre quelques jours supplémentaires et d'aller t'aérer pour de bon. Et cette fois-ci pas d'entourloupes, d'accord&amp;nbsp;? Tu oublies tes angoisses de midinettes et tu te reposes. Pas question d'aller chercher je ne sais quels indices sur celui que tu nommes avec emphase ton «&amp;nbsp;destin ». Au moins, que ta déprime serve à quelque chose. Tu vas quitter Paris et te la couler douce quelque part dans un lieu où tu puisses pleinement te ressourcer. Tiens, il y a justement Jérôme qui ne rêve que de te dorloter et de servir tes quatre volontés. Tu peux partir le rejoindre, qu'en penses-tu ?&lt;br /&gt;
-  Non merci. Sans façon. C'est très sympathique à toi de te soucier de ma santé affective, mais...&lt;br /&gt;
-  Qu'est-ce-que tu risques&amp;nbsp;? De passer du bon temps&amp;nbsp;? Et alors, la belle affaire. Laisses-moi te dire qu'il s'est enquis une fois de plus de tes nouvelles la semaine dernière.  «&amp;nbsp;Comment va la plus belle fille du monde&amp;nbsp;? » m'a-t-il demandé. C'est pas mignon ça&amp;nbsp;? Ce n'est pas plus concret que de courir après le vent ?&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Le vent... Il est justement question de cela. L'homme que je peine à retrouver est comme le vent; sauvage, indépendant, insaisissable, impalpable... Constamment en mouvement. Un enfer psychologique. Une souffrance presque physique.&lt;/em&gt; &lt;br /&gt;
-  Luc, ne sois pas cruel veux-tu ?&lt;br /&gt;
-  Je ne suis pas cruel, Pénélope. J'essaye de te faire réagir. Crois-bien que je suis le premier à adhérer à certains signes dans la vie. Je suis avec toi, mon petit poulet, et je t'aiderai dans tes recherches quoi qu'il advienne. Mais saches que je ne te pousserai jamais dans le sens de la descente. Si rien ne se manifeste depuis quelques temps, et bien cesse de jouer les psychotiques et profite de l'existence au lieu de te calfeutrer. &lt;br /&gt;
Rares sont les personnes qui croisent ton chemin et font basculer ta vie d'un seul regard. Toi tu l'as vécu. C'est une chose unique que tu n'as pas le droit de gâcher.&lt;br /&gt;
Tu te languis de lui&amp;nbsp;? Bats-toi&amp;nbsp;!  Tu veux que ta vie devienne un conte de fée&amp;nbsp;? Bats-toi. Provoque les choses. Je ne peux rien te dire de mieux. Pour vivre une destinée hors du commun il faut savoir saisir l'instant au vol. C'est cela le secret d'une vie réussie&amp;nbsp;! Moi, je n'ai pas su le faire et aujourd'hui, j'en suis réduit à séduire des blondes de bazar. Alors ne fais pas comme moi, veux-tu&amp;nbsp;? Sors la tête de l'eau, profite des opportunités qui s'offrent à toi et va de l'avant. Le reste arrivera bien en son temps.&lt;br /&gt;
Tiens, soit dit en passant, Jake viens justement de me contacter hier au soir. Il m'appelait de sa terrasse à Essaouira pour me dire que sa femme et lui prenaient un apéritif en ton honneur. Il a porté un toast à ta santé, m'a encore félicité de t'avoir dégoté et a demandé à ce que ce soit toi qui veilles sur ses intérêts dorénavant. Il veut ton concours exclusif pour ses prochaines acquisitions. C'est pas beau ça ?&lt;br /&gt;
-  Certainement...&lt;br /&gt;
-  Dis-donc, tu serais en passe de devenir l'un de nos meilleurs éléments que cela ne m'étonnerait pas&amp;nbsp;! Tu as une manière de travailler un peu atypique, certes, mais manifestement efficace&amp;nbsp;! Je suis fier de toi, mon petit bouchon.&lt;br /&gt;
- Je t'en prie Luc, ne sois pas si paternaliste. Tu va finir par me faire rougir, dis-je sans conviction.&lt;br /&gt;
Comprenant que rien n'arrivera à me sortir de mon marasme, Luc abat sa dernière carte.&lt;br /&gt;
-  Je t'ai lue.&lt;br /&gt;
-  Pardon ?&lt;br /&gt;
-  Je t'ai lue. J'ai lu ton blog. C'est très bien&amp;nbsp;! Si, franchement, je suis épaté. Mais cela fait presque dix jours que tu n'as rien écrit. Le moment est bien mal choisi pour baisser en régime. Tu dois poster des billets plus souvent, sinon tu vas te tuer dans l'oeuf avant même d'éclore.&lt;br /&gt;
-  Comment as-tu su ?&lt;br /&gt;
-  Dar Mimosas.&lt;br /&gt;
-  Comment ça, «&amp;nbsp;Dar Mimosas&amp;nbsp;» ?&lt;br /&gt;
-  Juste après ton coup de fil, j'ai cherché à savoir où t'emmenait ton marchand de loupiotes. Et là, je suis tombé sur «&amp;nbsp;La Croisée des Chemins ». Tu imagines&amp;nbsp;? Je tape le nom de l'un des plus grands hôtels marocains et le moteur de recherche me dirige vers tes écrits. Impressionnant, je dois dire !&lt;br /&gt;
-  Arrête de te moquer, Luc. Ce n'est pas drôle.&lt;br /&gt;
-  Mais je ne plaisante pas, Pénélope. C'est vrai. Tu n'as qu'à vérifier par toi même si tu ne me crois pas.&lt;br /&gt;
Doutant de la véracité des faits, mais néanmoins interpellée par ce que Luc vient de m'apprendre, je me redresse et rapproche le combiné téléphonique de mon oreille.&lt;br /&gt;
-  Tu en es sûr&amp;nbsp;? Tu ne me fais pas une mauvaise blague au moins !&lt;br /&gt;
-  Pénélope, mais où as-tu passé cette dernière semaine&amp;nbsp;? Cachée au fond de ta grotte&amp;nbsp;? Tu as créé un blog à seule fin de retrouver ton «&amp;nbsp;cher et tendre&amp;nbsp;» et tu ne cherches même pas à savoir s'il fonctionne&amp;nbsp;? Réveilles-toi, ma grande. Ҫa marche ton truc !&lt;br /&gt;
Bon, il est vrai qu'il m'arrive de ne pas être tout à fait d'accord avec le descriptif que tu fais de moi, et aussi que j'en ai appris de belles sur ta manière de fonctionner en mission. Mais bon, je dois avouer que je suis ébloui par ton talent de conteuse et que je suis très curieux de savoir de quelle manière tout ceci va finir. Le plus beau dans l'histoire, c'est qu'il s'agit de ta vie, la vrai. Ce n'est pas merveilleux&amp;nbsp;?  Tu es en passe de devenir un roman ma toute belle. Rien que ça !&lt;br /&gt;
Même les anglais commencent à parler de toi. Cela risque de te servir sous peu.&lt;br /&gt;
-  Qu'est-ce-que tu veux dire ?&lt;br /&gt;
-  Si je ne m'abuse, il est bien anglais ton prince charmant non&amp;nbsp;? C'est bien ce que tu visais ?&lt;br /&gt;
Je reste sonnée par ce que Luc vient de me rapporter. Bien loin de réaliser que les quelques pages que j'ai pu écrire jusque là aient suscité un quelconque engouement, je demeure plus ébahie encore à l'annonce que mon propre employeur puisse nourrir un intérêt pour mes pérégrinations amoureuses. &lt;br /&gt;
Avant même que je reprenne mes esprits, Luc m'assène le coup final.&lt;br /&gt;
-  Ah, au fait, j'allais oublier. Imagines-toi que ton prince charmant, avec tous ses avantages, n'arrive pas à trouver l'âme soeur. Je l'ai lu dans la presse. Figures-toi qu'il en est réduit à papoter avec des filles sur internet sans révéler son identité. Remarques, il faut en prendre et en laisser, mais nous savons toi et moi qu'il n'y a pas de fumée sans feu, n'est-ce-pas&amp;nbsp;? Il témoigne du fait que cette méthode est la seule valable pour s'assurer que ses futures conquêtes l'aimeront pour lui et non pas pour sa fortune ou son statut. Tu te rends compte&amp;nbsp;? Il est à la recherche d'une dulcinée virtuelle qui serait capable de l'aimer pour ce qu'il est vraiment, sans pour autant avoir la moindre conscience qu'il l'a déjà croisée.&lt;br /&gt;
C'est juste le bon moment pour montrer ton nez, Pénélope. Il va te falloir frapper vite, bien et fort. Il serait dommage qu'il décide de porter son choix sur une femme qui n'est pas la bonne, tu ne penses pas&amp;nbsp;? Après tout, si j'en crois tout ce qui t'est arrivé depuis quelques mois, il semblerait que tu sois celle qui lui est destinée&amp;nbsp;! Seulement, il faut te remettre au travail et cesser de larmoyer. On a rien sans rien ma grande. C'est une règle d'or aussi vieille que le monde.&lt;br /&gt;
Donc, tu te remets immédiatement en selle, tu te bagarres et tu recommences à écrire. Il va bien finir par te repérer cet homme, non ?&lt;br /&gt;
La discussion avec Luc dure encore une bonne quinzaine de minutes, puis nous nous saluons chaleureusement avant de raccrocher.&lt;br /&gt;
Je reste un long moment immobile devant mon écran, les yeux dans le vague. Je ne réalise pas ce que je viens d'entendre. Ma tête est douloureuse du vacarme des mots qui s'y mélangent, sans que je puisse en canaliser aucun.&lt;br /&gt;
Le curseur clignote obstinément, bloqué au milieu d'un article. «&amp;nbsp;... les filles connectées ne savent pas qui je suis. Je peux ainsi les connaître réellement et savoir si elles m'aiment pour moi ou non. »&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Elles ne savent pas qui je suis...Ne savent pas qui je suis...&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Incrédule, je lis et relis cette phrase, affolée à l'idée d'en comprendre la portée.&lt;br /&gt;
Je n'arrive pas à y croire. Lui qui n'a que l'embarras du choix, pour qui la plupart des femmes se damneraient pour obtenir les faveurs, doute de la véracité des sentiments qu'on lui porte. Cet homme a qui tout réussi en est réduit à se cacher derrière un «&amp;nbsp;Tom Smith&amp;nbsp;» ou un «&amp;nbsp;David Johnson&amp;nbsp;» pour trouver l'âme soeur sur des sites de rencontres.&lt;br /&gt;
Seigneur Tout Puissant&amp;nbsp;! Quel genre de malédiction peut bien pousser un individu à se cacher des autres pour s'en faire finalement aimer&amp;nbsp;? Pourquoi a-t-il apposé sa signature au bas d'un pacte qui le condamne à se fuir lui même pour échapper à l'image qui le poursuit, à l'étiquette qui lui colle perpétuellement à la peau&amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Subitement, je suis prise de tremblement, d'une envie de crier quasiment impossible à réfréner. Un curieux mélange de rage et d'excitation me remue toute entière.&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Il se cache, tout comme moi&amp;nbsp;! Aucun trait de son visage ne saurait être révélé. Je dois lire, déchiffrer les codes... et le retrouver.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>L'amulette tibétaine</title>
    <link>http://blog.bebook.fr/penelope/index.php/post/2010/06/15/Lamulette-tibetaine</link>
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    <pubDate>Tue, 15 Jun 2010 12:15:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Pénélope Wise</dc:creator>
            
    <description>&lt;p&gt;&lt;q&gt;&lt;em&gt;Il n'y a rien de contingent dans la nature des choses&amp;nbsp;; elles sont au contraire déterminées par la nécessité de la nature divine à exister et à opérer d'une manière certaine&lt;/em&gt;&lt;/q&gt;.&lt;br /&gt;
(Spinoza, &lt;em&gt;Ethique I, Prop. 29.&lt;/em&gt;)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
-  Figurez-vous, continue Bahij, qu'il a séjourné plusieurs semaines dans l'appartement où nous nous trouvons actuellement. Un membre de son équipe avait expressément demandé à ce qu'on lui réserve une suite à l'écart et au calme. C'était il y a trois ans environ.&lt;br /&gt;
Il marque une nouvelle pause, interminable, puis redresse la tête et plante ses yeux dans les miens.&lt;br /&gt;
-  Je m'en rappelle très bien. Il était très simple, très discret aussi. Il ne faisait jamais de vagues et n'avait pas toutes les exigences des gens connus.&lt;br /&gt;
Il se tait de nouveau, toussote, fouille dans sa mémoire.&lt;br /&gt;
-  Il y a énormément de générosité en lui, beaucoup de gentillesse. Je me souviens qu'il était toujours très matinal et demandait à ce qu'on lui apporte un petit déjeuner avant de pratiquer sa séance quotidienne de yoga. Ensuite, il faisait toujours quelques longueurs dans la piscine puis se reposait un peu avant de rejoindre ses coéquipiers. Je le surprenais souvent à se promener dans les jardins. Il appréciait de s'y ressourcer. A la fin de son séjour, il a tenu à venir me remercier pour la qualité de l'hôtel et a laissé un important pourboire pour le personnel. &lt;br /&gt;
Les paroles de Bahij résonnent dans mon esprit comme les trompettes célestes.&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Doux, simple et bienveillant. Je l'ai su dès le premier regard...&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;-  Chère Pénélope, continue-t-il sur un ton solennel, je ne sais pas si il est très convenable de forcer le destin comme vous le faites, mais il apparaît néanmoins qu'Allah veuille vous donner votre chance.&lt;br /&gt;
Il se lève et me fait signe de le suivre.&lt;br /&gt;
-  Il se trouve que votre égérie a perdu quelque chose le jour de son départ, m'apprend-t-il, alors que nous nous dirigeons vers la maison principale. Un objet personnel. La femme de ménage l'a retrouvé en nettoyant la chambre. J'ai bien cherché à contacter son équipe mais personne ne semblait vouloir me prendre au sérieux quand je leur révélais l'objet de mon appel. J'ai du préciser plusieurs fois, et à différents interlocuteurs, que je n'avais aucune intention malhonnête. Mais rien n'y faisait. Même mon épouse a tenté plusieurs fois de les convaincre de nous communiquer un renseignement, mais sans succès. Un chef d'état ne serait pas mieux protégé&amp;nbsp;! J'ai donc finalement décidé de ne plus rien tenter et de conserver l'objet en question, du moins jusqu'à ce que son propriétaire me recontacte. Mais il ne m'a pas rappelé. Pas plus que ses collaborateurs d'ailleurs !&lt;br /&gt;
Au moment où il termine de me narrer les faits, nous passons l'enfilade de colonnades puis entrons dans le hall. Nous traversons le bar et entrons dans une petite pièce par une porte dérobée. Fixé dans le mur, derrière un magnifique bureau d'ébène incrusté de nacre, se trouve un petit coffre.&lt;br /&gt;
Bahij compose le code électronique et l'ouvre.&lt;br /&gt;
-  C'est là que je conserve les objets que les clients oublient ou égarent, me précise-t-il.&lt;br /&gt;
La curiosité aiguisée par les faits qu'il vient de relater, je me dresse sur la pointe des pieds et tente de discerner le fameux objet, par-dessus son épaule.&lt;br /&gt;
Il se retourne vers moi et m'adresse un sourire espiègle.&lt;br /&gt;
-  Je pense que ceci va vous intéresser.&lt;br /&gt;
Le coeur battant à tout rompre, j'aperçois, dansant au bout d'une cordelette noire, un anneau d'argent finement ciselé. Une créature mythique en orne toute la face extérieure.&lt;br /&gt;
Je m'approche plus près et constate, atterrée, ce que je subodorais.&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Mon Dieu, ce n'est pas possible&amp;nbsp;! Le dragon du Bouthan...&lt;/em&gt; &lt;br /&gt;
Bahij observe ma réaction et réagit instantanément.&lt;br /&gt;
-  Cela vous trouble à ce point d'être en présence d'un bijou qui lui appartient ?&lt;br /&gt;
-  Non, ce n'est pas cela, dis-je dans un souffle. Mais c'est que..., je connais cette bague.&lt;br /&gt;
Il me regarde, éberlué.&lt;br /&gt;
-  Vous dites ?&lt;br /&gt;
&lt;img src=&quot;http://blog.bebook.fr/penelope/public/dar_mimosas/.dragon_tibetain_s.jpg&quot; alt=&quot;Dragon Tibétain&quot; style=&quot;float:right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; /&gt;
-  Un homme m'en a fait cadeau à l'époque où le guide spirituel du Tibet est venu dispenser son enseignement sur le plateau du Larzac. Plus exactement en Aveyron, dans le Sud de la France. Il y a presque sept ans de cela. &lt;br /&gt;
Ce moine était un proche du Dalaï-Lama, l'un de ses meilleurs conseillers. Nous avons longuement discuté ensemble des préceptes bouddhistes et des paroles sacrées du Bodhisattva; le Bouddha, si vous préférez. Ce fût un moment exceptionnel et magique. Un de ceux que l'on oublie jamais. A la fin de notre entretien il a retiré la bague qu'il portait à son doigt pour m'en faire don, afin de marquer notre rencontre par un geste symbolique. Cela m'a profondément touchée.&lt;br /&gt;
Il fronce les sourcils, dubitatif.&lt;br /&gt;
-  Chère amie, j'imagine que cette grande bonté vous a émue et je vous pense de bonne foi. Néanmoins, il y a un point qui me chiffonne, souligne-t-il. Comment pouvez-vous être aussi sûre que cette bague est bien celle qu'il vous a transmise&amp;nbsp;? Il y a si longtemps aujourd'hui&amp;nbsp;! Êtes-vous certaine de ne pas vous tromper ?&lt;br /&gt;
Je prends une grande inspiration, réfléchissant à ce que je vais lui répondre, pesant les mots, canalisant mes émotions autant que je le peux.&lt;br /&gt;
-  Cette bague est une amulette, dis-je finalement. Elle a été façonnée à la main selon les méthodes ancestrales d'orfèvrerie tibétaine. C'est un modèle unique. Il n'en existe pas deux identiques. Elle a  un pouvoir particulier, bénéfique, lié au Tantra qui a été enfermé à l'intérieur par celui qui l'a forgée. Ceux qui la portent ou sont entrés en contact avec, à un moment ou à un autre, sont protégés tout au long de leur vie.&lt;br /&gt;
Je pose le bout de mon doigt sur le précieux porte-bonheur.&lt;br /&gt;
- Vous voyez ce dragon ?&lt;br /&gt;
Il acquiesce spontanément.&lt;br /&gt;
- C'est un des dragons sacrés du Bouthan, un pays situé à l'Est de la chaîne de l'Himalaya. Ils sont vénérés là-bas, et la tradition veut qu'ils apportent force, compassion, protection et paix. D'après l'une des nombreuses légendes les concernant, deux d'entre eux trônent à l'entrée du jardin des Espérides et veillent à ce que seules les âmes pures accèdent aux pommes d'or.&lt;br /&gt;
Bahij me tend enfin l'anneau, convaincu de ma sincérité. Fébrile, je le prend du bout des doigts et le retourne plusieurs fois dans ma main.&lt;br /&gt;
-  Bahij, vous n'avez pas idée de la valeur d'un tel bijou. Cette bague a une valeur inestimable pour moi.&lt;br /&gt;
- En ce cas, Pénélope, expliquez-moi pour quelle raison une autre personne que vous était en sa possession&amp;nbsp;? m'interroge-t-il, curieux de connaître le fin mot de l'histoire.&lt;br /&gt;
-  Parce-que j'ai décidé de lui transmettre à mon tour. C'était à l'occasion de son anniversaire, en janvier deux mille quatre. Il faisait alors face à beaucoup de problèmes d'ordre privé et devait, de surcroît, se rendre en république dominicaine pour les besoins de sa profession. Il était alors épuisé. J'ai pensé qu'il en aurait besoin plus que moi et qu'elle lui apporterait la sérénité. Je l'ai mise dans un colis et y ai joins une lettre succincte et une carte postale ornée d'un navire; histoire de lui souhaiter bon voyage et bonne chance. Six mois plus tard, en juin, j'ai reçu un document en retour. Une photographie signée de sa main. Au dos, l'un des membres de son équipe avait écrit une courte phrase...&lt;br /&gt;
-  Que disait-elle ?&lt;br /&gt;
-  «&amp;nbsp;Merci pour votre démarche. Votre geste a été apprécié et votre présent a été transmis ».&lt;br /&gt;
Il approche son visage du mien et plisse les yeux.&lt;br /&gt;
-  Et qu'en fût-il pour la lettre et la carte ?&lt;br /&gt;
-  Je n'en sais rien. Peut-être ne les a-t-il jamais lues...&lt;br /&gt;
-  Quoi qu'il en soit, vous détenez à présent la preuve irréfutable que ses collègues lui ont bel et bien fait parvenir votre anneau, conclu-t-il. &lt;br /&gt;
-  Oui, cela ne fait aucun doute.&lt;br /&gt;
Je regarde l'amulette qui brille maintenant au creux de ma paume, sans comprendre pour quelle obscure raison il ne l'a pas réclamée. Cependant, je ressens une profonde émotion à l'idée que ce petit morceau de métal ait pu lier nos deux vies, ne serait-ce qu'un instant.&lt;br /&gt;
Bahij interrompt le cours de mes réflexions.&lt;br /&gt;
-  Chère amie, personne ne peut percer à jour la volonté d'Allah. Mais il est certain qu'il n'agit jamais inopinément. Un jour, vous comprendrez pourquoi cette bague vous est revenue, m'affirme-t-il sur  un ton sans équivoque.&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Et aussi pourquoi le destin s'acharne à me couper de lui chaque fois que je m'en rapproche...&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
-  En attendant, continue-t-il, sachez profiter de ce que la vie vous offre et acceptez de vous reposer sur des épaules amicales.&lt;br /&gt;
Il me prend par le bras.&lt;br /&gt;
-  Puisque vous ne devez quitter Essaouira que demain, laissez-moi l'honneur de vous inviter à ma table et permettez-moi de vous offrir l'hospitalité pour la nuit.&lt;br /&gt;
-  Comment savez-vous que je m'en vais demain&amp;nbsp;? C'est Amjad qui vous a parlé de mon départ ?&lt;br /&gt;
-  Précisément. Mais ne lui en veuillez pas car son indiscrétion va vous permettre de suivre les desseins du Très Haut.&lt;br /&gt;
Il me regarde d'un air goguenard.&lt;br /&gt;
-  Allah a placé un homme sur votre route, n'est-ce-pas&amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
Je le regarde sans lui répondre, intriguée par ce qu'il s'apprête à dire. Amusé par ma réaction, Bahij part d'un grand éclat de rire.&lt;br /&gt;
-  Et bien ce soir, jolie gazelle, vous marcherez dans ses pas..., et dormirez dans son lit !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Dar Mimosas</title>
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    <pubDate>Thu, 10 Jun 2010 17:42:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Pénélope Wise</dc:creator>
            
    <description>&lt;p&gt;&lt;q&gt;&lt;em&gt;N'es-tu pas l'oasis où je rêve et la gourde où je hume à longs traits le vin du souvenir ?&lt;/em&gt;&lt;/q&gt;&lt;br /&gt;
(Charles Baudelaire)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La vieille jeep freine puis s'immobilise devant l'immense porche bleu. Amjad coupe le moteur et pose une main amicale sur mon épaule.&lt;br /&gt;
-  Nous voici arrivés chez mon cousin, Bahij. C'est lui le propriétaire de la résidence, me précise -t-il avec une fierté non dissimulée.&lt;br /&gt;
Je sors de ma léthargie et regarde, stupéfiée, l'immense forêt de mimosas qui nous entoure. &lt;br /&gt;
-  Tous ces arbres ont été plantés il y a des années pour fixer les dunes. Cette nature luxuriante s'étend sur près de quatre cents hectares. Bienvenue au paradis&amp;nbsp;! me lance avec arrogance l'homme qui vient à notre rencontre.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;Amjad s'avance vers lui et tous deux échangent une chaleureuse accolade.&lt;br /&gt;
-  Salam Aleikoum, Bahij.&lt;br /&gt;
-  Aleikoum Salam, mon cousin. Comment te portes-tu ?&lt;br /&gt;
-  Bien. Loué soit Allah. &lt;br /&gt;
Il se retourne vers moi.&lt;br /&gt;
-  Laisses-moi te présenter Pénélope. Je te l'amène parce-que je sais que tu vas peut-être pouvoir l'aider dans ses recherches.&lt;br /&gt;
Bahij se précipite vers moi et me saisit la main pour m'aider à descendre du véhicule.&lt;br /&gt;
-  Bonjour à vous, jolie Pénélope, me salut-il. Je vois que le fils de mon oncle a toujours autant de chance avec les jolies gazelles. Si je peux vous être utile de quelque manière que ce soit, surtout n'hésitez pas. Je suis votre serviteur.&lt;br /&gt;
Un peu effrayée par son attitude entreprenante, je reste en retrait et lui adresse un sourire gêné. &lt;br /&gt;
-  Bahij, laisse donc cette charmante dame tranquille. Nous ne sommes pas venus te voir pour que tu lui fasses la cour, le taquine-t-il. Invites-nous plutôt à entrer chez toi.&lt;br /&gt;
-  Mais absolument, lui réponds-t-il en lui tapotant affectueusement le dos. Mon cousin a raison, dit-il à mon attention. J'ai souvent beaucoup de mal à résister à la beauté des femmes. Je m'en excuse et vous prie de pardonner mon manque de correction.&lt;br /&gt;
Il me prend par la main et m'aide à descendre de voiture.&lt;br /&gt;
-  Suivez-moi, je vous prie. Je vais vous faire visiter.
&lt;img src=&quot;http://blog.bebook.fr/penelope/public/dar_mimosas/dar_mimosas_jardin.jpg&quot; alt=&quot;Dar Mimosas - Jardin&quot; style=&quot;float:left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès l'ouverture des deux énormes battants de bois, je reste abasourdie par la beauté des jardins qui s'offrent à mon regard. Il est impossible d'embrasser d'un seul coup d'oeil les innombrables variétés de plantes, de fleurs et d'arbres qui s'épanouissent harmonieusement tout autour de nous. Je suis immédiatement séduite par la subtilité avec laquelle l'architecture et la couleur des différents corps de bâtiments s'harmonisent avec la nature environnante. &lt;br /&gt;
-  Alors, dites-moi, Pénélope. Qu'avez-vous pensé de notre belle ville d'Essaouira ?&lt;br /&gt;
-  Elle est véritablement magnifique. Elle a un cachet particulier qui ne laisse pas indifférent. Et puis, les gens y sont tellement adorables que cela donne envie d'y rester.&lt;br /&gt;
Il me regarde avec attention, scrutant chacune de mes expressions, analysant les termes que j'emploie pour décrire son berceau natal.&lt;br /&gt;
-  Vous avez utilisé les mots justes, me confirme t-il. Mais laissez-moi vous apporter d'autres précisions. Si l'ancienne Mogador des portugais est une des cités les plus attachantes d'Afrique du nord, elle le doit également à son climat idéal et à son patrimoine architectural. Derrière l'ocre et les rouges de ses remparts, il règne une atmosphère unique. Et puis, les artistes du monde entier viennent se mêler aux pêcheurs, aux commerçants et aux artisans. Les étrangers se plaisent chez nous.&lt;br /&gt;
-  C'est un fait indéniable, rajoute Amjad. En général,  il se passe peu de temps avant qu'ils ne désirent revenir ou même s'installer. &lt;br /&gt;
Alors que nous évoluons lentement au coeur de cet Eden oriental, les murs d'argile de la maison principale se dévoilent. C'est une très jolie construction à plusieurs niveaux, aux fenêtres arrondies surplombées par de charmants petits auvents. Une série de colonnades et d'arcades agrémente un passage couvert.&lt;br /&gt;
-  Ici, vous avez accès à la salle à manger et aux salons. Il y a tout le confort&amp;nbsp;: le bar, la télévision avec les chaînes étrangères et une terrasse de cent cinquante mètres carrés qui ouvre sur les jardins et la piscine. Vous pouvez même y prendre le petit déjeuner. &lt;br /&gt;
Si vous voulez vous installer pour plusieurs jours chez nous, vous avez le choix entre sept suites possibles, de la plus petite, qui fait cent vingt mètres carrés, à la plus grande, d'une capacité de trois cents mètres carrés. Chacune est équipée d'un coffre de sécurité, pour les bijoux de valeur, me glisse t-il à l'oreille; d'une mini chaîne stéréo, d'un DVD, d'une télévision, d'un téléphone, d'un fax, et vous avez même accès à internet. Elles sont toutes meublées d'antiquités et décorées de tableaux de maîtres. Vous allez voir. C'est le grand luxe ici. Dar Mimosas n'a rien à envier à vos palaces français. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je constate à quel point le maître des lieux jubile de me faire découvrir l'époustouflante prestation qu'il offre à ses richissimes clients. Nous passons plus d'une heure à visiter les suites. Chacune est ordonnancée autour d'une piscine d'eau douce et d'un parc arboré de plusieurs hectares. L'accès direct des jardins à la plage et à l'oued Ksab offrent aux résidents une intimité comme il s'en trouve peu, ainsi que le plaisir, non moins appréciable, de se ressourcer au coeur d'un lieu d'exception.&lt;br /&gt;
-  A chaque saison, des milliers d'oiseaux choisissent cet endroit pour refuge, me souligne Amjad.&lt;br /&gt;
-  Cela doit être splendide de les voir évoluer dans leur milieu naturel.&lt;br /&gt;
-  C'est tout à fait exceptionnel ici, me confirme Bahij. Aucun autre endroit ne réunit autant de splendeurs.&lt;br /&gt;
Au fur et à mesure que nous pénétrons les secrets de ce lieu magique, un curieux sentiment s'enracine en moi et se renforce subitement alors que nous nous arrêtons devant le porche rouge vif d'une superbe suite. La quasi totalité de sa façade est recouverte d'une profusion de fleurs au parfum sucré. &lt;br /&gt;
-  Je pensais que nous les avions toutes visité, dis-je. Pourquoi celle-ci est-elle placée à l'écart ?&lt;br /&gt;
Bahij me regarde d'un air malicieux. &lt;br /&gt;
-  Celle-ci est particulière. A l'étage, il y a un immense appartement de cent quarante mètres carrés et une grande terrasse. Occasionnellement, je le loue à des personnalités, précise-t-il.&lt;br /&gt;
&lt;img src=&quot;http://blog.bebook.fr/penelope/public/dar_mimosas/dar_mimosas_suite.jpg&quot; alt=&quot;Dar Mimosas - Suite&quot; style=&quot;float:right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; /&gt;
A l'écoute de ce qu'il vient d'énoncer, le sang se met à battre fortement à mes tempes. Troublée, je m'agrippe discrètement à la poutre de soutien du péristyle, mais mon geste n'échappe pas à Bahij. &lt;br /&gt;
-  Vous vous sentez mal&amp;nbsp;? me demande t-il spontanément. Vous avez l'air d'un petit oiseau tombé du nid.&lt;br /&gt;
-  Non, tout va bien, lui réponds-je précipitamment. J'ai juste un peu chaud.&lt;br /&gt;
-  Il est vrai que nous avons marché longtemps, admet-il. Sans doute avez-vous besoin de reprendre des forces. Venez, chère Pénélope, nous allons monter à l'étage et nous nous ferons servir une petite collation. Vous pourrez ainsi vous sustenter toute à votre aise et vous reposer au frais.&lt;br /&gt;
Nous grimpons les quelques marches qui séparent le rez-de-chaussée du loft marocain. L'endroit est sans comparaison avec ce que nous venons de visiter. Les meubles sont d'une rare beauté et la décoration est pensée jusque dans les moindres détails. Toutes les couleurs y sont déclinées selon un ton principal.&lt;br /&gt;
La salle de bain est encore plus somptueuse. Des mosaïques d'une admirable finesse recouvrent l'intégralité des mures et de la baignoire centrale. &lt;br /&gt;
Partout, des lampes, des appliques et des miroirs sculptés habillent les murs et les plafonds. Des paravents de fer forgés et des photophores s'organisent autour d'un splendide canapé de soie moirée. &lt;br /&gt;
Totalement subjuguée, je me dirige vers la terrasse et observe avec ravissement le goût sûr avec lequel les jardins sont travaillés. Tout est calculé afin que l'ensemble séduise dès le premier regard.&lt;br /&gt;
-  Vous pouvez constater que cette demeure, malgré sa taille, reste chaleureuse et conviviale et qu'elle offre les plaisirs authentiques d'une maison, commente Bahij, non sans une extrême satisfaction.&lt;br /&gt;
-  Cela va sans dire, lui dis-je en me retournant vers lui.&lt;br /&gt;
Une frêle silhouette apparaît dans l'encadrement de la porte.&lt;br /&gt;
-  Ah, Amina. Pose le plateau ici, lui demande Bahij. Approchez-vous, chère Pénélope, et venez vous asseoir avec nous. Profitez de ces petites friandises marocaines. Vous prendrez du thé ?&lt;br /&gt;
-  Oui, avec plaisir.&lt;br /&gt;
Lentement, Bahij soulève la théière et un long filet de liquide émeraude se prolonge jusque dans chaque verre.&lt;br /&gt;
-  C'est pour mieux oxygéner le thé, explique Amjad. Ainsi, son arôme se développe et son goût devient plus subtil. &lt;br /&gt;
Durant plusieurs minutes, nous buvons le délicieux breuvage et savourons les briouats au miel et aux amandes. Puis, Bahij rompt le silence.&lt;br /&gt;
-  Amjad m'a tout expliqué de votre venue à Essaouira.&lt;br /&gt;
Il marque un long temps d'arrêt.&lt;br /&gt;
-  Alors, comme cela, vous êtes ici pour retrouver la trace d'un homme qui vous est cher&amp;nbsp;? C'est une démarche très française, je dois dire. Les femmes de notre pays ne se comportent pas ainsi. Mais, d'après mon cousin, vous avez l'air d'y tenir beaucoup; alors, je suis prêt à vous aider.&lt;br /&gt;
Je regarde fixement Bahij, sans relever la pique.&lt;br /&gt;
-  Voulez-vous bien me tendre la photographie que vous n'avez pas lâché depuis votre arrivée ?&lt;br /&gt;
-  Bien sûr, dis-je, la gorge serrée.&lt;br /&gt;
Il l'observe attentivement cependant que Amjad, sentant ma nervosité, m'adresse un sourire de réconfort.&lt;br /&gt;
-  Chère Madame, commence t-il, je reconnais cet homme. Je le reconnais même très bien...&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Amogdul, la &quot;bien gardée&quot;</title>
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    <pubDate>Sun, 06 Jun 2010 16:30:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Pénélope Wise</dc:creator>
            
    <description>&lt;p&gt;&lt;em&gt;&lt;q&gt;Le royaume des cieux se prend par force de chaude amour et de vive espérance, qui vainc d'emblée la volonté divine&lt;/q&gt;&lt;/em&gt;.&lt;br /&gt;
(Dante – La Divine Comédie)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bringueballant sur le siège inconfortable, je laisse le souvenir obsédant de son regard mordoré envahir mes pensées. Toute à l'observation du merveilleux paysage qui nous entoure, je me hasarde à imaginer de quel arbre il a obtenu la protection pour s'y abriter durant les chaudes heures du jour.
&lt;img src=&quot;http://blog.bebook.fr/penelope/public/amogdul/amogdul.jpg&quot; alt=&quot;Amogdul&quot; style=&quot;float:right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; /&gt;
Quelle ombre a-t-il sollicité pour obtenir d'elle le meilleur et bénéficier de sa fraîcheur&amp;nbsp;? Dans quel fruit a-t-il mordu pour étancher sa soif et se rassasier de son jus généreux et sucré ?&lt;br /&gt;
S'est-il allongé ici, sur cette dune&amp;nbsp;? S'est-il endormi là, près du dattier&amp;nbsp;? A-t-il, ne serait-ce qu'un instant, rêvé de notre rencontre ?&lt;br /&gt;
Aucun élément tangible de réponse ne vient calmer la passion qui grandit en moi.  Un torrent d'émotions me submerge et semble ne jamais vouloir se tarir. J'ai le sentiment de m'être transformée en un gigantesque barrage, prêt à céder à la plus petite faille. Depuis quelque temps, les circonstances s'enchaînent de manière étrange et je n'ai absolument aucun moyen de les contrôler. Souvent, alors que je pense les avoir provoquées, je m'aperçois n'être qu'un élément parmi tant d'autres dans une mécanique bien huilée. Quoi que je fasse, tout me ramène à lui, irrémédiablement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;Suivant sa trace, marchant dans ses pas, une perpétuelle question m'obsède&amp;nbsp;: quel rôle avons nous à jouer, lui et moi, dans cette aventure&amp;nbsp;? Et si nous nous retrouvons, que serons nous l'un pour l'autre ?&lt;br /&gt;
Avant hier encore, fraîchement débarquée de Paris, je n'imaginais pas la tournure qu'allaient de nouveau prendre les évènements.&lt;br /&gt;
Je me souviens du hall de l'aéroport d'Essaouira- Mogador, alors que, fraîchement débarquée de l'avion, je passe une dernière fois en revue les différents points du plan que j'ai établi pour débusquer au plus vite la luxueuse maison que convoite Jake. Je sais qu'il désire l'acquérir au plus vite afin d'honorer la promesse faite à son épouse de l'emmener fêter leur dixième anniversaire de mariage sous les cieux marocains. Quoi de plus romantique, en effet, que de bénéficier de la douceur du climat marocain tout en profitant de l'un des plus beaux coucher de soleil du monde depuis les hauteurs d'une terrasse privée&amp;nbsp;? Quelle femme ne rêverait pas d'un tel nid d'amour ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'un pas décidé, je me dirige donc vers l'attroupement de guides et de chauffeurs de taxi, stratégiquement installés près de la sortie principale, et leur demande de m'indiquer le stand de location de véhicule. Il me tarde de régler les formalités et de rallier la plus belle ville portuaire de la côte atlantique.&lt;br /&gt;
Je me souviens avoir lu dans le dossier qui m'accompagne que sa médina est inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l'humanité.&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Il va falloir que j'aille y faire un tour dès que possible&lt;/em&gt;, me dis-je, excitée à l'avance par ce que je vais y découvrir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une heure plus tard, je file en direction de la base navale du Sultan Mohammed ben Abdellah. L'un des guides de l'aéroport, contre quelques dirhams, m'a très gentiment expliqué l'essentiel de cet incroyable port fortifié.
&lt;img src=&quot;http://blog.bebook.fr/penelope/public/amogdul/sunset.jpg&quot; alt=&quot;Coucher de soleil&quot; style=&quot;float:left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;
A l'époque, le commerce y était florissant.  Il a longtemps été surnommé «&amp;nbsp;le port de Tombouctou&amp;nbsp;» car les caravanes chargées d'or, d'épices et d'esclaves venus d'Afrique subsaharienne y étaient négociées. La bourgeoisie marocaine y accourait même pour acheter des bijoux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mon téléphone se met à sonner.&lt;br /&gt;
-  Salut chef&amp;nbsp;! Comment vas-tu ?... Oui, je suis saine et sauve... Et bien, je devrais arriver d'ici une vingtaine de minutes. Je me rendrai directement chez Ghiyas... &lt;br /&gt;
Oui, il a été adorable. Il s'est immédiatement souvenu de ton passage par chez lui...Il m'a réservé une chambre dans son riad... La plus agréable, d'après ce qu'il m'a assuré. Une chance que tu ais eu une connaissance là-bas... Cela va me faciliter les choses. Ses relations me seront précieuses et j'aurai d'avantage de chance de pouvoir dégoter la villa du siècle !...&lt;br /&gt;
Mais je compte là-dessus, figures-toi. J'espère bien que les repas seront savoureux&amp;nbsp;! J'en profiterai pour demander des petits secrets culinaires et ramener de l'inédit au pays. C'est ma mère qui va être épatée !&lt;br /&gt;
D'accord, ça marche. Je te contacte rapidement... Oui, oui, je te fais parvenir des clichés. Pas d'inquiétude, OK ?... &lt;br /&gt;
Je ne sais pas encore. Je verrai si les faits corroborent ce que je pense déjà... Hum, hum... Je sais que tu es là, Luc. Je te ferai signe, si besoin est...&lt;br /&gt;
Oh, Luc ?...Merci pour tout.&lt;br /&gt;
Je raccroche et m'allume une cigarette, la première depuis ma descente de l'avion. J'en inhale une grande bouffée puis ouvre la fenêtre. L'air est étouffant malgré l'heure tardive mais je ressens un bien être indicible, une sensation de liberté comme je n'en ai plus connue depuis longtemps. &lt;br /&gt;
Un souffle d'air chaud vient me frôler la joue et s'engouffre sous mes cheveux, me faisant succomber au plaisir délicieux de son invisible caresse. &lt;br /&gt;
Tout est sensualité ici. Je reprends conscience de ma féminité et maudis le temps où elle m'était acquise. Depuis ma séparation d'avec mon mari, plus rien n'existe sinon un terrifiant vide affectif et un adorable petit garçon à aimer, tant bien que mal... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vers dix heures du soir, je vois se profiler à l'horizon les fortifications d'Essaouira et, en son coeur, dressant fièrement ses minarets, les remparts de la médina. Malgré mon impatience à découvrir la ville et son célèbre port, la fatigue gagne du terrain et il me tarde de me détendre sous une bonne douche, de savourer un copieux repas et de jouir d'une bonne nuit de sommeil. &lt;br /&gt;
Je stoppe mon véhicule aux abords de la vieille ville, me munis de mes bagages puis m'engage dans les ruelles en direction du Riad Sidi Magdoul.&lt;br /&gt;
Comme je m'y attendais, Ghiyas m'accueille et m'offre l'hospitalité avec une spontanéité et un naturel dont peu peuvent faire cas à Paris. J'apprécie la gentillesse avec laquelle il me reçoit et me guide jusqu'à ma chambre. Il est si prévenant que cela en devient presque gênant.&lt;br /&gt;
Il ferme la porte et s'éloigne discrètement, non sans m'avoir fait promettre de les rejoindre pour le Kefta familial.&lt;br /&gt;
Après une douche ravigotante, je m'habille de frais, quitte momentanément mon adorable chambre, traverse le patio central et les rejoins au petit salon. Les heures s'égrainent doucement et nous passons la soirée à discuter de l'histoire de la ville, des coutumes ancestrales, et de l'artisanat local, notamment du travail de la racine de thuyas et du bois de citronnier, dont il sont très fiers. Nous rions à gorge déployée lorsque Ghiyas nous conte les légendes du pays, caricaturant à grand renfort de grimaces les mauvais génies ou les bandits de grands chemins.&lt;br /&gt;
Ce n'est qu'aux alentours de trois heures et demi du matin que nous nous séparons et regagnons nos chambres, à l'exception du maître de maison.&lt;br /&gt;
Juste avant de sombrer dans un sommeil sans rêves, je l'entends psalmodier les paroles sacrées de la prière de As-Sobh.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le lendemain, après avoir englouti un solide petit déjeuner à base de fromage frais de chèvre, de confiture de figue et de jus d'orange, je me fixe l'objectif de trouver dans la journée la prestation idéale pour Jake et son épouse.
&lt;img src=&quot;http://blog.bebook.fr/penelope/public/amogdul/spices.jpg&quot; alt=&quot;Epices&quot; style=&quot;float:right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; /&gt;
Ghiyas se propose de m'aider dans mes recherches et mes démarches. J'accepte son offre avec beaucoup de plaisir et nous déambulons tous deux dans les rues déjà saturées de circulation, malgré l'heure matinale. Partout, des hommes, des femmes et des enfants se mélangent et se croisent dans un savant ballet, évitant de justesse les scooters, les chiens errants et les mulets chargés d'énormes paquets d'herbes et d'épices. Les échoppes débordent de tissus chamarrés, de vaisselle colorée, d'aromates et de parfums. Le fumet des tajines nous parvient, emprunt d'une note plus accentuée de menthe et de safran. &lt;br /&gt;
J'observe Ghiyas, bluffée par son savoir faire. Sa connaissance  des lieux, ses relations sur la place et son expérience de la négociation me permettent de faire main basse sur une sublime demeure avant le début de l'après-midi. Je ne sais comment le remercier et ne cesse de lui dire à quel point je lui suis redevable. Il accueille mon enthousiasme avec beaucoup d'humilité et me dis que rien ne saurait lui faire plus plaisir que de m'offrir une visite guidée des fortifications, du port et de la médina; si tel est mon souhait.
Nous passons donc le reste de la journée ensemble et regagnons le Riad en fin d'après-midi; moi, chargée de souvenirs et lui, fier d'avoir sensibilisé l'étrangère que je suis à la beauté et à la noblesse de sa cité. &lt;br /&gt;
Mais alors que nous déambulons au beau milieu des commerces, je réalise que j'avais promis à mon fils de lui ramener une lampe.&lt;br /&gt;
-  &lt;q&gt;&lt;em&gt;Une lampe d'Aladdin, hein maman&amp;nbsp;? Je veux celle qui abrite le génie, pas une autre&lt;/em&gt;&lt;/q&gt;.&lt;br /&gt;
Ghiyas, me promet de m'emmener dès le lendemain au petit magasin que tient son vieil ami Mohammed. &lt;br /&gt;
-  Chez lui, c'est la caverne d'Ali-Baba. Mais sans les voleurs, plaisante-t-il. Vous y trouverez tous les trésors que vous désirez, et même d'avantage encore. Il vous deviendront si indispensables que vous ne pourrez repartir sans eux.&lt;br /&gt;
-  Merci beaucoup Ghiyas. Vraiment, du fond du coeur, merci infiniment. Vous m'avez été d'un grand secours aujourd'hui. Et puis, grâce à vous, Essaouira n'a presque plus de secrets pour moi. Je dirais presque qu'elle fait partie de moi à présent. C'est très troublant.&lt;br /&gt;
-  C'est tout à fait normal, jolie Pénélope. Vous l'avez séduite, et elle vous a séduite en retour. Personne ne ressort indemne d'Amogdul, la &quot;bien-gardée&quot;. Tous ceux qui sont passés par ici ne peuvent que revenir, hypnotisés par sa magnificence. Il n'y a pas d'issue possible. Son charme opère à chaque fois. Même les américains qui sont venus travailler durant des jours sur les fortifications n'en sont pas ressortis indemnes. Ils pensaient arriver en terrain conquis, imposer leur culture et leur vision du passé. Mais l'histoire les a rattrapé et les a soumis à sa loi. Tous sont revenus, et beaucoup sont passés chez Mohammed. Il vous racontera tout cela demain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce soir là,  j'eus beaucoup de mal à trouver le repos. Quelque chose me disait que la journée à venir allait comporter son lot de surprises et de révélations.&lt;br /&gt;
J'étais loin de me douter de ce qui allait suivre...&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Tu le veux ?  Alors, mérite-le !</title>
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    <pubDate>Tue, 01 Jun 2010 22:35:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Pénélope Wise</dc:creator>
            
    <description>&lt;p&gt;&lt;q&gt;&lt;em&gt;Chacun ne peut voir qu'à sa lampe mais il peut marcher ou agir à la lumière d'autrui&lt;/em&gt;&lt;/q&gt;.&lt;br /&gt;
(Joseph Joubert)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
-  Que voulez-vous dire ?&lt;br /&gt;
Il me regarde avec malice.&lt;br /&gt;
-  Il n'y a aucun autre endroit au monde qui vous offrira une telle opportunité de trouver qui vous êtes ou de connaître votre destinée. Tous les mystères se dévoilent ici, toutes les légendes prennent vie.&lt;br /&gt;
Il s'interrompt un court instant.&lt;br /&gt;
-  Allah est grand et vous guidera jusqu'à ce que vous compreniez pourquoi vous êtes là. Il vous mènera peut-être à celui que vous recherchez, qui sait.&lt;br /&gt;
Silencieusement, il pose le portrait en noir et blanc sur mes genoux puis attend ma réaction, un sourire énigmatique aux lèvres.&lt;br /&gt;
A ce moment précis, je suis incapable de prononcer le moindre mot. La gorge nouée, je regarde le visage de mon bien aimé. Son expression est douce, calme, sereine. Il arbore une large veste de gros coton et des mèches rebelles jaillissent du tissu sombre qu'il porte, enroulé autour de la tête. L'un de ses bras entoure amicalement les épaules du vieil homme que le destin m'a fait croiser le matin même, au détour d'une rue. Rien n'aurait pu laisser présager que ce vieillard et sa famille allaient tenir un rôle important dans la nouvelle étape que je m'apprêtais à traverser.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;-  C'est moi qui ai pris la photo, pour mon père, me confit-il.  Vous savez, il travaille depuis l'âge de six ans.  C'est un artisan talentueux, et courageux aussi. Il commence sa journée à l'aube et ne s'arrête qu'au coucher du soleil. Il fait cela depuis presque soixante dix ans maintenant. &lt;br /&gt;
J'écoute d'une oreille distraite le discours de mon chauffeur, désarmée devant la profondeur et la suavité du regard qui me fixe par delà le papier glacé. Je ne peux m'empêcher de penser que s'il se trouvait devant moi, à cette seconde même, je tomberais à ses pieds, vaincue par la fureur du coup porté par le sort, et me livrerais à lui sans retenue, corps et âme.&lt;br /&gt;
-  Comment avez-vous fait sa connaissance&amp;nbsp;? finis-je par demander.&lt;br /&gt;
-  Il est venu voir mon père parce qu'il recherchait un cadeau très particulier pour sa soeur, quelque chose d'inédit et de personnel. Mon père a conçu une lampe spécialement pour lui, en cette occasion. Une lampe dont lui seul détient le secret de fabrication. C'est un art très ancien, transmis oralement de père en fils. Il n'existe aucun écrit. Ainsi, la tradition ancestrale peut perdurer.&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Pour sa soeur...&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
-  Il m'a demandé de le photographier en compagnie de mon père; vous savez, pour le remercier. Il a été très touché par son geste et souhaitait absolument ramener ce souvenir avec lui, en Angleterre. Il désirait que sa soeur découvre le visage de l'artisan qui avait fabriqué sa lampe.&lt;br /&gt;
&lt;img src=&quot;http://blog.bebook.fr/penelope/public/essaouira/genie_lampe.jpg&quot; alt=&quot;Genie de la lampe&quot; style=&quot;float:right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; /&gt;
Il m'observe quelques secondes puis poursuit, m'obligeant par son flot ininterrompu de paroles à me concentrer sur la suite de son récit.&lt;br /&gt;
-  Je lui ai donc donné une épreuve et en ai fait développer une autre pour mon père. Vous comprenez, il est vraiment fier de son magasin. Et puis, je dois bien l'avouer, la boutique est toujours pleine depuis que cet homme est passé. Je ne sais pas comment, mais les gens savent. Ils ne viennent pas toujours pour mon père ni pour la beauté des lampes qu'il réalise. Ils viennent souvent pour acheter un objet au même endroit que cet homme, pour raconter à leur famille ou à leurs amis qu'ils ont arpentés les mêmes lieux que lui. Beaucoup de monde le suit à la trace. Nous en rigolons souvent avec mes frères.&lt;br /&gt;
Troublée par ce qu'il vient de me raconter, gênée par les sentiments qui m'animent, je me demande en quoi je suis différente de ceux qui suivent à la trace les personnes de renom, juste pour le plaisir de clamer haut et fort qu'il ont touché les mêmes objets ou acheté le même souvenir. &lt;br /&gt;
-  Oui, il est très célèbre. Il est connu dans le monde entier, lui dis-je, embarrassée.&lt;br /&gt;
-  Dans le monde entier&amp;nbsp;? Mais qui est-ce&amp;nbsp;? Un prince ?&lt;br /&gt;
Je le regarde, quelque peu amusée par sa méconnaissance des célébrités. Mais au moment où je m'apprête à lui expliquer qui il est, je me ravise et préfère recourir à l'allégorie. Vanter les mérites du monde de l'illusion, du strass et des paillettes n'a pas lieu d'être ici, face à l'héritage d'une si gigantesque civilisation. L'univers du factice paraît bien insipide face à la subtilité et à la finesse de cette culture.&lt;br /&gt;
-  Il est bien plus que cela, lui dis-je. Il est à la fois prince, chevalier et hors la loi. A ses heures, il est également sculpteur et photographe.&lt;br /&gt;
-  Tout cela à la fois ?&lt;br /&gt;
-  Oui. En fait, tous les hommes sont en lui. Il n'a que l'embarras du choix pour décider de la peau qu'il endossera et donc, du tournant que prendra sa vie.&lt;br /&gt;
Mon guide me regarde, interloqué.&lt;br /&gt;
-  A ce que je vois, Allah lui a donné beaucoup d'atouts. S'il détient le pouvoir de prendre n'importe quelle apparence, alors il n'est pas un simple mortel mais plutôt une créature de la trempe des génies.&lt;br /&gt;
-  Je souris à son trait d'esprit.&lt;br /&gt;
-  Oui, en effet. On peut le voir sous cet angle.&lt;br /&gt;
-  Un intouchable, aussi impalpable que la brume du matin.&lt;br /&gt;
-  C'est un peu ça.&lt;br /&gt;
-  Sauf s'il trouve son maître...&lt;br /&gt;
-  Que sous entendez vous ?&lt;br /&gt;
-  Un génie ne décide pas de tout. Si je me souviens bien, il est toujours prisonnier d'une lampe; et cette lampe appartient à celui, ou celle, qui la trouve.&lt;br /&gt;
-  C'est à dire ?&lt;br /&gt;
-  Trouvez de quelle manière la lampe qui l'abrite fonctionne et il sera votre esclave.&lt;br /&gt;
Je le regarde, ahurie par les propos qu'il vient de tenir, scrutant son regard pour y déceler le vrai du faux. &lt;br /&gt;
-  Je ne puis souscrire à cela. Il ne m'appartient pas. Son problème vient justement du fait que trop de personnes revendiquent un droit de propriété sur lui, comme s'il voulaient à tout prix détenir un objet luxueux et l'exposer à la vue de tous pour satisfaire leur orgueil. Il ne peut entretenir aucune relation humaine digne de ce nom. C'est intolérable pour lui et dénué de tout sens moral. Et quand il n'a pas affaire aux vautours, il doit affronter les grues qui cherchent à le satisfaire par tous les moyens possibles et inimaginables, même si cela leur demande de cacher leur véritable personnalité derrière des «&amp;nbsp;oui&amp;nbsp;» systématiques et sur-joués. &lt;br /&gt;
-  Alors, si vous trouviez sa lampe, que feriez vous ?&lt;br /&gt;
-  Je lui laisserai sa liberté d'agir.&lt;br /&gt;
-  Et s'il décide de ne pas en sortir ?&lt;br /&gt;
Je réfléchis un instant à cette éventualité.&lt;br /&gt;
-  En ce cas, je m'inclinerai et rendrai les armes. Mais quoi qu'il en soit je le respecterai, tel qu'il est et quelle que soit sa décision.&lt;br /&gt;
Il éclata de rire.&lt;br /&gt;
-  Je vous teste. Vous savez, le secret est d'y croire, envers et contre tout. Regardez nos légendes. Si vous les considérez de près, les épreuves sont bien nombreuses pour arriver au simple résultat d'aimer, et d'être aimé de retour.&lt;br /&gt;
-  Oui, sans doute, dis-je dans un souffle.&lt;br /&gt;
Contrariée par les caprices du destin, impatiente de retrouver l'homme qu'il me tarde de serrer dans mes bras, je ferme les yeux et essaye tant bien que mal de canaliser la fièvre qui m'assaille. Je pense au jour où je rentrerai à Paris et où je m'en remettrai à mes lecteurs pour m'aider à y voir plus clair dans ce surréaliste fatras de circonstances, toutes plus improbables les unes que les autres. Pourront-ils me tendre la main&amp;nbsp;? Réussiront-ils seulement à trouver d'autres pistes sur lesquelles je pourrais m'engager ?&lt;br /&gt;
-  Vous êtes toute pâle. Vous vous sentez bien&amp;nbsp;? m'interroge-t-il soudain.&lt;br /&gt;
-  Pas très. La tête me tourne un peu.&lt;br /&gt;
-  Vous désirez boire quelque chose&amp;nbsp;? Un peu d'eau fraîche peut-être ?&lt;br /&gt;
-  Non, ça ira. Je vous remercie.&lt;br /&gt;
Les oreilles me sifflent et mon coeur bat frénétiquement. J'ai l'horrible sensation de me débattre au beau milieu d'un sable mouvant sans pouvoir attraper la branche qui s'offre à moi.&lt;br /&gt;
-  Amjad, il est des passions dont on ne ressort pas indemne, lui dis-je enfin.&lt;br /&gt;
-  Mais que l'on doit surmonter pour réussir à se trouver, me réplique-t-il d'un ton convaincu. Rien ne doit être plus important à vos yeux. Si la vie a placé cet homme en face de vous, vous devez lutter pour le retrouver. Si vous l'aimez vraiment, il va falloir vous battre avec bravoure pour le conquérir. Allah met votre sincérité à l'épreuve. Vous devez lui prouver votre courage et la force de l'amour que vous portez à ce mortel. Il faut mériter la confiance qu'il est prêt à vous offrir.&lt;br /&gt;
Je relève la tête et presse la précieuse photographie contre ma poitrine.&lt;br /&gt;
-  Je me battrai le temps qu'il faudra.&lt;br /&gt;
Pendant que nous roulons sur la piste tortueuse, j'observe du coin de l'oeil mon providentiel allié s'efforcer de passer outre les bosses, les trous et les ornières.&lt;br /&gt;
La vie, avec toute l'ironie dont elle est capable, nous place sans indulgence au coeur même des métaphores que nous utilisons parfois pour tenter de la comprendre.&lt;br /&gt;
Le chemin est difficile, sinueux, quasiment impraticable, et je me vois, au même titre que cette vieille guimbarde, lutter pour éviter les écueils.&lt;br /&gt;
L'existence à cela d'extraordinaire qu'elle peut offrir d'immenses bonheurs à ceux qui savent observer, à condition d'accepter les obstacles qui ne manquent pas de les précéder.&lt;br /&gt;
La loi est sans appel&amp;nbsp;:  «&amp;nbsp;Tu veux&amp;nbsp;? Alors mérite&amp;nbsp;! »&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Confidence</title>
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    <pubDate>Mon, 24 May 2010 01:20:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Pénélope Wise</dc:creator>
            
    <description>&lt;p&gt;&lt;q&gt;&lt;em&gt;&quot;Comment sortir de soi&amp;nbsp;? Parfois cette chose arrive, qui fait que nous ne sommes plus enfermés&amp;nbsp;: un amour sans mesure. Un silence sans contraire. La contemplation d'un visage infini, fait de ciel et de terre.&quot;&lt;/em&gt;&lt;/q&gt;
(Chistian Bobin)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;-   ... Imagine deux secondes que ce type soit complètement dingue, Pénélope. Tu ne penses pas que c'est totalement insensé de se baser uniquement sur le sentiment débile de je ne sais quelle prémonition pour te lancer dans des recherches&amp;nbsp;? Et quelles recherches&amp;nbsp;! Tu ne sais même pas comment procéder ni quel indice fantasmagorique va bien pouvoir pointer son nez. Si indice il y a.&lt;br /&gt;
Consciente du scepticisme de Luc et du caractère irrationnel de mon histoire, je prends le temps de choisir mes mots avant de lui répondre.&lt;br /&gt;
-   Écoute, il est vrai que j'ai douté de la sincérité de ce gardien lorsqu'il s'est approché de moi avec l'air d'un dément sorti tout droit de l'asile. Je ne peux le nier. Mais ensuite, je n'ai pu m'empêcher d'y croire. Ces derniers temps les évènements se sont enchaînés de manière vraiment étrange, trop spéciale pour être anodine.  L'intervention de cet homme n'a fait que me le confirmer.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;Dans ma tête, le souvenir de mon passage par Loarre se manifeste avec une récurrence et une précision stupéfiantes. J'ai la brusque impression que cette rencontre ne cessera de me revenir à l'esprit, encore et encore, jusqu'à ce que j'en tire la sève, que j'en comprenne la dimension. &lt;br /&gt;
-   Il m'a dit la vérité. J'en suis sûre. Je le sens au fond de moi.&lt;br /&gt;
Un silence éloquent accueille ma réponse. &lt;br /&gt;
-  Luc, tu m'entends ?&lt;br /&gt;
-  Oui, je suis là.&lt;br /&gt;
Il soupire.&lt;br /&gt;
-  Tu as de la chance que je fasse confiance à ton instinct et que ton goût soit sans faille, Mademoiselle «je déroge», car j'aurais viré quiconque aurait osé me faire le quart de ton cinoche.&lt;br /&gt;
Je reste silencieuse un instant, attendant que la pression retombe à l'autre bout du fil.&lt;br /&gt;
Luc procède toujours de cette manière. Il s'impatiente, perd constance, mais se ravise invariablement pour finalement s'excuser de s'être emporté. Il n'y a jamais d'animosité ni de méchanceté dans son discours. &lt;br /&gt;
Nous nous estimons énormément, lui et moi, et il me faudrait commettre une énorme bévue pour qu'il décide, en dernier recours, de se passer de mes services.
Nous nous sommes rencontrés alors que je terminais mes études de technicien supérieur, il y a des années de cela. Luc était à la recherche d'une professionnelle à la personnalité dynamique et dotée d'un oeil aiguisé. J'ai tout de suite adoré son tempérament passionné et sa conception novatrice du service. Nous avons immédiatement accroché.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il soupira.&lt;br /&gt;
-  Et que comptes-tu faire maintenant ?&lt;br /&gt;
-  Ce que j'ai à entreprendre, ni plus ni moins. &lt;br /&gt;
-  Mais enfin, Pénélope, fais-moi plaisir tu veux&amp;nbsp;? Essaye de réfléchir un tant soit peu. Explique-moi ce que tu vas bien pouvoir aller foutre chez ce marchand de loupiotes de carnaval&amp;nbsp;? Tu ne le connais même pas.&lt;br /&gt;
Amusée par le désarroi de Luc, je ne peux m' empêcher de sourire. &lt;br /&gt;
-  Ne t'inquiètes pas pour moi. Je m'en sors toujours bien, tu le sais non ?&lt;br /&gt;
-  Oui, et bien tâches de ne pas trop t'éloigner de ton objectif, d'accord&amp;nbsp;? Tu es venu ici en premier lieu pour trouver une baraque, et pas n'importe laquelle. Et n'oublie pas la vue sur la mer, hein ?&lt;br /&gt;
-  Oui, Sidi !&lt;br /&gt;
-  Allez, ça va. Ne te fous pas de moi, en plus.&lt;br /&gt;
A l'écoute du ton compassé qui résonne dans le haut-parleur, je réfrène à grand peine un fou rire.&lt;br /&gt;
-  Pourquoi ne m'en as tu pas parlé l'autre jour, avant ton départ pour le Maroc&amp;nbsp;? Pourquoi ne m'as-tu pas raconté tout ce qui s'était réellement passé en Espagne ni même ce que tu avais l'intention de faire dès ton arrivée à Essaouira ?&lt;br /&gt;
-  Luc, tu es un être cartésien et cette histoire paraîtrait folle au moins rigide des esprits. Alors j'ai préféré ne rien te dire. Quant à Essaouira, je n'avais aucunement l'intention d'y faire quoi que ce soit.  C'est arrivé, c'est tout. Je ne l'avais ni envisagé, ni calculé.&lt;br /&gt;
-  Et que penses-tu que ce lascar puisse t'apporter ?&lt;br /&gt;
-  Je n'en sais rien. Il dit que son cousin peut apporter de l'eau à mon moulin. &lt;br /&gt;
-  Ma pauvre bichette, tu n'es pas sans ignorer que dans ce pays le moindre péquin lambda a une tonne de cousins qui connaissent tout le monde. Si tu les écoutes, ils sont en relation avec la terre entière. Méfies-toi qu'il ne t'attire pas dans un get-apens.&lt;br /&gt;
-  Ne t'en fais pas.&lt;br /&gt;
-  Ben voyons&amp;nbsp;! Bon, trêve de plaisanterie. Ne perds pas de vue que tu travailles en premier lieu pour moi. Alors tu te mets au boulot illico et tu me tiens au courant dès que tu a trouvé la perle rare. OK ?&lt;br /&gt;
-  Ça tombe sous le sens.
-  Allez, à bientôt. Je comptes sur toi, hein&amp;nbsp;? Et évites de perdre du temps dans des recherches vaines. Il y a certainement des moyens plus efficaces de remettre la main sur l'homme de ta vie.&lt;br /&gt;
-  Bien sûr...&lt;br /&gt;
Alors que je m'apprête à raccrocher le téléphone, je me ravise et replace en hâte le combiné sur mon oreille.&lt;br /&gt;
-  Luc ?&lt;br /&gt;
-  Oui ?&lt;br /&gt;
-  Merci.&lt;br /&gt;
-  De quoi ?&lt;br /&gt;
-  De comprendre à quel point le retrouver est primordial pour moi.&lt;br /&gt;
-  Pas de problème mon petit poulet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le silence se fait dans la petite boutique où je me trouve, au fin fond de la médina d'Essaouira. Sur la petite table, près des lampes à huile, se trouve le cliché en noir et blanc.
&lt;img src=&quot;http://blog.bebook.fr/penelope/public/essaouira/echoppe.jpg&quot; alt=&quot;Echoppe&quot; style=&quot;float:right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; /&gt;
Celui-là même qui était accroché sur l'un des murs de l'échoppe, quelques minutes plus tôt.&lt;br /&gt;
Je n'arrive pas à le quitter des yeux, encore moins à croire au visage souriant que je vois, figé par le révélateur sur le papier photographique.&lt;br /&gt;
Un peu déstabilisée, j'avance une main tremblante vers lui. Mais au moment où je m'apprête à le saisir, une voix tonitruante retentit derrière moi.&lt;br /&gt;
-  Ah, la voilà la jolie gazelle. Tout va bien pour vous, petite madame&amp;nbsp;? Vous avez terminé de téléphoner à votre ami ?&lt;br /&gt;
Je lui fais signe que oui.&lt;br /&gt;
-  Très bien. Alors suivez-moi je vous prie. C'est par là.&lt;br /&gt;
L'homme me guide au coeur des souks, odorants et colorés, jusqu'à ce qu'au détour d'une ruelle, nous apercevions une Jeep, probablement cinquantenaire. Il m'ouvre la porte, m'invite à grimper sur le siège de métal puis prend place derrière le volant.&lt;br /&gt;
Le moteur démarre bruyamment et le véhicule s'ébranle.&lt;br /&gt;
Manifestement ravi, le gérant de commerce se tourne vers moi. Derrière son large sourire apparaissent  des dents d'une blancheur surréaliste.&lt;br /&gt;
-  Vous allez voir. Si vous aviez une idée du Paradis, vous vous rendrez compte que vous en étiez très loin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Rencontre inopinée</title>
    <link>http://blog.bebook.fr/penelope/index.php/post/2010/05/14/Rencontre-inopinee</link>
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    <pubDate>Fri, 14 May 2010 01:58:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Pénélope Wise</dc:creator>
            
    <description>&lt;p&gt;&lt;q&gt;&lt;em&gt;O ces rencontres fugitives (...) O ces regards involontaires – Bref entretien de cils battants&amp;nbsp;! - Sur l'âpre houle d'un instant – Nos deux êtres se sont rejoints.&lt;/em&gt;&lt;/q&gt;&lt;br /&gt;
(Valeri Iakovlevitch Brioussov)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le compteur de ma voiture affiche cent trente kilomètres à l'heure. Malgré tout, j'ai l'impression de ne pas avancer.
J'ai une telle soif d'avenir que même le plus rapide bolide ne me mènerait pas assez vite vers demain.
&lt;img src=&quot;http://blog.bebook.fr/penelope/public/loarre/loarre_castle.jpg&quot; alt=&quot;Le château de Loarre&quot; style=&quot;float:left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;
Ma destinée m'obsède. Que va-t-elle m'amener, dans quelle mesure ma vie va-t-elle changer, et de quelle manière&amp;nbsp;? Rien d'autre n'a plus d'importance désormais. Même les appels répétés de ma mère n'ont pas suffit à me faire rester alors qu'il y a quelques semaines encore, j'aurais cédé sur une seule de ses instances. &lt;br /&gt;
-  Quel dommage que tu doives déjà t'en aller ma chérie. Tu es certaine de vouloir partir maintenant&amp;nbsp;? Appelle Luc et reste quelques jours de plus.
Rien ne t'oblige à partir si vite.&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Si, justement, tout m'y oblige. Je dois partir et renouer avec ma destinée, à tout prix. Je n'aurai de cesse, désormais, de retrouver l'homme dont dépend ma vie entière.&lt;/em&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;Impatiente de connaître le planning que m'a réservé Luc pour ma prochaine mission, pressée de repartir sous d'autres cieux, je pousse un peu plus le moteur de ma vieille Clio.&lt;br /&gt;
Consciente que la mécanique risque de souffrir du traitement que je lui inflige, je tapote affectueusement le volant.&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Vas-y ma puce, ne me lâches pas. Fonce !&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
J'allume la radio et tâche de focaliser mon esprit sur un incontournable tube de Billy Joël. Sans succès.&lt;br /&gt;
Impuissante à rien pouvoir empêcher, je le laisse me ramener vers les murailles médiévales qui ont abrité le dernier volet de mon aventure espagnole.&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Mon Dieu, jamais je n'aurais pu croire à une telle aventure si je ne l'avais vécue.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
Je me revois, vidée par près de vingt quatre heures de veille, sortir de ma voiture en titubant de fatigue. Mes jambes sont engourdies et se raidissent sous l'effet de crampes terriblement douloureuses. Néanmoins, je suis heureuse d'être partie précipitamment et d'avoir roulé toute une partie de la nuit. Adossée à la portière de mon véhicule, je bénéficie du plus joli lever de soleil qui soit.  La forteresse se couvre d'or et brille de mille feux. La façade ouest est encore noyée dans la pénombre, tardant à dévoiler aux curieux les trésors qu'elle recèle. Une joie intense m'envahit à la vue de cet extraordinaire jeu de clair et d'obscur qui aurait fait pâlir de jalousie Rembrandt lui-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Loarre...&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
Le nom de ce château habite mon esprit comme un fantôme hante un manoir. J'ai l'intime conviction que ses mystérieux remparts vont me révéler quelque chose d'insoupçonné, d'extraordinaire, de magique.&lt;br /&gt;
J'écrase ma cigarette et m'approche de l'ancienne bâtisse romane. Je n'arrive pas à en détacher le regard, comme hypnotisée. J'entre au coeur du monument. Le noyau principal est splendide, incroyable de conservation. L'architecture, pour partie mozarabe, superbe de majesté, s'organise autour d'une cour d'armes. Je m'avance lentement au coeur de l'histoire, tentant d'en discerner les traces, d'en capter le préambule. Les yeux levés vers les deux tours principales, je les laisse me subjuguer. Des marches directement taillées dans la pierre serpentent le long du mur de garde. Je les monte précautionneusement et m'élève doucement vers les cieux.&lt;br /&gt;
Nerveuse, je cherche la petite médaille à mon cou, mais en vain. La chaînette en argent s'est rompue et pend sur ma poitrine, délestée de sa précieuse consoeur. Mon coeur s'emballe. Je tourne sur moi-même, scrutant désespérément le sol, mais n'aperçois rien.&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Ce n'est pas possible. Où aurais-je pu la perdre&amp;nbsp;? Je l'avais tout à l'heure, en descendant de voiture...&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Oh mon Dieu, la voiture !&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
Je me rappelle soudain avoir oublié de fermer mon véhicule à clef. Alors que je descends promptement les marches, une voix m'interpelle.&lt;br /&gt;
-  C'est cela que vous cherchez, Mademoiselle ?&lt;br /&gt;
Je me retourne vivement et tente de distinguer l'approximative silhouette masculine qui se dresse devant moi, au milieu d'un aveuglant halo de lumière.&lt;br /&gt;
-  Excusez-moi ?&lt;br /&gt;
-  C'est cela que vous cherchez&amp;nbsp;? me redemande l'homme en tendant sa main vers moi.&lt;br /&gt;
Je remonte lentement vers lui. Au milieu de sa paume ouverte se trouve ma médaille. Je la prends, relève la tête et le remercie vivement.&lt;br /&gt;
La casquette qu'il porte au sommet du crâne me confirme qu'il est le gardien du merveilleux sanctuaire où nous nous trouvons tous deux, presque seuls au monde.&lt;br /&gt;
-  Je suis désolée, dis-je. Je n'ai pas vu de guichet à l'entrée. Le château était ouvert, alors...&lt;br /&gt;
-  Oui, je sais. Je vous ai vu entrer à l'intérieur. Vous avez perdu votre pendentif dans la cour principale. Je suis venu vous le rapporter.&lt;br /&gt;
Il se tait un instant, se passe la main sur le front et continue.&lt;br /&gt;
-  Le guichet est encore fermé. A cette heure là j'ouvre juste pour les jardiniers. Les visites ne commencent qu'à partir de dix heures.&lt;br /&gt;
-  Ah... Je suis vraiment navrée. Si vous voulez, je peux revenir tout à l'heure. Vous savez, je suis venue pour...&lt;br /&gt;
-  Je sais pourquoi vous êtes venue.&lt;br /&gt;
Je le regarde, interdite.&lt;br /&gt;
-  Je vous demande pardon ?&lt;br /&gt;
-  La médaille. Elle est très particulière vous savez. Il n'y a qu'ici qu'elle est fabriquée. Lorsque je le l'ai ramassée, je l'ai bien observée. Elle a le poinçon du Loarre. Cela veut dire qu'elle est faite ici, dans nos ateliers. Vous voyez, me dit-il en la pointant du doigt, c'est un modèle déposé. Vous ne la verrez nulle part ailleurs, sauf peut-être sur ceux et celles qui seront passés par chez nous.&lt;br /&gt;
Tout en parlant, il scrute mon regard avec une troublante intensité.&lt;br /&gt;
-  Quelqu'un est venu ici, me dit-il brusquement. Un homme important. Il y avait beaucoup de monde autour de lui, des camions, d'énormes boites métalliques, des lumières, des fils électriques. Ils ont mis plusieurs jours pour tout organiser. Et puis, il s'est placé ici, juste là, entre le donjon et la tour de la Reine. Il s'est adressé à des centaines de personnes. Tous l'écoutaient en silence, comme s'il était le Messie lui-même.&lt;br /&gt;
La tête me tourne. Je me masse mécaniquement la nuque et lui pose la question qui me brûle les lèvres. &lt;br /&gt;
-  Connaissez-vous son nom ?&lt;br /&gt;
-  Non. Je ne connais pas son nom, mais je sens que vous, en revanche, vous le connaissez.&lt;br /&gt;
Profondément remuée, je lui confirme qu'il a vu juste. Il s'accroupit sur une marche de pierre et me sourit.&lt;br /&gt;
-  Ma femme travaille à l'atelier des orfèvres. Elle se souvient très bien de son passage par chez nous. Il voulait un souvenir typique d'ici, une amulette plus précisément. Il est visiblement très attaché aux portes-bonheur. «&amp;nbsp;J'ai ce qu'il vous faut », lui a-t-elle dit, «&amp;nbsp;je peux vous vendre la croix aux douze points. Elle est symbolique, solaire, et porte chance. Elle est dotée d'un pouvoir très spécial. La légende dit qu'elle rapproche les âmes nées sous le même ciel astrologique. »&lt;br /&gt;
Il s'arrête de parler et me regarde de nouveau avec intensité.&lt;br /&gt;
-  Votre médaille, vous ne l'avez pas achetée ici, n'est-ce-pas ?&lt;br /&gt;
Mon coeur bat de plus en plus vite. Je m'agrippe aux aspérités de la muraille et tente de rester calme.&lt;br /&gt;
-  Non. Je l'ai trouvée à Segovia.&lt;br /&gt;
Il lève les yeux vers le soleil, plisse les yeux et retire sa casquette. Tout en se grattant l'arrière du crane, il continue de m'interroger.&lt;br /&gt;
-  Quand l'avez-vous découverte ?&lt;br /&gt;
-  Hier soir, au beau milieu de la rue.&lt;br /&gt;
Il se tait un instant, rajuste le col de sa veste et poursuit.&lt;br /&gt;
-  Comment avez-vous compris qu'elle venait d'ici ?&lt;br /&gt;
-  J'ai vu une photographie de l'homme dont nous parlons, dans un magazine. Il la portait autour de son cou. Dans le reportage qui lui était consacré, il précisait l'avoir achetée à Loarre.&lt;br /&gt;
Il consulte sa montre, remet son couvre chef puis m'assène le coup de grâce.&lt;br /&gt;
-  C'est un présage. Vous êtes reliée à lui.&lt;br /&gt;
Au bord du malaise, je suis impuissante à répliquer quoi que ce soit à cette stupéfiante révélation.&lt;br /&gt;
Il plante ses yeux verts dans les miens.&lt;br /&gt;
-  Ma femme croit beaucoup à ces choses là. Je dois dire qu'elle se trompe rarement. Elle m'a appris à reconnaître les signes.&lt;br /&gt;
Brusquement, il approche son visage du mien; si près que mon premier réflexe est tout d'abord de reculer. Loin de l'arrêter dans son élan, ma réaction le fait m'agripper par les épaules. Sur ma joue, je peux à présent sentir le contact rugueux de sa barbe grisonnante. Prête à le repousser, j'entends soudain l'inimaginable confidence.&lt;br /&gt;
-  Vous avez le même regard que lui, me susurre-t-il à l'oreille. Le regard, ça ne trompe pas. C'est la porte de l'âme. Cela veut dire que vos deux esprits sont connectés.&lt;br /&gt;
Apeurée, je refuse de souscrire à ce que cet homme vient de me révéler. Il est clair qu'il n'a pas toute sa raison, son comportement en témoigne. Peut-être est-il débile léger, voire même profond. Et puis, les croyances sont fortes dans la région. Les gens sont pour la plupart ignorants des règles qui régissent la science et préfèrent croire à d'obscures superstitions.&lt;br /&gt;
-  Je dois aller contrôler si tout se passe bien avec les artisans, me dit-il finalement en me tendant une main amicale.&lt;br /&gt;
Trop ébranlée, je reste muette et le salue sans mot dire.&lt;br /&gt;
-  Bonne journée et bon courage dans votre quête, me lance-t-il en s'éloignant.&lt;br /&gt;
-  Merci infiniment, lui dis-je enfin. Mais il est déjà trop loin pour m'entendre. Il ne se retourne pas.&lt;br /&gt;
Les jambes flageolantes, je rebrousse chemin et sors de la fortification. Soudain, la mémoire me reviens.&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Ma voiture. Quelle idiote, j'avais oublié. J'espère que personne ne me l'a volée.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
Inquiète, je me mets à courir aussi vite que je le peux. Mais arrivée à sa hauteur, je constate qu'il est déjà trop tard. Le coffre a été forcé et son contenu a disparu. La porte, côté conducteur, est également ouverte et le poste de radio a été arraché.&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Merde, c'est pas vrai !&lt;/em&gt;
&lt;img src=&quot;http://blog.bebook.fr/penelope/public/loarre/loarre_castle2.jpg&quot; alt=&quot;Le château de Loarre&quot; style=&quot;float:right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; /&gt;
&lt;br /&gt;
Troublée, fatiguée, folle de rage, je tâche de refermer le coffre tant bien que mal et m'installe au volant.  Sans plus attendre, je démarre en trombe et projette de rallier Madrid au plus vite.&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Luc ne va jamais vouloir me croire.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le klaxon d'un énorme Hummer me ramène brusquement dans le présent. Je sursaute et insulte sans retenue le conducteur du tout-terrain. La pendulette sur le tableau de bord affiche quatorze heures vingt. Au loin, un panneau autoroutier annonce la dernière sortie avant Paris.&lt;br /&gt;
Paris, enfin.&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;A quinze heures, je serai dans les bureaux de Luc. Dans quelques jours, je m'envolerai pour le Maroc.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
Les kilomètres défilent un à un, m'emmenant irrémédiablement vers une nouvelle étape de mon existence. Que vais-je bien pouvoir découvrir cette fois&amp;nbsp;? Qui me montrera le chemin à suivre pour le retrouver&amp;nbsp;? Combien de signes devrais-je encore décoder, et en trouverais-je seulement d'autres ?&lt;br /&gt;
Soufflant un jet de fumée par la vitre ouverte, je repense aux yeux de celui que je ne vis dorénavant que pour rejoindre. Je les revois, immenses, pétillants, d'une intense couleur noisette. Je caresse en pensée ses cheveux noirs de geai...&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Mon amour, si je suis connectée à toi je retrouverai ta trace.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Un instant de recueillement</title>
    <link>http://blog.bebook.fr/penelope/index.php/post/2010/05/12/Un-instant-de-recueillement</link>
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    <pubDate>Wed, 12 May 2010 17:36:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Pénélope Wise</dc:creator>
            
    <description>&lt;p&gt;&lt;q&gt;&lt;em&gt;L'imagination et le recueillement sont deux maladies dont personne n'a pitié.&lt;/em&gt;&lt;/q&gt;&lt;br /&gt;
(Alfred deVigny)
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'aube vient de disparaître, laissant traîner derrière elle de minces filets de brumes, nonchalants témoins de sa visite furtive. Dans cette atmosphère ouatée, tout semble mirifique, comme né sous les savants traits de pinceau d'un grand maître. Rien ne saurait rivaliser de beauté avec le macrocosme qui s'éveille doucement devant mes yeux.&lt;br /&gt;
Il est à peine sept heures du matin et tout est encore calme. Seuls les pas feutrés du chat trahissent une présence dans la maison. J'avale une grande gorgée d'arabica, apprécie son arôme corsé puis croque dans une brioche débordante de sirop d'érable. Le soleil vient aimablement me caresser la joue de son premier rayon et nous communions ensemble, appréciant notre silencieuse complicité. Je m'abandonne à sa douce chaleur et passe un long moment immobile, la nuque reposant sur l'imposant dossier de mon fauteuil. Rien n'est aussi bon que cet instant où mon esprit se gorge sans retenue de la senteur des roses et s'emplit du gazouillis des mésanges.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;Le couinement des volets de la chambre bleue vient rompre l'harmonie. Je me retourne et porte une main à mon front, en visière improvisée. Je discerne la silhouette de ma mère à contre-jour, réponds à son salut enthousiaste par un sourire puis l'invite à me rejoindre. &lt;br /&gt;
-  Bonjour, ma chérie. Bien dormi&amp;nbsp;? me demande-t-elle en me prenant dans ses bras.&lt;br /&gt;
Je lui confirme avoir dormi du sommeil du juste.&lt;br /&gt;
-  Cela ne m'étonne pas. On dors très bien sur ce nouveau matelas. Ton père et moi y avons mis le prix.  Ce serait le comble si tu ne t'y étais pas largement reposé.&lt;br /&gt;
Une ironie à peine dissimulée vient subrepticement me soulever le coin des lèvres. La notable propension maternelle à ramener tout et n'importe quoi à sa simple valeur vénale m'a toujours laissé pantoise.&lt;br /&gt;
-  Papa est réveillé ?&lt;br /&gt;
-  Oh, depuis longtemps ma puce. Il est d'abord allé consulter internet, histoire de mettre son ressenti sur le blog, rapport à l'élection présidentielle. Tu sais, comme Nicolas a été élu...&lt;br /&gt;
-  Oui, je crois me souvenir. Et puis ?&lt;br /&gt;
Ma mère me regarde, choquée par le ton cassant de ma réplique.&lt;br /&gt;
-  Et bien, répond-elle au bout d'un instant, il est parti faire quelques courses à Beaurepaire. Il ne devrait pas tarder à rentrer.&lt;br /&gt;
-  D'accord, dis-je d'un air absent.&lt;br /&gt;
-  Tu reprendras quelque chose ?&lt;br /&gt;
-  Non merci, ça va. J'ai assez mangé.&lt;br /&gt;
Nous finissons rapidement le contenu de nos tasses puis ma mère se lève.&lt;br /&gt;
-  Bon, je vais aller arroser le jardin. Tu veux m'accompagner.&lt;br /&gt;
-  Non, je te remercie. Je vais finir de me réveiller sous une bonne douche.&lt;br /&gt;
-  Tu feras attention au mélangeur. Ton père n'a pas tout à fait terminé de le régler et l'eau est vite bouillante.&lt;br /&gt;
-  Je m'en sortirai, ne t'en fais pas, dis-je en lui posant une main sur l'épaule.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout en haut du coteau, je fume une dernière cigarette avant de reprendre la route. Le toit de la maison, en contrebas, est à peine visible, perdu au coeur des grands sapins. Le menton posé sur mes genoux, j'embrasse d'un seul coup d'oeil toute la vallée et aperçois au loin les montagnes du Vercors. Les sommets, contrairement aux précédentes années, ne reflètent aucune lumière. Pour la première fois, les neiges éternelles fuient leur campement séculaire. De mémoire d'homme, cela ne s'est jamais vu dans la région. La planète semble crier sont désarroi en manifestant nombre de comportements inhabituels. Mais les humains restent sourds à ses appels au secours.&lt;br /&gt;
Révoltée par le manque de discernement des créatures que nous sommes, consciente de l'accablante responsabilité de chacun d'entre nous dans cette impitoyable lapidation de la nature, je m'étends dans la dense verdure Iséroise et me rassure à penser que mon destin m'a mené vers un homme intègre, respectueux de son environnement et engagé de surcroît dans de nobles causes. Contrairement à beaucoup, lui se bataille sans vergogne pour faire entendre au plus grand nombre le silence éloquent de notre berceau natal.
Je me rappelle être récemment tombée sur un article, dans un magazine à gros tirage, relatant sa dernière conférence de presse dans le cadre de l'association à laquelle il adhère. Cet organisme, l'un des plus actifs dans le domaine environnemental, plébiscite l'extraordinaire travail du vice-président des États-Unis et contribue à sensibiliser tout à chacun sur les ravages des émissions de gaz à effet de serre. Les énergies renouvelables, la protection des animaux menacés par le réchauffement climatique, la promotion des véhicules hybrides sont autant de luttes à mener pour lui. &lt;br /&gt;
Combien encore de victoires difficiles à remporter&amp;nbsp;? Mais peu lui importe. Tel un chevalier des temps modernes, il a enfilé son armure et s'en est allé au combat, fort de ses convictions. J'aime son intégrité, son intelligence et sa profonde sensibilité. Je suis mortifiée que la vie me l'ait enlevé sitôt rencontré, mais infiniment fière que ma route ait croisé la sienne. Encore récemment en Espagne, alors que je m'apprêtais à rentrer en France, les signes ont été sans équivoques.&lt;br /&gt;
Je suis lui, il est moi, tout nous relie. Nous ne sommes qu'un.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Un nouvel espoir</title>
    <link>http://blog.bebook.fr/penelope/index.php/post/2010/05/10/Un-nouvel-espoir</link>
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    <pubDate>Mon, 10 May 2010 23:25:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Pénélope Wise</dc:creator>
            
    <description>&lt;p&gt;&lt;q&gt;&lt;em&gt;Vieille France, accablée d'histoire, meurtrie de guerres et de révolutions, allant et venant sans relâche de la grandeur au déclin, mais redressée de siècle en siècle par le génie du renouveau.&lt;/em&gt;&lt;/q&gt;
(&quot;Mémoires de guerre - 1944-1946&quot; -  Charles de Gaulle)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;J'inhale une grande bouffée de nicotine et m'allonge dans les hautes herbes, dans l'exacte position où, quinze jours auparavant, je m'accordais un moment de détente avant de reprendre la route.&lt;br /&gt;
Les nuages traversent calmement les cieux, apparemment inconscients du drame qui se joue à des dizaines de milliers de mètres au dessous d'eux.&lt;br /&gt;
Ce matin, le sort en est jeté. Pour les cinq prochaines années, la nature sera reléguée au second plan par la toute puissante croissance économique.  Combien de temps encore notre terre va-t-elle supporter un tel traitement ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;Je ferme les yeux et tente de me souvenir du plus infime détail de la journée historique que j'ai vécu hier, au même titre que des dizaines de millions de français. Je me revois, parcourant pour la seconde fois les derniers kilomètres me séparant des urnes, talonnée par l'angoisse. &lt;br /&gt;
Avec le plus grand sérieux, j'écoute chacun des partis, pèse pour la ixième fois le pour et le contre, tente de suivre le plus petit conseil que, dans le trouble où je suis, ma conscience peine à me faire entendre. Les mains crispées sur le volant de ma voiture, je tente vainement de mettre mes idées au clair cependant qu'à la radio les organismes de sondages ne cessent de donner gagnant le grand favori du second tour de l'élection présidentielle. &lt;br /&gt;
Les jeux semblent faits avant même la clôture des votes. Refusant l'évidence proclamée haut et fort par le porte-parole du présumé vainqueur, j'appuie rageusement sur l'accélérateur. &lt;br /&gt;
Une heure plus tard, je sors du bureau de ma circonscription, déprimée par les commentaires résignés des votants. Tous semblent pris entre le marteau et l'enclume, incapables de porter leur choix sur qui que ce soit. Les uns votent «&amp;nbsp;au petit bonheur la chance », les autres revendiquent le droit à une liberté qu'ils n'ont, par ailleurs, toujours pas trouvé; les anciens, quant à eux, refusent l'éventualité d'une femme à la tête de l'état. Pressée de m'éloigner d'un tel gâchis électoral, je quitte la mairie et m'empresse de rallier le domicile familial.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mon père m'accueille à la porte du garage, un tournevis à la main.&lt;br /&gt;
-  Bonjour ma chérie. Tu as fais bonne route ?&lt;br /&gt;
-  Oui, merci. Bonjour Papa, dis-je en lui posant un rapide baiser sur la joue. &lt;br /&gt;
-  Tu es passée par la Côte pour voter ?&lt;br /&gt;
Sans même prendre le temps de poser mes bagages, je lui assène la première pique de la soirée.&lt;br /&gt;
-  Oui, pas d'inquiétude. Je suis une grande fille tu sais. J'assume mes devoirs de citoyenne.&lt;br /&gt;
Mon père ne semble pas relever l'attaque et continue sur sa lancée.&lt;br /&gt;
-  Ta mère doit être sur le coteau. Tu la connais, pour l'arracher à ses plantations c'est la croix et la bannière.&lt;br /&gt;
Je la rejoins et apprécie de passer un long moment en sa compagnie, au milieu des plantes vivaces et des conifères. Sa passion pour la nature me ravit et j'admire le brio avec lequel elle manipule les noms savants de chacun des végétaux qui embellissent son jardin. Je la regarde, captivée par sa science, incapable de comprendre l'incohérence de ses choix.&lt;br /&gt;
Comment une personne si intimement liée à la nature peut elle contribuer à porter le capitalisme au devant de la scène&amp;nbsp;? Lorsque je la vois, babillant au milieu des fleurs la binette à la main, je me demande ce qu'elle deviendrait sans cette activité essentielle à son équilibre.&lt;br /&gt;
Le début de soirée passe vite et nous nous retrouvons rapidement attablés autour de la large table basse, les yeux rivés sur l'écran de télévision. &lt;br /&gt;
Le visage rayonnant, le nouveau Président élu s'apprête à faire son discours. La voix tremblante d'émotion, il remercie chaleureusement tous ceux et celles qui ont choisi de faire sortir le pays de l'impasse et promet de réhabiliter le travail et de relancer la croissance. &lt;br /&gt;
Décontenancée par le caractère libéral des préoccupations nationales, inquiète pour l'avenir écologique de la seule planète habitable connue,  j'entends à peine le commentaire satisfait de mon père.&lt;br /&gt;
-  Et bien, il était temps&amp;nbsp;! Je suis content de voir que les français ont enfin décidé de voter intelligemment. Les choses vont pouvoir bouger à présent.&lt;br /&gt;
Il pose sa main droite sur ma nuque et pose un affectueux baiser au sommet de mon crâne.&lt;br /&gt;
-  Tu ne penses pas ma chérie ?&lt;br /&gt;
Je ne réponds pas et me contente de soupirer, préoccupée par le tournant que semblent prendre les évènements. &lt;br /&gt;
-  Ce pays va peut-être pouvoir ressembler à quelque chose maintenant qu'un homme d'honneur et de convictions est à sa tête, poursuit mon père en s'affairant à déboucher une bouteille de Clos Saint Denis.&lt;br /&gt;
Il rapporte trois verres à grand cru de la cuisine et les pose sur la table basse.&lt;br /&gt;
-  Je t'en sers un peu ma puce ?&lt;br /&gt;
-  Non, merci, sans façon.&lt;br /&gt;
Conscient de notre mésentente politique, et suivant son habitude, mon père se renfrogne et n'insiste pas. Tourmentée par l'idée d'une éventuelle friction, ma mère intervient, m'implorant silencieusement d'accepter le verre de la victoire; injonction à laquelle, toute prête que je suis à affronter les foudres paternelles, je ne réponds pas.
N'y tenant plus, elle prend la parole.&lt;br /&gt;
-  Cela vous dirait de grignoter des encornets&amp;nbsp;? J'en ai acheté quelques uns chez Murat, je ne vous dis que ça . Un vrai délice !&lt;br /&gt;
-  Non merci Maman, sans façon. Papa en prendra peut-être mais, pour ma part, je me sens un peu vasouillarde. Je vais aller me coucher.&lt;br /&gt;
-  Déjà&amp;nbsp;? A cette heure là ?&lt;br /&gt;
-  Oui, je suis vraiment éreintée. Je te rappelle que j'ai roulé une grande partie de la journée. Et puis, pour tout te dire je dois repartir tôt demain matin. &lt;br /&gt;
-  Ah bon&amp;nbsp;? Mais pourquoi repars-tu si précipitamment ?&lt;br /&gt;
-  Je dois rentrer. Luc m'attend pour une réunion dans ses bureaux à quinze heures. Nous devons mettre au point les derniers détails avant mon départ pour Essaouira. Il faut que j'ai levé le camp à huit heures, grand maximum.&lt;br /&gt;
-  Quand dois-tu décoller pour le Maroc ?&lt;br /&gt;
-  Lundi prochain.&lt;br /&gt;
Mon père m'adresse un sourire dépité.&lt;br /&gt;
-  Bon, et bien passe une bonne nuit alors. Ta mère et moi nous lèverons pour prendre le petit déjeuner avec toi avant que tu t'en ailles.&lt;br /&gt;
Souffrant d'être perpétuellement assistée, avide d'indépendance, je tente une dernière esquive.&lt;br /&gt;
-  Non, ce n'est pas la peine. Reposez-vous. Je me débrouillerai.&lt;br /&gt;
-  C'est hors de question ma chérie, intercède ma mère. Et puis, je t'ai préparé des petits plats à emporter. Je te les mettrai dans la glacière au dernier moment.&lt;br /&gt;
Taraudée par la fatigue, finalement vaincue par la lassitude, je cède.&lt;br /&gt;
-  Ok, ça marche. Bon, j'y vais. Profitez bien de cette soirée exceptionnelle, dis-je dans un dernier sarcasme.&lt;br /&gt;
Sans attendre aucune réaction je regagne ma chambre, me glisse dans le lit délicieusement propre et frais que ma mère s'est empressée de préparer, bénis son agaçant perfectionnisme et ne tarde pas à m'endormir.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Intermède familial</title>
    <link>http://blog.bebook.fr/penelope/index.php/post/2010/04/27/Intermede-familial</link>
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    <pubDate>Tue, 27 Apr 2010 01:57:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Pénélope Wise</dc:creator>
            
    <description>&lt;p&gt;&lt;em&gt;&quot;Me voilà enfin, sire, de retour chez mes dieux pénates, jusqu'à présent plus fatigué que guéri&quot;&lt;/em&gt;
(Jean le Rond d'Alembert – &quot;Lettre au roi de Prusse&quot;)
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Loarre&amp;nbsp;! Je revivrais mille fois cette magnifique expérience plutôt que de plonger une fois encore dans la navrante réalité du premier tour de l'élection présidentielle.&lt;br /&gt;
Quatre mois d'une infernale campagne d'où l'on ressort vidé, épuisé, presque exsangue. Je crois qu'il est possible d'affirmer que tout a été entendu, du discours farci de formules citoyennes doucereuses à la harangue condescendante, en passant par l'éternel «&amp;nbsp;ni oui, ni non ». Une fois de plus, les sujets les plus brûlants sont loin de faire l'unanimité et aucun des candidats n'arrive à convaincre. &lt;br /&gt;
Alors que nous sommes au bord du suicide écologique, les énarques endimanchés et les dictateurs survoltés nous rassasient de promesses intenables et nous servent une énième version du «&amp;nbsp;bonheur pour tous ». Ont-ils seulement conscience que nous sommes tous issus du même berceau et que celui-ci nous supplie de nous reprendre avant qu'il ne soit trop tard&amp;nbsp;? J'en doute fortement.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;Malgré mon désarroi, je profite du moment pour refaire le plein affectif auprès des membres de ma famille. Regagner la région de mon enfance pour me rendre aux urnes m'aura au moins donné une satisfaction, celle de serrer mes parents dans mes bras. Ils me houspillent un peu, me reprochent les larges cernes que j'arbore, exigent que je dorme et que je mange au moins une orange par jour.
Il est vrai que je suis épuisée. Ces quelques jours en Espagne m'ont apporté leur lot de sensations fortes et de rebondissements. L'épisode du médaillon à la croix a d'ailleurs été particulièrement pimenté.&lt;br /&gt;
-  Tu prendras un petit verre ma chérie&amp;nbsp;? me demande ma mère en passant la tête par la porte fenêtre.&lt;br /&gt;
-  Bien volontiers, lui réponds-je avec enthousiasme.  C'est une proposition qui ne se refuse pas.&lt;br /&gt;
-  Tu voudras des glaçons ?&lt;br /&gt;
-  Oui, merci.&lt;br /&gt;
-  Un ou deux ?&lt;br /&gt;
-  Deux, ce sera parfait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Attendant l'heure bénie du repos, je m'accoude quelques instants à la balustrade de la terrasse familiale et couvre d'un regard les six mille mètres carrés de jardin que le savoir-faire maternel a su indéniablement magnifier. Le chant tardif des oiseaux me parvient et la fraîcheur crépusculaire sublime les senteurs exhalées par la nature.&lt;br /&gt;
Perdue dans mes pensées, je sursaute au contact des bras qui m'entourent. Mon père me prend contre lui avec toute la tendresse dont il peut faire preuve à l'égard de sa fille, par trop souvent absente. A l'annonce de ces quelques jours à passer ensemble, il a exulté.&lt;br /&gt;
-  C'est super ma puce. Ça va être bon de te revoir. Tu vas enfin pouvoir te détendre un petit peu et nous laisser le plaisir de te choyer. Dis-donc, je remercierais presque les élections. Sans elles, tu n'aurais sans doute pas trouvé cinq minutes pour venir voir tes vieux parents !&lt;br /&gt;
-  Papa, s'il te plaît...&lt;br /&gt;
-  Mais non, je te chahute. Tu arrives quand ?&lt;br /&gt;
-  Dans une dizaine de jours...&lt;br /&gt;
Il m'avance une chaise et m'invite à m'asseoir.&lt;br /&gt;
-  Vous prendrez des tapas tous les deux&amp;nbsp;? nous lance ma mère depuis la cuisine.&lt;br /&gt;
-  Ah ça, c'est une fière idée, lui répond mon père en m'adressant un sourire.&lt;br /&gt;
-  Pénélope en voudra aussi ?&lt;br /&gt;
-  Si tu as des petites saucisses cocktail avec, je ne dis pas non.&lt;br /&gt;
J'entends le rire de ma mère envahir la maison. Elle ne connaît que trop ma prédilection pour ces petites gourmandises chimiques, mais néanmoins délicieuses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques minutes plus tard, nous savourons avec un plaisir non dissimulé ce moment de calme et d'échange autour d'une table couverte de plats et de coupelles de toutes sortes. Saucisson, jambon de pays, tzadziki, saucisses, guacamole, terrine de caille et bien d'autres mets encore satisfont largement nos papilles et nous font apprécier la qualité de l'instant.&lt;br /&gt;
-  Comment ça s'est passé en Espagne&amp;nbsp;? Tu ne nous en a pas trop dis la dernière fois.&lt;br /&gt;
-  J'étais sur Nice, en plein rendez-vous avec Sean. Ce n'était pour ainsi dire pas le moment de bavarder. J'étais venue lui annoncer que nous avions mis la main sur plusieurs maisons correspondant à ses critères.&lt;br /&gt;
-  Il était content ?&lt;br /&gt;
-  Oui, ravi. Luc aussi. Il m'a d'ailleurs programmée sur une autre mission.&lt;br /&gt;
-  Ah bon&amp;nbsp;? Mais pourtant, il n'était pas très content au début de ton séjour là-bas, souligna ma mère de manière un peu abrupte. Il est vrai que profiter de ton déplacement pour effectuer tes démarches personnelles manque un peu de professionnalisme, tu ne penses pas&amp;nbsp;? Est-ce que ce n'est pas un peu scabreux de poursuivre l'homme de ta vie en t'éloignant des objectif premiers qui t'ont menés là-bas, et de le faire sur le temps de ton entreprise en plus.&lt;br /&gt;
-  Oui Maman, je serais peut-être d'accord avec toi sur ce point, si ce n'est que tu omets un détail important. Je me suis permise de suivre sa piste parce-que je savais dès le départ pouvoir jouer sur les deux fronts. N'oublies pas que la demeure recherchée par Sean devait se situer en priorité en Espagne, être très ancienne et de conception particulière. De plus, je ne pouvais pas prévoir les évènements qui se sont produits. Si j'ai décidé coûte que coûte de suivre mon instinct, c'était en priorité parce-que je savais pouvoir combler mes attentes et celles de Sean, et ce malgré les remontrances de Luc. La preuve en est que Sean a finalement porté son choix sur une demeure non loin de Loarre, sans que celle-ci bénéficie de la fameuse cuisine encavée. Hors, il n'était pas prévu au départ que je passe par Loarre, encore moins que Sean puisse revenir sur son exigence première. Aucun de nous n'aurait pu imaginer qu'il abandonnerait l'idée de sa cuisine romane. Que penses-tu de cela&amp;nbsp;? Non seulement les lieux par lesquels je suis passée ont jonchés la route de l'homme que je poursuis mais ils recélaient des merveilles d'architecture suffisantes à combler les desiderata de Sean.&lt;br /&gt;
Je t'assure Maman, Luc s'est rendu compte que je n'étais pas aussi dispersée qu'il le soupçonnait au départ. Et puis, Sean lui a largement signifié qu'il était très satisfait de la superbe maison que je venais de lui trouver et que notre rencontre l'avait par ailleurs charmé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mon père nous observe du coin de l'oeil, sans mot dire. Lorsque ma mère s'apprête à me poser une autre question, il intervient.&lt;br /&gt;
-  Donc, tu dis que Luc veux t'envoyer sur une autre mission ?&lt;br /&gt;
- Oui, absolument.&lt;br /&gt;
- Où ça ?&lt;br /&gt;
-  Au Maroc.&lt;br /&gt;
-  Tu pars quand ?&lt;br /&gt;
-  Le mois prochain, je ne connais pas encore la date exacte. Luc devrait m'en dire d'avantage dans le courant de la semaine prochaine. En ce moment, la mode est à l'acquisition des &quot;riads&quot; et beaucoup de personnalités du moment se les arrachent à des prix exorbitants. Nous venons d'être consultés par l'agent d'une très grosse star qui désire un produit bien précis, au bord de la mer de préférence. Quatre cents mètres carrés au minimum, donnant sur un jardin arboré et une piscine d'eau douce. Il va falloir mettre les bouchées doubles pour trouver ce produit d'exception, d'autant plus que le marché est singulièrement saturé là-bas.&lt;br /&gt;
-  Qui est cette star&amp;nbsp;? renchérit ma mère.&lt;br /&gt;
- Je ne peux pas en parler, discrétion oblige. Mais c'est un client qui nécessite énormément d'égards, d'autant plus qu'il est doté d'un tempérament capricieux et qu'il rompra le contrat qui le lie à nous si nous ne comblons pas rapidement ses attentes.&lt;br /&gt;
-  J'espère pour toi que tout se passera bien et que tu découvriras dans les meilleurs délais ce que cherche ton client.&lt;br /&gt;
-  Ne t'inquiètes pas Maman. Je gère la situation.&lt;br /&gt;
-  Bon, et bien moi je vous laisse les filles, nous coupe mon père.  Il est tard et je dois me lever tôt demain pour recevoir le terrassier.&lt;br /&gt;
Il me serre dans ses bras et m'embrasse.&lt;br /&gt;
-  Bonne nuit Papa.&lt;br /&gt;
-  Bonne nuit ma belle.&lt;br /&gt;
Je m'apprête à débarrasser la table et me penche pour saisir une assiette. Une croix ancienne s'agite au bout de la chaîne que je porte à mon cou.&lt;br /&gt;
La réaction de ma mère, en fanatique des bijoux, ne se fait pas attendre.
-  Qu'est-ce que c'est que ce médaillon&amp;nbsp;? C'est joli comme tout, ça. Où l'as-tu acheté ?&lt;br /&gt;
-  Je ne l'ai pas acheté.&lt;br /&gt;
-  On te l'a offert alors ?&lt;br /&gt;
-  Non plus. Je l'ai trouvé à Segovia ou plus exactement, c'est lui qui m'a trouvé. Il m'a conduit jusqu'à Loarre, dis-je avec un léger tremblement dans la voix.&lt;br /&gt;
Le trouble, aussi infime soit-il, n'échappe pas à ma mère. Elle repose sur la table les verres qu'elle tient dans la main et me regarde fixement.&lt;br /&gt;
- Racontes-moi, dit-elle.&lt;br /&gt;
Je lève les yeux vers la pleine lune qui semble m'encourager par son sourire à revivre l'épisode le plus intense de mon incursion en territoire ibérique.&lt;br /&gt;
Mon coeur se met à battre plus vite, mes mains deviennent moites. Ma mère scrute mon regard et tente de deviner ce qu'il cache. Finalement, je prends une grande respiration et me lance...&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Une étrange coïncidence</title>
    <link>http://blog.bebook.fr/penelope/index.php/post/2010/04/20/Une-etrange-coincidence</link>
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    <pubDate>Tue, 20 Apr 2010 12:38:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Pénélope Wise</dc:creator>
            
    <description>&lt;p&gt;&lt;em&gt;&lt;q&gt;&quot;Partout où le hasard semble jouer à la surface, il est toujours sous l'empire des lois internes cachées, et il ne s'agit que de les découvrir.&quot;&lt;/q&gt;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
(Ludwig Feuerbach - 1888)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La luminosité est encore forte malgré l'après-midi qui touche à sa fin. Le soleil agrémente d'une sublime nuance d'ocres et d'orange l'ensemble des monuments de la ville, célèbre pour sa beauté. Segovia est impressionnante par sa grandeur et la qualité de sa conservation. Son histoire est si présente que je peux presque entendre sa voix me parvenir pour me conter l'insoupçonnable et me révéler le mystérieux. Les anecdotes, les noms des souverains, le quotidien de ducs, des nobles ou de leurs servants, tout ce passé me parvient dans un souffle d'air chargé de poussière et emprunt du parfum entêtant des genêts.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;Après plus de trois heures de marche au coeur de la cité médiévale et deux maisons âprement négociées auprès de leurs gérants respectifs, je m'allonge avec bonheur au pied d'un pin et apprécie la fraîcheur de l'ombre qu'il m'incite généreusement à partager.&lt;br /&gt;
La beauté du site qui s'épanouit juste sous mes yeux est indescriptible. Ce bijou, certainement le plus beau joyau de Castille et Léon, rivalise d'élégance avec ses homologues inscrits au Patrimoine de l'Humanité. Je succombe au charme d'une telle vision et profite du moment, fière à l'idée que peu de personnes peuvent s'enorgueillir de vivre semblable expérience.&lt;br /&gt;
Une large rasade d'eau glacée accompagnée d'une barre de céréales me redonne l'énergie nécessaire pour reprendre la route jusqu'à l'auberge de campagne où m'attend une chambre. Il n'est situé qu'à quelques kilomètres et offre une vue imprenable sur la citadelle.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La nuit est a présent tombée. La lune étale son manteau d'argent sur les fortifications et éclaire d'un rayon le clocher de la cathédrale, la faisant miroiter comme un diamant dans son écrin.&lt;br /&gt;
Douchée, habillée de propre et restaurée, je tente de joindre Luc, sans succès. Je lui laisse un message, lui envoie les derniers clichés puis souris à l'idée qu'il est certainement sur le départ pour l'une de ces soirées &quot;people&quot; auxquelles il adore se rendre. Je l'imagine, repérant sous cape un joli mannequin susceptible de répondre à ses exigences du moment ou déployant un trésor de subterfuges pour bénéficier une fois encore des attentions d'une jolie blonde. Dans ce type d'évènements, nombreuses sont les femmes prêtes à prodiguer leur soins pourvu qu'on leur spécifie qu'elle auront bientôt leur nom inscrit au Panthéon des actrices. Luc les aime particulièrement grandes et élancées, à la limite de l'androgénie et par surcroît dotées d'immenses mirettes. Plus particulièrement, et pour reprendre son expression consacrée, munies d'une &quot;bouche à plaisirs&quot;.&lt;br /&gt;
Je secoue la tête, amusée à l'avance du récit qu'il me fera de sa nuit animée puis enfile un gilet et ressors pour une visite nocturne de la ville. La splendeur des édifices capte véritablement mon attention mais ne m'empêche pas de profiter pleinement des conversations locales, des radios bruyantes posées sur le perron des maisonnées, ni de partager avec amusement la gaieté émanant des autochtones. Pour clore cette jolie promenade, je décide de me diriger vers le quartier des échoppes. Arrivée devant l'une d'elles, particulièrement grouillante de souvenirs bon marché, je baisse la tête et m'immobilise. A mes pieds se trouve une petite médaille accrochée à un cordon de soie noire. Je me baisse, la ramasse et la retourne plusieurs fois dans ma main. Dessus, se trouve un emblême sculpté en relief. Le souffle court, je m'approche d'un lampadaire pour bénéficier de plus de luminosité et constate qu'il s'agit bien de la croix symbolique du Val d'Aran.
&lt;em&gt;Seigneur, c'est bien ce que je pensais.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
N'y tenant plus, je cours jusqu'à la voiture, mets nerveusement le contact et retourne à l'auberge aussi vite que possible. Arrivée dans la chambre, je jette mon gilet sur le lit, allume mon ordinateur et attend fébrilement que le système d'exploitation daigne démarrer. &lt;br /&gt;
&lt;em&gt;C'est la même médaille; c'est la même, j'en suis sûre !&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
J'ouvre le fichier dans lequel je conserve nombres d'articles de presse et tombe finalement sur le dossier que je cherche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les yeux rivés sur l'image affichée maintenant à l'écran, je n'ose y croire. Il est là, devant mes yeux, dans toute sa superbe sur la couverture d'un célèbre mensuel, et portant à son cou la providentielle médaille.&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Je le savais !&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
A demi sonnée, le coeur battant la chamade, je fouille dans la poche de mon jeans et en ressort le précieux symbole. Je me mets à trembler, proche du malaise. Elle est là, au creux de ma paume, déployant crânement ses quatre branches, absolument identique à celle qu'il arbore mêlée à d'autres pendentifs. Elle est de dimension analogue, taillée dans le même argent mat et de facture un peu grossière. Je ne cesse de la toucher, de l'observer sous toutes ses coutures jusqu'à ce que mes yeux en deviennent douloureux.&lt;br /&gt;
Je reste assise là, immobile, désarmée, vidée. Les bras ballants, je réalise que je suis de nouveau  confrontée à l'ironie du destin. Incapable de le reconnaître lorsqu'il passe à ma portée, inconsciente au point de le laisser s'enfuir, me voilà pourtant enchaînée à lui par signes interposés.&lt;br /&gt;
La sensation ressentie au coeur de la cathédrale d'Ávila avait été si forte qu'il m'avait semblé ne jamais pouvoir en revivre de similaire. Mais j'étais bien loin de la réalité.&lt;br /&gt;
Que signifie donc tout ceci&amp;nbsp;? Sont-ce de simples coïncidences ou des indices savamment mis les uns au bout des autres pour me faire suivre un chemin bien précis, tracé à mon insu ?&lt;br /&gt;
Combien de temps cette torture va-t-elle durer et combien d'indices devrais-je collectionner avant que le ciel ne me révèle si je suis l'objet d'une mise à l'épreuve ou la simple victime d'un jeu sadique ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je me lève et me dirige vers la salle de bain lorsque mon regard est attiré par un mot que je n'avais tout d'abord pas remarqué, au bas de la page. Mon sang ne fait qu'un tour. J'ouvre mon moteur de recherche et tape sur le clavier les précieuses syllabes&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Loarre.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
Une longue liste de sites internet s'affiche, proposant divers formules de voyages ou de visites guidées. J'ajoute alors le prénom et le nom de ce prince qui me sourit, juste là, par delà la fenêtre virtuelle du moniteur.&lt;br /&gt;
Une nouvelle liste apparaît. Je la scrute et tombe sur un extrait d'interview. Je clique frénétiquement sur le lien et parcoure avec voracité la globalité du dialogue imprimé sur une double page. L'intéressé et son interlocuteur échangent quelques banalités quand survient une question liée aux portes-bonheur dont il affirme ne jamais vouloir se séparer.&lt;br /&gt;
Ses mots sont sans équivoques.&lt;br /&gt;
«&amp;nbsp;''..., je les porte toujours sur moi. Ils me protègent et me rappellent des moments importants de mon existence ou les fondements de ma philosophie de vie. Certains sont des cadeaux ou des symboles culturels qui me rattachent à un pays dans lequel je souhaiterais revenir, ou même me fixer quelque temps.
&lt;img src=&quot;http://blog.bebook.fr/penelope/public/loarre/carte_segovia.jpg&quot; alt=&quot;Madrid-Segovia&quot; style=&quot;float:right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; /&gt;
Vous voyez, cette petite croix par exemple, je l'ai acheté sur le site de Loarre au nord de l'Espagne, lorsque je m'y suis rendu pour le travail. L'expérience que j'y ai vécu a été si intense que je ne peux plus m'en séparer. Elle me rattache à un cap important de mon existence.''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je n'ai pas besoin d'en lire d'avantage. D'un bond, je me lève et m'active pour rassembler le peu d'affaires qui traînent ici et là, boucle ma valise et range l'ordinateur dans sa mallette. Malgré l'heure avancée, beaucoup de gens sont encore éveillés. Je claque la porte puis descend l'escalier au pas de course.
Je rends la clef au gardien de nuit, règle la note, engloutis un café noir puis me dirige vers ma voiture. Je balance prestement mes bagages dans le coffre et m'installe au volant. Les chiffres numériques de l'écran à cristaux liquides me donnent le signal du départ. Il est très tard et il est temps de partir. Il me reste près de quatre heures et demi de route avant d'arriver jusqu'au château.&lt;br /&gt;
J'allume le poste de radio, ouvre les vitres, allume une cigarette et m'engage sur la route qui me mène vers un dessein inexploré.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Une longue série</title>
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    <pubDate>Sat, 17 Apr 2010 02:08:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Pénélope Wise</dc:creator>
            
    <description>&lt;p&gt;&lt;em&gt;&lt;q&gt;...c'était une faute de se préoccuper des signes, de les rechercher, au lieu d'attendre que leur heure arrive et qu'ils se révèlent&lt;/q&gt;&lt;/em&gt;  (Stefan Zweig – Biographie)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux heures dix du matin.&lt;br /&gt;
Prisonnière d'un planning trop rempli, coincée entre mes obligations professionnelles et l'impérieux besoin de consigner mes investigations sur le net,  je ne sais par quel miracle je vais bien pouvoir réussir à concilier le tout.&lt;br /&gt;
Les jours défilent avec une telle vitesse que s'en est troublant. Depuis Los Angeles le temps perd toute logique et s'accélère anormalement. Il me happe et m'étourdit comme le ferait un reptile tenant fermement sa proie tout en la faisant tournoyer, jusqu'à ce qu'elle se noie.&lt;br /&gt;
La frayeur m'étreint. J'ai peur de m'attaquer à trop forte partie, peur d'échouer. Je ne suis pas entraînée à éviter les écueils et devant l'épreuve qui m'attend, l'air me manque parfois. Il m'arrive d'avoir la sensation que le peu d'oxygène qui me parvient suffit à peine à me maintenir en vie. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;Cette terreur, cette détresse insupportable, je la connais bien. Elle m'a toujours suivi, malfaisante et sournoise, rigolant sous cape à chacune de ses attaques, jubilant de me voir me démener en tentant vainement de l'affronter. Je serre les points et me redresse. Non, je ne céderai pas cette fois. Je réussirai à la vaincre, sans faillir. La réussite de mon entreprise est à cette seule condition.&lt;br /&gt;
Je me rends à la salle de bain, m'asperge le visage d'eau froide et observe le miroir au-dessus du lavabo. Il me renvoie l'image d'une femme succombant dès la première embûche, faible, angoissée, fatiguée par ses recherches infructueuses. Aucun officiel de qui j'ai pu obtenir un renseignement valable, aucune piste susceptible de me ramener vers l'objet de toutes mes pensées.  Personne ne se souvient de lui ni de son passage. Mon destin, ma vie, mon aimé. Comment ai-je pu croire un seul instant qu'il suffisait de te vouloir pour te retrouver ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je me rappelle. Je me revois, désabusée et pleine de poussière, tentant vainement de réfréner la colère qui me gagne sur le bord de la route. Le pneu de mon véhicule est dans un sale état. Il vient d'exploser, victime de trop de chaleur et d'un clou sur la route. Je cherche désespérément le cric mais ne le trouve pas. L'organisme de location a manifestement oublié d'en fournir un. Deux heures à peine depuis mon départ de Madrid et me voici bloquée, à quelques kilomètres de ma prochaine escale. Comme si les remontrances de Luc ne suffisaient pas déjà, il faut encore que je m'enlise dans les problèmes !&lt;br /&gt;
-  Bon, ma puce, tes photos sont très belles mais ce ne sont pas des oeuvres d'art que je t'ai demandé. On t'a envoyé en Espagne tous frais payés afin que tu nous dégottes la maison du siècle pour Sean et tu nous bombardes de l'inexploitable. Soit ce n'est pas assez ancien, soit ça l'est mais sans cuisine en sous-sol, soit il n'y a que la cuisine. Qu'est-ce-que tu as fais pendant tout ce temps&amp;nbsp;? Normalement, tu aurais du reprendre l'avion aujourd'hui, comme convenu. Et toi, non seulement tu n'es pas partie, mais tu nous assènes deux jours de plus de location de bagnole pour allez atterrir on ne sait où à presque cent kilomètres de Madrid. Qu'est-ce-que tu comptes faire exactement ?&lt;br /&gt;
Il m'aura fallu toute la persuasion du monde pour le convaincre que je n'étais pas la dernière des grues  et que ma méthode n'était pas à ce point dénuée de sens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Déjà une demi-heure que j'attends sur le bas-côté. Je m'accroupis pour soulager une crampe et allume mon appareil. Il est vrai que les clichés qui défilent sur l'écran numérique témoignent d'un bien modeste butin. Je me bagarre pour ne pas céder à la crainte du ratage et me lève d'un bond pour héler une voiture qui s'approche. Fort heureusement pour moi, elle ralentit et s'arrête à ma hauteur. Le conducteur, un homme d'une quarantaine d'années, écoute mon laïus avec un amusement non dissimulé. Il semble que je confirme l'image caricaturale qu'il se fait des femmes au volant.&lt;br /&gt;
Néanmoins, il s'attelle à la tâche de bonne grâce et me change le pneu en moins de temps qu'il ne faut pour le dire.&lt;br /&gt;
-  Pensez à vérifier si vous avez tout ce qu'il vous faut dans le coffre la prochaine fois, Mademoiselle, me lance-t-il par la vitre ouverte avant de s'éloigner.&lt;br /&gt;
Je le gratifie d'un large sourire et d'un signe de main puis m'allume une cigarette. J'absorbe de grandes bouffées avec délectation puis l'écrase dans le cendrier avant de remettre le contact. La nuit tombe à présent et je dois encore trouver un hôtel, me rafraîchir, trouver de quoi manger et préparer mon long périple pour la journée de demain.&lt;br /&gt;
Soudain, les murailles fortifiées de la capitale d'Ávila apparaissent au détour d'un virage. Il est presque vingt-deux heures. Je gare la voiture et savoure quelques instants l'un des plus jolis points de vue sur la ville. Sa beauté est incroyable. Tous ses murs sont construits dans la plus pure tradition romane, et parfaitement conservés. On se croirait revenu des siècles en arrière.&lt;br /&gt;
Je m'assois au pied d'un arbre et me délecte à l'idée que ma destinée m'a précédé de quelques années et que l'homme que je poursuis est probablement venu admirer du même endroit la cité la plus haute d'Espagne. A cette seule pensée, je me sens revigorée et ma détermination à le retrouver s'ancre encore plus profondément en moi.&lt;br /&gt;
Je passe la porte principale et échoue dans une adorable pension de famille, non loin de la Plaza mayor de Ávila; une sorte de &quot;Bed and Breakfast&quot; à l'espagnole.&lt;br /&gt;
Après une douche bouillante, je gagne la salle principale. Le repas est traditionnel et consistant, tout à fait ce dont j'avais besoin. Le lit est propre et les épais draps de lin sont brodés à la main. Leur texture me rappelle les superbes parures que taillait et cousait ma grand-mère. Lorsque je me glissait dans l'une d'elles, leur contact rugueux provoquait une surprenante sensation de plaisir et appelait au repos. Je survole une dernière fois les notes gribouillées à la hâte sur un morceau de papier, mon plan d'attaque pour la journée de demain. Puis, bercée par la mélodie nocturne des grillons, je sombre dans un profond sommeil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès le lendemain, et après un solide petit déjeuner, je quadrille la cité et fait rapidement le tour des quartiers les plus anciens. A mon grand contentement, je découvre deux superbes maisons et obtient l'autorisation de visiter l'une d'elles. Les propriétaires sont charmants et me propose un délicieux café auquel je fais honneur. Comble de bonheur, elle recèle des trésors d'architecture, y-compris une immense cuisine construite sous le niveau du sol. Le pilier central soutien un plafond voûté, orné d'armoiries. Je saute intérieurement de joie à l'idée que grâce à cette trouvaille, le voyage sera finalement rentabilisé plus tôt que prévu. De surcroît, j'apprends que mes hôtes viennent d'ajouter leur demeure à la liste des maisons à vendre. Ils quittent la ville dans trois mois pour une charmante maison au coeur de l'Andalousie. Luc va être comblé et moi, pardonnée. &lt;br /&gt;
Leurs coordonnées en poche je les salue chaleureusement et reprends la direction du centre ville. Sur le chemin du retour, je cède à la tentation de me rendre à la cathédrale; haut lieu historique d'Ávila. Devant l'arcade surplombant la grande entrée, je m'immobilise. Tant de grandeur se dégage de ce bâtiment. Il semble que les pierres elles-même soient enclines à prendre la parole pour raconter ce que les livres d'histoire ont omis de dire. J'entre et passe près d'une demi-heure à la visiter. Au coeur de la nef, je me souviens. Ici, de grands talents sont venus orner ces murs de bannières et d'étendards. Un couronnement a eu lieu à l'endroit même où je me poste. Le sol de cette salle a résonné des pas de mon adoré. Je peux presque en percevoir la vibration, persistante, quasiment palpable.&lt;br /&gt;
Enfin, un signe. Je suis là où il se trouvait, c'est manifeste et flagrant. Un son aigu vient brusquement me percuter les tympans. Je m' appuie sur le dossier d'une chaise de prière et m'efforce de contrôler les battements de mon coeur. Quelques minutes plus tard, je suis dehors, hagarde. Je me désaltère à une fontaine et prends la direction du retour. Je sens que quelque chose est en train de se produire. Je suis sur la bonne voie, je viens d'en recevoir la preuve évidente. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la chambre, je contacte Luc et lui fais part des dernières nouvelles. Il paraît véritablement soulagé, me félicite pour la pugnacité dont j'ai fait preuve, s'excuse pour s'être emporté et, comme je
m'y attendais, annule mon départ programmé pour Séville.&lt;br /&gt;
-  C'est impeccable ma belle, juste ce qu'on attendait. Avec ça, on va faire des merveilles. Bon, tu finis ton périple et ensuite, tu remonteras sur le nord de Madrid, tu tourneras encore un peu dans le coin puis tu iras directement voir Sean à Nice. Je te laisse le soin de lui annoncer la bonne nouvelle. D'accord ?&lt;br /&gt;
-  Pas de problème. Retour vers le treize alors ?&lt;br /&gt;
-  C'est ça. A vendredi, Penny.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Seize heure. L'étape suivante se situe non loin d'Ávila. Une remarquable cité, historique elle aussi.  Si je me dépêche, j'aurais probablement le temps de monter jusqu'au château et d'en visiter les alentours.
Encore sous le choc de l'évènement survenu dans la cathédrale, j'ai toutefois l'intime conviction que ce n'est que le début d'une longue série. Je m'active, boucle mes bagages, règle mon dû en quatrième vitesse puis m'engouffre dans ma Seat et démarre en trombe.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Les repérages n'attendent pas</title>
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    <pubDate>Wed, 14 Apr 2010 23:43:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Pénélope Wise</dc:creator>
            
    <description>&lt;p&gt;&lt;q&gt;&lt;em&gt;Ce qu'il y a de bon dans les départs&amp;nbsp;? Ils commencent le retour.&lt;/em&gt;&lt;/q&gt;&lt;br /&gt;
(Yolande Chéné – &quot;Peur et Amour&quot; -  1965)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
16H55. Cela fait maintenant une heure que je suis en vol. Je ne suis pas exactement au mieux de ma forme et une foule d'idées se bousculent dans ma tête. Il va pourtant falloir que je me remue. J'ai exactement cinq jours devant moi pour trouver la villa idéale.&lt;br /&gt;
Je règle l'inclinaison de mon siège et tente de me détendre un peu. Le timbre suave de la voix d'une hôtesse me parvient et agit sur moi comme le pendule d'un hypnotiseur. Les images qui me reviennent sont d'une incroyable précision alors que je croyais ces souvenirs enfuis à jamais. Le visage de ma grand-mère se penche sur moi. Elle m'embrasse tendrement et me serre dans ses bras. Du haut de mes six ans, elle me donne l'impression d'être indestructible, éternelle. Nous marchons toutes les deux dans les ruelles de Valence et des bribes de son patois me parviennent de nouveau aux oreilles. Je la comprends encore. Nous entonnons une chanson populaire en sautillant, main dans la main.&lt;br /&gt;
L'Espagne&amp;nbsp;! Mes racines et mon foyer. Depuis combien de temps n'ai je pas foulé la terre de ce pays&amp;nbsp;? Je n'ose même pas compter les années.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;Le commandant de bord nous annonce que nous amorçons notre descente vers Madrid et que nous nous poserons dans une vingtaine de minutes. Je regarde par le hublot. Le temps est clément et aucun nuage ne vient s'interposer entre le regard et l'infini. Le bleu est intense et la chaleur du soleil m'envahit petit à petit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà. Nous y sommes. L'aéroport de Barajas se profile au loin, au bout des pistes d'atterrissage. Dans quelques minutes j'empoignerai mon bagage cabine et sauterai dans ma voiture de location, direction centre ville.&lt;br /&gt;
Dans l'un des grands couloirs du terminal, j'observe la toiture qui ondule au-dessus de moi comme l'onde tranquille d'un ru de montagne. La structure, gigantesque, est soutenue par d'énormes piliers d'un bleu profond. Tout est extrêmement moderne, mélange de béton et d'acier, mais le tout forme un mélange étonnement esthétique. Me soustrayant à la flânerie, j'accélère le pas.  Il n'y a pas une minute
à perdre. Je n'ai que ce soir et demain pour couvrir la majorité des vieux quartiers de la ville et prendre les photos des habitations susceptibles de convenir à Luc.&lt;br /&gt;
Arrivée à l'hôtel, je pose mon bagage sur le lit et ouvre la fenêtre. C'est un très correct petit trois étoiles avec patio intérieur. Il sent le propre et l'amidon et des effluves délicieuses de cuisine locale viennent me flatter les narines. Je me perds quelques minutes dans l'observation du visage de marbre surplombant la fontaine centrale du jardin. Le doux gargouillement de l'eau m'incite à la détente et me donne l'envie indicible de me plonger dans la fraîcheur d'un bain moussant. Je m'immerge avec bonheur, laisse reposer ma nuque douloureuse sur le rebord de la baignoire et lâche un soupir de contentement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La sonnerie de mon téléphone portable m'arrache à mes réflexions.&lt;br /&gt;
-  Alors ma belle, tu es bien arrivée&amp;nbsp;? Qu'est-ce-que tu penses de l'hôtel&amp;nbsp;? Sympa ?&lt;br /&gt;
-  Oui, c'est parfait. L'hôtel est vraiment adorable et la voiture très confortable. Je n'en demandais pas tant.&lt;br /&gt;
-  Pas de problème. Bon, dis-moi, quand comptes-tu commencer les repérages ?&lt;br /&gt;
Je consulte ma montre.&lt;br /&gt;
-  Et bien, je pense que je vais aller faire un petit tour dès ce soir. Il n'est que dix-neuf heures. Je pense que je devrais pouvoir trouver quelques pistes d'ici la fin de la soirée.&lt;br /&gt;
-  D'accord, ça marche. Allez, je te laisse t'organiser. Bon courage et bonne soirée ma petite Penny.
-  Bonsoir Luc. Je t'appelle demain.&lt;br /&gt;
&quot;Penny&quot;&amp;nbsp;! Il m'appelle toujours comme cela pour me taquiner. Il sait à quel point je me raccroche à mes racines espagnoles et que c'est une des raisons pour laquelle j'apprécie tellement mon prénom.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Pénélope. C'est amusant Pénélope&amp;nbsp;! Il se trouve qu'aux yeux des autochtones cela relève à la fois de la mythologie et du monde des &quot;croqueuses d'hommes&quot;. Ils m'en font la réflexion lors de mon escapade tardive dans les ruelles pavées de la vieille ville. Dans le café où je m'arrête pour m'accorder une pause, certains me spécifient même que je ressemble à Pénélope Cruz. Voyez-vous ça&amp;nbsp;! C'est pour le moins inattendu mais cette ambivalence intéressante me donne du chien et m'aide à communiquer dans la plus parfaite tradition méditerranéenne. Les langues se dénouent et un ancien, recroquevillé non loin du bar, me donne quelques indications pour me rendre jusqu'à une villa. Une des plus jolies demeures de Madrid, dit-il. D'un regard, je couvre les quelques personnes présentes dans la pièce. Elles acquiescent toutes. Je paye ma limonade, les remercient chaleureusement et repars en quête de la demeure idéale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux alentours de vingt-et une heure, je m'assieds sur un des bancs de la plus grande place de la ville. Le bâtiment qui la domine offre à tous les badauds une vision farfelue et démesurée de la fierté locale. Je regarde de nouveau l'écran de mon appareil photo numérique. Les clichés sont bons et le vieillard ne s'était pas trompé. La maison est superbe. Malgré tout, mon instinct me dis qu'elle ne va pas convenir. Il lui manque des particularités sur lesquelles ne reviendra pas Luc. La construction doit être extrêmement traditionnelle, de préférence érigée vers la fin du douzième siècle avec une cuisine voûtée en sous-sol et une immense cheminée en pierre. Qu'elle bénéficie d'un jardin planté de palmiers serait un plus.&lt;br /&gt;
Plus je réfléchis, plus j'en arrive à la conclusion que ce n'est pas sur Madrid que je la trouverai.
La difficulté complémentaire n'est pas des moindres. La bâtisse, une fois découverte, doit faire l'objet d'autorisations diverses de la part des propriétaires ou des autorités compétentes afin d'être réquisitionnée pour plusieurs semaines. Cela stipule bien sûr que les lieux soient vidés par leurs occupants.&lt;br /&gt;
Mais je verrai cela dans un second temps. Pour le moment, je dois me concentrer sur la première étape et en l'occurrence, tout reste encore à faire. Ma première investigation en électron libre est loin d'être évidente et je m'affole un peu à l'idée de me fier à mon seul jugement pour débusquer la perle rare.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un peu lasse, je m'adosse contre le vieux banc de bois, griffé de coeurs et de mots d'amour. Je penche la tête en arrière, passe la main sur mon front et rêve que ces mots contiennent mon nom et celui de mon destin en fuite. Où peut-il bien être en ce moment, dans quel pays&amp;nbsp;? Que fait-il&amp;nbsp;? Pense-t-il à moi en cet instant&amp;nbsp;? Flâne-t-il dans les jardins d'un hôtel ou erre-t-il en costume sur les plateaux d'un studio, attendant son tour ?&lt;br /&gt;
Soudain, je me redresse et reste interdite. Je sais&amp;nbsp;! J'ai trouvé l'endroit où je vais pouvoir dénicher ce que je cherche. C'est à quelques dizaines de kilomètres, non loin d'ici. Il y a de cela trois ans, il s'y est justement rendu pour le travail et y a séjourné quelques semaines. Là-bas, les constructions offrent précisément le type d'architecture et de jardin que nous recherchons.&lt;br /&gt;
Mais j'y pense. En me rendant dans les services des élus locaux peut-être vais je pouvoir bénéficier de quelques informations complémentaires et primordiales pour retrouver sa trace&amp;nbsp;? Il n'est pas impossible que je croise une personne qui m'indiquera un nom, une piste à suivre pour revenir vers lui&amp;nbsp;? Malgré l'enthousiasme qui enflamme mon coeur, la panique me submerge. Comment ne pas s'affoler devant la complexité de la tâche&amp;nbsp;? Il va me falloir procéder comme le ferait un enquêteur et partir de la conséquence pour remonter à la cause. Seulement, je ne sais pas piloter à vue. Sans instruments de contrôle, je suis perdue. Je vais devoir néanmoins faire confiance à mon intuition et suivre les signes, malgré les doutes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tête me tourne un peu. Je repense à mes recherches laissées momentanément à l'abandon, coincées dans la coque de résine de mon ordinateur. Il me tarde de rentrer pour en reprendre le cours, continuer de consigner les évènements et peut-être même bénéficier de mains tendues.&lt;br /&gt;
-  Un récit à toujours besoin d'un &quot;Deus Ex Machina&quot;, me disait mon professeur à la faculté de Paris. Sans ce personnage, l'intrigue se meurt, étouffée dans l'oeuf avant même d'éclore.&lt;br /&gt;
A croire qu'aucun dessein ne saurait exister sans l'intervention d'un être, bénéfique ou non, passé maître dans l'art des coups de théâtre. Espérons que ce cher professeur ait raison et que cette créature mandatée par le ciel fasse basculer mon histoire dans le bon sens !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une douce brise vient s'emprisonner dans mes cheveux. Je ferme les yeux et replonge dans la contemplation de l'homme qui, sans que je le soupçonne un instant, n'a jamais cessé de gouverner mon existence. Je revois la finesse de ses traits, la beauté de son visage, la nature indomptable de ses cheveux. Je succombe de nouveau à la profondeur de son regard, fouillant impunément jusqu'au tréfonds de mon âme.&lt;br /&gt;
Il n'aura fallu que quelques secondes pour voir s'effondrer tout ce que j'avais mis des années à construire.&lt;br /&gt;
Je me lève et frissonne. Il est temps que je regagne mon hôtel. Demain, je terminerai mon exploration madrilène et m'en irai marcher sur ses traces.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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