Un petit mot afin de faire connaître un proverbe lu ci et là, que j'aime beaucoup :

"Si tu as de la chance, traverse. Si tu as de la destinée, avance."

Qu'est-ce que cela signifie ? Beaucoup de choses, je pense. Je ne suis pourtant pas fortement imprégné de l'idée de destin, de destinée ou de prédestination. Je me borne au contraire à croire en l'absolu liberté d'actions de tout un chacun, de l'idée du choix, et de l'absence, non du choix, mais des autres manifestations des possibilités. Quand, se promenant, flânant par les beaux jours qui commencent à revenir, l'on choisit de tourner à gauche et non à droite en ville, l'on ne connaît à cet instant qu'une des deux rues. Et le savoir précis, "qu'aurais-je vu dans l'autre si j'avais pris un autre chemin" est irrémédiablement perdu. L'Art de venir suppléer ce manque. Les fictions ne sont pas fabulations malades d'un esprit envolé, mais plutôt peinture de ce qui aurait pu être.

De même, je considère trois niveaux de récits, en fonction de la "teneur de réalité" des évènements contés :

- les évènements qui sont ; - les évènements qui ne sont pas ; - les évènements qui auraient pu être.

Le premier est l'apanage des récits "historiques" ; le second, des récits "prospectifs", ou "analytiques" ; le troisième recouvre toutes les fictions, sans autres précisions. Libre à chacun, par la suite, d'affiner cette vision des choses. Mais je crois sincèrement que la hiérarchie écritoire commence par ce découpage. Graphiquement, l'on pourrait se le représenter ainsi : la bosse, le creux, et le marteau dont on ne sait s'il va frapper, ou s'il s'éloigne déjà.

Ainsi, je m'essaie à comprendre, à tout instant quand je tente d'écrire, non pas quels mots je puis dire et tenter de les comprendre, me rappeler toujours "comment" (auquel cas je considèrerai l'espace fictionnel au même niveau que notre réalité, et la fiction d'y perdre, précisément, son nom), mais au contraire me demander "pourquoi", à savoir "pourquoi ai-je inscrit ces mots-ci, et non d'autres ?". Je tente, à mon tour, d'y voir ce qui aurait pu être, et non ce qui est. Et d'aimer énormément l'absence et l'indécision, le chaos.

Je me rends compte qu'il peut y avoir là un point de vue quelque peu romantique à cette vision. Mais, baste ! Si c'est bien ce que je crois...

En attendant, j'avance. Non parce que j'ai de la destinée : mais parce que je ne puis rien faire de plus.