Voici ce qui devrait être, si l'on me prête force ! le premier texte d'un recueil de nouvelles que je dois encore terminer...

Pastis

J'ai longtemps hésité
Avant de me décider:
Pour parler du midi, je devais caresser une
Forme parfaite, et des mots judicieusement choisis.
Car quinze années au soleil marquent lourdement le coeur,
Comment avoir alors le talent pour broder ce bonheur ?
Des images et des parfums, voilà ce qui me parle.
Quand les noms de Naurouze, ou de Narbonne,
De Perpignan, de Limoux ou de Carcassonne
Viennent à être prononcés,
C'est mon âme et non mes oreilles
Qui soudain s'éveille.
En quelques mots, j'aimerais peindre
Avec toute la force d'un chanteur de jadis
Cette symphonie de parfums aux couleurs anisés,
Ce miel, ce jasmin,
Ce thym,
Qui m'amusent et font amuser.
Au soleil, on boit pour se rafraîchir
Et pour parler, surtout pour parler. On
N'est jamais sombre au soleil. Quand
L'alcool vient peindre les oranges en bleu,
Quand le ciel s'amuse à être poète un peu,
Quand il vient comme faire un drap sur les plaines,
La cerise se change en miel et même les enfants boivent.
Là-bas, l'alcool serre les mains et frappe le dos.
Un étranger s'y sent chez lui.
Et s'il a peur de ne pas s'y intégrer,
Au bout d'un verre il est du pays.
On aime les visiteurs comme nous-mêmes,
Et le fromage et le pain accompagnent le vin
Mieux qu'au dernier repas du Christ.
On y danse et on y chante comme si demain allait mourir,
Et on boit et on rechante après avoir bu.
Le soleil est dans les verres et dans les mains,
Dans les prières,
Dans les yeux.

Et quand on ne voit autour de soi
Plus des amis mais des frères,
Et que chaque frère est le plus précieux de tous,
Que les terrasses sont belles et les filles aimables,
Et qu'on les aime comme des mères,
Comme des soeurs,
Alors l'eau elle-même enivre,
Et on garde toujours en soi
Un parfum d'anis et de lavande,
Un sucre de cerise
Et le goût de l'amande.