Après 5 ans, j'ai dû faire un choix de coeur qui m'imposait de quitter cet emploi. Je suis pourtant restée à Boulogne qui m'a si généreusement accueillie. (Et pourquoi quitter le coeur aussi ?) Puis le coeur s'en est allé, mais moi je suis restée.

En 1993, les voies de la fonction publique se sont ouvertes aux ressortissants de l'Europe (des 12 à l'époque). J'ai donc passé le concours de professeur des écoles et je l'ai eu.

Nommée à Valenciennes (Aulnoy), j'ai mis 6 ans pour revenir dans la région de mon désir et retrouver mes amis.

Une chose a tout de suite frappé mon esprit en arrivant en France : nous avons la même culture, la même langue, les mêmes valeurs, souvent, mais le langage et la façon de se situer sont totalement différents.

J'ai trouvé des gens qui se définissent "contre" parce qu'ils ne savent pas pourquoi il est bien d'être "pour" ni "pour quoi" être.

J'ai trouvé des gens qui critiquaient polémiquement pour exister, comme si on n'existait pas sans polémiquer.

J'ai trouvé des amitiés pour la vie, des gens qui se mouillent pour leurs amis... (merci Evelyne, Mme B. et toute l'équipe des 5ème)

J'ai trouvé un univers de clientélisme à la romaine où il est bon d'être vu avec machin pour être invité au cocktail de truc... des sphères d'influence et des clubs privés.

J'ai trouvé un clivage politique qui m'était étranger et ne me donnait pas envie de devenir française, encore moins de m'engager.

Mais tout cela se trouve partout

Puis un ami m'a fait entendre un homme qui disait comme moi, qui pensait comme moi et le faisait savoir mieux que moi.

Enfin, pour la première fois depuis 20 ans, j'ai eu envie de m'engager ici. C'est chose faite.

Comptez sur moi pour être vigilante sur ce qui me semble compter,
comptez sur moi pour être de la fête,
et, bien que je ne puisse pas voter pour tout, sauf aux européennes et aux municipales (merci la loi de 2005), comptez sur moi pour travailler avec vous.

Marianne