« Ah, mais je reconnais Monsieur Le Menech ! lance alors l’officier.
─ Et moi j’reconnais M’sieur Le Goff, répond Maurice. Mais passez donc par l’tableau arrière, vous y s’rez mieux pour monter.
─ C’est qu’on est pas venus pour monter sur un tableau, mais sur le bateau, riposte naïvement Le Goff. »
Et Grandjean de corriger, avec toute sa science :
« Lieutenant, le tableau, c’est l’arrière d’un bateau, mais passez-moi donc votre torche et rasseyez-vous. »
Le Goff se remet à sa place. Grandjean commence alors à balayer la surface de l’eau, contre la coque du Guilvinec.
« Vous cherchez p’têt un tas d’bois, m’sieur, lui demande Maurice. Ben j’l’ai fait passer d’l’aut’ côté, vous l’trouv’rez pas. Avec la marée, il est d’jà loin. Mais v’nez donc à bord.
─ Alors amenez-nous à l’arrière, assène Grandjean à l’OPJ Declain qui tient les rames. Puisque nous sommes si gentiment invités, montons à bord. Allez, lieutenant, ramez droit devant ! »
Droit devant.... « Comme ça... comme ça... », ne peut s’empêcher de murmurer Maurice, selon ses vieilles habitudes de marin.
Grandjean se rassied. Declain fait une manœuvre assez incompréhensible, qui ressemble à celles qu’on voit faire, parfois, par les promeneurs du dimanche qui louent une barque sur le lac du Bois de Boulogne, à Paris. Mais rien de grave...
Là, Maurice ne murmure plus. Il a même du mal à s’empêcher de crier pour dire au rameur, qu’il reconnaît maintenant :
« Alors, m’sieur l’agent, on est moins fier sur l’eau k’sur la route on dirait. L’arrière, c’est droit d’vant qu’y vous a dit vot’ nouveau chef !
─ Monsieur Le Menech je vous emm..., tente Declain qui, habillé en civil, ne s’attendait pas à être reconnu. Et le ‘m’sieur l’agent’, il a du mal à l’avaler, aussi.
─ Stop, lieutenant, ramez ! tonitrue Grandjean.
─ Lieutenant, laissez-moi faire », propose avec assurance Florence Gueguen tout en se levant assez vivement, au risque de faire chavirer le mini-rafiot en caoutchouc, déjà assez malmené. Mais elle le dit d’une voix si douce... irrésistible !
Declain s’écarte, laisse les rames à la stagiaire – qui n’a pas eu besoin, visiblement de stage au Bois de Boulogne –, et Maurice rit sous cape... et, tout-à-coup, son plan change : « Celle-ci, y faut k’ j’me la fasse... mienne. Et faut k’jen parle à ma bergère, qu’elles soient cul et ch’mise. Douceur et autorité, c’est comme ça que j’les aime, les greluches, flic ou pas flic. Les gueuzes qu’elles sont toujours à chialer, à t’engueuler pour avoir trois câlins d’plus, à t’causer k’du MLF des années 70, j’les r’narde, merde ! Mais comment qu’elle s’appelle, cette minette, que j’y collerai bien du taf chez l’père Willy, avec la mère Muriel ? »
Sitôt pensé, sitôt demandé :

Suite demain