Terre en danger ! Le blog de Bruno Leclerc du Sablon

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mardi 09 mars 2010

La bignole du 312 (suite)

Chapitre 9

Pour relire le roman depuis le début, cliquez ICI

En effet l'embarcation vient à toucher le bateau, sur son tribord. Un des occupants se lève et commence à balayer, avec le faisceau d’une lampe de poche, la coque et le pont du Guilvinec. Maurice, attentif, adossé à la porte de la passerelle, essaie de ne pas se montrer, essayant d’abord de reconnaître l’individu. Il voit bien qu’il ne s’agit pas de la femme, en bleu, mais le faisceau, puissant, l’éblouit. Ce n’est qu’en entendant appeler « Ohé, du bateau, il y a quelqu’un ? » qu’il reconnaît la voix du Lieutenant Le Goff – une vieille connaissance. Il s’approche alors du bastingage pour être reconnu lui aussi.

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jeudi 04 mars 2010

Les Coffiots vous avaient plu ? alors...on continue...

Tous les fans des Coffiots et des aventures de la famille Le Menech pourront continuer de suivre l'aventure de nos amis avec ce troisième épisode - La Bignole du 312 - commencé il y a juste deux ans et que j'ai du interrompre à cause de .... graves douleurs familiales.

Ceux d'entre vous qui n'aviez pas lu les premiers chapitres peuvent les retrouver dans la __suite__, et je reprendrai l'écriture chaque jour sur ce blog (mettez un fil RSS !) à partir de lundi 8 mars, pour clore 20 jours après, soit vers le 1er avril. (Si ça tombe sur le poisson, c'est que j'aurais introduit quelque poème ou slam - ou un coup de gueule - entre temps... on ne sait jamais.)

Souvenez-vous qu'on peu me laisser un message pour recevoir les deux premiers épisodes : Coffiots : la fin de casses et Coffiots dans la Ville Close. On peut aussi les trouver en cliquant ICI.

Encore une fois, si vous n'avez pas lu le début de cet épisode, ou si vous ne vous en souvenez plus, cliquez sur le mot suite (en bleu ci-dessus), et vous verrez le livre, depuis le début, en train d'être écrit, mis en page... et tout ce qu'il faut pour qu'il soit disponible en librairie... quelques jours après la fin, aux Édition Keraban... comme d'habitude.

dimanche 23 décembre 2007

Coffiots dans "la Ville Close" : la version corrigée est prête.

Couverture Ville ClosePour ceux qui attendaient ce deuxième tome de la série Les Le Menech, ça y est, la version corrigée de Coffiots dans la Ville Close est prête.
On peut la consulter en cliquant sur l'annexe ci-dessous.

En espérant que vous apprécierez autant ce nouvel épisode que le premier, Coffiots : la fin des casses...?

> Ah, le prochain épisode me demanderez-vous ?
> Eh bien, ce sera pour 2008, courant janvier.




On doit chaque fois écrire comme si l'on écrivait pour la première et la dernière fois.

Karl Kraus, Aphorismes

mercredi 31 octobre 2007

Coffiots dans "la Ville Close"

Page 30 et fin

Dès après la réservation du billet de train et le second coup de fil à Madame Girardin pour lui donner le code lui permettant de retirer le billet, Maurice et Odile ont passé tout leur temps dans leur chambre à imaginer et discuter touts les scénarios possibles pour cette rencontre de vendredi. Mercredi après-midi et mercredi soir, jeudi toute la journée et vendredi matin, ils n'ont fait que ça, imaginer et discuter. Il ont convenu avec Gwennaelle de lui laisser Alain en garde. (Il peut rester tranquille pendant des heures avec le kill-or-miss, même si, avec l'entraînement intensif dont il a fait preuve depuis le jour de son anniversaire, il ne fait presque plus de miss.)

Par contre, ils n'ont pas encore établi de plan très précis pour l'opération de samedi, celle du 'transfert'. Maurice espère beaucoup de la conversation de vendredi avec Willy Vandenlood. Pour lui, il est clair qu'il y a une collaboration étroite entre Vandenlood et Boris, que Boris est 'aux ordres' de Willy. Mais pourquoi la Norvège ? Pourquoi Bergen, qui n'est que la deuxième ville de Norvège ? Quand il était jeune matelot serrurier, son bateau avait fait escale à Bergen. Il se souvient d'une ville proprette, de maisons aux couleurs chatoyantes, d'une activité portuaire intense et surtout d'une animation nocturne n'ayant rien à envier au Quartier Latin.

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mardi 30 octobre 2007

Coffiots dans "la Ville Close"

Page 29

Il y arrive à 17 heures 45. Odile et Alain ne sont pas encore là. « J'ai le temps d'aller jusqu'à l'école Saint-Joseph et de dire un mot à Sébastien. J's'rai un peu en r'tard au rancard mais y m'attendront. »

Maurice passe le porche d'entrée de la Ville Close, fait cent mètres jusqu'à la porte de l'école et sonne.

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lundi 29 octobre 2007

Coffiots dans "la Ville Close"

Page 28

Une bonne partie de la nuit ayant été passée à des ébats renouvelés entrecoupés de courtes pauses conversationnelles assez peu philosophiques, ce n'est que tard dans la matinée de mardi qu'ils sont réveillés. C'est Alain le fautif, par impatience. Mais l'heure du petit déjeuné est passée et Maurice décide de partir à Concarneau et de s'arrêter au Mc Do pour déjeuner. Maurice se rappelle de l'endroit, à l'entrée nord de la ville, au dernier rond-point avant l'avenue qui mène au port et à la Ville Close.

Ils terminent leurs cheeseburgers et autres big'mac et quittent le fast food vers 13 heures. Maurice tient à être en avance au club, au cas ou le tournoi commencerait à 14 heures. Arrivés boulevard de Bougainville, Maurice laisse la voiture à Odile.
– J'te laisse ma puce. On aura qu'à s'retrouver à 18 heures sous l'beffroi. A s't'heure, y vont bien m'trouver un partenaire. Prom'nez-vous bien.

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dimanche 28 octobre 2007

Coffiots dans "la Ville Close"

Page 27

Ce lundi commence comme un autre lundi : il ne s'est rien passé, on ne se souvient de rien, tout va bien. Il reste à tuer le temps jusqu'au lendemain mardi. Maurice n'a pas de projet. Pour Alain, c'est toujours Omaha Beach. Finalement Odile suggère une ballade à Pont-Aven, ville où elle n'est pas retournée depuis son mariage, il y a sept ans. Maurice, lui n'y est jamais allé. De la Bretagne, il ne connaît que la côte et les ports.
– Pont-Aven ! Quelle idée ? Qu'est qu'on va faire à Pont-Aven ma puce ?
– Mais il faut avoir visité Pont-Aven, les musées, les moulins, les maisons des peintres, il y a plein de choses à voir à Pont-Aven mon chéri.
– Des peintres, mais y en a partout dans les ports. T'as bien vu à Concarneau ! Et il est pas encore né, sui-là qui m'fra rentrer dans un musée, j'te l'dis ma puce.

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samedi 27 octobre 2007

Coffiots dans "la Ville Close"

Page 26

Georges et René sont repartis heureux. Maurice aussi est heureux et brûle d'envie d'expliquer pourquoi à sa femme, mais hors de la pré­sence d'Alain. Il attendra ce soir. D'ici là, il n'y a pas grand chose d'autre à faire que continuer avec Omaha Beach.

Alain est couché. Maurice et sa femme, dans leur chambre, peuvent enfin parler librement.
– Tu sais k't'as eu une super idée, ma puce ?
– Je n'ai fait que répéter ce que tu avais promis. Si tu appelles ça une idée, je veux bien, mais alors des idées, c'est tout le temps que j'en aurais si je n'ai qu'à te répéter.
– Là tu t'moques de moi, j'aime pas.
– Alors dis-moi, c'est quoi l'idée ?

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vendredi 26 octobre 2007

Coffiots dans "la Ville Close"

Page 25

Lundi matin Maurice est levé de bonne heure. Il a mal dormi. Il a passé une grande partie de la nuit à revoir les quelques donnes qu'il avait jouées la vaille, triste de penser que s'il avait gagné tant de points, ce n'était pas tant parce qu'il avait bien joué mais surtout à cause de la nullité des adversaires. Il n'a pas le tempérament à jouir d'une victoire contre des faibles, et cherchait cette maxime que tant de gens citent si souvent : « à combattre sans péril on triomphe sans gloire ». « Je d'mand'rai à Odile, je d'mand'rai à Odile, mais j'vais pas la réveiller pour ça », c'était-il répété toute la nuit. Il descend et trouve Gwennaelle dans la cuisine.
– On est réveillé de bonne heure, M'sieur Maurice ? On a mal dormi ? C'est rare de vous voir à s't'heure.

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jeudi 25 octobre 2007

Coffiots dans "la Ville Close"

Page 24

– A propos de Sébastien mon chéri, tu n'avais pas convenu d'une semaine de plus avec lui ? Un semaine seulement et non pas quinze jours ?
– Exact ma puce. Mais faut l'prolonger. J'y r'pass'rai cette semaine pour lui dire. Tiens, j'en profit'rai pour aller au club de bridge. Ça fait longtemps k'j'ai pas joué.
– Mais tu n'es pas inscrit à ce club !
– C'est pas un blème ma puce. J'viens comme invité. Ça m'coûte un euro d'plus et c'est tout. J'donnerai un coût d'bigo d'main pour m'inscrire. Des fois qu'y m'trouvent un partenaire.
– Et tu sais où c'est ?
– Oué, c'est su'l'boul'vard d'Bougainville, c'est tout près d'la Ville Close. Mais faudrait k'je m'refasse la main. C'est surtout le psychique. Y a des coups k'j'adorais mais j'ai rien pour m'entraîner.
– Tu veux que je demande à Gwennaelle si elle peut te laisser son ordinateur. Tu pourrais jouer par ordinateur. Il y a sûrement des sites pour le bridge, tu n'crois pas.
– Sûr qu'on peut jouer sur ces bousines. Y en a un d'site, c'est BBO. J'ai connus des midships qui jouaient sur BBO qu'y disaient.
– Alors, pourquoi tu n'essaierais pas ? Tu veux que je lui demande, à Gwennaelle ?
– Non ma puce, j'vais y descendre. C'est à 20 heures la soupe ?
– Oui, mais c'est pas grave si on dîne plus tard. Vas-y, et amuse-toi bien. Je m'occupe avec Alain.

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mercredi 24 octobre 2007

Coffiots dans "la Ville Close"

Page 23

Gwennaelle avait bien fait les choses : émincé d'artichaut à la sauge et au lard rôti en entrée, puis crêpe de sarrasin aux coques et poireaux suivie d'une lotte braisée et, comme dessert, un far breton aux fraises de Plougastel. Rares ont été les tables dont les convives s'étaient levés avant 15 heures. Les Le Menech quittent la leur vers 15 heures 30 pour monter dans leur chambre, s'allonger et... digérer, voire dormir dans le cas d'Alain.

Odile en profite pour confier ses notes à Maurice.
– Tiens mon chéri, voilà ce que j'ai noté. J'aimerais nbien que tu relises. J'ai pu oublier des choses importantes.
– Importantes ou pas ma puce, tout est bon dans l'cochon. Donne, pour voir.

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mardi 23 octobre 2007

Coffiots dans "la Ville Close"

Page 22

Ce dimanche, c'est repos pour les Le Menech. Repos pour les affaires, mais pas pour le programme, donc pas pour Odile. Ils sont tous les trois à Brigneau, dans le hangar de Fernand qui est parti à Paris. Le camion n'étant plus là, Maurice et Alain ont réinstallé Omaha Beach, ce jeu du débarquement de Normandie qu'Odile avait offert à son mari le jour de l'anniversaire d'Alain. Entre Alain et Maurice, ce jour là, la différence d'âge était nulle. Nulle, c'est à dire égale à zéro. Un zéro derrière le 4... pour Maurice. Mais un cadeau aussi.

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lundi 22 octobre 2007

Coffiots dans "la Ville Close"

Page 21

Maurice, Odile et le Lieutenant Declain ont quitté Concarneau. Ils ont dépassé Quimperlé et ne sont plus qu'à une petite dizaine de kilomètres de Lorient. Il est presque 22 heures. Deux voyants orange s'allument sur le tableau de bord.
– Tu avais fait le plein ma puce, pendant k'j'étais pas là ?
La question – « le plein », ces deux mots seulement – a réveillé le policier qui dormait depuis un bon quart d'heure.
– Mais vous n'aviez pas dit que c'était électrique ?
– Et alors, vous croyez p'têt' que j'la fabrique, l'électricité ?
– Ah non, c'est vrai, vous avez raison. Et alors ?
– Alors c'est la panne sèche si on s'arrête pas à la station service.
– Mais, ils font le plein avec quoi ?

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dimanche 21 octobre 2007

Coffiots dans "la Ville Close"

Page 20

– Bien chef. J'emmène ces personnes en voiture ?
– M'sieur, vous donnez pas cette peine, on vous prend avec nous et j'vous ramènerai.
– Vous n'avez qu'à aller avec eux, Declain. Allez, filez vite.

Maurice n'aurait jamais cru qu'un jour il ferait chauffeur de flic, de gradé de surcroît. Odile, elle, se souvient d'un autre transport avec la police. Mais là, c'était un flic qui conduisait. C'était pour la ramener chez elle depuis les Galeries Lafayette, avec des sacs pleins de jouets. Des jouets et des billets qui n'étaient pas pour le Monopoly, quoi qu'en pensât le jeune brigadier. Quant à Declain, il a, pour une fois, le mot pour rire : dès après le départ, Maurice ayant déjà parcouru pas loin de 200 mètres, le lieutenant, assis derrière, s'était approché de lui pour lui dire :

– Monsieur Le Menech, j'ai pas d'leçon à vous donner, mais c'est pas parce qu'on est en descente qu'y faut pas allumer l'moteur.
Et Maurice avait répondu :
– C'est que, j'vous l'avais pas dit M'sieur, mais on a plus d'essence.
Heureusement qu'Odile avait remis les choses à leur place, et rassuré l'officier : – Mon mari vous a dit ça pour rire, Monsieur l'agent, mais on n'a pas besoin d'essence, c'est un moteur électrique.

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samedi 20 octobre 2007

Coffiots dans "la Ville Close"

Page 19

Fernand a pris son camion pour rentrer chez lui et se reposer avant de repartir demain dimanche pour Paris. Les Le Menech sont repartis à l'Hôtel de la Poste, à Moëlan-sur-Mer. Maurice veut prendre une douche et se reposer aussi mais, en arrivant à l'hôtel, il est pris comme par une sorte de vertige, une sensation de tourbillonnement qu'on peut éprouver devant le vide. Il se met à hurler, à en secouer tout l'hôtel.
– Et Sébastien non de Dieu ! Sébastien !
– Mon chéri, repose-toi, calme-toi. Prends ta douche et repose-toi. On parlera de Sébastien après.
– Demain c'est dimanche. On nous laiss'ra rien faire. Faut k'j'aille le voir tout d'suite. C'est quoi s't'école que tu m'avais dit ?
– Je ne t'ai pas parlé d'école mon chéri, mais c'en est peut-être une, je n'sais pas. On m'a dit que c'était tenu par les Frères de Saint-Joseph, à Concarneau.
– C'est ça, dans la Ville Close, et ben j'connais. Pour l'école, y z'y connaissent kek'chose, les Frères de Saint Joseph, j'te dis pas ! Un zonzon, s't'école ! Et y t'a dit pourquoi, ce keuf pourri, k'y l'emmenait dans c'merdier ?
– Je t'ai expliqué mon chéri, mais tiens, voilà la lettre.
– Bordel, mais c'est pas une lettre ce chiffon, s't'une copie d'fax, et qu'a même pas d'tampon. Putain y va m'entend' ce crapaud. J'vais t'le faire baver, foi d'Maurice !
– Mais de qui parles-tu mon chéri ?

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vendredi 19 octobre 2007

Coffiots dans "la Ville Close"

Page 18

« Voilà une banque que c'est pas Fort Knox elle qu'elle est pas loin d'remplir not'cagnote », se dit Maurice, en remontant dans la camionnette.
– Il est bien ton... comment tu dis, Vandeloud ? on y r'viendra.
Vanderlood, corrige Fernand, Van-der-lood ! Mais ton histoire de Blue Star et de groupe machin, j'ai pas entravé, c'est quoi ?
– J'te la dégauchirai l'histoire. Y aura du gras à s'faire à Saint-Helier, mais plus tard, faut laisser l'cochon prendre encore du lard. Y a plus urgent. Maint'nant faut qu'on rentre à Brigneau, que j'retrouve ma bergère et mon gosse.
– Ah tu s'rais pas né breton, des fois ?

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jeudi 18 octobre 2007

Coffiots dans "la Ville Close"

Page 17

Fernand gare la camionnette en face de la banque, non loin des établissements WiVa Co, le shipshandler réputé des îles anglo-nrmandes. Il se rappelle que c'est là, et non dans les bureaux de la Financial Vawi Inc qu'il avait rencontré ce fameux bonhomme dont il vient de parler à Maurice. C'est là qu'il lui avait vendu, pour la modique somme de 650.000 euros, le joli petit paquets de bijoux que le petit Sébastien avait dérobé chez INNO Montparnasse, trompant la surveillance de Maurice, son père adoptif. Autant commencer par là et passer à la banque après.

– J'te suggère qu'on s'occupe du jaune en premier, chez WiVa Co. De toutes façons, c'est l'même patron. Vawi c'est sa banque. Y a plus de chances qu'on l'trouve là.
– C'est toi qui connaît, Fernand. Tu fais comme tu l'sens.

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mercredi 17 octobre 2007

Coffiots dans "la Ville Close"

Page 16

Maurice a récupéré son sac et celui d'Odile dans leur cabine et a quitté le Guilvinec pour dormir sur le Keraban.

Il fait encore très beau temps sur l'île de Jersey ce vendredi matin quand il se lève et entre dans le carré où Fernand a déjà préparé le café. Le Guilvinec a appareillé très tôt dans la matinée et il ne l'a pas entendu. Fernand, lui, l'a non seulement entendu, mais il a dû l'aider à sortir tellement le vent menaçait de provoquer une collision contre son propre bateau, ainsi qu'il le raconte à Maurice :
– Dis-moi, ton Boris, où c'est-y qu'il a appris à naviguer ? Pass'que si j'avais pas été là à déborder, c'est nous qu'on allait au fond s'matin.
– C'est vrai, il était su'l'même barlu k'moi au début, mais lui il était aux cuisines. Et on dirait qu'il y est encore à la cuistance, mais maint'nant c'est d'la ratatouille, ou d'la popote pour ses associés.
– Ses caïds tu veux dire.

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mardi 16 octobre 2007

Coffiots dans "la Ville Close"

Page 15

L'après-midi se passe à attendre. Comme toujours, quand un équipage n'a rien à faire, on l'occupe avec des travaux d'entretien, sous la direction du bosco, Gall, le maître d'équipage : peinture, ran­gement, ménage, nettoyage des zones salissantes, astiquage des cuivres et des chromes.. Maurice a fait une longue sieste et Boris est resté dans sa cabine.

A 17 heures, la capitainerie appelle sur le canal 9 pour indiquer ler changement d'emplacement. Les clients n'étant pas encore reve­nus à bord, Boris décide de les attendre avant de bouger. Les deux premiers arrivent vers 17 heures 30, chargés de paquets. Les quatre autres ne reviennent que plus d'une heure après, pour le repas. Ils attendront que le Guilvinec ait manœuvré pour venir se ranger à côté du Marie Prigent. La capitainerie a laissé le choix à Boris de se ranger à babord ou à tribord du chalutier, les deux places étant libres. Boris a choisi babord. À 20 heures 30 le déplacement est terminé et le dîner est annoncé. Tous se mettent à table. Maurice s'installe seul à une table, ne souhaitant plus avoir de conversation avec Boris avant l'arrivée de Fernand et du Keroban. Il est impatient, mais confiant : il a compté large. Minuit devrait être l'extrême limite. Mais ce qui le tracasse, c'est l'organisation du transfert. Il faudra bien sortir les coffiots de l'eau, à un moment ou à un autre. Un par un. Et il se voit mal demander au patron du Marie Prigent : « Poussez-vous donc un peu ! » Il envisage une autre solution : mettre un canot à l'eau, préparer une bâche et charger les cinq coffiots dans le canot, en une seules fois, en les recouvrant aussitôt. Puis tirer le canot à bord du Keraban à l'aide de son bossoir. Et il faudra aussi surveiller l'étrave, sous l'eau, des fois qu'un coffiot disparaisse...

Il est temps d'en parler à Boris, à sa table, où il est seul.

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lundi 15 octobre 2007

Coffiots dans "la Ville Close"

Page 14

Le Guilvinec arrive dans le port de Saint-Helier, au sud de l'île de Jersey, le jeudi 3 août au petit jour. Il est 5 heures 30. Une place lui est indiquée, mais pour la journée seulement. Une autre place lui sera donnée dans la soirée s'il reste plus de 24 heures. Boris ne connaît pas Jersey, pas plus que les gars de son équipage. Ils ont cassé la croûte et sont tous partis en ville. Seul un matelot a été chargé d'attendre le réveil des clients pour leur servir le petit déjeu­ner et faire franchir la coupée à ceux qui voudront sortir.

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dimanche 14 octobre 2007

Coffiots dans "la Ville Close"

Page 13

l est 15 heures 30. Maurice a rappelé le CROSS pour dire qu'on arrêtait les recherches, expliquant que selon toute probabilité les enfants étaient descendus du bateau juste avant l'appareillage, à Concarneau. L'hélicoptère a cessé de tourner sur la zone. Boris a mis en marche et viré de bord, vitesse 18 nœuds. Un matelot est à la barre. Si tout va bien, le Guilvinec sera en vue de Saint Helier au petit matin. Reste à savoir si Fernand peut s'y rendre rapidement.

Maurice est descendu dans sa cabine et appelle Odile.
– Oui mon chéri, c'est moi. J'étais impatiente. Nous venons d'arriver à Concarneau. Quest-ce que tu deviens ?
– Ma puce, tu sais, Sébastien et Alain ont mis le doigt sur une affaire que j'te dis pas maint'nant, pass'que j'connais pas l'cont'nu exact, mais y a six coffiots dans la cale où y s'étaient planqués. J'en récupère cinq à Saint Hélier. Y faut k'Fernand vienne les charger pour les fourguer.
– Alors dis-moi ce ce je dois faire.

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samedi 13 octobre 2007

Coffiots dans "la Ville Close"

Page 12

Les gendarmes finissent par repartir vers Concarneau, laissant les gars de la SNSM venir se mettre, eux aussi, à contre, babord sur babord, comme avant eux les gendarmes. L'hélico continue de survoler la zone.

Maurice dispose d'une minute pour appeler Odile sur son portable.
– Ma puce, dis à Fernand d'remettre en marche, vitesse lente, comme pour continuer d'chercher. Et surtout n'vous montrez pas, à personne. Restez bien dans l'bateau et surveille bien les enfants. J'te rappellerai dès k'la SNSM nous aura lâché les baskets. D'accord ma puce ?
– Oui mon chéri, mais je voudrais tant que tu m'expliques ce qui s'est passé et ce qu'on va faire maintenant. En tout cas compte sur moi, ça ira. Bon courage mon chéri, j't'embrasse.
– Allez, j'te laisse. A plus ma puce

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vendredi 12 octobre 2007

Coffiots dans "la Ville Close"

Page 11

Joan a beau faire, il ne trouve rien et, s'adressant à Maurice :
– Ça vient pas d'par ici, M'sieur. C'est sans doute dans la cale moteurs. J'vais l'dire au patron.
– T'as raison Joan, vas-y, j'te r'joins. T'as sûrement raison.

Mais Maurice a trouvé. Les bruits sont irréguliers, s'arrêtent et reprennent, plus ou moins forts, et ne sont pas tous frappés au même endroit. Ça vient de l'avant, sous les cabines d'hôtes. « Les gamins sont là, ils sont enfermés » se dit Maurice, qui remonte sur la plage avant pendant que Boris et Joan descendent dans les moteurs, à l'arrière.

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jeudi 11 octobre 2007

Coffiots dans "la Ville Close"

Page 10

Les gendarmes ont sorti les pare-battage sur leur babord et viennent à contre, sur le babord du Guilvinec. Un matelot leur lance un bout et deux hommes montent à bord. Boris et Maurice sont descendus de la passerelle et les accueillent sur le passe-avant.
– Bonjour Messieurs, que nous vaut votre visite ? demande Boris.

Un sous-officier ouvre une sacoche dont il extrait un papier.

– Vous êtes le patron de ce bateau, n'est-ce pas ?
– Oui Monsieur.

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mercredi 10 octobre 2007

Coffiots dans "la Ville Close"

Page 9

Boris appelle le matelot Trustan, un de meilleurs pilotes du bord.
– Vous m'avez appelé, Commandant ?
– J'vais déjeuner Trustan, tu appelles Yvon pour surveiller. Tu passeras à deux milles au sud de Sein, c'est bien compris. Là, tu mettras le cap sur le 310 et tu m'fais appeler.
– Bien compris Commandant. Deux milles sous Sein et cap au 310. Bon appétit Commandant. Bon appétit Monsieur.

Une table est réservée pour Boris et ses invités à l'extrémité de la salle à manger, séparée des autres tables par une jardinière garnie de hautes plantes tropicales.

Les autres passagers sont déjà à table. Un couple assez jeune, seul à une table, et un autre, dans la quarantaine, avec deux jeunes garçons de 10 et 12 ans environ à une autre table.
– Attends-moi Boris, j'vais appeler Odile et les enfants. Mais attends-toi à s'qu'elle soit pas d'bonne humeur quand elle apprendra s'que tu nous as concocté.
– Bouge pas. J'envoie quelqu'un.

Boris claque dans ses doigts. Le maître d'hôtel s'approche aussitôt.
Yag, tu veux bien aller frapper doucement à la porte de Madame et lui dire que nous l'attendons à table. Et pareil pour les deux garçons.
– Bien Commandant.
– Et demande à Titouan d'nous amener les apéritifs.
– Bien Commandant.

Dans la minute, Titouan s'approche avec une table roulante et des quantités de bouteilles et de soucoupes garnies de biscuits, d'olives et autres amuse-gueule salés.
– T'as une préférence ?
– Oui, un whisky par exemple, Red Label vous avez ?
– Mais à quoi tu penses Maurice ? On t'propose du vrai, du bon. À toi d'choisir. Laphrohaig, Caol Ila, Macallan ? Tous 12 ans d'âge. Moi, mon préféré, c'est le Bruichladdich. Tiens, Titouan, sers nous donc un Bruichladdich. Tu m'en diras des nouvelles.
– OK pour un Brutmacchich.
Bruichladdich. Oui, pas facile à dire. Mais goûte-moi ça ! J'en ai rapporté deux caisses de not'dernière escale à l'île d'Islay. C'est à l'ouest de l'Ecosse. Mais cette fois-ci, on n'va pas y passer. Nous, c'est direct to Bergen Norway !'
Maurice n'en peut plus. Jusqu'à la veille à la même heure, il se croyait le plus heureux des hommes. Sa devise, si tu vas pas aux coffiots, les coffiots viendront à toi, il la croyait au dessus de tout, magique, inégalable. Mais là, il est dépassé. Il est mal.

Odile, accompagnée de Yag, entre dans la salle à manger. Mais sans les enfants. Elle s'approche et, avant même de s'asseoir à table, s'adresse à Boris.
– Boris, c'est permis de poser une question ?
– J'vous en prie chère Odile. Mais asseyez-vous donc. Voulez-vous un apéritif.
– Excusez-moi, Boris, oui je veux bien un apéritif, oui je vais m'asseoir, mais avant, voulez-vous bien me dire ce que nous faisons ici, en pleine mer ? Mon chéri, tu le sais, toi ? Tu n'aurais pas fait ça sans m'en parler, j'en suis certaine !
– Bien sûr ma puce, j'voulais t 'en parler, j'lai dit à l'ami Boris, mais tu sais comme il est, y fonce, y fait ça pour nous faire plaisir et j'ai pas pu l'arrêter. Et tu sais quoi ?
– Non, mais dis moi, dis moi vite !
– Oui mais à propos, où sont les enfants, y sont pas avec toi ?

Yag intervient :
J'ai frappé à leur porte, et puis je suis entré dans leur cabine et is n'y étaient pas. Je n'les ai pas vus.

Boris sent la moutarde lui monter au nez :
– Alors tu nous dis ça comme ça, tranquillement. Mais bordel, appelle tout l'monde et fouillez l'bateau. Appelle aussi la passerelle qu'y fasse sonner l'alerte et demi-tour, vitesse réduite, des fois que...
– Boris, vous voulez dire...%% – Ma puce, t'inquiète pas, on fait toujours cette manœuvre, homme à la mer, c'est obligatoire si on voit que quelqu'un manque à bord. Mais on va les r'trouver, c'est sûr. Tu sais, avec Sébastien, on en verra d'autres ! Assieds-toi, sers-toi un verre et attendons.
– Sers-moi donc un Martini blanc s'il te plaît.

Boris est remonté sur la passerelle, au poste de pilotage. Tout l'équipage – neuf hommes – fouille le bateau de fond en comble. Au bout d'une demi-heure, Boris se résout à faire un appel de détresse.
Il appuie sur la touche rouge de la station VHF. Quelques secondes plus tard le CROSS(1) répond.
– Guilvinec pour CROSS étel, me recevez-vous ?
– Guilvinec, 5 sur 5, à vous.
– Passez sur le canal 7, à vous.
– Bien compris, je passe sur canal 7.

Maurice a rejoint Boris à la passerelle. Deux matelots, à l'avant, scrutent l'horizon à la jumelle. Plusieurs bâtiments ont signalé leur présence sur zone.
Maurice prend le micro des mains de Boris.
– À tous les bateaux secteur Audierne de Guilvinec. Recherchons deux enfants peut-être à la mer, répondez.

On entend plusieurs réponses indistinctement. Et puis plus rien, mais un des deux matelots, à la proue, se retourne vers la passerelle et pointe son doigt vers une direction, à l'horizon. Boris décroche ses jumelles et regarde.
– En effet, il y a un bateau blanc là-bas, qui ressemble à un petit chalutier.
– Passe-moi ça, dit Maurice en lui prenant les jumelles d'autorité.

Quelques instants après, Maurice le marin confirme son intuition :
– C'est le Keraban, c'est sûr, c'est mon ami Fernand qui r'vient d'Granville. Y a qu'à stopper les machines et l'attendre. Y va nous aider.
– Eh Maurice, regarde derrière !
Une vedette de la Gendarmerie Maritime s'approche du Guilvinec à grande vitesse, suivie d'assez près par le bateau rouge de la SNSM (2).


(1) Centre Régional Opérationnel de Surveillance et de Sauvetage

(2) Société Nationale de Sauvetage en Mer


mardi 09 octobre 2007

Coffiots dans "la Ville Close"

Page 8

– Voulez-vous que j'vous réveille demain matin ? demande Boris.
– Merci, mais si t'as pas b'soin d'nous, on préfère profiter d'ton palace.


Comme chaque mercredi à 9 heures, l'Office du Tourisme de Concarneau appelle le Guilvinec. Boris décroche le téléphone du poste de pilotage, sur la passerelle.

– Nous avons six personnes pour votre croisière à Bergen. Peut-on vous les envoyer ?
– Il me reste seulement deux cabines doubles et 3 cabines à lits superposés.
– C'est bon Monsieur Boris, il s'agit d'un couple avec deux enfants et d'un couple seul.
– OK, j'vous envoie deux matelots pour les accompagner.

Le Guilvinec appareille à dix 10 heures 30. Les nouveaux arrivants – des parisiens – sont restés sur le pont pour assister au départ. Largage des amarres, moteurs à bas régime jusqu'au bout de la jetée, à la sortie du port de plaisance, entrée dans la baie de Concarneau. Boris est à la barre. Il pousse les moteurs à 1800 tours et met le cap au 225.

On est déjà par le travers de Beg Meil quand Maurice monte sur la passerelle.

– Alors, le marsouin à casquette, tu nous fais faire un p'tit tour ?
– Tu m'as bien dit qu'ça f'sait plus d'six ans k't'étais pas sorti. Fallait bien que t'offre ça !
– Du moment qu'on est rentré pour ce soir et k'la météo est bonne.
– La météo, j'lai écoutée s'matin : Pour le secteur 'Iroise ', c'est 'mer peu agitée, vent force 2 à 3 secteur ouest', ça t'va ?
– Ça m'va fiston, tu peux y aller. Laisse-moi la barre si t'as aut'chose à faire, tu m'dis la route et c'est bonnard.
– Tiens, et tu passes bien au large de Sein s'il te plaît, pas'qu'après, dans l'secteur Ouessant, c'est plus la même chanson.
– Mais attends, Boris, j'vais même pas y aller jusqu'à Sein. Si ma bergère voit Sein, elle nous fait un malaise.
– Pas'qu'elle aussi elle l'a appris : 'qui voit Sein voit sa fin' ?
– Et qu'est-ce que tu crois qu'on f'sait tous les deux à Brest ?
– Elle y est pas restée bien longtemps si j'tai bien écouté hier soir.
– Non, pas bien longtemps, mais suffisamment pour décider qu'elle f'rait plus d'bateau. Mais une journée par une mer comme ça, si elle reste au paddock, ça d'vrait aller.
– Merde, c'est pas d'chance, pas'que sur secteurs Dogger, Fisher et Utsire, y z'annoncent 'mer forte à très forte avec vent force 7 à 8, et 9 par rafales'. Mais on y est pas. Ça peut s'calmer.
– Qu'est que tu m'chantes. Si t'as pris l'bulletin pour Ouessant, on est bons. Les Norvégiens, y z'ont qu'à pas s'promener.
– C'est pas pour les Norvégiens que j'te dis ça, c'est pour mes clients. Y en a six qu'ont pas payé pour voir le fjord de Bergen du fond d'leur couchette. Et même les bancs d'poissons, si t'es raide, k'tas l'mal de mer, t'y descends pas, dans la cale panoramique.
– Tu vois Boris, j't'ai connu plus drôle dans l'temps. Tu crois pas qu'on peut faire d'mi-tour ?
– Non pas maint'nant, j'veux dire pas aujourd'hui. Tiens, on est juste par le travers de Guilvinec. C'est là qu'il était l'bateau dans l'temps, quand on f'sait l'cabillaud, le merlu ou la langoustine. Bon, tu peux mettre au 270 jusqu'à Penmarch. Et pousse un peu, 1800 tours, sinon on y s'ra encore pour Noël !
– Putain, mais c'est k'tu t'foutrais moi pour de vrai ! On file déjà 15 noeuds, t'es pas content ?
– Ben tu vois, non, pas'qu'y faut qu'on soit à Concarneau dans quinze jours, pour la prochaine bordée. Avec les deux moteurs on est bien à 20 noeuds. Allez, Maurice, pousse un peu les manettes.
– Ma parole, s't'un enlèvement ! T'arrêtes tes conneries ou j'fais un appel sur le canal 16.
– Viens plutôt à table. Il est déjà une heure. Ça doit être servi.


lundi 08 octobre 2007

Coffiots dans "la Ville Close"

Maurice et Boris ont rejoint Odile dans le salon du Guilvinec,Odile, qui n'a rien compris à l'affaire qui vient de se dérouler et qui aimerait ne pas en être écartée.

– Est-ce que je peux savoir ce qui vous a pris, tous les deux, à sortir comme ça, comme deux furies ? Mon chéri, tu ne me caches rien d'habitude.
– T'avais pas vu k'Sébastien y planquait kek'chose sous son parka ? Tu voulais p't'être qu'on r'joue l'coup de la bijouterie, chez INNO à Paris ?
– Non, j'avais pas vu, c'était quoi ?
– Un appareil photo, mais pas une quincaille à dix balles, du matos de pro, le même que celui d'lautre pisse-copie qu'était v'nu m'poser des questions à l'hôtel. Y disait k'c'était pour l'Armorique libre. Y s'rait encore en train d'nous chercher s'tenfoiré !
– Tu sais, mon chéri, il est sans doute venu pour faire un reportage sur la fête, tout simplement.

Et Boris de confirmer.
– C'est sûr, tous les baveux du coin y viennent, à la fête de la mer de Concarneau. Ce s'ra facile à vérifier d'main matin dans les canards locaux, Ouest France, le petit Concarnois, l'Armorique libre et les autres.
– Ben c'est pas k'j'ai peur de leurs tartines, mais j'préfère la discrétion. Qu'on nous foute la paix avec l'histoire de Sébastien ! On a donné, maint'nant la vie continue.
– Tu as raison mon chéri. Je pense qu'on devrait penser à rentrer à Paris. Tant pis pour les quelques jours de vacances qui restent. Au moins, on pourra s'organiser pour la rentrée, et surtout pour Sébastien. On a encore rien prévu pour ses études.
– Ma puce, t'oublies mes deux rombiers qui doivent se d'mander où on est passé et s'qu'ont d'vient.
– Ecoute mon chéri, tes rombiers, tu les as sur le dos toute l'année. On dirait que tu ne peux plus t'en passer. Oublie les un peu !
– Pas'que toi aussi tu trimballes ton équipe ? Intervient Boris.
– Attends Boris, j'peux pas tout t'raconter en une soirée. On s'reverra. Pour le moment, j'irais bien met'la viande dans l'torchon. Qu'est-ce que t'en dis ma puce ?
– Moi je trouve qu'on est bien ici, mais si t'as sommeil, allons nous coucher.

dimanche 07 octobre 2007

Coffiots dans "la Ville Close"

Le Goff et ses adjoints Yann Briand et Louis Hamon descendent sur le ponton B pour aller jusqu'au Guilvinec, amarré au bout du ponton. Arrivés au bateau, Le Goff demande à ses équipiers de l'attendre là.
– J'y vais seul. Je vous ferai signe si besoin. Attendez-moi là.
Une fois sur le pont, l'officier s'avance jusqu'au premier hublot éclairé et jette un œil discret. Il aperçoit deux hommes et une femme : le barbu lui semble être le patron du bateau. Quant aux deux autres, vu leurs tenues, ce sont sûrement des touristes atten­dant le départ du lendemain. Ils ont l'air calme, pas l'air inquiet. Pas d'enfant. Pas d'autre cabine allumée. « Fausse piste », se dit Le Goff, « il m'a bien eu cet enfoiré de l'Armorique libre. »
– Y a rien à voir ici, lance l'officier à ses collègues avant même d'avoir mis le pied sur le ponton, on rentre.

Le bruit des pas et de la voix de Le Goff ont évidemment été entendus à l'intérieur du Guilvinec. Maurice, qui a très bien compris de quoi il s'agissait, prend l'appareil photo, sort sur le pont et rap­pelle l'officier, immédiatement suivi par le Boris coiffé de sa casquette de capitaine.
– Monsieur l'agent, ne partez pas, c'est ça k'vous cherchez, lance Maurice d'une voix assez forte pour être entendue par les trois hommes déjà arrivés à l'entrée du ponton.
Ils se retournent et reviennent sur leurs pas. Maurice tient le Nikon en main et lève le bras bien haut.
– Bonsoir Messieurs. Pouvons-nous monter à bord ? demande Le Goff.
– Alors des fois vous d'mandez, des fois vous d'mandez pas lui répond Boris, content de lui.
- Chef ! fait Louis Hamon.
– Oui Lulu, répond Le Goff en se retournant vers son équipier.

Hamon lui montre du doigt la caméra de surveillance fixée contre la porte du poste de pilotage.
– En effet, je risquais pas de monter incognito. Mais venons-en à cet appareil photo.
– Tenez, M'sieur l'agent, prenez-le.
– Mais l'gamin...
– Le gamin y dort.
– Mais il a commis un vol, cher Monsieur, je dois l'interroger.
– Il a rien volé, l'gamin, il a trouvé s't'appareil, y m'l'a apporté et il est allé s'coucher. À qui voulez-vous que j'le donne à s't'heure ? Voilà, vous l'prenez et vous l'rendrez à sui-là qui viendra l'réclamer. Vous êtes satisfait comme ça ?
– ça va pour nous. Bonne nuit Messieurs.

Les keufs s'éloignent. Le Goff appelle Florence Gueguen.
– Florence pour Le Goff
– J'vous écoute patron.
– Y sont encore là les deux zigotos ? – Non, y viennent juste de partir.
– Alors Florence, t'appelleras l'Armorique libre demain matin pour dire qu'on a r'trouvé l'appareil photo. Et la plainte, tu la classeras sans suite. Tu nous attends, on arrive.
– Le Commandant Maradec vient d'appeler Patron, j'lui ai répondu qu'vous étiez occupé et k'vous l'rappelleriez dès k'vous auriez fini.
– Et merde ! Rappelez-le et dites-lui k'l'affaire est classée.
– Bien Patron.

samedi 06 octobre 2007

Casses de classe (suite)

Page 5


– Et puis on va vous d'mander d'souffler dans s'ballon, si c'est comme ça k'vous l'prenez. J'ai bien peur que vous n'partiez pas ce soir avec cette belle voiture. Qu'est-ce que t'en penses Lulu ?
– Il a raison mon collègue. Dans s'pays, vous comprenez, on n'aime pas beaucoup les noctambules qu'ont un peu trop carburé et qui s'prennent pour El Kabach. V'nez avec nous.

Lionel Micoulin s'insurge :
– Mais vous avez pas l'droit. On n'fait k'la r'garder cette voiture.
Et Jean Le Bertrand en rajoute :
– J'peux même vous dire à qui elle est, si vous voulez tout savoir.

Mais les deux reporters sont maintenant tenus chacun par un bras et tirés vers la voiture des keufs.
- C'est la Blue Star de Brigneau, l'affaire où y avait l'directeur de cabinet du préfet et vot'chef à Lorient, le Commandant Maradec. Et j'peux même vous dire que c'est le même gamin qui...

Le radio-téléphone du brigadier interrompt l'explication.
– Hamon, vous me recevez ?
– Oui Chef, on a deux lascars qui s'préparaient à partir avec la voiture, on les emmène au...
– Mais pas du tout ! hurle Lionel Micouleau, on n'faisait k's'en approcher. On la connaît cette tire, mon collègue vient d'vous l'expliquer. Merde !
– Hamon, répondez ! crie le lieutenant.
– Oui Chef, mais c'est qu'on a ces deux là qui gueulent comme des cochons.
– Hamon, serrez-les et restez où vous êtes, j'amène du renfort.
– Bien reçu Chef.

En quelques secondes, deux journalistes représentant la moitié de la presse du Finistère se retrouvent pincés l'un à l'autre et tenus en laisse par le brigadier Briand. En fait de renfort, ce sont Le Lieutenant Le Goff et la stagiaire Florence qui arrivent moins d'une minute après. Cette fois, sans doute grâce à l'éclairage public, le gradé Le Goff reconnaît immédiatement Lionel Le Bertrand. D'un signe de la main, il ordonne à Briand de relâcher les deux prisonniers. Et, cachant mal sa confusion sous un air très convenu,

– Bonsoir Monsieur Le Bertrand, toujours le premier sur les affaires, comme d'habitude !
– Alors vous m'jetez dehors quand j'viens déposer ma plainte et maint'nant vous m'reconnaissez. Et bien faites-la donc tout seuls votre enquète, nous on s'en va. On a d'quoi faire not'papier.

Le Goff prend un ton maintenant amical, presque familier.
– Attendez, Le Bertrand, On est sur la même affaire, on va vous la prendre, vot'plainte, racontez-moi seulement comment vous êtes venus jusqu'à cette voiture.
– Par hasard, tout simplement.
– Ne m'prenez pas pour un idiot !
– Puisque j'vous dis « par hasard », c'est « par hasard ».
– Bon, et ce môme, par où est-il parti ?
– Y z'étaient deux, le jeune Sébastien, le plus grand, celui qu'a emporté mon appareil photo, et son p'tit frère je crois. Y sont partis sur le quai, vers les bateaux, en face du beffroi.
– C'est pas possible, arrêtez vos histoires Le Bertrand, si y z'étaient partis par là, c'est k'le bateau le Keraban y s'rait aussi. Et il n'y est pas. Alors on a assez joué, vous trouvez pas ?
– Nous on n'joue pas Monsieur l'agent. Mais si vous l'trouvez pas, j'vous donne un truc. D'mandez donc au patron du Guilvinec, le chalutier pour touristes qu'est sur le même quai. Lui, y sait tout s'qu'y s'passe dans l'coin.
– Mais nous savons s'que nous avons à faire cher Monsieur. Florence, accompagne ces messieurs à la voiture et occupe-toi de la plainte. Vous deux, v'nez avec moi.

Pour lire l'histoire depuis le début, cliquez sur Une annexe, ci-dessous

jeudi 04 octobre 2007

Casses de classe (suite)

Bienvenue aux nouveaux lecteurs de ce blog !.

Remarques destinées à tous les lecteurs :

1 - Comme annoncé, vous pourrez lire chaque jour, pendant tout le mois d'octobre, une page de ce second épisode de la série Les Le Menech intitulé Casses de classe. Ceux qui n'ont pas lu le premier épisode - Coffiots : la fin des casses...? - ont tout intérêt à le faire soit en téléchargeant l'ouvrage, soit, s'ils patientent quelques jours, en l'achetant. Pour cela, cliquer sur la couverture de l'ouvrage, dans le bandeau à gauche de l'écran.

2 - Ne croyez pas que le titre donné ce nouvel épisode veuille indiquer que je connaisse avant vous ce qui va se passer. Non. Les deux mots, ainsi juxtaposés, me plaisent, c'est tout. Mais peut-être m'aideront-ils à dérouler un fil ? Il reste que vous pouvez aussi m'influencer par vos commentaires, comme ce fut le cas pour le premier livre.

3 - Enfin, si vous prenez le train en marche ou si vous avez sauté une ou plusieurs pages, il vous est toujours possible de reprendre la lecture depuis le début en cliquant sur le mot annexe, en bas de page.


Page 4


Une heure a déjà sonné à l'horloge du beffroi, ce monument plus que centenaire qui marque l'entrée de la ville close. Sur l'insistance de Boris, les Le Menech se sont laissés convaincre de finir la nuit à bord. Les parents se sont vus attribuer la cabine de l'armateur – une des deux cabines à large hublot latéral ouvrant sur le pont, l'autre étant celle de Boris, le Pacha –, très confortablement aménagée, avec salle de bains et WC attenants, tandis que les enfants ont été conduits dans une cabine à deux lits superposés, une des quatre cabines identiques, situés vers l'avant du bateau, avec ouverture au plafond, douche et WC communs. (Il reste encore, en plus des cabines occupées par l'équipage, deux cabines d'hôtes à lits doubles accessibles de la plage arrière.)

Ils ne se sont d'ailleurs pas fait prier pour aller se coucher, les enfants, surtout Sébastien. Lui, tout au long de la visite, avait gardé l'avant bras serré contre son son parka et, sitôt entré dans la cabine, il choisit immédiatement la couchette supérieure, se jette dessus, enlève son parka en tournant le dos et l'enfouit vite fait sous le traversin.

Les parents et Boris, eux, sont remontés dans le salon. Boris a ouvert une bouteille et les deux marins commencent à se raconter leur vie depuis qu'ils s'étaient séparés après leur affectation sur l'Origny, ce vieux dragueur de mines tout en bois où Maurice était serrurier et Boris à la cuisine. Ils avaient dix-huit ans tous les deux.

Le lieutenant Le Goff avait rassemblé toute son équipe de nuit, soit sept hommes et trois femmes, au bout du quai où le Guilvinec est amarré. Il avait donné ses instructions et attendait, flanqué de Mademoiselle Florence Guguen – une stagiaire – les rapports des uns et des autres. Le premier appel ne se fit pas attendre longtemps.

– Lieutenant de Louis Hamon vous m'entendez ?
– J'écoute Louis, à toi.
– Vous aviez pas parlé d'une Blue Star ?
– J'ai parlé d'un bateau, le Keraban, qu'est-ce que tu m'chantes ?
– Là, Chef, il s'agit d'une voiture, dans le grand parking au bout du quai.
– Merde, mais t'as raison Louis, c'est quoi l'numéro.
– Kilo Yankee cent vingt six Tango Zoulou., elle est bleue.
– Du con, et tu crois qu'une Blue Star ça peut être jaune ? Tu bouges plus, tu restes avec Yann, vous vous planquez et vous agissez dès que quelqu'un s'approche de la tire.
– Compris chef.
– Florence, t'appelles Lorient et tu d'mandes le numéro d'la tire dans l'affaire à Declain, tu sais tout l'tintouin qu'y z'ont fait dans l'port de Brigneau. Tu d'mandes pour la Blue Star bien sûr, pas la vieille deuche.
– Bien chef.

Jean Le Bertrand et Lionel Micoulin se sont résignés. Ils ont pris un dernier verre – d'ailleurs le bar fermait – et regagnent leur voitures respectives, toutes les deux au bout du grand parking du port.

– Dis-donc, Lionel, vise un peu cette voiture là-bas, la Blue Star.
– La quoi ?
– Blue Star, comme étoile bleue.
– Merci, ça va, j'comprends quand même trois mots d'anglais.
– Oué, mais celle-ci, attends, c'est là qu'on l'tient not gamin. Viens donc par là.
Tous les deux se détournent pour s'approcher de la voiture. Ils sont maintenant tout contre la voiture et s'arrêtent. Attends Lionel, j'avais noté l'numéro dans mon carnet. Laisse-moi vérifier.
Jean met sa main dans sa poche.

– Police ! Messieurs, contrôle, vos papiers s'il vous plaît.
– Vous ! Ah ça, c'est la meilleure, on m'l'avait encore jamais faite, dit Jean sur un ton mi moqueur, mi courroucé. J'viens vous voir pour porter plainte, vous m'jetez comme un mal-propre et maint'nant vous nous sautez d'sus ! C'est quoi ce cinéma ?
– Mon collègue vous a d'mandé vos papiers, répète le brigadier Briand, l'équipier de Louis Hamon.
– Bon ça va, ça va, on va vous les montrer nos papiers. Et nos cartes de presse, ça vous intéresse ?

mercredi 03 octobre 2007

Casses de classe (suite)

Page 3

Son appareil photo – un Nikon numérique à 3000 euros –, c'est une part importante de son outil de travail. Et il appartient à sa boîte. Jean ne peut pas s'en séparer comme ça. Il doit porter plainte et tout faire pour retrouver ce gamin. Il s'en souvient maintenant. Il s'appelle Sébastien, et c'est le fils adoptif de Monsieur et Madame Le Menech. Il n'a jamais très bien compris les dessous de l'histoire, mais il est sûr que la Police, elle, sait de quoi il retourne.

– Laisse tomber, Lionel, on l'retrouvera pas comme ça ce p'tit voleur. J'ai vu qu'il y avait plusieurs voitures de flics à l'entrée du port. Allons-y, j'vais déposer une plainte.
– Attends, Jean, tu crois quand même pas qu'y vont prendre ta plainte dans leur voiture. Et à une heure du mat ! T'iras d'main au commissariat d'Concarneau.
– Bon, écoute, on verra bien, mais je s'rais pas étonné que cette affaire les intéresse et qu'y s'y mettent tout de suite. T'aurais vu l'cinéma l'aut'jour, à Brigneau. Et puis ça coûte rien d'leur poser la question.
– OK, jean, j'te suis, mais c'est ma bergère qui va commencer à s'poser des questions. C'est k'jai encore cent bornes à m'farcir !
– Tu vas pas m'dire k'tu t'inquiètes pour elle !

Cinq minutes plus tard, les deux journaleux frappent à la porte de la première camionnette de Police garée à l'extrémité du parking, en face du beffroi. Un fic entrouvre la portière. On sent tout de suite que la surveillance ne peut plus être aussi active qu'elle pouvait l'être une paire d'heures plus tôt.

– C'est pourquoi messieurs ?
– C'est pour un vol, je voudrais déposer une plainte, répond Jean LB.
– Et c'est tout ?
– Ben, c'est que, non, c'est pas tout, c'est toute une histoire. Vot' chef est-là ?
– Ecoutez Monsieur, pour la plainte et pour votre histoire, vous pourrez venir demain au commissariat.
– C'est qu'il s'agit d'une histoire avec le petit Sébastien, celui des Le Menech, à Brigneau, vous savez peut-être...

Un gradé remet sa casquette, repousse le brigadier et sort du camion.
– Vous avez dit Le Menech, c'est bien ça, j'ai bien entendu ?
– Oui monsieur l'agent, enfin, le fils adoptif, le petit Sébastien. Pourquoi ? Vous êtes au courant ?
D'une voix forte, le gradé se retourne vers l'intérieur de la cabine et hurle :
– Tous dehors, et vite !



Pendant ce temps, sur le Guilvinec, on a eu le temps de finir les présentations. Boris fait faire le tour du propriétaire.

– Mais dis-moi, Boris, j'm'étais pas gouré, c'est vraiment un paquebot ton bateau.
– Bon, y a un peu d'vrai. Faut dire k'la pêche hauturière, comme y disait l'aut'Fernand, ça a eu payé, mais ça paye plus.
– Ah, mais là Boris, tu fais erreur, pass'que le Fernand, j'peux t'dire qu'y s'plaint pas.
– Mais j'te parle de Fernand Raynaud, l'aut'chansonnier qu'on avait, dans l'temps.
– Ah bon, j'préfère comme ça. Alors tu dis k'c'étaitt un barlu pour la pêche hauturière ?
– Oué, et on f'sait des marées d''une ou deux s'maines. Du côté irlandais par là-haut. Faut dire que moi j'lai pas vraiment connu comme ça. C'était l'patron.
– Mais où c'est qu'y mettait son poiscaille ? Y a k'des cabines !
– Et ben là où tu vois des cabines, avant c'était la cale, c'est là-d'dans qu'y versait l'chalut. Moi, j'ai gardé l'chalut, mais c'est pour la photo. Les touristes, si t'as pas des trucs pour la photo, y viennent pas chez toi.
– C'est qu'y en a dans l'citron à Boris. Tu commences à m'intéresser mon fils.


mardi 02 octobre 2007

Casses de classe (suite)

Page 2


Odile n'attend pas d'être présentée.
 Dites, Monsieur Boris, au fait, vous permettez que je vous appelle Monsieur Boris ?
 Appelez-moi donc Boris, on est entre nous, pas vrai Maurice ?
 Bon, alors dites, Boris, vous croyez pas que nous serions mieux à l'intérieur pour les présentations ?
 Comme vous voudrez chère petite dame, suivez-moi. Le barlu est amarré au bout du ponton, c'est le Guilvinec, là-bas, le grand bateau blanc et vert.
 Ben mon salaud, c'est-y k'tu t'es fait des couilles en or, c'est pas un marsouin ton rafiot, s't'un paquebot. C'est kek bâtons k'tas douillé, tu m'racont'ras ça hein p'tit père !
 J'te racont'rai ça là-bas Maurice, mais rappelle vite tes lardons qu'y sont en train d'se faire la malle.

Sébastien avait pris Alain par la main et tous les deux arrivaient sur le quai,. De nombreux touristes étaient encore attablés aux terrasses des bars. Mais pas seulement des touristes. Jean Le Bertrand, de l'Armorique libre et son confrère Lionel Micoulin, pigiste pour Ouest France, enfilent les derniers verres.
 Tu vois ces mômes Lionel ? dit Le Bertrand à son ami.
 Et quoi ? Ça t'étonne qu'y soient pas encore au lit ? Mais c'est leur fête aux gamins.
 J'te dis pas, mais ceux-là, attends, c'est un scoop que j'm'en vais leur faire au bahut !
Jean Le Bertrand sort discrètement son appareil photo de sa sacoche.
 J'attends qu'ils s'approchent un peu et j't'expliquerai.
Sébastien et Alain ne sont qu'à une dizaine de mètres quand le journaleux appuie sur le bouton. Au flash, Sébastien lâche la main d'Alain, se précipite vers la table, arrache l'appareil des mains du photographe et repart en courant vers le ponton.
 Viens, suis-moi Alain, allez cours !
Quelques secondes s'écoulent avant que Jean LB et Lionel M. réagissent.
 T'inquiète pas Jean, y peuvent pas aller loin par là. On n'a qu'à y aller tranquillement et on les choppe sans problème.
 Attends Lionel, c'est qu'y sont capables de s'planquer sur un bateau. Mais je sais lequel, c'est le Keraban. C'est un p'tit chalutier blanc. On peut pas l'manquer. Ah, je sens que j'vais leur pondre un sacré jus pour demain. Et même sans la photo !
 Note que si tu veux t'servir de mon appareil, il est à ta disposition. Mais j'voudrais bien connaître l'histoire.
 Oui, c'est promis, mais maint'nant ouvre l'œil.
Les deux reporters marchent jusqu'au bout du ponton.
 Merde ! fait Jean, pas de keraban ! Bordel, où c'est'y qu'y sont partis ces mômes ? Y a plus un chat ici.

Maurice, Odile et Boris ont saisis les deux fuyards dans leur course et les ont tirés manu militari à bord du Guilvinec. Ils n'étaient d'ailleurs pas trop de trois pour les maîtriser.

lundi 01 octobre 2007

Casses de classe

Page 1


Maurice Le Menech, Odile – sa femme –, leur fils Alain – quatre ans – et le jeune Sébastien Bouchetard, leur fils « adoptif », ne sont finalement restés que quelques jours de plus à l'Hôtel de la Poste de Brigneau-Moëlan, dans le sud du Finistère. Passant leurs journées en tournois sur Omaha Beach, ce jeu du débarquement de Normandie qu'ils ont réinstallés dans le hangar de leur ami Fernand dès que celui-ci était reparti à Paris pour écouler ses deux caisses de poisson au marché Edgar Quinet, ils allaient, chaque soir, dans un des ports où se donnait une fête de la mer.

C'est ainsi qu'ils se trouvent, ce mardi 1er août, à Concarneau. La fête, dans ce grand port, avait commencé le samedi 29 juillet et toute la ville s'était embrasée. Des feux d'artifice avaient été tirés chaque soir, soit à partir de barges placées à quelques encablures de la jetée principale, soit depuis les remparts. Et les quelques 30.000 concarnois comptaient pour peu dans la foule rassemblée pour cette occasion : les organisateurs estimaient le nombre à plus de 200.000. De même pour les bateaux : c'était comme si tous les pêcheurs bretons s'étaient donné rendez-vous, et pas seulement ceux du sud.

Le spectacle est partout, et on se demande ce qu'il serait si le cidre était aussi alcoolisé que le vin ! Les dernières fusées viennent d'être tirées. La police, les pompiers et des équipes de la Croix-Rouge ramassent ceux qui ont roulé par terre.

Maurice n'imagine pas repartir à Brigneau sans avoir revu au moins un de ses anciens collègues de la Royale. C'est pourquoi, malgré l'heure avancée, il promène encore sa petite équipe de ponton en ponton, saluant au passage les équipages ou les patrons pêcheurs restés à bord de leur bateau. C'est au moment où Odile tente de le convaincre de rentrer à l'hôtel que le bruit d'un pas rapide résonne sur les planches, derrière eux. Maurice n'a pas même le temps de se retourner qu'un homme, barbu, coiffé d'une vieille casquette qui le ferait ressembler à un capitaine, lui envoie une grande claque sur l'épaule.

- Alors, le Maurice, on promène la p'tite famille ?
- Ah ça ! Boris, merde alors, tu t'es déguisé en moco, et même en pacha on dirait, c'est-y pour la fête ?
- Ben mon Maurice, tu crois pas si bien dire. La fête, tu vas pouvoir la faire sur le yacht à Boris, le pacha comme tu dis. Et tu viens avec ta tribu, y a d'la place pour tout l'monde.
- OK. Boris, tu vas nous l'montrer ton rafiot, et j'espère qu'y sont pas tous bourrés tes lampions pass'que les jeunes y z'aiment pas trop r'nifler vot'picole.
- T'inquiète, Maurice, on a tout s'qu'y faut pour eux, et pour ta dame aussi. D'ailleurs, que si tu m'présentais, je s'rais pas contre. Allez v'nez don par là vous autres !

lundi 18 juin 2007

Coffiots : la fin des casses... (fin)

Page 50

Attendre, c'est une activité qui lui est totalement étrangère à Fernand.

– C'est ça, fous-toi d'ma gueule ! Ben moi, voilà s'que j'propose : vous m'conduisez à Lorient, j'reprends mon bahut et j'vous invite tous au resto. Et là, faudra k'tu m'expliques. Attendre... attendre, c'est la r'traite qui faudra k't'attendes, pass'que pou' l'moment y a du taf pour tout l'monde et t'es pas désigné pour faire la touche !

– C'est pas s'que j'ai dit mon Fernand, mais on va pas au resto d'Lorient. Y a d'la volaille partout et j'pourrai pas t'affranchir. J'te drive à Lorient s'tu veux, et tu r'viens à l'Hôtel de la Poste. C'est moi qui régale.

Ils font comme ça. Maurice raccompagne Odile, Sébastien et Alain à l'hôtel et Fernand s'avance à pied jusqu'à Poulvez où Fernand repassera le prendre. C'est au fond de la ria, à un kilomètre au nord du port. Le p'tit Prince et le Singe sont invités à rester sur le bateau, ou à prendre un sandwich au Bar du Port.

A l'hôtel, Odile fait dîner Alain et Sébastien qui remontent dans leur chambre et se remettent au Kill or Miss aussitôt après. Puis elle fait ses comptes en attendant le retour des deux autres. Ils reviennent vers 20 heures 30 avec le camion et la Blue Star et tous les trois passent à table.

– Mon chéri, j'ai compté qu'avec les sous du préfet, on avait à peu près 6.000 euros par an pour Sébastien. Ça n'fait pas beaucoup !

– Pass'que tu crois k'Sébastien y va s'les rouler pendant k'nous on fait d'la perruque ? Y va turbiner comme tout l'monde, le chiard, et faudra pas qu'y perd'la main, pass'qu'à sa majorité, si y faut qu'y soit chez les armoriques, c'est pas Astérix qu'y jouera. Y z'auront bien gardé kek' coffiots par ici. Et les papelards de la Gueuse, on les r'mettra sur les comptes d'assurance vie k'tu m'as fait ouvrir, à la Sok' Gé.

– Tu n'vas pas retourner rue de Rennes ?

– Non, j'vais tout y r'met' à la mère Girardin, à Clichy les bécasses.

– Mais mon chéri, tu n'peux tout de même pas faire ça ! C'est du suicide !

– Non ma puce, c'est d'la promotion. Faudra bien qu'elle en sorte, de s'trou à rats, si on veut qu'el' s'mette à turbiner pour nous, pour de vrai !

Fernand ne comprend rien aux échanges entre ses amis.

– Maurice, excuses, tu disais k'ton nouveau taf c'était attendre. Mais t'as pas l'air de raccrocher, c'est panard !

– Qui t'a parlé d'raccrocher ? Attendre, c'est comme aux cartes, c'est l'mort inversé. Si t'es pas l'plus fort, alors tu mont' pas ton jeu, tu laisses les aut' à la d'vine. Y finissent tous par tomber. Y ferment les coffiots, alors c'est les bourres qui t'l'apportent, le pognon. Et pas k'les bourres, t'as vu, même le préfet. Mais raconte-nous ta pêche, Fernand.

– Pas d'lézard. Tout su' du v'lours. Méme ta quincaille, y m'lont r'prise. Pour 325.000.

– Faut toujours k'j'multiplie par deux, c'est ça ?

– Maurice, tu m'connais. On joue dans l'même jardin.

Fernand finit de raconter son périple et tous partent se coucher.

Mardi matin, Maurice, comme d'habitude, est debout avant tout le monde et descend prendre son petit déjeuner. Il apporte à sa table les journaux du matin, les canards locaux et les quotidiens nationaux. Les premiers montrent tous, à la une, des photos des Le Menech recevant la grande enveloppe des mains du représentant du Préfet mais disent autant d'âneries sur le contenu de cette enveloppe que sur les raisons de la manifestation dans le port de Brigneau. Par contre, dans les nationaux, Maurice découvre quelques nouvelles surprenantes :

Monsieur V. Billorais, le patron du groupe du même nom, est mis en examen pour blanchiment d'argent sale. La Brigade Financière aurait établi que l'homme d'affaires entretenait des relations étroites – et sans rapport avec les activités de son groupe –, avec un réseau d'établissements financiers installés dans divers paradis fiscaux, en particulier dans les Îles Anglo-Normandes. La BF a en effet découvert, dans la caisse du siège parisien, un grand nombre de billets de 50 dollars qui proviennent de la même série que ceux qui ont été saisis en Colombie et dont on a aussi retrouvé des coupures dans une banque de Saint Helier, à Jersey.

Le juge Bringuier s'attaque au Palais de l'Elysée, annonçant qu'il possède des éléments suffisants pour démontrer l'implication du Président dans une affaire de trafic d'influence, à propos de la sortie de la Blue Star par le Groupe Billorais. En effet, contre toute attente, ce modèle a pu être présenté au Salon Automobile de Genève avant d'avoir reçu les certificats exigés par l'Union Européenne dans le cadre du PERC (1), et ceci pendant la présidence de la France. Le Président, de son côté, n'a encore fait aucune déclaration.

Et le clou de la journée, c'est la prise en otage du député Isoult. Un message transmis à l'AFP par inconnu – ou un groupe –, et signé Le Gall, menace de liquider l'élu girondin si la loi PEBEP, ou Loi Isoult, n'est pas abrogée dans un délai d'un mois. « Merde, ces cons là, y vont fout' mon plan par terre ! » pense Maurice.

A cet instant, un homme entre dans la salle à manger et s'approche de la table où Maurice déjeune.

– Monsieur Le Menech, c'est pour l' « Armorique libre », vous pouvez me dire ce qu'il y avait dans l'enveloppe ?

– Ah, heuh... oui, un jeu de cartes.

– Un jeu de cartes ? Vous dites bien un jeu de cartes ?

– Non, deux.

– Le journaleux allume son Nagra et approche le micro.

– Alors Monsieur Le Menech, quelle est votre impression ?

– Ben, le p'tit y va pouvoir apprendre à jouer au bridge.

– Merveilleux, quel talent, jouer au bridge si jeune !

– Vous savez, M'sieur, pour l'mort inversé, y a pas d'âge.

Une semaine plus tard, le mardi 1er août. L'Assemblée Nationale est réunie en séance exceptionnelle. Un amendement à la Loi Isoult est voté, qui abroge les décrets d'application de la loi dans la Région Bretagne. Le débat sur l'abrogation de la loi elle-même, sur tout le territoire, est fixé pour la rentrée. Le député Isoult est relâché le soir même. Il est attendu par sa famille à Saint-Jean-Cap-Ferrat, où elle passe ses vacances. Le Président l'y attend aussi.

En lisant le journal, Maurice se fait cette reflexion : « Décidemment, y en a k'pour les gamins dans cette putain d'Région ! »

(1) Programme Européen contre le Réchauffement Climatique

FIN de l'épisode.


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dimanche 17 juin 2007

Coffiots : la fin des casses... (suite)

Page 49

Sébastien et Alain s'étant mis au rangement, Odile les quitte pour se rapprocher de Maurice et lui glisser à l'oreille :

– Tu sais, mon chéri, son camion, Fernand l'a laissé dans un garage de Lorient pour révision.

– Alors y a pas d'blème ma puce. Laisse les enfants ranger et viens avec nous accueillir le pacha du Kéraban.

Avant même d'avoir touché le ponton, Fernand saute du bateau et gueule :

– Alors, les marins d'eau douce, vous attendez quoi pour m'lancer les amarres ?

Le p'tit Prince et le Singe s'exécutent avec maladresse.

Fernand fixe les amarres sur les taquets et crie vers Maurice :

– Eh, Maurice, c'est pas un cadeau tes deux tafs ! Tu vas t'les garder, moi j'ai ma dose !

Et Fernand gueule de nouveau après ses deux apprentis matelots :

– Alors bon Dieu, c'est quoi k'vous attendez pour m'les descendre, ces caisses de poisson. Et toi, le Singe, t'iras m'chercher l'diable qu'est dans la cabane.

Declain, Maradec et les autres fonctionnaires assistent béatement au déchargement assez drôlatique d'un bateau de pêche somme toute banal. Les baveux aussi. Tout se passe en plein jour mais sous les phares puissants du Kéraban, une lumière à laquelle s'ajoutent les flashs incessants des preneurs d'images.

Une fois le déchargement terminé et le jet d'eau passé sur le pont, Fernand saute sur le ponton et reserre les amarres. Declain peut enfin essayer de l'aborder mais il est doublé par son chef, le Commandant Maradec, qui accompagne Fernand vers le hangar..

– Monsieur Plouferrat permettez-moi de...

– Attendez M'sieur, c'est-y pour moi k'vous avez fait v'nir tout s'monde là ? Vous pouvez leur dire d'rentrer chez eux, moi j'ai à faire. Faut k'j'mette le poisson au frais et j'rent' me coucher. Pass'que d'main, j'ai d'la route. Y a l'marché d'mercredi qui m'attend, à Paname.

– C'est une simple question, Monsieur Plouferrat, et je vous laisse.

Fernand s'aperçoit que le hangar est vide et, se tournant vers Maurice :

– Merde, Maurice, où k'c'est qu'elle est passée ta deuche ?

– T'inquiète, Fernand, on l'a garée à l'hôtel. On avait b'soin d'la place pour jouer.

– T'as bien fait, j'avais oublié de t'le dire, k'la cabane elle était cubée.

– Tu veux k'j't'amène à Lorient, au garage où t'as fait réviser ton camion ?

Maradec est cloué. Il a les réponses à ses questions. Pour les papiers, il verra une autre fois. Il ne lui reste qu'à mettre fin à la cérémonie. Il se tourne vers le groupe de spectateurs :

– Messieurs, nous sommes en Bretagne, et ce n'est pas notre habitude de gêner un patron pêcheur dans son travail. Je vous propose de clore notre réunion en félicitant encore une fois la famille Le Menech.

S'ensuit une série de poignées de main et d'embrassades et tous prennent le chemin du retour. Personne ne saura ce que contient l'enveloppe que Maurice tient encore dans sa main.

Lui, Odile, les enfants et Fernand sont maintenant seuls. Le p'tit Prince et le Singe sont encore à bord, probablement en train de se changer.

– Tiens ma puce, tu l'ouvres ce truc ?

Odile décolle avec soin le ruban tricolore et ouvre l'enveloppe. Voici la lettre qu'elle lit à voix haute :

Au nom de Madame le Garde des Sceaux, Ministre de la Justice, moi, Préfet du Finistère, suis heureux de confier à Monsieur et Madame Le Menech les moyens d'assurer la subsistance et l'éducation du jeune Sébastien Bouchetar jusqu'à sa majorité. En tant que représentant de la République dans ce Département, j'ajoute à cela la somme nécessaire pour permettre à Sébastien d'acquérir une formation professionnelle dans ce même Département, à l'Université ou dans l'une de ses nombreuses Ecoles.
Recevez, Madame, Monsieur, l'assurance de mes plus vives félicitations.
Le Préfet du Finistère

Et, pliés dans la lettre, elle trouve deux chèques, un du Trésor Public de 50.000 euros, un autre du Préfet en personne, de 25.000 euros, sur la Banque de Bretagne.

Fernand suffoque. Maurice le soutient et lui explique :

– Cherch' pas, Fernand, c'est not' nouveau taf, à Odile et moi, attendre.

samedi 16 juin 2007

Coffiots : la fin des casses... (suite)

Page 48

Les keufs ont décliné l'invitation et sont partis.

– Ma puce, j'tadore. J'peux t'dire k'là t'as eu du pif. Tu vois ça, qu'y mate la deuche et qu'y découvre que c'est la même que celle de la station service ?

– Oh oui, je vois très bien, mais je me demande bien pourquoi c'est ici qu'il est venu pour la voir, cette deuche comme tu dis. Tu as une idée, mon chéri ?

– Moi jen vois qu'une de clé, ma puce. C'est k'le lieut'nant Demesdeux'' il est déjà v'nu pour voir Fernand, suite à s'contrôle qu'on a eu à Lorient l'aut' nuit. Le Fernand y avait dit, au keuf, k'ses papiers y z'étaient ici, sur son barlu, dans l'port d'Brigneau. Et comme le barlu y s'était déjà fait la malle, le keuf il est allé s'renseigner.

– Au Bar du Port, je parie.

– Ben où k'c'est k'tu veux qu'y s'renseigne ?

– Ecoute mon chéri, je vais aller la voir, la patronne. Elle sait bien que nous sommes des amis de Fernand. Elle me dira bien si la police est venu et ce qu'elle cherche.

– OK ma puce, j't'attends. Moi j'reprends ma place cont' Sébastien. Faudra bien k'je gagne !

Pendant ce temps, Declain et son acolyte sont rentrés à Lorient pour faire leur rapport au Commandand Maradec. Celui-ci a commencé par leur dire qu'il avait déjà appelé le cabinet du Préfet du Finistère pour qu'on le prévienne de l'arrestation probable et prochaine de l'homme à la 2 CV. Il s'est mis dans une colère noire quand Declain a dû lui confesser que, dans la surprise, il avait complètement oublié de rechercher le camion dont avait parlé la patronne du Bar du Port.

– C'était pourtant dans votre mission, Declain. Je vais avoir l'air de quoi, chez le Préfet ? Et ce patron pêcheur, ce Plouferrat comme vous l'appelez, vous n'avez même pas attendu qu'il revienne ? Je vous dis pas, Declain, mais si ça se passe mal, vous pourrez dire adieu à la Bretagne et à la Police. Parce que moi, c'est la retraite anticipée qui me pend au nez, et sans indemnité qui plus est. Et je vais pas plonger tout seul, çà, vous pouvez me faire confiance.

Declain, en reprenant ses esprit pendant le retour de Brigneau à Lorient, avait prévu ce coup de semonce. Il s'était arrêté un instant à la Maison de la Presse, quelques centaines de mètres avant le commissariat, et s'était fait faire une photocopie de l'article du Figaro de samedi à partir d'un invendu non encore repris par le NMPP. En quelques instants, il avait préparé sa réponse.

– Chef, ce qu'on n'vous a pas dit, c'est qu'on est tombé sur ces gens là, la famille Le Menech, ceux qui sont dans le journal et qui sont félicités par Madame le Garde des Sceaux. Ce sont des amis de Monsieur Plouferrat et ils ont avec eux le petit Bouchetar, ce garçon dont les parents se sont suicidés en prison.

– Et vous avez attendu tout ce temps pour m'annoncer ça ? On vous l'a pas expliqué, que la radio, dans les voitures, c'est fait pour s'en servir ? Mais c'est un scoop, cette histoire. Tout le Finistère doit le savoir, que c'est notre département qui accueille ce garçon et sa famille d'adoption. J'appelle le cabinet !

Vers six heures du soir, les Le Menech, qui n'en finissent pas de se livrer bataille sur une plage de cinq mètres de long, voient arriver dans leur dos, devant le hangar, deux motards de la Gendarmerie et, immédiatement après eux, une voiture avec girophare allumé et deux autres berlines noires. Le Commandand Maradec et le Lieutenant Declain accompagnent le Directeur de cabinet du Préfet, le Directeur de la DDASS du Finistère et plusieurs sbires de la préfecture. Une voiture de France 3 les suit et s'arrête trois minutes après. Puis ce sont une dizaine de journaleux et photographes, les uns en voiture, les autres en moto.

Declain fait les présentations. Deux caméras de France 3 et les preneurs de son se mettent en place. Les micros se tendent de partout et les flashs crépitent. Les habitués du Bar du Port descendent en courant, certains d'entre eux pouvant être comparés, question blindage, aux Panzers de Sébastien. On entend mal ce que ces messieurs disent aux parents Le Menech et à leurs enfants – on pourra mieux l'entendre le soir à la télévision –, mais on se rend compte que c'est toute une cérémonie qui se déroule au bout du ponton vide du port de Brigneau, une cérémonie comme jamais ce petit coin de Bretagne n'en a sans doute connue. A un moment, on aperçoit le Directeur de cabinet faisant l'accolade à Maurice et deux bises à Odile puis embrassant Sébastien et Alain. Et, chacun à leur tour, les autres fonctionnaires font de même. Et c'est au moment où l'on voit le représentant du Préfet remettre à Maurice une grande enveloppe fermée par un ruban tricolore qu'on entend aussi le long coup de sirène d'un bateau signalant son entrée dans le port.

Tout le monde se retourne et regarde le Kéraban s'approcher du ponton. Declain se précipite pour être le premier à parler au capitaine. Maurice, calmement et d'une voix forte, dit, à la cantonade :

– Ben v'la not' ami Fernand qui r'vient d'la pêche ! Va falloir qu'on range tout, y va avoir b'soin d'place pour le poiscaille.

– Alain et Sébastien, vous m'aidez à ranger ? demande Odile.

vendredi 15 juin 2007

Coffiots : la fin des casses... (suite)

Page 47

La journée de dimanche a été tellement bien occupée qu'Odile Le Menech n'a pas trouvé une seconde pour ouvir un seul des journaux que Maurice lui avait recommandé de lire. Ou bien a-t-elle seulement oublié ? C'est en tout cas ce par quoi elle commence lundi matin. Et c'est une lecture commentée : elle s'adresse à Maurice toutes les cinq minutes pour lui faire part de son émotion quant au sort de Madame Girardin ou de sa satisfaction quant à la décision de Madame le Garde des Sceaux de traiter au plus vite la question de l'adoption de Sébastien. Elle se met même à rire de ce qui est écrit à propos de l'enquête du Commissariat du 6ème arrondissement.

– Ça y est, j'ai fini de lire tes journaux mon chéri. En effet, c'est triste ce qui arrive à Madame Girardin. C'est quand même étonnant qu'elle se soit trompée !

– Pass'que tu crois qu'elle s'est gourée ? Tu rigoles, ma puce, elle a changé l'nom pour m'rend' service, comme dans les banques suisses, sans s'douter de s'qu'elle faisait. J'lui dois une fière chandelle. Mais j'peux pas y t'tourner pour lui expliquer. C'est la vie, qu'est-ce tu veux !

– En tout cas, je suis bien contente pour Sébastien, et pour Alain aussi.

– Là, tu vois, j'suis d'accord, même si avec s'môme là on va p'tet pas rigoler tous les jours. Et la croisière en bateau, t'as lu ?

– Oui, c'est génial ! Et tu parlais d'un problème grave, je n'vois pas où tu as vu ça.

– C'est k't'as pas tout lu, ma puce. Emporte le Figaro avec toi, tu l'reliras à Brigneau pendant qu'on s'ra su' l'débarquement.

La famille part à Brigneau ce lundi en fin de matinée pour déjeuner au Bar du Port et passer l'après-midi dans la hangar, avec Omaha Beach.

A cette heure, le Keraban est encore loin. Avec les courants contraires, il n'est pas encore en vue de la Pointe de la Hague.

Les Le Menech ont fini de déjeuner. Ils ont ouvert en grand le hangar de Fernand et ont branché l'ordinateur et Omaha Beach. Maurice et Sébastien ont repris leur place de vendredi, Maurice étant bien décidé à prendre sa revanche. Et c'est Alain qui manipule la souris de l'ordinateur, pour faire la mer. Odile s'est assise dehors, au soleil, et relit le Figaro.

Ils sont installés depuis une bonne heure quand s'arrête, face au hangar, une voiture noire et blanche de la Police. Deux hommes en uniforme en descendent, s'approchent du hangar et se présentent :

– Lieutenant Declain, et le brigadier Kerfadec, mon adjoint, bonjour Messieurs Dames.

Maurice lâche ses manettes et se lève de sa chaise. Lui et Odile répondent presque ensemble.

– Bonjour Messieurs.

Et Maurice ajoute :

– C'est pourquoi k'vous êt' venus ?

Declain, l'air visiblement gêné, bafouille :

– C'est que, oui, heuh... ce hangar, c'est bien celui de Monsieur... heuh..

– Vous parlez d'Fernand ?

– Ça doit être ça oui... heuh, il y avait bien sa voiture dans ce hangar, une 2 CV.

Pendant que le lieutenant Declain pose sa question, Odile se rassied et se replonge dans son journal, laissant Maurice se débrouiller.

– Ah non, M'sieur, la 2 CV, elle est à moi. Ici, c'est son camion à lui qu'il y met, le Fernand. Au fait, j'vous r'connais, M'sieur, c'est pas vous qu'avez fait l'contrôle, l'aut'soir, à Lorient ?

– Vous savez, des contrôles, on en fait tellement !

– Oué, mais des Blue Star comme celle-là, vous d'vez pas en voir souvent !

– Non, en effet. Mais la 2 CV alors ?

– Ben, la deuche, c'est ma femme qui s'en sert. Là, on l'a laissée au garage, à l'Hôtel d'la Poste, à Moëlan.

– Et pourrait-on aller voir cette voiture ?

– Ah, pass'que les dedeuches, vous connaissez pas ?

– Ecoutez, Monsieur, si nous demandons à voir cette voiture, nous avons nos raisons.

Odile, encore assise, a senti que la conversation tournait mal. Elle en sait assez maintenant sur le contenu du Figaro et intervient :

– Tu as lu cet article, mon chéri ?

– Quel article ma puce ?

Odile se lève de sa chaise et se rapproche de Maurice et des policiers en tenant la page du Figaro bien ouverte.

– Cet article, qui parle de nous et de Madame le Ministre.

– Ah oui, j'l'avais lu. R'gardez M'sieur l'agent, c'est d'ce môme là qu'est en train d'jouer et d'nous aussi qu'y parle, s't'article. R'gardez donc, c'est marqué. Ben les Le Menech, c'est nous, et le p'tit Bouchetar, ben c'est lui.

Declain parcourt rapidement l'article et le passe à son acolyte.

– Excusez-moi, Monsieur, puis-je vous demander de voir votre carte d'identité ?

Odile va chercher les papiers de son mari dans son sac.

– Tenez, Monsieur l'agent, voici nos papiers, et aussi la carte de Sébastien Bouchetar.

Declain fait semblant de vérifier les trois cartes.

– Bien, excusez-nous Monsieur et Madame, nous allons vous laisser. Nous vous souhaitons une bonne après-midi.

Maurice, constatant qu'il vient d'échapper à une grave mésaventure, ne peut pas s'empêcher d'en rajouter :

– M'sieur l'agent, si vous avez une minute, v'nez donc voir, c'est les enfants qui font l'débarquement d'Normandie. Si vous avez envie d'vous amuser ?

jeudi 14 juin 2007

Coffiots : la fin des casses... (suite)

Page 46

A Brigneau, en s'y mettant tous, les Le Menech ont fini par monter Omaha Beach. Ils avaient avancé la Blue Star de quelques mètres, reculé la 2 CV et déballé toutes las pièces du débarquement au milieu du hangar. Ainsi étalées, la mer et la plage avec les falaises occupent presque toute la surface au sol. Tous les quatre sont assis sur des chaises pliantes mais seuls Maurice et Sébastien sont aux manettes. Ils jouent l'un contre l'autre et les points sont affichés sur l'écran de l'ordinateur portable qu'Odile a posé à côté d'elle, au bout de la plage, au fond du hangar.C'est elle qui contrôle les paramètres de jeu : force de la mer, vitesse des bateaux... Sébastien est défenseur. Son rôle est de rendre le Mur de l'Atlantique infranchissable. .Il a les blockhaus avec des canons, les Panzer et les soldats de la Wehrmacht. Maurice, c'est le Général Eisenhower. Il commande le débarquement. Il a des bateaux de guerre, des péniches de débarquement, des jeep et des Marines avec tout leur attirail. Odile, du clavier, peut changer quand elle veut l'état de la mer. Alain regarde, plein d'admiration.

Au début ça cafouillait. D'un côté comme de l'autre. Mais très vite Sébastien réussit à maîtriser parfaitement ses moyens de défense et Maurice n'arrive à faire accoster aucune de ses péniches et encore moins ses soldats et ses jeeps. Même ses tirs de canons, depuis les gros bateaux, ratent leur but. Odile atténue la force de la mer, mais le Mur résiste. Au bout d'une heure, Maurice arrête de jouer et décide de remettre ça un autre jour.

Pour ne pas avoir à réinstaller le jeu, tous conviennent de le laisser en place et de repartir avec les deux voitures, Odile se chargeant de la 2 CV. Ils sont de retour à l'hôtel peu après six heures. La patronne, voyant l'état de la 2 CV, propose à Odile de la rentrer dans le garage de l'hôtel, ce qu'Odile s'empresse de faire.

– Il n'y aura qu'à la laisser ici, on n'en aura pas besoin pendant le séjour, dit Odile à son mari.

– Non, ma puce, on n'en aura pas b'soin, elle est très bien là. Le p'tit Prince et le Singe y sauront bien la r'trouver si y r'viennent après qu'on s'ra partis.

– Mais on les verra bien à leur retour, lundi ou mardi.

– P'tet ben k'oui et p'tet ben k'non, des fois k'le Fernand y les ai laissés kek' part.

– Mon chéri, quand même, tu ne dis pas ça sérieusement !

– Tu sais, avec Fernand, faut s'attendre à tout. Mais en attendant, j'te propose d'aller s'soir à la fête des bateaux à Concarneau. Y aura un feu d'artifice que les enfants y vont adorer ça. Et pi d'main, c'est à Douarnenez qu'y a la fête, tout' la journée. On t'tournera à Brigneau lundi, j'ai la r'vanche à faire cont' Sébastien. – Et moi, Papa, j'pourrai jouer.

– Oui fiston, tu f'ras une partie avec Maman, après nous.

La soirée à Concarneau est merveilleuse. Les fusées sont tirées à partir de barges, à quelques centaines de mètres au large, et le feu d'artifice est grandiose. De même, la journée passée à Douarnenez laissera un bon souvenir aux enfants. Surtout la sortie en mer sur un bateau de pêche, un vrai, avec de vraies lignes de pêche et de vrais poissons.

A Granville, Fernand et ses deux bleus ont passé le dimanche sur les terrasses des bars, tout autour du port. Ils sont revenus à bord assez tôt pour partir à maarée haute lundi matin, vers 3 heures, et essayer d'être à Brigneau dans la nuit de lundi à mardi, si le courant n'est pas trop fort dabs la baie du Mont St Michel.

Le Lieutenant Declain, lui, a passé son dimanche en famille, autour du barbecue qu'il vient de s'offrir avec la prime de vacances. Il n'a pas arrêté de penser à cette deux pattes dont il n'a même pas eu l'idée de relever le numéro minéralogique.

Willy Vandernood, lui, a profité du dimanche pour faire quelques achats à Londres, dans Oxford Street, et terminer sa soirée à Paris. Pour les petits trajets, il se sert de son vieux Robin Chevallier, un vieux petit monomoteur de six places, très bien équipé en instruments IFR pour les vols par tous temps. Il s'est posé à Toussus-le-Noble et a rejoint son hôtel particulier du boulevard Raspail avec sa Mercedes, celle qu'il laisse habituellement au grand Garage. Avant de quitter Saint Helier, il est passé à sa banque et s'est fait remettre par le caissier quelques liasses de billets de 50 euros – une dizaine. « Pour bien vivre à Paris, il faut ce qu'il faut. »

mercredi 13 juin 2007

Coffiots : la fin des casses... (suite)

Page 45

Les enfants se sont fait attendre. (Alain avait quelques miss à rattraper.) Il est presque quatre heures quand parents et enfants arrivent dans le petit port de Brigneau. Il y a un peu plus d'agitation que la veille. C'est comme ça tous les samedis. Les gens de l'intérieur sortent leur bateau, d'autant que c'est de nouveau la marée haute. Ne trouvant pas de place pour se garer, Maurice arrête la voiture devant la porte du hangar de Fernand. Lui aussi a envie de profiter de la marée haute, et même de la tempête, s'il en croît ce qu'Odile lui a raconté sur ce jeu merveilleux d'Omaha Beach.

La surprise est totale quand il entrouvre la porte du hangar.

– Ma puce, la deuche !

Odile se précipite.

– Eh bien, ça t'étonne ?

– Grave, oui. Il a laissé les clefs j'espère.

– Tu sais bien qu'elle ne ferme pas.

– Mais pour démarrer.

– Pourquoi veux-tu la démarrer ?

– Ben, déjà, pour faire d'la place pour jouer, mais c'est pas tout. Faudra k'tu lises le journal à l'hôtel, y a un blème, j'te dis pas, un vrai blème, grave.

– C'est quoi, ton problème ? Que Fernand ait garé son camion ailleurs pour laisser la place à la 2 CV qui est vieille et qui craint la pluie ? Ça me semblerait naturel au contraire.

Au commissariat central de Lorient, le gradé Declain a quitté son service après avoir rendu compte de ses missions à son chef, le Commissaire Maradec. Il a pour consigne de se trouver à Brigneau quand le Keraban y reviendra, donc dès lundi soir ou mardi matin à la première heure. L'échange avait été quelque peu houleux, Maradec n'ayant pas avalé que, voyant une deux pattes dans le hangar de Fernand à la place du camion dont la tenancière du Bar du Port avait parlé, Declain ne s'en soit pas étonné, qu'il n'ait pas cherché à savoir où le camion était rangé. Maradec était persuadé que le patron pêcheur Fernand Plouferrat cachait quelque chose, dans le camion ou, plus probablement, dans la deux pattes. Lundi matin, Declain devra interroger la Gendarmerie Maritime de Granville pour connaître les mouvements du Keraban.

A Granville, le Keraban y arrive en ce moment. Fernand interroge sur le canal 9 la capitainerie du port pour se faire indiquer un ponton d'accostage. Il lui est demandé de se mettre à couple du Marie Prigent, au ponton B, un autre emplacement pouvant lui être désigné s'il reste au port plus de 24 heures. Il est amarré à 16 heures 30 et Fernand est ravi de l'emplacement qui lui a été attribué. A part le Singe qui est resté allongé au fond de la cale depuis le départ, à gerber tout ce qu'il avait encore dans le ventre, non seulement tout s'est bien passé jusqu'ici, mais encore le fait d'être amarré à couple contre un bateau de ses amis va simplifier considérablement l'échange de caisses de poissons. Il lui achète six caissons, quatre pour être vendus à la criée spéciale de 19 heures et deux pour le retour à Brigneau. (Au retour, la pêche n'aura pas été bonne, mais qu'y faire ?...)

Le seul moment délicat est celui où il faut faire passer deux caissons du Marie Prigent au Keraban. Ça ne prend que trente secondes, mais il faut attendre qu'il n'y ait personne sur le ponton, en face des bateaux. L'opération pourrait paraître insolite. La chose étant faite, il n'y plus qu'une heure à attendre avant de revendre les quatre caissons que le grutier a déchargés. Les restaurateurs, commerçants et marchands forains de Granville et sa région n'arriveront à la Criée que peu avant 19 heures.

A Saint Helier, le principal port de l'Île de Jersey, tout avait été mené rondement. Fernand travaille avec les établissements WiVa. Co, le shipshandler le plus réputé des îles anglo-normandes. Sous l'apparence bien visible de magasin d'accastillage, c'est en réalité un immense bazar où l'on peut acheter – et aussi vendre – n'importe quoi. Comme tous les établissements de l'île, il bénéficie de la franchise de TVA et nombreux sont les visiteurs allochtones qui y passent suffisamment souvent pour bénéficier aussi de cette mesure de faveur. Saint Helier a aussi la faveur des banquiers. De nombreux établissements de dépôt et d'affaires y ont leur agence, située le plus souvent sur le port ou à proximité immédiate. Fernand a un compte joint à la Financial Vawi Inc, compte dont Maurice et Odile Le Menech ont aussi la signature.

Sa première démarche avait été la visite aux établissements WiVa. Il s'y était rendu, accompagné par le Singe, pour acheter, avec des euros, un équipement VHF dernier cri pour son bateau, connaissant un plaisancier de Concarneau qui s'était déclaré candidat pour la reprise de son équipement actuel, au cas où il s'en séparerait. Il avait aussi réussi à négocier la vente des bijoux. Mais pour ça, le commis avait appelé le patron et l'affaire avait été conclue dans un bureau fermé, à l'écart du magasin. L'homme, qui n'avait pas dit son nom, disait s'y connaître et le prouvait en ouvrant pour Fernand et le Singe le catalogue de son établissement d'Anvers, où il est aussi diamantaire.

Dans la discussion – pour faire parler les gens, Fernand en connaît un rayon –, cet homme se révèle être à la tête d'un assez vaste réseau d'affaires. Le siège de son entreprise est à Ostende – une entreprise d'import-export –, il est propriétaire de la Financial Vawi Inc, qui a des bureaux aux Etats-Unis, aux Caraïbes, au Luxembourg et dans le Emirats du Golfe Persique – et où Fernand a son compte –, il possède un parc immobilier important, notamment à Londres, Paris et New York, une écurie de chevaux de course à Dubaï, enfin une des plus belles collections mondiales de voitures anciennes, presque toutes rassemblées à Dubaï également

D'ailleurs, dans la conversation, quand cette collection a été évoquée, le Singe n'avait pas manqué de dire à ce monsieur qu'il avait rencontré, il y a seulement quelques jours, un homme qui lui ressemblait beaucoup et qui s'était vivement intéressé à la Dora Adenauer du Grand Garage à Paris. Et le monsieur avait répondu qu'en effet, non seulement cette voiture l'avait intéressé, mais qu'il l'avait achetée le soir même, le numéro du vendeur lui ayant été aimablement communiqué par le mécano qui se trouvait là.

Pour finir, la reprise de ce petit tas de « ferraille », avec les pierres, avait été conclue pour la somme de 650.000 euros. Un billet à ordre avait été signé et déposé, avec les euros et les dollars, sur le compte de Fernand, à la Financial Vawi Inc.Fernand s'était fait remettre, à la caisse, 5.000 euros en petites coupures, pour ses besoins quotidiens et ceux de ses amis Le Menech.

mardi 12 juin 2007

Coffiots : la fin des casses... (suite)

Page 44

Avant de repartir, les deux policiers se dirigent vers le hangar de Fernand. Tenant une lampe torche à la main et se hissant sur la pointe de pieds, le gradé fait, de l'extérieur, une rapide inspection visuelle de l'intérieur du hangar. Il y voit des caisses à poissons rangées sur le côté, des paquets de filets accrochés aux murs et, au milieu, une 2 CV. Il dit à son collègue :

– Rien de suspect là-dedans, allez, on rentre !

Quand la voiture de police quitte Brigneau, le Keraban est déjà en vue de l'Ile de Sein. Quand il sera au large d'Ouessant, vers midi, il restera une traversée d'environ 150 miles pour atteindre Jersey. Le courant aidant, il faudra encore compter une dizaine d'heure avant l'entrée dans le port de Saint Helier. Fernand sait déjà qu'il sera trop tard pour traiter ses affaires et qu'il devra passer une nuit à quai et ne repartir que le lendemain, samedi, dans la matinée.

A l'Hôtel de la Poste de Moëlan-sur-Mer, les parents Le Menech font la grasse matinée tandis que Sébastien et Alain s'acharnent au Kill or Miss. Ce sont les 12 coups de midi émis par le carillon de l'église toute proche qui réveillent Maurice. Il quitte sa chambre sans faire de bruit et descend dans le hall d'entrée où quelques journaux du jour sont mis à la disposition des clients.

Voici, en résumé, les contenus des articles sur lesquels Maurice s'attarde, et on le comprend :

Dans un article, il est dit que suite au suicide des parents Bouchetar et à leur lettre, Madame le Garde des Seaux demande qu'un jugement posthume soit effectué très rapidement en vue de leur réhabilitation. Elle se félicite qu'une solution « humaine » ait été trouvée pour la garde de leur enfant et indique que tout sera fait au plus vite pour que son adoption par la famille Le Menech soit prononcée, en lieu et place du tutorat. Elle donne pour arguments les excellents témoignages qui lui ont été fournis quant à la moralité et à la bonne conduite des parents Le Menech. Elle évoque en particulier les dires de la directrice de l'Agence de la Société Générale de la rue de Rennes, ceux du directeur de l'agence de BNP-PARIBAS – de la rue de Rennes aussi –, l'ancien banquier de Maurice, ceux des voisins des Le Menech rue du Commandant Mouchotte et ceux de divers commerçants du quartier, en particulier les marchands forains du marché Edgar Quinet où une enquête approfondie a été diligentée à la demande du ministre par les services des Renseignements Généraux.

Dans un autre article, le PDG du Groupe Billorais félicite l'acheteur de la première Blue Star de série, vendue par un garage du 14ème à Paris. Il dit attendre son retour de vacances afin de le remercier en l'invitant avec sa sa famille, Monsieur Pineau – le patron du Garage – et son jeune vendeur, pour une croisière sur son yacht, entre Malte et l'Italie.

Dans un troisième papier, c'est la directrice d'agence de la Société Générale de la rue de Rennes qui en prend pour son grade : elle aurait fait enlever par les convoyeurs de fonds un sac contenant une forte somme et provenant du dépôt d'un de ses clients. Malheureusement pour elle, le nom figurant sur l'étiquette attachée au sac et écrit de sa main ne correspond à aucun client de l'agence, ni même de la banque. Ceci est d'autant plus fâcheux que les billets contenus dans ce sac sont ceux qui proviennent du braquage récent de l'agence. Ceci soulève une question bien délicate : comment un tel butin peut-il avoir été déposé à l'endroit précis où les casseurs s'en sont emparés, et ceci alors que les auteurs présumés du braquage étaient déjà sous les verrous. Par contre, la PJ a été alertée par une station service bretonne qui a remis à sa banque un billet de 50 euros en provenance du même lot. Mais il lui est impossible de savoir, compte tenu de la date de remise en circulation de ce lot de billets, si ce billet de 50 euros faisait ou non partie du dépôt effectué par le vrai faux-client de la banque. Elle ne connaît que le signalement de la voiture, une 2 CV d'un modèle ancien. La directrice d'agence a été mutée à un grade de simple attachée de clientèle dans une agence secondaire de Clichy-sous-Bois.

Enfin, dans un dernier article, il est rappelé que les personnes s'étant trouvées au voisinage de l'agence bancaire au moment du braquage sont invitées à se rendre ou à téléphoner au Commissariat de Police du 6ème arrondissement, l'enquête étant au point mort à ce jour.

Maurice reste songeur, un long moment. Madame Girardin va lui manquer. L'histoire de la 2 CV et du billet de 50 euros le taquine : « J'espère que c'est pas Odile qu'à r'filé un des tickets au p'tit Prince. Mais, bordel, y m'a pas dit ce con où s'qu'y l'avait laissée, la deuche ! » Par contre, la décision de Madame le Garde des Sceaux ainsi que le projet de croisière, au contraire, le remettent tel que lui-même : « Encore des primes que j'les avais pas d'mandées, c'est bien ça l'bon plan ! » Quant à l'enquête du Commissaire, ça le laisse froid.

Quand il revient dans sa chambre, il trouve Odile en train de finir de s'habiller.

– Ma puce, j'propose qu'on bouffe une crêpe vite fait à côté, et on ira installer l'débarquement d'Normandie dans l'local à Fernand, qu'est-ce t'en penses ?

– Comme tu veux mon chéri, on est en vacances. Préviens les enfants et je descends.

lundi 11 juin 2007

Coffiots : la fin des casses... (suite)

Page 43

Vendredi 1 heure 30. Maurice et Odile déposent Fernand au bout de la jetée, près de son bateau. Il fait nuit noire. La marée monte. Seuls le Keraban et deux ou trois voiliers, ancrés au milieu de la ria, sont encore éclairés. Probablement des visiteurs qui attendent la marée haute pour lever l'ancre. Sur l'un d'eux, un chien s'est mis à aboyer quand nos trois amis sont montés sur le ponton.

– Vous mont'rez bien boire un verre, propose Fernand.

– Tu voulais dormir, mais tes deux matafs y z'ont l'air d'pas dormir, alors d'accord pour un p'tit verre, mais vite fait.

Ils descendent dans le carré et trouvent le petit Prince et le Singe en train de jouer aux cartes. Les Le Menech s'installent à côté d'eux. Fernand sort une bouteille de vin rouge et trois verres, les deux autres ayant déjà leur canette de bière – et quelques cadavres.

Le petit Prince prend en premier la parole.

– M'sieur Maurice, vous avez bien dit k'c'était M'sieur Fernand qu'avait l'tam-tam. Alors not' allonge, y va nous la r'filer ?

– Ici, c'est Fernand l'capistron, c'est lui qu'est l'maître à bord. Y fait s'qu'y veut. Mettez-vous ça dans l'citron tous les deux. Pas vrai Fernand ?

– Oh que oui ! Et d'toutes façons, l'tam-tam il est placardé jusqu'à Jersey. Après, c'est selon comment ça s'passe. Et c'est pas en prom'nade que j'vous emmène, y a du taf qui vous attend.

– Pour le moteur ? demande le petit Prince, avec un sourire jusqu'aux oreilles.

– Aux moteurs, en bas, ça s'ra avec plaisir, si t'y connais kek chose, répond Fernand, et toi alors tu s'ras à la barre.

Maurice intervient.

– Pour les moteurs, c'est bonnard, tu peux y faire confiance au p'tit Prince, mais si tu veux pas t'retrouver aux Kerguelen, tu f'rais mieux d'tenir la barre toi-même. C'est juste un conseil d'ami.

– Bon, alors santé bonheur ! lâche Fernand en levant son verre.

– A toi aussi Fernand, et on te souhaite bonne route et bonne chance, qu'on te retrouve mercredi au marché, ajoute Odile.

– Ah Fernand, un truc que j'oubliais. Tu peux nous la prêter, ta r'mise, deux ou trois jours, pass'qu'avec les enfants, on a un jeu qu'y prend beaucoup d'place et qu'on sait pas où on peut l'installer ?

– Tant k'tu voudras Maurice, c'est toujours ouvert.

Sur ce, les Le Menech quittent le bateau et rentrent à l'hôtel.

Le Keraban appareille à 6 heures. La marée est encore haute. Destination Granville, avec escale à Jersey. Il faut bien que Fernand, s'il veut rester poissonnier, ait quelques poissons à vendre, sur les marchés. Il y a toujours des patrons pêcheurs, des amis, prêts à se débarrasser d'une partie de leur pêche avant d'entrer dans le port de Granville, avant le passage à la criée.

A huit heures, une voiture de police s'arrête dans le port de Brigneau, entre la jetée et le Bar du Port. Ne voyant aucun bateau amarré au ponton, deux bleus entrent dans le bar.

– Bonjour Madame, vous connaissez un bateau dont le nom est Keraban ?

– Bien sûr Monsieur. C'est même le seul bateau ici, dans notre port. Et heureusement pour nous qu'il en reste encore un !

– Savez-vous où il se trouve ?

– C'est que à cette heure, il a dû déjà partir. Il devrait rentrer mardi prochain.

– Et il reste en mer tout ce temps là ?

– En principe, il va jusqu'à Granville et il revient. Il décharge son poisson dans sa remise, là-bas, et il charge son camion avant de filer sur Paris. – Merci. Au revoir Madame.

dimanche 10 juin 2007

Coffiots : la fin des casses... (suite)

Page 42

Il est presque minuit quand la Blue Star arrive devant la station Starélec, à l'entrée de Lorient, avec ses trois passagers. Il s'agit d'une station automatique avec paiement par carte bancaire. Il n'est donc pas question de se débarrasser de quelque devise que ce soit, et Maurice n'a pas d'autre choix que d'emprunter la carte VISA d'Odile. Une fois la carte enfoncée, on appuie sur la touche correspondant au modèle de voiture et tout se passe un peu comme dans les tunnels de lavage des stations-service : on approche la voiture jusqu'à une première butée ; là, des sortes de bras avec pinces sortent du bas du tunnel, trois de chaque côté ; les pinces attrappent les poignées des batteries, les dévérouillent et les retirent ; un feu vert s'allume indiquant qu'il faut avancer jusqu'à une seconde butée – en utilisant les batteries de réserve – et des bras, comme les autres, poussent des batteries pleines dans les espaces laissés vides et les vérouillent ; on peut alors récupérer la carte, le ticket de paiement et repartir.

Maurice démarre et s'arrête sur la première aire de stationnement.

– Je m'arête une minute, Fernand, il me reste des bricoles à te confier comme j'tavais dit su'l'Keraban.

– Alors M'dame Odile, on m'fait des cachotteries, on m'apporte pas tout, le samedi ?

– Hélas Fernand, je ne pouvais pas savoir. C'est arrivé après.

– Eh ben, on peut voir ? Tous les trois sortent de leur voiture. Au moment précis où Maurice s'apprète à ouvrir le coffre avant, une voiture de police vient s'arrêter derrière la Blue Star. Maurice relâche la poignée. Deux bleus sont déjà près de lui

– Bonsoir Messieurs Dame. Contrôle de Police. Qui est le conducteur de cette voiture ?

– C'est moi Messieurs, répond Maurice.

– Montrez-moi les papiers de la voiture et votre carte d'identité.

– Et vous, Monsieur, Madame, vous avez vos papiers ?

– Mais nous on conduisait pas M'sieur, rétorque Fernand.

– Ça ne fait rien, montrez nous vos papiers.

Odile présente sa carte d'identité. Fernand s'excuse.

– C'est que mes papiers, M'sieur, y sont sur mon bateau. Je f'sait qu'accompagner mes amis pour leur montrer l'chemin. – Et où est-il, votre bateau ? demande le gradé.

– C'est le Keraban, le châlutier dans l'port d'Brigneau.

– Bon, nous verrons ça. Et, s'adressant de nouveau à Maurice : pouvez vous ouvrir votre coffre ?

Maurice pense, tout-à-coup, en s'approchant du coffre arrière : « c'est bien la première fois qu'des keufs me d'mandent d'ouvrir un coffre, mais y sont p'tet pas au courant d'la loi Ysoult ». Il ouvre le coffre.

– Qu'est-ce qu'il y a dans ce sac ? demande le bleu.

– Ah, ces affaires, Monsieur, ça doit être des jouets que les enfants ont laissés.

– Vous pouvez l'ouvrir ?

– Comme vous voulez, Monsieur l'agent.

Odile ouvre le sac et commence à en sortir quelques pièces : des soldats en costumes de marines américains, de péniches de débarquement, des boîtes marquées Omaha-Beach...

– C'est bon, vous pouvez ranger votre coffre. Au revoir Messieurs Dames.

Les keufs repartis, Maurice éclate de rire.

– Encore heureux qu'y z'y connaissent k'les caisses qu'ont un moulin sous l'capot. On était marrons. Et maint'nant, Fernand, v'la la marchandise.

Maurice ouvre la valise et place dans un sac les liasses de dollars et le sachet de bijoux. Il remet tout entre les mains de Fernand.

– V'la l'bébé, Mon Fernand, t'auras qu'à r'mettre le gras sur not' compte joint, quand tu s'ras à Jersey.

– Pour le papelard vert, j'me fais pas d'mourron, mais c'est l'jaune, c'est pas dans mes habitudes.

– Allez, t'es pas une nave, tu sais faire que ça, fourguer d'la camelote.

– Bon, j'verrai ça. Mais faut qu'on rentre. J'ai plus k'deux heures pour dormir.

– Et Fernand, si les flics viennent te chercher demain, sur le bateau ?

– Ben y m'trouv'rons pas. Y z'auront qu'à d'mander qui j'suis, au p'tit bar, le Bar du Port, en face du barlu.

samedi 09 juin 2007

Coffiots : la fin des casses... (suite)

Page 41

Tous les bagages sont maintenant chargés dans la Blue Star dont les batteries sont gonflées à bloc, suffisamment pour ne pas avoir à en changer en route. Maurice est au volant, Odile à côté de lui et Alain à l'arrière, avec Sébastien. Odile avait ressorti le GPS des affaires de Sébastien et l'avait gardé avec elle afin de le poser sur le tableau de bord, ce qu'elle fait maintenant.

– Mais c'est mon GPS, vous avez pas l'droit M'dame Odile !

– On te le rendra, Sébastien, mais pour la route, on en a besoin, on ne prend pas l'autoroute.

– Ben justement, vous saurez pas vous en servir. Y a des fonctions spéciales pour la route que j'suis l'seul à savoir m'en servir. Vous avez qu'à m'le donner et j'vous f'rai la navigation.

Le mot navigation avait tinté aux oreilles de Maurice. Il se souvient des heures passées à la barre des bateaux de la Royale, réagissant aux indications d'un homme de passerelle, officier ou pas : « Dix à droite ! » et il répétait « dix à droite », ou « sans venir à gauche ! » alors c'était « sans venir à gauche. » ou encore « comme ça ! » « comme ça. »

– Dis ma puce, tu veux bien laisser ta place à Sébastien, y f'ra navigateur.

– Oué M'sieur Maurice, et j'vous préviendrai quand y aura des keufs.

Odile et Sébastien changent de place.

– Maint'nant Sébastien tu me trouves Brigneau

Sébastien tapote quelques secondes sur son écran.

– Lequel que vous voulez, Brigneau Moëlan ou...

– Stop, va pas plus loin, c'est ça, Brigneau Moëlan.

– OK, M'sieur Maurice, c'est tout droit, comme ça.

– Comme ça, répète Maurice le marin.

Il est 9 heures 50. A 15 heures 10, ils sont au Mans où ils s'arrêtent pour manger dans une Courte Paille ; à 20 heures 15, ils dînent à celle de Pontivy et à 22 heures, ils sont à Moëlan-sur-Mer, devant l'Hôtel de la Poste. Le tableau de bord indique que six batteries sont dans la zone orange, à moins de 20%, les deux autres étant encore à 100%. Maurice sort de la voiture, entre dans l'hôtel et en ressort deux minutes plus tard.

– C'est bon, Yvonne a encore deux chambres. Ma puce, tu peux m'attendre à l'hôtel ? Les gamins prendront une chambre. Y a qu'à décharger l'coffre arrière. J'apport'rai la valoche mais j'pousse d'abord jusqu'à Brigneau.

– Mon chéri, je viens avec toi. Laisse-moi le temps d'installer les gamins et j'arrive.

– Comme tu voudras ma puce.

Alain et Sébastien sont dans leur chambre. Les bagages sont entreposés dans l'autre. Maurice et Odile repartent vers le petit port de Brigneau.

– J'suis obligé passer d'laut côté d'la rivière, c'est là qu'il est, le rafiot à Fernand, le Keraban. C'est l'seul bâteau d'pêche du port. Y a pas à s'tromper.

– Et tes deux lascars, tu crois qu'ils sont aussi de ce côté ?

– Ben y z'ont pas l'choix, y a qu'un seul troquet qu'est just'en face du bateau. Et si y z'ont trouvé une place pour leur barnum, c'est forcément d'ce côté, le camping de l'Ile Percée, près d'la plage de Trénez.

Arrivé au bout de la jetée du petit port, Maurice aperçoit en effet le Keraban, un joli petit chalutier fraîchement repeint en blanc. Les lumières du bord sont allumées. Par contre, le Bar du Port est éteint.

– Merde, où qu'y sont mes deux zouaves ?

– Tu sais, ne nous voyant pas arriver, ils ont dû repartir. C'est pas grave, on les trouvera demain. Allons voir Fernand.

Ils laissent la voiture, montent sur la jetée, passent sur le pont du bateau et s'approchent de la cabine. Des vitres latérales, on peut voir une partie du carré, situé sur le pont inférieur. Ils ne voient personne mais entendent tout, et peuvent parfaitement reconnaître les voix de Fernand, de Georges et de René. Ils frappent, entrent et commencent à descendre vers le carré.

– Salut Maurice, on t'attendais plus.

– Salut Fernand, alors comme ça tu dévergondes mes rombiers.

– On f'sait k'jouer à la belote, M'sieur, interjette le petit Prince.

– Dis donc, p'tit Prince, question perf, c'est pas un cadeau ta chignole ! 50 à l'heure de moyenne qu'on a fait.

– Oué, mais vous avez rien mis d'dans, faut voir ça aussi.

– Bon, mais comment qu'on r'part, avec les batteries au rouge.

– Tu trouv'ras des stations à Lorient ou à Concarneau, répond Fernand.

– Bon alors toi Fernand, quand est-ce tu r'pars, à la baille.

– On est paré pour d'main matin 5 heures, à la marée.

– Et tu pars tout seul, où c'est qu'y sont tes mocos ?

– Tu parles de Jean et Patrick ? Y z'ont quitté l'rafiot hier. Y z'en avaient marre d'attendre. Alors j'ai r'pris tes deux crapauds qu'y sont à bord d'puis s'matin.

– Ben j'vais t'dire un truc Fernand, k'tu vas êt' content. Mes crapauds comme tu dis, tu vas t'les garder. Pass'que moi, j'm'en suis trouvé un qu'a pas peur du taf. Et si tu pars d'main matin, tu vas y v'nir avec moi, à Lorient, que j'fasse le plein d'la chignole et k'jen rajoute un peu dans ta besace.

– Ma puce, tu viens avec nous ? Le p'tit Prince et le Singe, y peuvent garder l'barlu tous seuls, eux qu'y z'ont jamais vu la mer.

vendredi 08 juin 2007

Coffiots : la fin des casses... (suite)

Page 40

Ayant ainsi réchauffé leurs premières amours – mais en était-il besoin ? –, il fallait s'attendre à ce que les parents Le Menech choisissent de ne pas passer la soirée devant la télévision et de laisser les enfants jouer seuls dans leur chambre.

Le lendemain sera le dernier jour où ils auront encore une chance de trouver Fernand à bord de son bateau dans le port de Brigneau. Il sera impératif de partir de bonne heure car avec la Blue Star, sa vitesse de pointe à 110 km/h et sa vitesse « économique » à 70, il faudra compter au moins dix heures de route.

Ce jeudi matin, le 20 juillet, on prépare donc les bagages aussi vite que possible en n'emportant que le minimum. Le coffre, à l'arrière de la voiture, n'est pas grand et on ne peut y ranger qu'une valise et trois ou quatre sacs bien serrés. Reste les jeux d'Alain et de Sébastien ainsi qu'Omaha Beach qu'Odile voudrait bien voir son mari essayer, au moins une fois, avec la place nécessaire.

– J'en prendrai un peu devant moi, propose Odile, et on essayera de coincer ta « boîte à outils » entre les enfants. Va chercher la voiture. Je m'occupe de finir avec les bagages.

Maurice part au Grand Garage et revient avec la Blue Star une demi-heure après. Il la laisse sur une place réservée à l'Hôtel Méridien, en face de chez eux et remonte à l'appartement.

– Les bagages sont prêts mon chéri, mais Sébastien fait sa tête, il ne veut pas partir.

– Attends un peu, on va voir si y veut pas v'nir.

Maurice fouille dans le placard de sa chambre, retrouve une paire de menottes – un jouet –, et entre dans la chambre des enfants.

– Sébastien, viens ici !

– Quoi ? Qu'est-ce que j'ai fait ?

– Tu fais pas l'malin, tourne-toi, les mains dans l'dos !

Sébastien s'exécute. Maurice lui met les pinces.

– Vous avez pas l'droit M'sieur, j'ai rien fait, j'ai fait que jouer !

– T'as joué, et t'as gagné un miss, Sébastien. Maint'nant t'as pu l'droit d'jouer. Tu viens avec moi.

Sur un tel argument, Sébastien se laisse faire. Maurice l'emmène dans l'ascenseur, traverse la rue et l'enferme dans la voiture.

Maurice en profite pour vérifier le volume du coffre à bagages, qu'il trouve en effet trop petit pour une voiture de quatre places. Par pure routine, il ouvre aussi le capot moteur et là, surprise : pas de moteur !

– Ben merde alors, où c'est-y qu'y l'ont foutu, s'moulin ?

Il décide de s'en inquiéter plus tard, trop content d'avoir trouvé la place pour ranger les jeux, et remonte à l'appartement.

– Ma puce, c'est OK, y a la place pour les jeux.

– Es-tu en train de me dire que Sébastien s'est sauvé ?

– Non, le p'tit monstre, il est encabanné dans la tire. Mais y a aussi un coffre devant, à la place du moteur.

– Ah, c'est vrai, j'oubliais. Le vendeur nous l'avait bien dit que le moteur était avec les batteries, sous la voiture.

– Bon, alors si tout l'monde est prêt, on s'en va. On mettra la valoche à l'avant, à la place du moulin, d'accord ma puce ? Et t'as une carte ? Pass'que l'autoroute, à 70 à l'heure, j'aime pas bien ça.

– Il y en avait une, mais c'est tes deux amis qui l'ont prise.

– Mais Papa, Sèb, il a un GPS dans ses jouets, même que c'est avec Galiléo.

– Ben alors, ça roule. Merci mon fiston.

jeudi 07 juin 2007

Coffiots : la fin des casses... (suite)

Page 39

Sébastien est retourné jouer avec Alain au kill or miss, avec le jeu de Sébastien, le super kill or miss qui permet de jouer à plusieurs, un contre un ou par équipes. Maurice et Odile, de leur côté, s'interrogent sur la conduite à tenir concernant les bijoux.

- Moi, je suis d'avis de les rapporter, dit Odile. Le commissaire nous avait prévenu, c'est une forte tête. Donc personne ne sera étonné.

- J'te comprends ma puce, mais rappelle toi s'qu'il avait dit en plus, que moi, comme marin, j'devais savoir les mater, les fortes têtes. Alors si j'ai pas su su's'coup là, j'crois bien qu'y va nous l'reprendre, son gamin. Et en plus j'suis pas du genre balance.

- Ça veut dire que tu vas le faire rentrer dans l'équipe ?

- Moi j'ai rien à faire. Y est rentré tout seul.

- Ecoute mon chéri. Je te rappelle notre contrat. Quand j'ai quitté mon lieutenant de vaisseau pour t'épouser, c'était pour choisir un homme, un vrai, et pas une lavette. Les rares moments que je passais avec lui, c'est quand il était pas en mer. Et là, on n'en finissait pas d'aller de réunion mondaine en réunion mondaine. Et que je te baise la main de Madame. Et que je te montre mes décorations. Et que je t'invite la fille de l'amiral au tennis-club des officiers. Marre, tu comprends, marre ! Et le comble, ce qui a tout déclenché, je sais pas si tu t'en souviens, c'est quand il avait fait une nouba sur le bateau, l'escorteur d'escadre où tu étais affecté, en invitant tous ses potes, les aspirants aussi bien que les officiers avec deux ou trois barrettes, et leurs copines évidemment. Et pendant que les matelots servaient les petits fours et le champagne, à un moment, ils s'étaient tous mis à chanter un truc de Pierre Perret, je sais plus quoi.

- Estelle.

- C'est ça, Estelle, alors là je lui avais dit « Jean-Bernard, t'as pas le droit de te moquer des gens comme ça. C'est fini entre nous. » Après, tu te rappelles, on était partis tous les deux. On avait passé la coupée en douce et au revoir la Royale.

- Je m'souviens très bien.

- Toi, t'étais pas comme ça. T'as toujours été franc. Et nous avons tout fait ensemble. Bon, t'avais l'idée d'une activité à laquelle j'étais pas franchement favorable, mais tu m'as confié un rôle avec responsabilité, et ça, ça me plaisait bien. Mais il y a quand même des limites, tu ne crois pas ?

- Ma puce, tu sais bien k'c'est grâce à toi que j'peux vivre. Tu sais bien k'je t'aime.

- Et moi aussi je t'aime.

- Bon alors, tu m'laisses pas tomber just'au moment qu'on a un un nouveau plan, et qu'en plus on fait s'qui fait plaisir à Alain qu'y voulait un grand frère.

- Finalement t'as toujours raison, mon chéri.

- Toujours, p'tet pas, mais t'imagines s'qu'on f'rait si qu'on s'quittait ?

- Non, je te quitterai pas, je t'aime trop.

- Alors qu'est-ce qu'on fait avec ces bricoles que c'est p'tet un aut' trésor ?

- Moi, je ne vois que Fernand qui serait capable de s'en débrouiller.

- Moi aussi. Alors t'a qu'à les planquer avec les dollars, dans la valoche. Faudrait qu'on s'prépare pour d'main matin.

Odile se lève et se dirige vers la chambre des enfants pour les inviter à venir à table, mais avant d'ouvrir la porte, elle écoute un instant la conversation entre les deux nouveaux compères.

- Tu vois Sèb, j'fais que des miss, c'est pas gogolo !

- Question d'entraînement, mon vieux, t'as qu'à faire comme moi. Faut jouer beaucoup pour faire des kill. Et même des fois y faut jouer pour de vrai. Même que la dernière fois, j'ai fait trois kill avec trois bastos. Papa et Maman y disaient k'c'était une banque. Tu verras, j'tentraînerai et tu f'ras tout plein d'kill.

- Ah chouette !

Odile entre.

- Les enfants, venez, on se met à table.

mercredi 06 juin 2007

Coffiots : la fin des casses... (suite)

Page 38

Un gardien a raccompagné les Le Menech chez eux. Quatre, dont un qui ne porte pas le même nom mais un sac de sport avec des affaires personnelles. Sitôt entrés dans l'appartement, Odile conduit Sébastien dans la chambre d'Alain.

- Sébastien, tu t'installeras sur le lit et Alain, toi, tu dormiras sur le matelas, par terre, en attendant qu'on mette un autre lit. Si nous pouvons, nous partirons demain matin en Bretagne pour les vacances. Sébastien, je suppose que tu as quelques affaires dans ton sac, de quoi te changer si besoin ?

- Ah non, M'dame, moi j'pars pas en vacances. Si mes vieux y r'viennent, faut que j'sois là.

- Ecoute Sébastien, nous en parlerons tout à l'heure. Tu veux bien ouvrir ton sac, qu'on regarde un peu ce qui te manque.

- Mais j'ai pas d'affaires, M'dame, c'est que pour l'entraînement.

- Tu peux me montrer ? Et tu sais, tu peux m'appeler Odile, on est entre nous.

- Oué, M'dame Odile, voilà tout s'que j'ai.

Sébastien étale sur le lit une grande quantité de jouets électroniques, des boîtiers avec écrans, des pistolets, une cible pliante – silhouette d'homme, grandeur nature –, une calculatrice, un téléphone portable avec fonction GPS... et un super kill or miss.

- Oh, Maman, Sébastien aussi il a un kill or miss ! s'exclame Alain. Tu sais y jouer, toi, au kill or miss ?

- Un peu, que j'sais y jouer, J'm'entraîne deux heures par jour avec Papa.

- Dis, on pourra y jouer tous les deux ?

Odile les laisse pour retrouver Maurice.

- Mon chéri, tu peux me montrer le document que t'as donné le commissaire ?

- Tiens ma puce, répond Maurice en lui tendant l'enveloppe qu'il avait pliée en deux pour la mettre dans sa poche intérieure.

Odile ouvre l'enveloppe et découvre quelques papiers et une petite liasse de billets de 50 euros.

- Eh bien voilà encore cinq cent euros qui tombent du ciel !

- J'te l'avais dit k'le flouze, c'est les bourres qui l'apport'raient, k'y avait qu'à attendre.

- C'est que ce flouze là, mon chéri, il va être dépensé plus vite qu'on ne pense. Il n'a aucune affaire de rechange, Sébastien, même pas un pyjama, rien.

- T'as qu'à l'envoyer chez INNO chercher un slip de bain et une paire de tongs, ça suffira pour les vacances.

- Mais je n'peux pas l'envoyer tout seul ! Tu y vas avec lui ?

Odile revient dans la chambre des enfants.

- Sébastien, Maurice va t'accompagner pour t'acheter quelques affaires. Tu viens ?

- OK, j'arrive. Alain, touche pu à rien, t'attends k'j'revienne !

Maurice et Sébastien partent chez INNO, rue du Départ, à cinq minutes à pied et en reviennent très vite, moins d'une heure plus tard.

- Déjà ? Mais vous avez eu le temps d'acheter quelque chose ? demande Odile.

- Sébastien a été parfait. Si tous les enfants y z'étaient comme lui, ça s'rait l'Amérique, répond Maurice.

C'est effectivement l'Amérique : Odile ouvre le sac INNO et en sort une paire de tongs et un maillot de bain, puis encore un sac plastique à la marque INNO. Elle le vide sur la table et voit tomber, en vrac, une grande quantité de bijoux : des bagues, des chaînes, des médailles, des boucles d'oreilles, des pendentifs... tous en or avec des pierres fines. Au moins 500 g en or et pierres précieuses.

- Maurice, tu as fait ça ?

- Non M'dame Odile, c'est moi, j'les ai empruntés.

- Enfin Sébastien, c'est ça qu'on t'a appris, emprunter ? Tu aurais pu demander...

Maurice l'interrompt.

- Ma puce, c'est s'que j'te disais tout à l'heure. C'est les bourres qu'apportent le flouze, maint'nant. Nous on fait qu'attendre. Sébastien, y vient d'la part des bourres, c'est-y pas vrai ?

mardi 05 juin 2007

Coffiots : la fin des casses...

Page 37

- De toutes façons, je peux la ranger, cette valoche comme tu dis. C’est pas aujourd’hui qu’on pourra partir.

- Non, ç’est sûr, et t’as une idée où s’qu’on va l’mettre ce mioche ?

- Il n’y a pas trente six solutions, mon chéri, on va mettre un matelas par terre dans la chambre d’Alain. Et il me semble que tu devrais téléphoner à Madame Girardin pour lui dire que le procureur est passé ce matin et que tout va bien.

- Ok, ma puce, je fais ça. Tu prépares kek'chose pour manger ?

Maurice n’aime pas téléphoner. Il sait qu’il ne s’exprime pas très bien et a peur d’être mal compris. Cette fois il le fait quand même.

Dès après le repas, les trois Le Menech partent au Commissariat du 6ème. Un itinéraire classique pour eux, qui passe par le Luxembourg, à côté de l’Orangerie et des joueurs de bridge. Maurice aperçoit son joueur préféré, mais ils ne s’arrêtent pas. Au contraire, ils pressent le pas. Il est déjà deux heures et quart. Ils arrivent trois minutes après devant le commissariat, se présentent à l’agent en faction et entrent. Un brigadier les invite à s’asseoir et décroche un téléphone. Le commissaire sort de son bureau quelques instants après et leur fait signe d’y entrer. Un jeune homme est assis sur une chaise, près du bureau.

- Commissaire Mercier, bonjour Messieurs Dames, bonjour mon garçon. Je vous présente Sébastien Bouchetar, ce jeune garçon qui vous attend avec impatience.

- Pas du tout, m’sieur, j’suis pas pressé du tout. J’attends de r’voir mes vieux.

- Vous savez, c'est normal à cet âge. On ne comprend pas toujours que ses parents doivent s'absenter assez longtemps quand ils changent de métier.

- Mais m'sieur, Papa il a jamais dit qu'y voulait changer d'métier.

- Tu sais, mon grand, il y a des choses que les parents ne disent pas aux enfants. Bon, Monsieur et Madame Le Menech, vous êtes venus comment ?

- Nous sommes venus à pied, par le Luxembourg, Monsieur le Commissaire. Nous pouvons reprendre le même chemin.

- Non, je vais vous faire raccompagner. Si vous voulez bien, les deux garçons, passez dans le hall et attendez-nous un instant.

Monsieur Mercier appuie sur un bouton, un brigadier ouvre la porte.

- Marcel, tu veux bien t'occuper de ces deux jeunes. J'en ai pour trois minutes.

Alain et Sébastien étant sortis, Mercier peut expliquer la situation au couple Le Menech.

- Monsieur et Madame, j'espère que le substitut du procureur vous a brièvement expliqué qui était ce jeune garçon. Un tempérament un peu farouche, disons même un peu dur, sans doute comme son père. Je vous recommande la plus grande prudence car il est capable des pires bêtises.

- Mais M'sieur, on nous avait dit k'c'était un garçon de huit ou neuf ans, s'étonne Maurice.

- C'est bien ça, Monsieur, il aura neuf ans le mois prochain. Mais c'est vrai, on lui donnerait quatorze ou quinze ans. Il est d'ailleurs aussi adroit qu'un ado de quinze ans, je peux vous le montrer dans ses oeuvres si ça ne vous fait pas peur.

Le commissaire glisse une cassette sous un écran de télévision et appuie sur un bouton.

- Regardez bien, vous le reconnaîtrez facilement.

Maurice et Odile assistent, éberlués, au spectacle macabre de la rue de Rennes. Odile se fait cette réflexion : « C’était bien la peine de se creuser la tête pour voir ces images, voilà qu’on nous les montre spontanément ! ». Et on imagine ce que peut penser Maurice, lui qui espérait obtenir un entretien par l’entremise de la Société Générale. « Le mort inversé », il n’a plus que ces mots là en tête, le Maurice.

Mais les images défilent trop vite. Maurice n’a pas le temps de vérifier ce qu’il cherchait à savoir. Alors, s’adressant à sa femme :

- T’as eu l’temps d’bien l’voir, le gamin, ma chérie.

- C'est-à-dire que, vu sa taille, on ne sait pas bien qui regarder au début. J’aimerais bien revoir. C’est possible Monsieur le Commissaire ?

- C’est vrai qu’il est grand. Il faut regarder à gauche de l’image. Vous constaterez qu’il tire trois fois, et qu’il fait mouche à chaque fois. Je vous repasse la cassette.

- Impressionnant en effet, souligne Odile, qui observe l’homme au cabas, à gauche du gamin.

Mais elle remarque aussi que la tête du petit Prince est à moitié coupée, qu’elle n’entre pas entièrement dans le champ de la caméra. Et puis il se tient plutôt derrière le gamin et celui-ci ne le voit pas. Quand au Singe, peut-être peut-on apercevoir ses jambes, mais c’est bien tout.

- Ça va, vous comprenez un peu le caractère du petit bonhomme ?

- Ça M’sieur, pour comprendre, y pas mieux k’le cinoche. J’crois bien que j’vais vous l’rafraîchir, vot’ Sébastien. Comme dans la Royale.

- C’est vrai que vous avez été marin, Monsieur Le Menech. Vous avez dû en voir, des têtes dures ! Mais c’est parfait, vous êtes exactement l’homme de la situation. Maintenant, je crois que vous en savez assez. C'est à vous de jouer.

« Et y z'appellent ça jouer... », se dit Maurice.

lundi 04 juin 2007

Coffiots : la fin des casses...

Page 36

- Alors dites-nous, Monsieur, qu’est-ce qu'il nous reste à faire maintenant ? demande Odile.

- Il conviendrait en premier lieu que vous mettiez tous les deux votre signature en bas de ce papier. C’est un acte provisoire qui vous désigne comme tuteurs de l’enfant, co-tuteurs précisément. Et puis passer prendre le petit Sébastien au plus vite.

- Et où se trouve-t-il ce petit Sébastien ?

- Depuis hier, le Commissaire de Police du 6ème l’a accueilli à son domicile. Vous comprenez bien que c’est une solution très provisoire. Il aimerait beaucoup en être libéré dans la journée.

- Nous pourrions y passer en fin de matinée, ou cette après-midi ?

- Comme ça vous arrange. Il suffit que je l’appelle.

- Disons en début d’après-midi.

- Très bien, vous permettez que j’utilise votre téléphone ?

- Bien sûr, faites.

Le téléphone sonne au moment précis où Odile allait décrocher le combiné pour le passer au substitut. Elle décroche donc et répond.

- Madame Le Menech.

Silence

- Ah oui, bonjour Madame. Justement, mon mari était passé vous voir il y a à peine une heure, mais j’ai dû le rappeler pour qu’il revienne à la maison.

Silence

- Ah, heu… bon, très bien, écoutez, je le lui dirai.

Silence

- C’est ça, au revoir Madame.

Odile raccroche et décroche à nouveau pour passer le combiné au substitut.

- C’était qui, s’tappel, ma chérie ?

- Oh rien, c’était ta fromagère, Madame Pineau. Tu aurais oublié ton fromage.

- Heuh…bon, pas grave, j’y r’passerai tout d'suite.

Le substitut appelle le commissariat, s’entretient un court instant avec le Commissaire et raccroche.

- Voilà, Monsieur le Commissaire de Police vous attendra vers deux heures, cette après-midi.

- Très bien, Monsieur, nous y serons.

- Bon. Eh bien, sur ce, il me reste à vous dire au revoir, et bon courage.

- Vous pouvez compter sur nous, Monsieur, du courage, nous n’en manquons pas, et c’est notre fils Alain qui va être content d’avoir un grand frère.

Les Le Menech et le substitut se serrent la main et Odile le raccompagne jusqu’à la porte.

- Alors dis, ma puce, c’était quoi s’coup d’bigo ?

- C’était Madame Girardin. Elle t’avait aperçu à l’entrée de l’agence pendant que tu déposais le poisson. Elle aurait aimé te voir pour t’annoncer la visite très probable du Procureur.

- Tu vois, ma puce, elle raconte pas d’carabistouille s’te femme là. Mais j’sais toujours pas comment j’vais la visoter, s’te toile de sa téloche.

- Mais mon chéri, c’est tout simple maintenant, puisqu’on y va tous les deux, au commissariat.

- Et j’vois k’t’as commencé d’faire les valoches.

- Ah, celle-ci seulement, sur la table. J’y mettais les liasses de dollars au moment où le procureur a sonné.

- Faudra k’tu la fermes à clef, quand y aura l’gamin.

dimanche 03 juin 2007

Coffiots : la fin des casses...

Page 35

Rentré chez lui, Maurice donne les journaux à sa femme, allume la télé, s'allonge sur le canapé et s'endort. Odile chuchote à son fils de ne pas faire de bruit, de laisser son papa se reposer en attendant le dîner puis se plonge dans la lecture des articles importants. Ce qui, finalement, la tracasse le plus, c'est cette invitation des clients à venir au commissariat de Police pour visionner les vues prises par la caméra. En même temps, elle a hâte de préparer leur départ en Bretagne. Et puis il reste aussi à planquer les dollars, et il en reste beaucoup. Elle aimerait résoudre au moins un de ces problèmes avant que Maurice ne se réveille, et avoir une proposition à lui faire avant le dîner, ou après s'il préfère.

Pour le départ en Bretagne, elle ne se fait pas de souci. Elle peut prendre sur elle de faire les valises dans la soirée.

Sur la caméra, elle imagine volontiers qu'on puisse apercevoir le Singe ou le petit Prince. Surtout le petit Prince, avec son cabas, le Singe étant sans doute moins voyant, malgré sa tête de clown inoubliable, car il est très petit, si petit qu'on ne le verrait pas derrière les épaules des autres. Mais quel motif invoquer pour entrer au commissariat et voir le film, elle qui n'était pas dans le coup et qui, en plus, est l'épouse de Maurice, bien connu de la chef d'agence ? Par contre, elle se dit que Maurice, lui, aurait plus de facilité pour s'y rendre, au poste de la place Saint-Sulpice, lui qui connaît bien Madame Girardin et qui était dans l'agence cinq minutes avant la fusillade. Il pourrait expliquer sa visite en disant que peut-être il reconnaîtrait certains clients ou certaines clientes qui pourraient être déjà entrées avant qu'il ne sorte. Elle décide de parler de cette idée à Maurice.

Quant aux dollars, elle hésite à les mettre dans les bagages et à les confier à Fernand à l'arrivée. Elle laissera Maurice décider.

Il est vingt heures. Elle appelle Alain dans sa chambre et secoue Maurice par l'épaule.

- Maurice, le dîner est prêt !

- Bon, tu as lu les journaux ?

- Oui, et je voulais t'en parler.

- Ecoute, ma puce, on dîne et tu m'racont'ras ça ce soir.

Pendant le dîner, Alain ne fait que poser des questions à son père à propos de la Blue Star, et Maurice ne sait répondre que « j'sais pas, fiston, la titine on verra ça quand on s'ra d'dans, sur la route. »

Après le dîner, Odile entreprend son mari à propos de la visite au commissariat. Maurice fait un peu la moue, considérant que cela retardera leur départ. Il ne voudrait pas faire attendre Fernand. Il veut aussi lui apporter les dollars, dont lui ne sait que faire. Mais finalement il accepte de revoir Madame Girardin le lendemain matin et de lui demander de l'introduire au commissariat. Un simple coup de téléphone devrait suffire. Par contre, comme ce sera mercredi, il serait préférable d'apporter du poisson.

Mercredi, Maurice décolle à huit heures trente. Il passe au marché et achète un beau morceau de raie. Il arrive à l'agence de la Société Générale peu après neuf heures.

Peu après neuf heures aussi, on sonne chez les Le Menech. Odile referme le couvercle de la valise qu'elle est en train de remplir et va ouvrir.

Un homme en complet veston se présente en montrant une carte barrée d'une bande tricolore.

- Bonjour Madame. Charles Marchand, substitut du Procureur de la République.

- Bonjour Monsieur, donnez-vous la peine d'entrer.

- Etes-vous seule Madame Le Menech ?

- Non, il y a aussi mon fils Alain, dans sa chambre. C'est pourquoi ?

- Et votre mari, il n'est pas là ?

- Ah non, mon mari est sorti il y a une demi-heure environ. Vous vouliez le voir ?

- Ce n'est pas grave. J'aurais préféré en effet vous parler à tous les deux, mais ça ne fait rien. Pouvons-nous nous asseoir ?

- Mais je vous en prie. Si vous voulez, je peux appeler mon mari sur son portable, il n'en aurait pas pour longtemps à nous rejoindre.

- Eh bien c'est ça, appelez-le. Nous patienterons quelques minutes.

Odile appelle son Mari.

- Mon chéri, où te trouves-tu ?

Silence

- Ecoute, ça serait bien que tu reviennes. Il y a Monsieur le Procureur à la maison et il aimerait nous parler à tous les deux.

Silence

- Bon, dix minutes, alors nous t'attendons.

S'adressant au substitut.

- Il sera là dans dix minutes.

- Merci, j'ai bien entendu. Nous allons l'attendre. Je vois que vous préparez vos bagages.

- Oui, nous nous apprêtons à partir en vacances.

- Vous avez de la chance, mais je crains de devoir vous imposer un petit retard. Où est-ce que vous comptez aller ?

- En Bretagne, dans le Finistère.

- En effet, il y a de biens jolis endroits par là-bas.

On entend une clef dans la serrure. Maurice entre et se présente.

- Maurice Le Menech. Excusez-moi, M'sieur, d'vous avoir fait attendre.

- Je vous en prie. Je ne vais pas vous retenir longtemps. Je n'ai qu'une question à vous poser.

- C'est quoi, vot'question ?

- Oui, enfin, ce n'est pas seulement une question. Il s'agit du petit garçon dont les parents sont décédés avant hier, en prison. Monsieur le Procureur souhaite que vous acceptiez de prendre cet enfant dans votre famille en attendant une décision de justice.

- Ben, c'est que... et après cette décision ?

- Après ? Eh bien il y a toute chance pour que le juge décide d'une adoption, si tout c'est bien passé. Et si vous en exprimez le désir, bien entendu.

samedi 02 juin 2007

Coffiots : la fin des casses...

Page 34

Il n'a pas fait cent mètres que Maurice se prend déjà d'émerveillement pour la Blue Star.

- Non mais écoute, ma puce, t'entends ce silence ?

- Eh bien comme ça au moins, on peut parler.

- J'te propose de vous laisser d'vant la maison et j'irai r'mettre la titine au garage.

- Comme tu veux mon chéri.

Maurice dépose femme et enfant en face de la rue du Commandant Mouchotte et continue vers le Grand Garage. Il tourne à droite rue de la Gaîté et prend, à droite encore, le boulevard Edgar Quinet. Il dépasse un important groupe de personnes qui suivent un fourgon mortuaire, à l'entrée du cimetière et, vers l'avant du cortège, il aperçoit la mince silhouette de Madame Girardin.

« Lequel est-ce ? Les deux peut-être ? Non, pas les deux, ça ne se fait pas. On enterre les gens un par un. Sauf à la guerre, bien sûr. Et là devant, ce doit être sa femme et ses enfants. » Les pensées se bousculent dans la tête de Maurice. « Passe en silence, c'est bien ma titine ! Discrétion. J'ai bien fait d'pas lui d'mander la date, à Muriel. Elle aurait été foutue d'm'inviter à s'te crêpe où qu'y a autant d'poulets que d'famille. Et p'tet bien k'l'autre ça s'ra l'suivant, d'fourgon. »

Le cortège disparaît dans le rétroviseur. Maurice traverse le Boulevard Raspail et enfile la rue Campagne Première. Il monte la rampe du Grand Garage jusqu'au troisième étage et gare la Blue Star à la place de la Dora Adenauer. Il sort, claque la portière et appuie consciencieusement sur le bouton rouge de la carte-code. « Ces cons, y z'auraient pu y faire faire un bruit, un bip, un ding-ding, kek'chose ! Comment j'peux savoir si c'est éteint ? » Il fait rapidement le tour de sa collection et remarque la place vide de la 2 CV. « Y sont donc partis, mes deux zouaves. Ah, mais que j'suis con, j'aurais dû y mettre là, ma titine. Remplacer une auto qu'elle est vendue l'même jour, ça fait drôle. Là, c'est ma place habituelle. Faut k'je change. »

Maurice s'exécute. Il déplace la Blue Star. Content de lui, il repart à pied vers son domicile mais en évitant le boulevard Edgar Quinet. Il passe par la rue Emmanuel Richard, la rue qui coupe le cimetière en deux, « la seule rue de Paris où k'le facteur y vient jamais, vu qu'y a pas un seul numéro d'maison », se souvient Maurice. Il tourne ensuite rue Froidevaux et arrive avenue du Maine. « Pourquoi pas un brin de causette avec Jacques ? Sa terrasse est déserte. » Maurice s'assied à une table, dehors. Jacques arrive aussitôt.

- Alors ça y est, vous l'avez votre voiture ?

- Ça y est Jacques. J'm'en vais lire un peu s'qui racontent, ces baveux.

- J'vous sers un quart Perrier, comme d'habitude ?

- C'est ça, Jacques.

En feulletant ses trois quotidiens – Libé, Le Figaro et Le Monde –, Jacques s'aperçoit que les journalistes en racontent beaucoup plus que d'habitude, comme si la police avait décidé de mettre toute la population à la recherche d'indices. Ça devient même évident quand il lit les récompenses offertes. « Y z'ont bien changé, les pisse-copie ! », pense Maurice, en lisant la liste de tous les indices recherchés. Les perquisitions chez toutes les personnes contrôlées à la sortie de l'agence n'ont rien donné. Les pistolets en plastique – les jouets –, proviennent tous de boutiques différentes, tous achetés à l'unité. Sur les images de la caméra de surveillance, la moitié des visages sont cachés par les têtes des gens – des femmes surtout – qui faisaient la queue ou qui remplissaient des remises de chèques sur les tablettes disposées au milieu de l'agence. Les seules images où l'on peut voir clairement les visiteurs sont celles qui précédaient le massacre, quelques minutes avant, et elles montrent que ces visiteurs étaient déjà sortis au moment du drame. On y voit clairement un homme habillé en noir et déposant sur le comptoir un paquet emballé dans du papier journal, et il est écrit que cette personne est connue de la directrice d'agence, en bien. On demande donc à toutes les personnes présentes à l'agence au moment de la fusillade de se présenter au commissariat du 6ème arrondissement, où toutes les prises de vue leur seront montrées et où chacun sera amené à reconnaître qui est qui, même si on ne distingue qu'un morceau de sa tête, une épaule, un sac...

« Y va falloir serrer les boulons, surtout avec mes deux anges », se dit Maurice en payant son quart Perrier. Finalement, il renonce à relancer la conversation avec Jacques. Et, l'appelant d'un signe de la main :

- Salut mon Jacques, j'crois qu'on va s'arracher d'main matin.

- Alors bonnes vacances Monsieur Maurice.

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