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Boris appelle le matelot Trustan, un de meilleurs pilotes du bord.
– Vous m'avez appelé, Commandant ?
– J'vais déjeuner Trustan, tu appelles Yvon pour surveiller. Tu passeras à deux milles au sud de Sein, c'est bien compris. Là, tu mettras le cap sur le 310 et tu m'fais appeler.
– Bien compris Commandant. Deux milles sous Sein et cap au 310. Bon appétit Commandant. Bon appétit Monsieur.
Une table est réservée pour Boris et ses invités à l'extrémité de la salle à manger, séparée des autres tables par une jardinière garnie de hautes plantes tropicales.
Les autres passagers sont déjà à table. Un couple assez jeune, seul à une table, et un autre, dans la quarantaine, avec deux jeunes garçons de 10 et 12 ans environ à une autre table.
– Attends-moi Boris, j'vais appeler Odile et les enfants. Mais attends-toi à s'qu'elle soit pas d'bonne humeur quand elle apprendra s'que tu nous as concocté.
– Bouge pas. J'envoie quelqu'un.
Boris claque dans ses doigts. Le maître d'hôtel s'approche aussitôt.
– Yag, tu veux bien aller frapper doucement à la porte de Madame et lui dire que nous l'attendons à table. Et pareil pour les deux garçons.
– Bien Commandant.
– Et demande à Titouan d'nous amener les apéritifs.
– Bien Commandant.
Dans la minute, Titouan s'approche avec une table roulante et des quantités de bouteilles et de soucoupes garnies de biscuits, d'olives et autres amuse-gueule salés.
– T'as une préférence ?
– Oui, un whisky par exemple, Red Label vous avez ?
– Mais à quoi tu penses Maurice ? On t'propose du vrai, du bon. À toi d'choisir. Laphrohaig, Caol Ila, Macallan ? Tous 12 ans d'âge. Moi, mon préféré, c'est le Bruichladdich. Tiens, Titouan, sers nous donc un Bruichladdich. Tu m'en diras des nouvelles.
– OK pour un Brutmacchich.
– Bruichladdich. Oui, pas facile à dire. Mais goûte-moi ça ! J'en ai rapporté deux caisses de not'dernière escale à l'île d'Islay. C'est à l'ouest de l'Ecosse. Mais cette fois-ci, on n'va pas y passer. Nous, c'est direct to Bergen Norway
!'
Maurice n'en peut plus. Jusqu'à la veille à la même heure, il se croyait le plus heureux des hommes. Sa devise, si tu vas pas aux coffiots, les coffiots viendront à toi
, il la croyait au dessus de tout, magique, inégalable. Mais là, il est dépassé. Il est mal.
Odile, accompagnée de Yag, entre dans la salle à manger. Mais sans les enfants. Elle s'approche et, avant même de s'asseoir à table, s'adresse à Boris.
– Boris, c'est permis de poser une question ?
– J'vous en prie chère Odile. Mais asseyez-vous donc. Voulez-vous un apéritif.
– Excusez-moi, Boris, oui je veux bien un apéritif, oui je vais m'asseoir, mais avant, voulez-vous bien me dire ce que nous faisons ici, en pleine mer ? Mon chéri, tu le sais, toi ? Tu n'aurais pas fait ça sans m'en parler, j'en suis certaine !
– Bien sûr ma puce, j'voulais t 'en parler, j'lai dit à l'ami Boris, mais tu sais comme il est, y fonce, y fait ça pour nous faire plaisir et j'ai pas pu l'arrêter. Et tu sais quoi ?
– Non, mais dis moi, dis moi vite !
– Oui mais à propos, où sont les enfants, y sont pas avec toi ?
Yag intervient :
J'ai frappé à leur porte, et puis je suis entré dans leur cabine et is n'y étaient pas. Je n'les ai pas vus.
Boris sent la moutarde lui monter au nez :
– Alors tu nous dis ça comme ça, tranquillement. Mais bordel, appelle tout l'monde et fouillez l'bateau. Appelle aussi la passerelle qu'y fasse sonner l'alerte et demi-tour, vitesse réduite, des fois que...
– Boris, vous voulez dire...%%
– Ma puce, t'inquiète pas, on fait toujours cette manœuvre, homme à la mer, c'est obligatoire si on voit que quelqu'un manque à bord. Mais on va les r'trouver, c'est sûr. Tu sais, avec Sébastien, on en verra d'autres ! Assieds-toi, sers-toi un verre et attendons.
– Sers-moi donc un Martini blanc s'il te plaît.
Boris est remonté sur la passerelle, au poste de pilotage. Tout l'équipage – neuf hommes – fouille le bateau de fond en comble. Au bout d'une demi-heure, Boris se résout à faire un appel de détresse.
Il appuie sur la touche rouge de la station VHF. Quelques secondes plus tard le CROSS(1) répond.
– Guilvinec pour CROSS étel, me recevez-vous ?
– Guilvinec, 5 sur 5, à vous.
– Passez sur le canal 7, à vous.
– Bien compris, je passe sur canal 7.
Maurice a rejoint Boris à la passerelle. Deux matelots, à l'avant, scrutent l'horizon à la jumelle. Plusieurs bâtiments ont signalé leur présence sur zone.
Maurice prend le micro des mains de Boris.
– À tous les bateaux secteur Audierne de Guilvinec. Recherchons deux enfants peut-être à la mer, répondez.
On entend plusieurs réponses indistinctement. Et puis plus rien, mais un des deux matelots, à la proue, se retourne vers la passerelle et pointe son doigt vers une direction, à l'horizon. Boris décroche ses jumelles et regarde.
– En effet, il y a un bateau blanc là-bas, qui ressemble à un petit chalutier.
– Passe-moi ça, dit Maurice en lui prenant les jumelles d'autorité.
Quelques instants après, Maurice le marin confirme son intuition :
– C'est le Keraban, c'est sûr, c'est mon ami Fernand qui r'vient d'Granville. Y a qu'à stopper les machines et l'attendre. Y va nous aider.
– Eh Maurice, regarde derrière !
Une vedette de la Gendarmerie Maritime s'approche du Guilvinec à grande vitesse, suivie d'assez près par le bateau rouge de la SNSM (2).
(1) Centre Régional Opérationnel de Surveillance et de Sauvetage
(2) Société Nationale de Sauvetage en Mer